Potions et sortilèges
Ami du jour, bonjour ! Ami du soir, bonsoir !
Voilà la deuxième partie de l'Âne d'or ! Au programme : des réponses à certaines questions, un peu de cinéma et quelques invités surprises !
Un grand merci a tous ceux qui ont pris la peine de lire le chapitre précédent, et un plus grand encore à ceux qui ont pris le temps de laisser une petite trace de leur passage par un favori, un follower ou une review ! Merci aussi à Staffy pour la correction !
Il ne me reste plus qu'à vous souhaiter una abonna pythie lecture !
Disclaimer : Aucun des personnages torturés ci-dessous n'est à moi, mais bien à Masami Kurumada. Quant aux OC's introduits ou évoqués dans cette fic, ils sortent de ma petite caboche… ou bien de certaines légendes. Saurez-vous toutes les reconnaître ?
La boutique de Pamphise, Le Jardin des Hespérides, ressemblait à tous les autres commerces qu'on pouvait trouver dans le centre du vieil Athènes. Appuyé contre un banc de l'autre côté de la rue, Camus observa longuement la façade crème dont la peinture toute fraîche témoignait de la jeunesse de la boutique.
Il hésitait encore sur la façon de pénétrer dans l'endroit. Faire irruption dans le bâtiment, cosmos déployé était évidemment exclus. S'il devait mettre un pied là-dedans, c'était sous couverture. Néanmoins, il manquait cruellement d'informations à propos de sa cible et sur comment l'aborder.
Il se sentit soudainement happé vers l'arrière et entraîné dans une ruelle à proximité. Le Verseau jura intérieurement. Il avait été repéré. Son inquiétude pour Milo lui faisait décidément commettre pas mal d'erreurs de débutants !
Il fut plaqué contre un mur et découvrit avec surprise le visage de son assaillant.
« Cazzo Camus ! Qu'est-ce que tu fous ici ? »
« Je pourrais te retourner la question ! Et merci de soigner ton langage ! Je ne suis pas certain que Mû apprécierait tes jurons ! »
Véridique. Le Bélier adorait son amant, beaucoup moins sa manie de jurer à tout bout de champ. Angelo le savait très bien et évitait les grossièretés en présence de son agneau lilas. Mais, visiblement, il reprenait ses mauvaises habitudes dès que l'Atlante n'était plus à proximité.
Mentionner le gardien du premier temple eut l'effet espéré sur le Cancer qui se détendit immédiatement. Néanmoins, l'Italien eut un mauvais sourire, un de ceux dont les ors avaient appris à se méfier.
« Fichtre ! » s'exclama-t-il dans un français très approximatif qui fit grincer des dents le Verseau. « Pourrais-tou, s'il te plaît, m'expliquer ce que tou fais ichi ? C'est mieux comme ça ? »
Le Français lui jeta un regard mauvais et Angelo répliqua avec un air digne de son prénom. Il avait écorché sa belle langue française ? Oups !
Comme pour se faire pardonner, le Cancer desserra son emprise sur l'autre chevalier, ce qui permet à ce dernier de se dégager.
« Plus sérieusement, je suppose que tu es à la recherche de ton Scorpion ? » Demanda l'Italien, toujours sur un ton innocent.
« Je ne vois pas de quoi tu parles. Et ce n'est pas mon Scorpion ! »
L'autre émit un petit ricanement.
« Ne me mens pas ! Si on oublie le chaton et l'arachnide, je suis celui qui te connais le mieux au Sanctuaire ! Je sais que tu l'aimes depuis presque autant de temps que j'aime Mû ! »
Ça, Camus en doutait. De ce qu'il savait, le Cancer était accroc à la laine lilas depuis bien plus longtemps que lui ne l'était aux arachnides dorés. Après tout, il lui avait fallu des années pour mettre un nom sur ce qu'il ressentait pour Milo alors qu'Angelo était tombé sous le charme de Mû au premier regard, alors même que l'Atlante n'était qu'un bébé dans le bras de Shion lorsque Leander, le chevalier du Cancer de l'époque, était venu présenter son apprenti au Grand Pope.
Néanmoins, il n'eut pas le courage de contredire Angelo. Comme l'Italien l'avait déjà fait remarquer, il connaissait bien le Saint des glaces et avait un des premiers à deviner qu'il n'était pas aussi insensible qu'il voulait le faire croire, surtout face au caractère bouillant du gardien de la huitième maison.
« Et toi, que fais-tu ici ? » Lui demanda-t-il plutôt.
« La même chose que toi : je cherche ton amoureux ! »
Camus haussa un sourcil. Comment Angelo était-il au courant de la disparition du Scorpion ? Il se rappela soudain que Milo et Angelo étaient coéquipiers sur cette mission. L'Italien pourrait certainement lui fournir les informations dont il avait besoin.
Le Cancer dut se faire exactement la même réflexion car il fronça presque simultanément les sourcils.
« Mais comment savais-tu qu'il était passé par ici ? » Interrogea-t-il le Verseau.
« Espion du Grand-Pope, tu te souviens ? Bon, je suis plutôt pressé, je ne vais donc pas aller par quatre chemins. Je te propose un marché : je te dis ce que je sais et tu fais de même. Alors, deal ? »
Le Cancer n'hésita pas un dixième de secondes. Il saisit la main du Français et la serra pour sceller leur accord.
Cinq minutes plus tard, ils étaient tous deux attablés à la terrasse d'un café que la vue sur la boutique de Pamphise désignait comme lieu de réunion stratégique.
« Alors ? » Demanda Angelo à l'autre Or. « Qu'est-ce que tu as appris à propos de cette mission ? »
« Honnêtement ? Pas grand-chose. Je sais juste que Milo et toi avaient été envoyés ici pour venir en aide à un Sanctuaire allié, sans doute celui de Poséidon, qui avait des problèmes avec la propriétaire de cette boutique... »
« Et c'est tout ? » S'étonna le Cancer avec un petit sourire. « Là, tu me déçois, caro ! Tu nous as habitués à mieux ! »
« Je me demande ce que Mû penserait de la façon dont tu m'appelles... Mais ce n'est pas le sujet. Que se passe-t-il au Sanctuaire sous-marin ?»
« Je sais simplement que Pamphise a mis des gens importants sur le banc de touche et que les rescapés ne voyaient pas comment s'en sortir seuls... »
Le Verseau se raidit, inquiet pour Isaak. Les Marinas de Poséidon étaient les personnes les plus importantes au Sanctuaire sous-marin si l'on omettait le dieu des océans. Et Hyoga lui avait affirmé un peu plus tôt ne pas avoir eu des nouvelles de son condisciple depuis quelques temps. Connaissant la malchance chronique de ses élèves, il avait toutes les raisons de craindre le pire...
