Ami du jour, bonjour ! Ami du soir, bonsoir !

Voilà la troisième et dernière partie de L'âne d'or. J'espère que vous avez aimé lire cette histoire autant que j'ai aimé l'imaginer et l'écrire.

Un grand merci à tous ceux qui ont pris la peine de lire les chapitres précédents, et un plus grand encore à ceux qui ont pris le temps de laisser une petite trace de leur passage par un favori, un follower ou une review ! Merci aussi à Staffy pour la correction !

Il ne me reste plus qu'à vous souhaiter una abonna pythie lecture !

Disclaimer : Aucun des personnages torturés ci-dessous n'est à moi, mais bien à Masami Kurumada. Quant aux OC's introduits ou évoqués dans cette fic, ils sortent de ma petite caboche… ou bien de certaines légendes. Saurez-vous toutes les reconnaître ?


Parfois, Hyoga détestait son meilleur ami. Particulièrement quand il le trainait dans ces soirées, qu'Andromède aimait autant que le Cygne les détestait, soi-disant pour lui changer les idées. Et plus encore quand, après avoir réussi à l'amener dans ce lieu horrible, il le plantait pour aller danser avec le premier inconnu à son goût.

Cette fois-là faisait partie de ces moments. Accoudé au bar, un verre de limonade devant lui, il regardait ses amis s'amuser sur la piste de danse en déprimant.

Dès qu'ils étaient rentrés dans l'établissement (et il cherchait encore comment Aphrodite avait réussi à y faire rentrer des mineurs…), le Suédois avait entrainé Isaak sur la piste, sans que ce dernier n'ait la possibilité de protester. Et, vu comme le Poisson était parti, le Marina n'était pas près de quitter le dancefloor avant la fin de la soirée… Au début, Shun avait un peu râlé d'être ainsi laissé sur le banc de touche. Néanmoins, il avait très vite repris contenance et avait invité un beau brun à danser.

Hyoga s'était donc posé au bar, avec l'intention de ne pas le quitter de la soirée. Il avait commandé un soda, ce qui lui avait valu un regard étrange de la part du serveur (s'il y en avait à la carte, c'est que certains clients en buvaient, non ?), et s'était forcé à regarder le bonheur des couples/duos sur la piste.

Si seulement Shun pouvait un jour comprendre que ce genre de sortie faisait tout, sauf lui remonter le moral…

« Tu sais, le principe de sortir en boîte, c'est de t'amuser ! Pas de déprimer au bar ! » Plaisanta la voix de son meilleur ami sur sa gauche.

Englué dans ses mauvaises pensées, le blond n'avait même pas remarqué qu'Andromède avait délaissé son partenaire pour se désaltérer. Le Japonais leva la main pour attirer l'attention de serveur et désigna ensuite deux verres de tequila qui trainaient à proximité. Le serveur hocha la tête pour montrer qu'il avait compris avant de prendre la commande d'autres clients.

« Je vois pas l'intérêt de ce genre de soirée. » Avoua le Russe.

« C'est parce que tu ne fais même pas l'effort d'essayer ! Invite quelqu'un à danser ! Flirte un peu ! »

« Je te rappelle que je suis en couple… »

Shun haussa les épaules.

« Flirter, c'est pas commettre l'adultère que je sache ! »

Dans un coin de sa tête, Hyoga avait encore l'image du chevalier d'Andromède lors du tournoi intergalactique. Naïf et innocent… Il avait bien évolué depuis. Des cinq Bronzes, c'était sans doute lui qui avait le plus changé. Hyoga était resté aussi sensible et mélancolique qu'à leur début (au grand désespoir de Camus, d'ailleurs), Seiya aussi enthousiaste et difficile à suivre, Shiryu aussi sérieux et discipliné et Ikki aussi solitaire et colérique. Mais Shun, lui, avait perdu sa naïveté. Et son innocence s'était fait la malle depuis bien longtemps.

Seiya avait une théorie là-dessus (comme sur beaucoup d'autres choses d'ailleurs). Selon lui, cette transformation était dû à la combinaison des responsabilités qui leur étaient tombées dessus après la bataille du Sanctuaire, sa possession par Hadès, mais aussi la prise de conscience à la fin de la Guerre Sainte qu'on leur offrait une deuxième chance et qu'ils n'avaient pas le droit de la gâcher…

N'empêche que, parfois, Shun mettait en pratique avec un peu trop d'application la notion de Carpe Diem

« Et puis, c'était pas comme si Ikki était là pour vérifier… » Ajouta Andromède distraitement.

