Les lumières se multiplièrent à toute vitesse, accélérant leur mouvement, et bientôt, elles engloutir complètement Matt, le transformant en grande boule de lumière flottant dans les airs, comme s'il avait perdu sa forme matérielle. Il se mit à flotter au-dessus de ses amis, s'éloignant vers l'horizon. Carrie lui courut après jusqu'au bord de la falaise, qui l'empêchait d'aller plus loin, comme pour essayer de le retenir.
- Matt !
La boule de lumière s'éleva doucement dans les airs, lançant une trainée d'étincelles lumineuses derrière elle, mais Matt ne pouvait plus leur répondre.
- Matt ! Nooooooon !
Ils regardèrent ce qui restait de leur ami s'élever dans les airs, loin, toujours plus loin dans le ciel, jusqu'à ce qu'ils ne puissent plus le voir.
- Sniff… Matt… Pourquoi… Je ne comprends pas… sanglota Chenipan.
- Pourquoi ? Pourquoi nous laisser ? se lamenta Chétiflor.
- Matt m'a sauvé la vie… Mais je n'ai rien fait pour lui montrer ma gratitude… regretta Tengalice. J'aurais tant voulu… lui dire merci avant son départ…
- Tu as raison… approuva Lombre. Son corps s'est élevé et a disparu, comme ça… Pourquoi maintenant ? Alors que tout le monde est sauvé ? Juste quand les choses allaient s'arranger…
Tous pleuraient la perte de leur ami, parti trop tôt et trop vite. Xatu se tourna vers eux.
- C'était à prévoir… Notre monde, Matt l'a sauvé. Je regarde en arrière maintenant… En bondissant vers le ciel, Matt semblait éprouver… de la résignation. Résignation pour ce qui allait se passer.
Carrie n'avait pas dit un mot depuis que son meilleur ami s'était envolé. Elle sembla reprendre vie, très lentement.
- … Je crois… que je le comprends…
Tous se tournèrent vers elle, les yeux embués de larmes, encore plus peinés pour elle que pour eux-mêmes.
- Matt avait sûrement accepté de devenir un Pokémon pour nous sauver. Et quand… la météorite a été détruite… Matt a su que ce serait le moment de nous quitter…
Ses larmes se remirent à couler sans qu'elle ne puisse les en empêcher.
- Pourquoi… Pourquoi ne m'en a-t-il pas parlé ? Si ça devait arriver… pourquoi est-ce qu'il ne m'a rien dit ?
- Ces mots ne pouvaient être prononcés. lui dit doucement Alakazam. Tout comme tu as le cœur brisé maintenant… Matt a dû ressentir la même peine de te quitter. Essaie de comprendre, Carrie.
Mais elle ne pouvait pas comprendre. Pas encore. Elle secoua la tête, ses larmes redoublant de volume. Elle lui en voulait de lui avoir caché la vérité. Pourquoi ne lui avait-il rien dit cet idiot ? Si elle avait su… Elle aurait pu profiter de chacun des instants passés à ses côtés… comme si c'était le dernier… Au lieu de ça, il était parti brusquement, sans lui laisser le temps de se faire à l'idée. Elle se laissa glisser au sol et s'effondra.
[…]
J'étais perdu dans le ciel comme en pleine mer, avec ses millions d'étoiles pour seule compagnie. Privé d'enveloppe matérielle, je flottait dans les airs, plus léger qu'une plume.
Que se passe-t-il ? Je m'élève dans le ciel… Est-ce mon esprit ? Je me demande où je vais…
Je me laissai porter sans résister. Mes pensées s'égarèrent vers Carrie. Je regrettais tellement de lui avoir fait de la peine, même si je ne l'avais pas voulu.
Des voix… J'entends des voix…
En effet, une sorte de murmure résonnait tout autour de moi. Je ne connaissais pas la voix qui me parlait. Je n'étais même pas sûre qu'elle s'adresse à moi.
« Je lui ai brisé le cœur… C'est une vraie amitié… de celles qui durent toute la vie… tu t'en rends compte maintenant… Si tu le souhaite… vraiment très fort… vous pourrez peut-être vous revoir. »
Je sentis la tristesse m'envahir à nouveau, en même temps que l'espoir. Ce mélange de sensations me bouleversa. Mais sans corps, je ne pouvais plus pleurer.
Je ne veux pas partir… Je veux rester… avec mon inestimable… irremplaçable partenaire… Laissez-moi rester… Je vous en prie…
[…]
Il faisait nuit quand Carrie rentra à la base. Tous ses amis l'avaient accompagnée jusque chez elle, et Absol avait promis de rester avec elle cette nuit. Mais ça n'avait pas d'importance. Même aussi bien entourée, sans Matt, elle se sentait affreusement seule. Elle repensa à son ancien dresseur, celui que Matt lui avait rappelé. Lui aussi l'avait brutalement quittée sans lui donner d'explication. Lui aussi avait eu l'air triste quand il lui avait dit de partir… Elle ne s'en souvenait qu'aujourd'hui. Pourquoi décidaient-ils tous de l'abandonner ? Pourquoi finissait-elle toujours seule ? Elle leva les yeux sur sa maison, construite à l'effigie du visage de Matt, comme pour lui rappeler pour toujours son absence. Elle s'effondra de nouveau. Pourquoi avait-elle eut cette stupide idée ? Désormais, cette maison lui rappellerait tous les jours l'absence de son meilleur ami…
Non… Même si la maison avait été modelée à partir de son propre visage, elle lui rappellerait quand même son ami chaque jour… Chaque fois qu'elle se lèverait et n'aurait plus à venir le réveiller ni à lui préparer son jus de baie oran pour le petit déjeuner. Chaque fois qu'elle serait seule à choisir une mission devant le panneau d'affichage de la Poste Békipan, au lieu de se disputer avec lui pour se décider… Chaque fois qu'elle partirait en sauvetage sans lui… Tout dans son quotidien se chargerait de le lui rappeler.
Une étrange lueur descendit du ciel dans son dos et se posa tranquillement à terre. Tous le remarquèrent, sauf elle. La lueur faiblit de plus en plus, jusqu'à disparaître pour laisser quelqu'un derrière elle. Carrie entendit ses amis pousser des exclamations de surprise et de joie. Lombre la secoua et lui désigna quelque chose derrière elle. Elle se tourna lentement et n'en cru pas ses yeux. Matt se tenait en chair et en os devant elle, l'air perdu. Puis il l'aperçut, et son cœur fit un bond dans sa poitrine. Il ne pouvait pas être là, c'était impossible ! Mais lorsqu'elle se précipita vers lui pour le serrer dans ses bras, elle réalisa que c'était bien réel. Elle se remit à pleurer, de joie cette fois, et lui aussi laissa ses larmes couler librement, pleurant et riant à la fois sans savoir lequel des deux choisir. Tout autour d'eux, leurs amis se jetèrent sur eux pour les serrer dans leurs bras eux aussi.
Jamais elle ne s'était senti aussi soulagée et heureuse.