« Tu sais qui a été touché ? » Interrogea-t-il son informateur sur un ton détaché.
Angelo haussa les épaules, ne semblant pas percevoir l'inquiètude sous-latente dans la question.
« Aucune idée. Toujours est-il que Milo et moi avons été envoyés pour découvrir comment contrer ses sortilèges. Et après avoir pris connaissance du moyen de l'approcher, on a joué à pile ou face. Milo a perdu. Et c'est lui qui s'est teint en blond et est parti draguer la sorcière... »
Camus tiqua. Et, par pure coïncidence, un courant d'air froid balaya la terrasse, faisant frissonner ceux qui s'y trouvait.
« Il a fait quoi ? »
« Crois-moi, il aurait préféré ne pas y aller ! » Ajouta rapidement son vis-à-vis essayant de réparer les pots cassés par sa maudite langue. « Mais il n'avait pas le choix, c'était la seule excuse crédible pour entrer qu'on ait trouvé ! »
Le Français n'était absolument pas convaincu. Il y avait une dizaine d'autres prétextes potentiels pour approcher Pamphise. Alors certes, les deux bêtes à pinces n'étaient peut-être pas les plus grandes lumières du Sanctuaire, mais ils étaient loin d'être les plus débiles. Ils auraient très bien pu en trouver une autre s'ils avaient pris un peu plus de temps pour réfléchir !
Néanmoins, pour l'instant Milo n'était pas dans l'état de lui fournir une explication, il laissa donc couler. Mais, lorsque le Scorpion aurait retrouvé ses deux jambes et sa langue, ils auraient une sérieuse conversation tous les deux !
D'un geste de la main, il invita l'Italien à continuer son récit.
« Au début, tout roulait. La sorcière était sous le charme et les pigeons roucoulaient. Et puis, soudain, catastrofe ! J'ai perdu le contact. Je sais qu'il devait aller la voir hier soir et depuis, plus de nouvelles ! Je me suis rendu à son temple, aucune trace de lui. Pareil pour son cosmos, je n'arrive pas à le repérer ! Je ne comprends pas comment c'est possible ! »
Ils étaient deux. Quoique le Verseau avait sa petite idée en ce qui concernait le cosmos de Milo. Le sort de Pamphise l'avait sans doute scellé lorsqu'il avait transformé le Scorpion en âne.
« Voilà, tu sais tout. » Conclut Angelo. « A toi, maintenant ! »
Il réfléchit un instant à ce qui allait dévoiler au Cancer. Étonnamment, il avait confiance en lui. Angelo savait garder un secret. Le plus simple était encore de lui dire la vérité.
« Milo est chez moi. »
Le crabe faillit s'étrangler.
« Mi scusi ? Tu veux dire que, pendant que, moi, je me vais un sang d'encre, Signor Milo se la coule douce dans le temple de son mec ? Je vais en faire de la viande hachée et le servir al ragù à ses scorpions ! »
« J'ai dit qu'il était chez moi, pas qu'il se la coulait douce ! Tu t'inquiètes pour lui, toi ? »
« C'est un bon compagnon de beuverie, ce serait dommage de le perdre. Sois gentil et explique-moi un truc : comment a-t-il pu atterrir dans ton temple sans que personne ne le remarque ? Mieux encore : qu'est-ce qu'il fout là alors qu'il a une mission à accomplir ? Merde quoi ! »
« Langage, Angelo ! Dis-moi d'abord si Shion est au courant de sa disparition. »
Le Cancer secoua négativement la tête.
« Pas voulu qu'il sache avant d'en avoir appris plus. »
« Parfait ! » Murmura le Verseau pour lui-même avant de reprendre plus haut. « Donc, puisque tu tiens tant à le savoir, il ne se la coule pas douce dans mon temple parce que Milo est un âne. »
« Ça ne change pas de tes discours habituels, caro. »
Camus tiqua encore sur le surnom mais ne releva pas.
« Visiblement, sa couverture a grillé. Et Pamphise l'a transformé en âne pour se venger. » Expliqua-t-il, un peu gêné pour son amant pour le coup.
Le Cancer fit une drôle de grimace, ayant soudain subi l'illumination.
« Attends ! Un âne, uno asino ? L'animal avec de longues oreilles ? »
« Précisément. »
L'Italien tenta de maîtriser le fou-rire qui lui chatouillait le fond de la gorge. Tenta et échoua lamentablement. Le Saint des glaces ne le lui reprocha pas, lui-même ayant succombé un peu plus tôt dans la journée. Il attendit donc que son vis-à-vis se calme avant de pouvoir lui raconter la suite. À sa grande surprise, le Cancer avala sans problème ce qu'il lui racontait.
« Donc, si j'ai bien compris, tu recherches l'antidote qui retransformerait ton cher et tendre en être humain ? » S'assura ce dernier lorsqu'il eut fini.
« Non, je cherche simplement la potion grâce à laquelle Pamphise a jeté le sort. » Le corrigea le Français. « Évidemment, ça serait beaucoup plus simple si je trouvais directement l'antidote... Mais ça fait longtemps que j'ai arrêté de croire aux miracles. »
Angelo fronça les sourcils.
« Si tu ne possèdes que la potion, comment comptes-tu trouver l'antidote ? »
« J'ai un contact capable de créer un contre-poison à partir de matériau de base... »
L'Italien hocha pensivement la tête. Puis, brusquement, il bondit de sa chaise et fut sur ses pieds à la vitesse de la lumière. Un coup d'œil vers le Verseau lui apprit que celui-ci n'avait pas bougé d'un iota.
« Bon, tu bouges tes fesses ou quoi ! » S'exclama-t-il.
« Pardon ? »
« Ben, tu veux entrer dans la boutique et trouver la potion qui a transformé Milo, non ? »
« Oui, mais je ne vois pas ce que tu viens faire dans l'expédition. »
« Je t'accompagne, tiens ! Et c'est non négociable ! Après l'échec de l'opération « drague de la sorcière », un couple attira moins l'attention ! »
« Comment ça, un couple éveillera moins l'attention ? »
« Camus, la spécialité de Pamphise, c'est de rabibocher les couples qui battent de l'aile. »
« Tu veux dire que... »
« Je savais que tu allais adorer l'idée ! »
SsSsSsS
Un léger tintement de clochette annonça l'entrée du duo d'ors dans la boutique. Cette dernière était déserte, ni clients, ni gérante à l'horizon. Camus en profita pour balayer la pièce et les nombreuses étagères remplies de petits flacons du coup d'œil minutieux. Il s'agit surtout de potions en lien avec l'amour, platonique comme physique.