Il était impossible de rater le sursaut du blond lorsqu'il mentionna le Phénix.

« Tu sais, Hyoga, si tu tiens vraiment à ce qu'Ikki ramène sa fraise, il y a un moyen infaillible pour y arriver… »

« Ah oui ? » S'exclama son ami, peu convaincu. « J'aimerais bien savoir comment… »

Le serveur finit par apporter les verres et Shun le remercia d'un sourire trop chaleureux pour être sans arrière-pensée. Puis, il s'approcha du blond et lui murmura à l'oreille :

« Mets-toi en danger, et il débarquera aussitôt ! »

Sa phrase à peine achevée, il partit rejoindre son partenaire de danse, les deux verres de tequila entre les mains. Et Hyoga se retrouva à nouveau seul avec sa limonade.

« Peine de cœur ? »

Il se tourna la tête vers sa gauche et vit une femme aux longs cheveux de jais et au regard métallique s'asseoir à la place que Shun avait quitté quelques secondes auparavant.

« Quelque chose comme ça… » Répondit-il laconiquement alors que le serveur prenait sa commande.

La femme lui offrit un sourire compatissant.

« Ce n'est jamais facile, pas vrai ? »

« En effet. »

Le Cygne était volontairement distant. Il ne connaissait cette femme ni d'Eve, ni d'Adam, sans compter qu'elle ne lui inspirait étrangement pas confiance. Et son expérience lui avait appris que l'instinct était toujours meilleur conseillé que les impressions objectives (n'en déplaise à Seiya…).

« Vous n'êtes pas d'ici, je me trompe ? »

Là, elle ne prenait pas grand risque. Des blonds aux yeux bleus en Grèce, ce n'était pas ce qu'il y avait de plus courant…

« Effectivement, je viens de Russie. »

« Ah la Russie ! » Soupira-t-elle, comme nostalgique. « J'ai connu un Russe, il y a quelques années… Alexei… C'était un homme adorable… »

L'impression du malaise du Bronze ne s'arrangea pas avec cette affirmation. Il se dégageait définitivement quelque chose d'étrange chez cette femme. Heureusement, le serveur vint lui apporter sa commande et elle se leva pour repartir d'où elle était venue.

« C'est là que nous nous quittons. » Déclara-t-elle, solennel. « Passez une bonne soirée. »

« Vous également. » Répondit-il poliment, mais pas mécontent que cette discussion s'achève là.

Cependant, avant de s'éloigner, elle posa une main sur son épaule, comme un geste de réconfort.

« Ne vous inquiétez pas pour votre problème de cœur… Cela finit toujours s'arranger… »

Ensuite, elle disparut dans la foule des danseurs.

« Ça, c'était bizarre… » Murmura le Russe en vidant son verre.

Il appela aussitôt le serveur. Après tout, cette rencontre valait bien une vodka…

SsSsSsS

Hyoga et Isaak rejoignirent le onzième temple à minuit vingt-neuf. Et ils eurent la surprise en passant la porte de l'appartement de Camus de voir ce dernier et Aiolia disputant une partie d'échec à même le sol.

« Mais qu'est-ce que vous foutez ? » S'étonna le Kraken.

« On joue aux échecs. » Répondit Aiolia, en déplaçant un pion. « Pourquoi, ça ressemble à autre chose ? »

« Petite rectification : Aiolia bouge ses pièces aléatoirement dans l'espoir de gagner une partie… » Ajouta son adversaire d'un ton moqueur, presque hautain.

« J'ai dit que je connaissais les règles. » Se défendit le Grec. « Pas que j'étais un champion de la stratégie ! »

« Encore heureux… »

Après quelques instants de réflexion, le Français se saisit de sa reine et renversa le roi adverse.

« Echec et mat ! » S'exclama-t-il avant de lever les yeux vers ses disciples. « Vous avez passé une bonne soirée ? »

« Pas mal ! » Mentit le blond en s'installant dans le canapé. « Mais je crois qu'Isaak a encore plus apprécié ! »

Le Kraken devint aussi rouge qu'une pivoine. Les deux Ors lui jetèrent un regard curieux, mais ne posèrent aucune question. Il était trop tard pour cuisiner le poulpe…

« Des nouvelles de Kira ? » Demanda plutôt le Finlandais en allant s'installer à côté de son ancien condisciple.

Camus interrogea discrètement Hyoga du regard.

« Je lui ai tout expliqué. » Lui assura le blond.