« Alors ? Y a un miracle ? » Demanda Angelo, avec l'enthousiasme de celui qui n'y croyait pas.
Le Verseau secoua négativement la tête.
« Ce n'est pas vraiment le genre de sortilège qu'on met en vitrine... »
« Évidemment ! » Grogna l'autre. « C'est pas marrant si c'est trop facile ! »
« Puis-je vous aider ? » Fit une voix claire dans leur dos.
Une femme d'une trentaine d'années, aux longs cheveux de jais et aux yeux d'un gris métallique, venait d'apparaître derrière un gros comptoir en chêne situait dans le fond du magasin. Les deux ors se regardèrent, devinant qu'il s'agissait de Pamphise. Il était temps d'entrer dans leur rôle.
Angelo prit la main de son collègue dans la sienne, sans prendre le temps de le consulter. Camus le laissa faire, bien conscient que l'Italien était bien plus doué que lui pour simuler le comportement d'un couple. Après tout, le Cancer, fidèle à son signe, filait le parfait amour avec Mû alors que lui avait des difficultés à passer une semaine sans que Milo et lui ne s'envoient balader. Mieux valait qu'il soit celui qui menait les débats.
Jouant son rôle, Angelo eut un rire nerveux et passa sa main libre dans ses cheveux en bataille.
« C'est à dire... C'est un peu gênant... »
Pamphise eut un sourire compréhensif.
« Il n'a aucune honte à avoir. » Les rassura-t-elle d'une voix douce. « Beaucoup de couples traversent une mauvaise passe... Mais peu d'entre eux ont le courage de demander de l'aide. Passer cette porte était une décision très courageuse... Que diriez-vous de vous installer et de discuter un peu de ce qui ne va pas ?»
D'un geste de la main, elle désigna un petit salon composé d'un fauteuil rouge vif et d'un canapé saumon. Angelo consulta son "compagnon" du regard, recherchant son accord. Ce dernier opina du chef et tous les deux s'installèrent sur le canapé tandis que la sorcière prit place dans le fauteuil en face d'eux.
L'Italien trépignait sur son siège, donnant l'impression d'être impatient de commencer.
« Alors ? En quoi ça consiste ? C'est comme chez un psy ? »
Pamphise secoua la tête, toujours avec son sourire bienveillant aux lèvres.
« Je veux juste vous poser quelques questions et déterminer ce qui ne va plus. Lorsque cela sera fait, je vous proposerai une de mes décoctions qui devrait régler le problème... »
« Et c'est tout ? » S'étonna le Cancer, vraiment surpris pour le coup. « C'est aussi simple que ça ? »
« L'amour est simple... » Répondit-elle comme si ces mots étaient la vérité universelle. « Mais je vous préviens, certaines de mes questions seront d'ordres privées et sembleront parfois violer votre intimité... »
Angelo haussa les épaules.
« Bah ! Vous savez, avec les voisins qu'on se farcit, ça fait longtemps qu'on ne connaît plus le concept d'intimité ! »
« Parfait. Dans ce cas, vous pourriez peut-être commencer par me donner vos noms... »
« Je m'appelle Alessandro. »
Camus tiqua. Angelo, contrairement à lui, utilisait une panoplie de faux noms pour ses missions. Cependant, il avait choisi le prénom du maître de Milo. Était-ce un simple hasard ou bien était-ce un quelconque message que l'esprit parfois tordu du Cancer essayait de faire passer ?
Il sentit une pression au niveau de sa main. L'Italien l'avait serré un peu plus fort pour le prévenir de quelque chose. Mais quoi ? Il s'aperçut soudain que Pamphise le regardait fixement, comme si elle attendait quelque chose de lui. D'un regard, il demanda de l'aide à son voisin.
« Caro, ton prénom, per favor. » Le secourut bien gentiment l'Italien avant de se tourner vers la sorcière. « Excusez-le. C'est juste qu'il n'était pas très chaud pour venir ici. Si on devait l'écouter, il n'y a aucun problème ! »
« Je n'y peux rien si tu vois le mal partout, mon cœur ! » Répliqua Camus en entrant dans son rôle. « Je m'appelle Gabriel. »
Pamphise lui offrit un sourire rassurant avant de commencer son interrogatoire. Si les premières questions furent assez classiques (au "comment vous êtes-vous rencontrés ?", Angelo ne put contenir un ricanement), elles devinrent au fur et à mesure de plus intime (le sexe ? C'était la seule qui ne posait pas encore problème. Vu l'intensité des disputes, les réconciliations étaient du tonnerre !).
Lorsqu'elle eut fini, elle resta silencieux quelques instants, prenant le temps de réfléchir. Les deux ors se regardèrent, se doutant bien que le moment était critique. Si la sorcière devinait qu'ils n'étaient pas un couple, la situation allait vite se compliquer.
Finalement, elle se tourna vers Camus.
« Et si vous nous disiez ce qui ne va pas ? »
Pour le coup, le Verseau eut toutes les peines du monde à cacher sa surprise.
« Je vous demande pardon ? »
Elle désigna le Cancer d'un signe de tête.
« Dans le chef de votre compagnon, tout est pour le mieux. Il aime et se sent aimé. De son côté, la relation est stable et sereine. Alors que chez vous... Quelque chose vous gêne dans votre couple. Je dois savoir de quoi il s'agit... »
Un coup d'œil en direction de son voisin lui apprit que, cette fois-ci, il devrait se débrouiller seul. Le Français poussa donc un long soupir avant de se tourner vers le Cancer, imaginant que c'était à une autre bête à pince qu'il faisait face.
« Je t'aime. » Commença-t-il de but en blanc tandis que l'Italien sursautait à la déclaration. « Le problème, c'est que c'est à peu près la seule chose dont je suis sûr à propos de nous deux. Je veux dire, on passe plus de la moitié de notre temps à se disputer pour des broutilles... Comment être sûr que ça ne cache pas quelque chose de plus profond ? Comment savoir si nos sentiments ne nous empêchent pas de voir la vérité en face ? Nous empêcher de voir, qu'en fait, ça ne pourra jamais être stable entre nous ? Je n'ai pas envie de courir ma vie entière après une relation qui sera toujours en dents de scie... »
Si Angelo semblait paralysé par le monologue de son " compagnon", Pamphise, elle, affichait un air satisfait. Elle réfléchit quelques instants avant de se lever de son fauteuil.
« Je pense savoir comment arranger votre problème... » Affirma-t-elle aux deux chevaliers. « Excusez-moi un instant, je reviens dans une dizaine de minutes... »
Et elle passa dans l'arrière-boutique sans se préoccuper de laisser ses clients sans surveillance. Camus y vit l'occasion parfaite pour mettre la main sur l'objet de leur mission. Il secoua Angelo, toujours pas remis de la déclaration du Verseau.
« Quoi ? » S'exclama le Cancer, enfin de retour parmi les conscients.
« Rends-moi service et surveille l'entrée de l'arrière-boutique. Normalement, ça ne devrait pas prendre longtemps... »
« Et quoi donc ? »
Mais le Français ne l'écoutait plus et le Cancer dut se résoudre à ne pas insister. Il se posta donc prêt du comptoir de la boutique, les yeux rivés sur la porte où Pamphise avait disparu.
Son attention fut très vite détournée par une étrange odeur d'iode qui envahit subitement les lieux. Il se tourna rapidement vers Camus et le vit, debout en plein milieu de la pièce, marmonner quelque chose dans ce qu'Angelo crut reconnaître comme du russe. Il y avait une drôle d'énergie autour de lui, assez proche de sa signature cosmique sans vraiment l'être.
« C'est quoi ce bordel ? » S'écria l'Italien, franchement pas à l'aise. « Camus, qu'est-ce que tu fous ? »
« Sort de localisation. » Répondit vaguement le Verseau. « Mon contact m'a assuré qu'il était efficace et à la portée de tous ceux qui possédaient une quelconque forme d'aura, notre cosmos compris. Tu as remarqué si quelque chose a changé ? »
« A part cette impression d'avoir le mal de mer, tu veux dire ? »
Le Verseau haussa un sourcil, intrigué, et le rejoignit rapidement. Ses narines furent aussitôt agressées par la même forte odeur d'iode, qui n'était pas sans lui rappeler la brise marine des côtes au large de Quimper. Comment avait-il pu la louper ? À moins que...
Lentement, il retourna sur ses pas. Au fur et à mesure qu'il s'éloignait d'Angelo et du comptoir, l'odeur s'amenuisait. L'esquisse d'un fin sourire se dessina sur ses lèvres : il venait de comprendre le fonctionnement du sortilège de Kira.
Tel Thésée dans le labyrinthe, il suivi son fil d'Ariane olfactif jusqu'à une cachette, dissimulée sous le parquet du comptoir. Lorsqu'il l'ouvrit, il y découvrit plusieurs fioles vides dont l'une d'elles attira le regard du Français. Si, aux yeux d'Angelo, rien ne semblait la distinguer des autres, son collègue, lui, crut un instant la voir briller un peu plus que ses compagnes.
Après avoir vérifié qu'il restait des résidus de la potion utilisée, Camus la dissimula dans ses poches.
« Paouez ! » Murmura-t-il comme on lui avait appris à cacher ses sorts.
Lorsqu'il releva les yeux vers le Cancer, ce dernier leva le pouce en l'air pour accueillir leur succès. Ils allèrent ensuite se réinstaller dans le canapé comme s'ils ne l'avaient jamais quitté. Ils patientèrent encore quelques instants avant de voir Pamphise réapparaître, un nouveau flacon, celui-là rempli, en main.
« Et voilà ! » Déclara-t-elle avec un grand sourire rassurant tandis qu'elle tendait la fiole au Verseau. « Buvez ça quand vous serez prêt ! »
« Et c'est tout ? » S'étonna Angelo, vraiment surpris pour le coup. « Pas de prescription, pas de cure ou autres trucs du genre ? Juste "Buvez quand vous serez prêt" ? »
Le sourire de la sorcière s'accentua davantage.
« Je vous l'ai déjà dit : l'amour est simple. Pourquoi le raviver serait différent ? Néanmoins, il y a bien quelque chose que j'aimerais voir entre vous... »
Les deux ors échangèrent un regard inquiet. Pourquoi avaient-ils un mauvais pressentiment ?
« Oui ? » Lâcha l'Italien du bout des lèvres, se préparant au pire.
Et il ne fut pas déçu.
« Rien de très contraignant, rassurez-vous. Je voudrais simplement que vous vous embrassiez. Pour symboliser votre nouveau départ. »
S'ils n'avaient pas été devant témoin, Camus aurait sans doute fusillé le Cancer du regard (et pas que). Cancer qui maudissait son besoin d'en faire trop : s'il n'avait pas ouvert sa putain de gueule, ils auraient pu l'éviter, ce putain de baiser !
Seulement, pas le choix. Pour le bien de leur infiltration et de Milo, ils allaient devoir jouer leur rôle jusqu'au bout. Mû et Milo leur pardonneraient... Le mieux était encore qu'ils ne soient jamais au courant.
Avant de devenir trop suspect, l'Italien s'approcha doucement du Verseau et l'embrassa, espérant que le Saint des glaces ait la bonne idée de rester dans son rôle. Mais Camus n'était pas l'espion de Grand-Pope pour rien et savait parfaitement rester convaincant, même lorsqu'il embrassait un homme en couple avec l'un des plus puissant (et dangereux) chevalier du Sanctuaire alors que lui-même sortait déjà avec un des assassins du Grand-Pope qui n'était pas vraiment réputé pour sa compréhension et son empathie.
Les deux chevaliers accueillirent la fin de la démonstration d'affection avec un certain soulagement. Pamphise, elle, affichait l'un satisfait de celle qui pensait avoir fait du bon travail.
« Eh bien, messieurs, je suis certaine que tout ira pour le mieux pour vous ! Vous formez un très joli couple ! »
Ils la remercièrent en balbutiant, la payèrent rapidement et sortirent de la boutique sans plus tarder. Une fois le plus éloigné possible de la boutique, les deux ors échangèrent un regard entendu.
« A propos de ce qui s'est passé à l'intérieur... » Commença Angelo.
« Vérone ? » L'interrompit brutalement Camus.
Le Cancer grimaça à la mention de leur première mission ensemble – et la première mission du Français tout court. Ça s'était tellement mal passé (quoiqu'il y avait eu un bon moment, même si c'était surtout ce point-là qu'ils auraient aimé oublier) que la ville de Roméo et Juliette était devenu pour eux le synonyme de "moment à rayer de nos rapports – et de notre existence. Merci de ne pas en faire allusion d'une quelconque manière".
« Vérone. » Confirma l'Italien.
Ce qui s'était passé dans la boutique restait dans la boutique. Pas besoin que certaines personnes (du genre, Shion) soient au courant de ce baiser et en profite pour foutre la merde dans le parfait amour qu'il filait avec son agneau lilas !
L'affaire réglée, ils se mirent en route pour le Sanctuaire. Ils avaient une bestiole à longues oreilles à retransformer en bête à pinces dorées !