« Elle est passée il y deux heures. » Les informa Aiolia. « Bonne nouvelle, elle peut tirer quelque chose du flacon que Camus lui a rapporté, mais ça va prendre un long moment… »

« Pamphise a vraiment transformé Milo en âne ? » Demanda le Marina, aussi étonné qu'amusé.

Hyoga désigna la porte des caves, où, si l'on tendait bien l'oreille, on pouvait entendre les braiments d'un âne.

« Et de votre côté ? » S'enquit Aiolia, que la question taraudait depuis qu'il avait lu le dossier de l'affaire dans le bureau de Shion. « A qui s'en est-elle prise ? »

Isaak se dandina sur son siège, soudainement mal à l'aise.

« Pas à Poséidon, quand même ! » Plaisanta le Lion.

Il perdit bien vite l'envie de rire quand il vit le visage du plus jeune se décomposer.

« Elle s'est attaquée à un dieu ? » S'exclama Hyoga qui, comme le Lion, n'arrivait pas à dissimuler son choc face à la révélation. « Quelle personne saine d'esprit s'en prendrait à un dieu, d'autant plus à un aussi rancunier que Poséidon ? »

« Kanon l'a bien fait… » Fit remarquer le Verseau.

« On a dit saine d'esprit, Camus. »

Si Isaak n'était pas dans un tel état de panique, il aurait sans doute ri à la remarque d'Aiolia. Mais, là, rien à faire, il était paralysé par la bourde qu'il venait de commettre. Personne ne devait être au courant de l'identité de la victime de Pamphise. Même le Grand-Pope ignorait de qui il s'agissait. La réputation de leur dieu, et a fortiori de leur Sanctuaire, en dépendait. Et lui, comme le dernier des abrutis, il avait laissé fuiter l'information !

« Vous garderez ça pour vous, hein ? » Leur demanda-t-il, presque suppliant.

Il avait l'impression d'être de retour sept ans en arrière, alors qu'il venait de faire une très grosse bêtise et qu'il implorait son maître de ne pas le renvoyer chez son père en Finlande. Hyoga lui tapota gentiment l'épaule.

« Ne t'inquiète pas ! On ne dira rien ! » Le rassura son ancien condisciple.

« Mais en contrepartie, tu ne dis rien aux autres à propos de Milo ! » Ajouta Camus. « Et surtout pas à Kanon ! Ça ferait le tour des deux Sanctuaires et des Enfers ! »

Isaak acquiesça de vifs hochements de tête. Ça lui convenait parfaitement. D'autant plus qu'il n'avait jamais eu l'intention de vendre la mèche à propos du Scorpion. Il avait bien trop de respect pour son ancien maître pour ternir ainsi la réputation de son compagnon.

« Mais j'y pense ! » S'exclama soudainement Aiolia. « Vous ne deviez pas recevoir une ambassade des Enfers ces jours-ci ? »

Ça lui valut les regards surpris des trois autres.

« Comment tu es au courant de ça, toi ? »

Aiolia haussa les épaules.

« 'Ros et moi avons dîné au troisième la semaine dernière. Saga nous a dit que Kanon était sur les nerfs à cause de cette visite… »

« M'en parlez pas ! » Grogna Isaak. « Déjà que Sorrento et lui étaient super chiants car "tout devait être parfait", alors, avec cette histoire, ils sont carrément insupportables ! Heureusement, Kaasa est bon comédien ! »

« Tu veux dire que… »

« Que vouliez-vous qu'on fasse ? Si les Enfers apprennent que notre dieu est temporairement une loutre infernale, je ne veux même pas imaginer l'humiliation ! Et Kaasa est assez puissant pour tromper les Spectres lambda ! »

« Et le juge qui les accompagne ? »

Le Kraken sourit.

« Kanon a assuré qu'il se chargeait de faire en sorte qu'il ne remarque rien… »

« Je vois… »

La conversation fut soudainement interrompue par un bâillement du côté de Hyoga. Camus ne put s'empêcher de sourire tendrement. Celui lui rappelait la Sibérie, lorsque le Marina et le Bronze n'étaient que des enfants qui luttaient contre sommeil chaque soir pour voir leur maître travailler la maîtrise de son cosmos à la nuit tombée.

« La journée a été longue… » Déclara-t-il doucement. « Et je ne crois pas que Kira donnera encore signe de vie cette nuit… Nous ferions mieux d'aller nous coucher… »

Aiolia approuva d'un bâillement.