SsSsSsS
« Je ne savais pas qu'Aiolia et toi étiez aviez eu une relation... »
Une petite moue étonnée se dessina sur le visage de Kira. Néanmoins, elle ne prit pas la peine de relever la tête, trop occupée à hacher ses feuilles de choux.
« Vraiment ? Pourtant, on était encore ensembles quand tu es arrivé... »
Hyoga haussa les épaules.
« Je me rappelle à peine avoir croisé Aiolia à cette époque ! Sans parler de Milo ! »
La sorcière grimaça à la mention du Scorpion.
« Lui, c'est normal. » Lâcha-t-elle du bout des lèvres, comme si parler de ça la révulsait. « Il était un connard à l'époque, en plus d'être un con... »
Elle trancha sa dernière feuille d'un coup sec et la lame du couteau tapa bruyamment contre la planche de bois. Puis, elle releva la tête, un sourire aux lèvres, comme si cette colère passagère n'avait jamais existé.
« Par contre, que tu ne te rappelles pas d'Aiolia, c'est plus étrange… Tu te souviens d'Aasir ? »
« Un peu… »
Le Cygne n'avait que très peu eu l'occasion de rencontrer Aasir du Lion, le maître d'Aiolia. Cependant, chaque rencontre lui avait laissé une forte impression. L'ancien Lion possédait un charisme bien différent de celui de son maître, mais un charisme indéniable.
« Ouais, lui, une fois que tu l'as rencontré, c'est difficile de l'oublier… Eh bien, dis-toi qu'à chaque fois qu'Aasir était là, Lia l'était aussi ! C'est quand même bizarre, cette histoire… Comment peut-on oublier Aiolia ? »
Il y avait une réelle tendresse dans la voix de la sorcière quand il parlait du Lion. En raison de quelques faits de vie dont Hyoga avait plus ou moins connaissance, Kira était une solitaire. Elle voyageait beaucoup et s'attachait peu. Le Russe avait longtemps pensé que Camus, et Isaac et lui par extension, était la seule exception. Mais, en l'écoutant, il devina qu'Aiolia occupait également une place toute particulière dans le cœur de sa compatriote. Tout comme Milo, dans une certaine mesure.
Il arrêta alors de découper sa pâte feuilletée et se rapprocha de la blonde.
« Tu l'aimes encore ? »
Son sourire prit une teinte plus nostalgique.
« D'une certaine façon, oui. » Admit-elle, presque dans un souffle. « On n'aime pas toujours de la même façon, Hyoga. Notre relation n'a jamais été basé sur de grandes passions. Nous étions des enfants et nous avions bien vu ce qui se passait entre Camus et Milo. Alors, on a voulu connaître la même chose. Ce n'était pas fait pour durer. Seulement, la tendresse a tendance à disparaître beaucoup moins vite que la passion… »
Elle conclut sa petite tirade en plongeant ses tranches de choux dans la poêle prévue à cet effet. Aussitôt le beurre se mit à frétiller. Kira surveilla un instant leur cuisson avant de relever les yeux vers l'adolescent.
« Et toi ? Les amours ? » Demanda-t-elle joyeusement.
Elle regretta presque aussi vite d'avoir posé la question. Dès qu'elle prononça le mot fatidique, le Cygne se décomposa.
« J'aurais pas dû poser la question, c'est ça ? » Fit-elle en grimaçant.
« Non, c'est pas ça… » Répondit le blond, mal à l'aise. « C'est juste… compliqué. »
Le dernier mot avait été lâché dans un soupir, faute d'avoir trouvé un autre qualificatif. Il n'en fallut pas moins à Kira pour comprendre la situation. La sorcière eut un petit reniflement amusé.
« Je vois… Si ça peut te rassurer, ça semble être pareil pour tous les Verseaux ! Regarde ton maître ! Aasir avait une théorie là-dessus : vous, les Saints des Glaces, vous aimez vous entourer de personnes énergiques, bouillantes. Simplement parce que ce sont les seules à pouvoir vous réchauffer le cœur… Et, au bout du compte, ça fait souvent des étincelles ! »
Le Bronze hocha pensivement la tête. Il était vrai que la relation de Camus et de Milo était loin d'être la plus simple du Sanctuaire, malgré l'évidence de leurs sentiments. Et ce n'était pas pour le rassurer quant à l'avenir de sa propre relation avec Ikki. Par contre…
« Mais, ton père, sa relation avec le maître de Milo était tout ce qui avait de plus saine, non ? »
La jeune femme se figea un instant à la mention de Nikolaï du Verseau. Hyoga, gêné, se mordit la lèvre inférieure. De ce qu'il savait, Kira entretenait une relation compliquée avec ce père qu'elle n'avait connu que très tardivement et qui l'avait laissé derrière lorsqu'il avait rejeté son armure et le Sanctuaire.
« Mon père et Alessandro s'aimaient trop… » Lui expliqua-t-elle néanmoins, une certaine émotion dans la voix alors qu'elle se rappelait cette période de sa vie. « Il disait souvent qu'un simple regard d'Alessandro le réchauffait plus que tout le soleil de Grèce. Tu les aurais vu, Hyoga… C'est à quoi devrait toujours ressembler l'amour. Quant Alessandro entrait dans la pièce, plus rien d'autre ne comptait aux yeux de mon père, pas même sa propre fille… »
Sa voix était un étrange mélange d'admiration, de tristesse et d'amertume. D'admiration pour cette amour, si grand. Tristesse, car elle savait comment l'histoire se terminait. Amertume, car, malgré tous ces efforts, tout cet amour venant de son père dont avait tant bénéficié le Scorpion. Elle, elle n'en avait jamais profité.
« Alors, quand Alessandro est mort, tout son univers s'est écroulé. Et ni Aasir, ni Camus, ni moi n'avons pu le ramener… Chaque jour devenait un peu plus froid autour de lui. Chaque jour nous rappelait combien ce doux sentiment pouvait faire souffrir… »
Elle marqua une pause de quelques secondes, comme si elle réfléchissait à la manière dont elle allait formuler la suite.
« Tu sais, quand je vois Camus et Milo, je ne peux pas m'empêcher de penser qu'ils ont cette image de leur maître dans la tête. Ils étaient aux premières loges, ils ont tout vu : l'amour, la passion, le désespoir, … J'ai parfois l'impression qu'ils n'osent pas s'engager entièrement parce qu'ils ont peur de finir comme mon père et Alessandro… »
Sans doute… Cependant, pas sûr que la technique fonctionnait. Hyoga se rappelait très bien les quelques jours qui avaient suivi la bataille du Sanctuaire, quand Milo en voulait au monde entier (et à lui plus particulièrement). Quand il tournait dangereusement en rond dans son temple, cherchant une désespérément une explication à la mort de Camus, prêt à exploser à tout moment sous le regard impuissant d'Aiolia. Lorsqu'il revoyait ses images, le Cygne ne pouvait pas s'empêcher de penser que Nikolaï avait dû livrer le même spectacle à ses proches.
« Bon ! Où en sommes-nous dans la recette ? » S'interrogea Kira en consultant son carnet argenté, bien consciente que l'atmosphère avait impérativement besoin d'être détendue. « Ah oui ! La viande ! On a quoi dans le frigo ? »
Hyoga vérifia le contenu du réfrigérateur un sourire aux lèvres. Cuisiner avec Kira était toujours une épreuve en soi. La Russe avait la fâcheuse tendance à se lancer dans ses recettes sans aucune préparation – y compris l'achat des ingrédients – et donc d'improviser avec ce qu'elle avait sous la main. Et tant pis pour la recette !
« Du haché de bœuf, ça convient ? » Demanda-t-il.
« Donc… » Lut-elle. « D'après Baba, il faut deux cent cinquante grammes de bam… »
Elle s'interrompit brusquement, une grimace écœurée au visage, avant de relever la tête vers le Cygne.
« En fait, du bœuf, ce sera parfait ! »
L'adolescent n'eut pas le loisir de demander plus d'explications. Un cosmos familier – et profondément désespéré – se répandit à travers le onzième temple pour annoncer son arrivée.
« Déjà ? » S'étonna Kira d'une voix forte en vérifiant l'heure quand Aiolia franchit la porte de l'appartement pour aller s'écrouler sur le canapé à quelques mètres de là. « Dans ma mémoire, les rencards duraient un peu plus longtemps que ça… »
« Y a pas eu rencard ! » Expliqua le Lion, presque dans un gémissement.
Voilà qui expliquait l'abattement du Grec… Tant de courageux efforts pour enfin oser approcher Marine et lui proposer de l'accompagner à Athènes pour une soirée réduits à néant par… par quoi au juste ?
« Qu'est-ce qui s'est passé ? » Demanda Hyoga en quittant la cuisine pour le salon.
« Shina. » Grogna le gardien du cinquième temple, comme si ce simple mot expliquait tout.
« Qui ? » Fit Kira en fronçant les sourcils.
« Une femme chevalier. On était sur le point de partir quand elle a débarqué chez Marine pour lui demander un immense service, qui, bien sûr, ne pouvait pas attendre. Je suis sûr qu'elle l'a fait exprès, cette vipère ! »
« Ophiuchus. » Le corrigea le Cygne, amusé. « Elle t'en veux encore d'avoir tué son disciple ? »
Dans la cuisine, Kira cessa la préparation de sa farce et passa la tête à travers le chambranle de la porte.
« Tu as tué quelqu'un ? »
« C'était pas voulu… » Se défendit Aiolia. « Très longue histoire ! Bref, du coup, Shina ne me porte pas vraiment dans son cœur. Et, puisque c'est une grande amie de Marine, elle fait tout pour me mettre des bâtons dans les roues ! »
« Pauvre chaton ! » S'exclama la sorcière d'un ton faussement compatissant. « Je t'ai connu plus courageux ! »
« On voit que tu ne la connais pas ! Au fait, Camus n'est pas encore rentré ? »
Son regard alla de Hyoga à Kira, en passant par la porte d'accès aux caves du onzième. L'adolescent secoua la tête tandis que sa compatriote haussa les épaules.
« Je ne pense pas qu'il rentrera avant d'avoir trouvé quelque chose… En attendant, rends-toi utile et viens-nous aider ! Les pirojkis ne vont pas se faire tous seuls ! »
SsSsSsS
Les pirojkis venaient de sortir du four quand Camus revint au Sanctuaire. Le Verseau fut donc accueilli dans son temple par la délicieuse odeur des pâtés feuilletés et la vision d'Aiolia gisant sur son canapé, en train de jouer avec la clé qui pendouillait sur le marque-page de sa dernière lecture.
« Déjà rentré ? » S'étonna-t-il.
Le Lion préféra étouffer son gémissement dans un cousin à proximité. Cela ne suffit cependant pas à couvrir le bruit et Kira, alertée, sortit de la cuisine. La Russe détailla le nouvel arrivant de la tête aux pieds avant de le considérer d'un œil critique.
« Tu m'as l'air entier, c'est déjà pas mal… » Murmura-t-elle, néanmoins pas assez bas pour échapper aux oreilles du Verseau.
« Et comment pensais-tu que j'allais revenir ? » Lui demanda ce dernier.
Pour toute réponse, la sorcière haussa les épaules. Elle se planta ensuite devant lui sans aucune explication et posa une main sur son épaule. Du coup de l'œil, il interrogea silencieusement Aiolia, qui avait entretemps sorti la tête de son cousin pour observer la scène. Le Lion lui fit clairement comprendre en levant les mains qu'il ne savait pas non plus ce qui avait piqué la jeune femme.
Au bout d'un petit moment assez étrange, elle enleva sa main de l'épaule du Français et fronça les sourcils.
« Rien… Bizarre… » Chuchota-t-elle pour elle-même avant de reprendre plus haut. « Tu as utilisé le sort que je t'ai donné ? »
« Euh… Oui. » Répondit Camus, qui ne voyait pas vraiment où son amie voulait en venir. « Pourquoi ? »
« Pour rien. Je suis juste impressionnée par tes facultés de dissimulation. Aucune trace de sortilège, que ce soit un de Pamphise ou le tien ! »
« Tu m'en vois ravi… »
Seulement, il n'avait déjà plus l'attention de la jeune femme. Aussitôt son inspection terminée, elle repartit dans la cuisine sans en dire plus.
« Y a des moments, je n'arrive vraiment pas à la suivre… » Déclara Aiolia en la regardant s'éloigner. « Et ça arrive plus de fois que je le voudrais ! »
Camus ne put qu'approuver d'un hochement de tête pensif. Il alla s'installer dans son fauteuil et fixa un instant son ami avant qu'un fin sourire ne se dessine sur ses lèvres.
« Tu cherches à connaître l'ennemi ? » Demanda-t-il au Lion en désignant l'Âne d'or, que ce dernier tenait entre les mains.