« Tu m'autorises à squatter ton canapé ? J'ai pas envie de répondre aux questions d'Aioros, ni de me farcir les sermons de Shaka pour l'avoir dérangé à une heure pareille… »

« A ton aise. Isaak ? »

« Le Grand-Pope m'accueille au treizième, mais j'ai un peu peur de déranger Aphrodite et Shun… »

« On peut partager mon lit. » Proposa gentiment Hyoga. « C'est pas comme si on l'avait jamais fait. »

« Si ça ne te dérange pas… Et que tu es certain qu'Ikki n'y voit pas de menace… »

Tous les muscles du corps du Russe se tendirent à la mention du Phénix.

« Ikki aurait son mot à dire sur les personnes qui partagent mon lit le jour où il arrêtera de le quitter en pleine nuit ! »

Voilà qui était dit… Camus et Aiolia échangèrent un regard entendu. Ikki allait avoir une sérieux discussion avec eux à son retour. Ou bien ils enverraient Milo. Si tant est que Milo soit en état d'être envoyé…

SsSsSsS

Lorsqu'Isaak ouvrit les yeux, il sentit que quelque chose clochait. L'esprit encore embrumé par le sommeil, il lui fallut un petit temps pour se rappeler qu'il n'était pas dans sa maison au Sanctuaire sous-marin, mais dans le temple de son maître, au sanctuaire d'Athéna. Plus précisément dans la chambre son ancien condisciple.

C'est à ce moment qu'il comprit ce qui n'allait pas. Il était censé partager son lit avec Hyoga. Or, le Bronze n'était pas là.

Il se leva d'un bond, enfila en triple vitesse son t-shirt et se précipita dans le salon. Paniqué, il balaya du regard la pièce, mais n'y vit qu'Aiolia endormi sur le canapé. Aucune trace du Cygne.

« Tu cherches quelque chose ? » Demanda tout bas une voix grave qu'il n'avait plus entendue depuis longtemps.

Kira était installée dans un fauteuil, les jambes nonchalamment passées au-dessus d'un accoudoir. La sorcière le gratifia d'un clin d'œil avant de lui faire signe de ne pas faire trop de bruit, désignant d'un geste de la tête le Lion endormi sur lequel elle semblait veiller. Si elle était surprise de le retrouver vivant, elle n'en montra rien.

« Hyoga n'est plus dans sa chambre. » Expliqua-t-il sur le même ton que la Russe. « Et j'ai un mauvais pressentiment… »

La jeune femme fronça les sourcils et fit apparaître son carnet argenté qu'elle feuilleta rapidement. Soudain, elle fit repasser ses jambes de l'autre coté de l'accoudoir pour prendre appui et relut un passage de son carnet. Lorsqu'elle leva les yeux vers le Marina, il put y lire sa panique.

« Va réveiller ton maître, Isaak ! »

Le Kraken s'exécuta aussi tôt et se précipita dans la chambre du Verseau. Pendant ce temps, Kira posa les yeux sur Aiolia. Le Grec n'avait jamais été facile à faire émerger, et pas particulièrement agréable au réveil...

« 'Lia… » Murmura-t-elle doucement en le secouant. « Il faut que tu te réveilles… »

Le Lion grogna en retour.

« Aiolia ! » Répéta-t-elle un peu plus fort.

« Laisse-moi dormir, Kira. » Grogna-t-il à nouveau sans pour autant ouvrir les yeux. « Je t'aime, mais quand même… »

La sorcière ne put s'empêcher de sourire tendrement… Avant de se rappeler qu'ils n'avaient pas le temps de faire dans la dentelle. Elle s'accroupit donc au plus près des oreilles du Grec et siffla de toutes ses forces.

Aussitôt le chevalier se leva d'un bond.

« Bordel Kira ! » S'écria-t-il de très mauvaise humeur. « C'est pas quelques heures de plus en âne qui vont traumatiser Milo ! Ça pouvait attendre le matin ! »

Elle lui colla alors son carnet sous le nez. Le Lion pâlit.

« Je rêve, ou tu nous espionnes ? »

« Hyoga a quitté le Sanctuaire, crétin ! » S'énerva-t-elle. « En pleine nuit, ce n'est pas normal ! »

« Comment ça, Hyoga a quitté le Sanctuaire ? »

Camus, au contraire de son meilleur ami, ne paraissait pas être tombé du lit. Il était bien réveillé et les sens en alerte. Derrière lui, Isaak cachait bien mal son inquiétude.

« Visiblement, il se dirige vers Athènes. » L'informa Kira.