La question était tout ce qui avait de sérieux. Il était bien connu que le gardien du cinquième temple était quelqu'un d'excessivement curieux. Cela lui avait souvent valu quelques ennuis au sein du Sanctuaire, à se trouver là où il ne devrait pas être simplement parce qu'il voulait voir ce qui s'y passait. Mais, ce qui était généralement moins connu, c'était que cette curiosité se manifestait aussi par un désir intense d'apprendre, de se renseigner et de comprendre. Ayant vécu toute son existence entre les murs du Sanctuaire et n'y étant que très rarement sorti, il rappelait parfois à Camus un enfant qui, pour combler son désir de voir le monde, s'intéressait à tous les sujets possibles pour pouvoir se l'imaginer. Et le fait d'avoir en partie été éduqué par Aasir du Lion n'avait certainement pas arrangé les choses…
« On peut dire ça… » Lui répondit le Grec en posant le livre sur la table basse. « Tu l'avais laissé trainer. Je l'ai un peu feuilleté, mais impossible de me concentrer parce que Milo a commencé à braire comme un fou ! Hyoga est descendu voir il y a quelques minutes… »
Le Verseau prit alors conscience qu'effectivement, son disciple n'était visible nulle part.
« Tu parles d'un maître attentif ! » Plaisanta la voix de Kira à l'entrée de la cuisine. « Même pas capable de remarquer la disparition de ses élèves ! »
Elle était réapparue, un verre de jus de fruit dans les mains. Elle le tendit au Français, qui ne manqua pas d'hausser un sourcil.
« Pour récupérer ! » Expliqua la sorcière. « Tu as utilisé une partie de ton aura que tu n'as pas l'habitude de manipuler et ça t'a demandé plus d'énergie. Donc, tu as besoin de sucre et de vitamines. »
Sachant qu'il pouvait lui faire confiance, il but le verre sans hésitation. Il se sentit effectivement un peu mieux, moins fatigué. La blonde le fixa alors avec l'air triomphant de celle qui venait de prouver qu'elle avait raison. Et ce fut sans doute la raison pour laquelle il ne la remercia pas (son égo déjà bien trop développé n'avait pas besoin d'être un peu plus alimenté).
« Et donc, tu as trouvé quelque chose ? » Le questionna Aiolia qui considérait avoir été suffisamment patient et voulait des réponses.
Camus acquiesça. Il sortit le flacon qu'il avait récupéré chez Pamphise et le donna à la sorcière russe.
« Tu peux en retirer quelque chose ? » Lui demanda le Français, qui essaya de ne pas trop laisser transparaître son espoir.
La jeune femme examina le flacon sous toutes les coutures avant de s'exclamer, un grand sourire aux lèvres :
« Je vais voir ce que je peux faire ! »
Soudain, on frappa à la porte de l'appartement. Angelo était arrivé. Lorsque les deux chevaliers se tournèrent à nouveau vers la sorcière pour lui dire de se cacher, elle avait déjà disparu.
« Faut vraiment qu'elle arrête de faire ça ! » Grogna Aiolia. « Ou alors, elle m'apprend à faire pareil ! »
« C'est ouvert ! » Cria Camus.
Aussitôt, le Cancer apparut derrière la porte. Et derrière lui…
« Isaak ! » S'écria joyeusement Hyoga, qui venait juste de remonter des caves.
Le Cygne se précipita à la rencontre du Marina qui l'étreignit volontiers. Tandis que les deux anciens condisciples se retrouvaient, leur maître s'approcha dangereusement de l'Italien.
« Je pensais que tu ne savais pas ce qui était arrivé à mon élève… » Murmura-t-il tout bas à l'attention du Cancer.
« Ah non ! Tu m'as demandé ce qui était arrivé aux généraux de Poséidon. Nuance. » Répliqua ce dernier sur le même ton. « La prochaine fois que tu veux une information, caro, pose-moi directement la question au lieu de le faire de façon détournée… »
L'Italien affichait son air satisfait sans trop de gêne. Pouvoir se jouer de l'espion du Grand-Pope était un plaisir rare et il fallait l'apprécier à sa juste valeur. Son regard se posa alors sur Aiolia qui n'avait toujours pas quitté le canapé.
« C'était pas aujourd'hui que t'avais rencard avec ta rouquine, toi ? » S'étonna Angelo.
Le Lion ne prit même pas la peine de cacher son soupir.
« Vu comme tout le monde s'intéresse à ce rendez-vous, je vais finir par croire que vous avez parié sur son déroulement… »
« C'est pas notre genre, voyons ! » Se défendit le Cancer, outré que le Grec ait pu penser ça. « Néanmoins, j'aimerais beaucoup savoir pourquoi je dois dix billets à Shura… »
Bien que jusque-là en retrait dans cette conversation, Camus leva les yeux au ciel.
« Vous n'avez vraiment rien de mieux à faire ? Toi, ça ne m'étonne pas encore trop, mais Shura ! Je le pensais plus mature ! »
Angelo ouvrit la bouche pour répondre, mais Aiolia fut plus rapide :
« Alors, tu ne le connais pas aussi bien que tu le penses… Et, pour répondre à ta question, Angelo, je commence à comprendre que les Italiennes ont la rancune tenace ! »
Cela fit sourire le Cancer.
« Je vois… Pas de bol ! »
« Je ne te le fais pas dire ! »
Un léger toussotement d'Isaak attira leur attention.
« Est-ce qu'on pourrait revenir à notre problème de sorcière, s'il vous plaît ? » Intervint le Kraken.
Hyoga grimaça tandis qu'Aiolia et Camus échangèrent un regard ennuyé. Quand le Verseau avait proposé au gardien du quatrième temple de le rejoindre avec l'émissaire du Sanctuaire sous-marin, encore embrumé par ce qui s'était passez chez Pamphise, il avait oublié deux choses. La première, le fameux émissaire n'était pas au courant pour Milo. Il avait eu de la chance qu'il s'agisse d'Isaak, qui saurait garder le secret, et pas un autre Marina. La deuxième, aucun des deux ne savait qu'il avait demandé de l'aide à Kira.
Encore une fois, le cas d'Isaak ne posait pas trop de problèmes. En tant que disciple de Camus, il connaissait la sorcière russe et ne verrait aucun inconvénient à lui demander de l'aide. Par contre, il était difficile de faire connaître son intervention au Finlandais sans mettre également Angelo au courant…
Et c'est là que ça coinçait.
Les divers sanctuaires, qu'ils soient grecs ou d'ailleurs, aimaient rarement les sorcières. Les deux instances avaient en effet un passif compliqué et une entente délicate. Par le passé, certaines factions de sorcières – oui, parce qu'en plus, elles étaient divisées en factions et n'arrivaient pas plus à s'entendre que les dieux grecs – avaient essayé de défier les divinités car elles se considéraient comme leurs égales. Et, malgré leur cuisante défaite, certaines le croyaient encore et n'hésiteraient pas à s'en prendre à un dieu. C'est pourquoi elles étaient persona non grata dans la plupart des lieux consacrés à une divinité.
Or, dans cette affaire, une sorcière était déjà en cause et s'en était pris à l'un des plus puissants dieux grecs en attaquant son sanctuaire. Et eux avaient eu la bonne idée d'en mêler une deuxième, théoriquement d'une faction différente, et de la faire venir au Sanctuaire. Alors, d'accord, Kira les aidait gratuitement car elle se considérait plus proche d'Aiolia, Milo et lui que des sorcières de sa faction. Seulement, cette aide devait rester officieuse car elle foutait pas mal de bordel dans la politique mythico-mystique !
Conclusion : moins de personnes était au courant, mieux c'était. D'autant plus quand il s'agissait d'un assassin psychopathe accro aux massacres en manque de travail qui n'attendait que le moindre prétexte pour assouvir ses besoins.
« Mon contact est en train de travailler sur un antidote. » Expliqua finalement Camus. « A ce stade, on ne peut qu'attendre. »
« Votre contact ? » Releva Isaak en haussant un sourcil dans une imitation inconsciente de son maître qui amusa beaucoup le Lion et le Cancer.
« Une aide extérieure spécialisée dans les questions de sorcellerie… » Précisa Hyoga d'un ton complice.
Cela sembla suffire au général de Poséidon qui comprit de qui il était question. Angelo, par contre, passait de l'une à l'autre des personnes présentes dans le onzième temple pour espérer en apprendre plus.
« Donc, il n'y a que moi qui comprend rien, c'est ça ? »
Seul le sourire d'Aiolia lui répondit. Néanmoins, le message était plutôt clair.
Le Cancer était encore en train de grogner quand on tambourina à la porte, comme si la vie du nouvel arrivant en dépendait.
« Vous attendiez quelqu'un d'autre ? » S'étonna Isaak.
Camus secoua négativement la tête.
« Non, et je ne pense pas avoir gravé "espace de réunion" sur le fronton de mon temple… C'est ouvert ! »
La porte s'ouvrit aussitôt, laissant apparaître Shun et Aphrodite, visiblement habillés pour sortir en boîte.
« Qu'est-ce que vous foutez-là, tous les deux ? »
Le Poisson dévisagea Angelo, qui venait de poser la question, avant de lui offrir un sourire éblouissant :
« Je pourrais te poser la même question, Angie… Seulement, on a un timing serré, Shun et moi, et on n'a pas vraiment de temps de papoter ! »
« Dans ce cas, que me vaut le plaisir de votre visite ? » Intervint Camus d'un ton neutre.
Comme s'il s'agissait d'un signal, Shun s'approcha de Hyoga et le saisit par le bras.
« 'Dite et moi, on a décidé que tu devais sortir avec nous ! » Expliqua-t-il à son meilleur ami. « Pour te changer les idées ! »
« Oh, le pauvre gosse… » Murmura l'Italien, plus pour lui-même qu'autre chose.
Le Cygne, lui, s'était figé dès qu'Andromède avait prononcé le mot « sortir ».
« Tu veux que je… Mais pourquoi ? » Réussit néanmoins à articuler le blond.
Le Bronze aux cheveux verts le fixa un instant. Si ses yeux avaient pu parler, ils auraient traité le Russe comme le dernier des abrutis devant une réponse aussi évidente.
« Peut-être parce que j'en ai marre que tu déprimes tout seul dans ton coin ! Toujours travailler aux archives, c'est pas bon pour le morale ! Sortir te changera les idées ! »
« Je rêve, ou il essaie vraiment de te faire croire que c'est pour ton bien ? » Chuchota Isaak à son ancien condisciple, qui ne connaissait pas beaucoup les deux énergumènes.
Mal lui en prit car son intervention attira l'attention d'Aphrodite, qui ne l'avait pas encore remarqué. Le Suédois le détailla de la tête aux pieds avant d'afficher un sourire de prédateur qui venait tout juste de déterminer la proie qui ferait son repas.
« Mais ton ami peut nous accompagner, s'il veut… » Ronronna-t-il presque.
« Pardon ? »
« C'est décidé, on les embarque tous les deux ! » S'exclama joyeusement le Poisson avant que le Kraken ne puisse reprendre ses esprits et refuser.
Il saisit le bras d'Isaak et l'entraîna dehors tandis que Shun faisait pareil avec Hyoga qui n'osa pas protester et laisser son ami aux mains de ces deux-là.
« Promis, Camus, je te les ramène avant minuit ! » Déclara l'aîné du groupe à travers la porte. « Ou peut-être minuit trente ! »
Le calme revenu, les trois chevaliers rescapés échangèrent un regard consterné, n'ayant toujours pas complétement compris ce qui venait de se passer.
« Et tu les as laissés embarquer tes disciples sans rien dire ? » S'étonna Angelo quand ils eurent repris leurs esprits.
Camus haussa les épaules.
« A ce stade, on ne peut qu'attendre. Autant qu'ils s'amusent ! Et puis, si tu sais comment dire non à Aphro quand il a décidé de faire quelque chose, je t'en prie, partage l'astuce ! »
SsSsSsS
Sur une plage à l'autre bout de l'Europe, une femme marchait pieds nus sur le sable froid. C'était une vieille habitude chez elle. Elle adorait sentir les vagues s'échouer à ses pieds tandis que les derniers rayons de soleil lui caressaient la peau. Bientôt, il laisserait place à la lune et aux étoiles et la légère brise marine deviendrait moins supportable sans la chaleur du disque solaire. Cela ne l'empêcherait pas d'observer encore un peu les astres doucement se refléter dans les flots, et espérer apercevoir au loin ce qu'ils dissimulaient depuis des siècles.
Soudain, elle se figea. Elle venait de repérer une aura qu'elle n'avait plus ressentit depuis longtemps. Etrange…
Elle jeta un dernier regard en direction de l'astre solaire qui s'effondrait petit à petit dans l'horizon et prit la direction de son manoir sur un éperon à quelques mètres de là.
Elle avait des choses à vérifier…
Suite et fin dans le prochain chapitre !
Des remarques ? Des critiques ? Comment pensez-vous que cette histoire va se terminer ? N'hésitez surtout pas à me donner vos impressions !
Dans tous les cas, merci d'avoir pris le temps de lire cette histoire !
Je publierai le dernier chapitre lundi prochain !
À très vite ! Et que la Pythie soit avec vous !
Nerya.
Dans le prochain épisode :
Une fiesta et des nouveaux problèmes à régler !