Le Verseau lui arracha le carnet des mains et le parcourut à toute vitesse. Il pâlissait à vue d'œil.

« Camus ? » S'inquiéta Aiolia, qui n'avait plus vu son ami dans cet état depuis bien longtemps.

« On dirait qu'il va chez Pamphise. » Expliqua le Verseau avant de se tourner vers Isaak. « Tu as remarqué quelque chose quand vous êtes sortis ? »

Le Finlandais secoua négativement la tête, aussi pâle que son maître.

« Pas le temps de comprendre ! » Intervint Aiolia. « Kira, est-ce que tu pour… »

Mais la sorcière avait déjà disparu.

« Elle aurait pu nous attendre ! » Grogna le Lion. « Et comment on fait, nous, pour les rattraper ? On ne sait pas se téléporter, nous ! »

« Elle ne se téléporte pas, elle joue sur l'attention visuelle. » Le corrigea machinalement Camus. « C'est une sorcière, pas une Atlante ! »

Atlante… Voilà la solution ! Les deux chevaliers se regardèrent, de connivence, ayant pensé à la même chose.

« Quatrième ou premier ? »

Camus baissa les yeux vers le carnet de Kira, toujours entre ses mains. Il se concentra sur le cosmos de Mû. Aussitôt une nouvelle ligne apparut sur la page blanche.

« Quatrième. »

« Les souterrains ? »

« Les souterrains. »

« Quels souterrains ? »

Les deux Ors se tournèrent vers Isaak, qui peinait de plus en plus à suivre la discussion. Aiolia lui sourit.

« Isaak, on va rajouter un secret de plus sur la liste des choses à dissimuler à ton dieu… »

SsSsSsS

Lorsqu'on tambourina la porte de son appartement, Angelo crut à un rêve et enfouit un peu plus son nez dans la chevelure lilas de son compagnon. Mais, lorsque le boucan persista, il se mit à grogner.

« Putain, si c'est Aphro qui a encore oublié un truc "urgentissime" qui pouvait attendre demain, je le défonce ! »

« Angelo, ton langage ! » Le réprimanda Mû, par réflexe, alors qu'il dormait à moitié.

L'Italien l'embrassa dans le cou pour se faire pardonner. Pendant ce temps, le vacarme continuait toujours.

« Qui que ce soit, je vais le tuer ! » Maugréa le Cancer en quittant à regret la chaleur de son lit et de son compagnon.

« Dans ce cas, n'oublie pas de nettoyer les restes avant de venir te coucher… »

Angelo ne put retenir un sourire idiot de fleurir sur ses lèvres. Bordel, ce qu'il pouvait l'aimer, son Atlante !

Il ne prit pas la peine de mettre un t-shirt et se dirigea tambour battant vers la porte d'entrée. Il ouvrit celle-ci d'un geste énervé et découvrit Camus, le chaton et mini-Verseau version Poséidon, des mines paniquées peintes sur le visage et l'armure du Verseau et du Lion sur le dos de leur propriétaire.

« Qu'est-ce que vous foutez-là ? » Grogna-t-il sèchement, aussi étonné qu'en colère.

« Mû est là ? » Demanda Camus, ignorant totalement sa question.

« Camus ? Aiolia ? » S'étonna Mû qui apparut dans le salon du Cancer, vêtu d'un pantalon et d'une chemise trop grande pour lui. « Qu'est-ce qui se passe ? »

« Pas le temps de t'expliquer. J'ai besoin que tu nous téléportes à Athènes… »

Angelo reconnut immédiatement l'adresse que leur donna le Verseau.

« C'est quoi le souci avec Pamphise ? » Demanda-t-il, s'attirant un regard curieux du côté de Mû.

« Elle s'en est prise à Hyoga. »

D'où l'air inquiet des trois personnes devant lui… Il attrapa le premier t-shirt qui trainait et l'enfila en vitesse.

« Besoin d'aide ? »

La reconnaissance qui brilla un instant dans le regard du Français valait sans doute tous les « mercis » de la terre.

« Je téléporte tout le monde ? » Demanda Mû alors qu'Angelo et lui appelaient à eux leur propre armure.

Camus secoua la tête.

« Isaak reste ici. »

« Quoi ! »

Visiblement, le principal intéressé n'était pas au courant…

« On ne sait pas de quoi Pamphise est capable. J'ai besoin que tu restes ici au cas où ça tournerait mal. » Se justifia le Verseau d'un ton qui ne tolérait aucune protestation de son ancien disciple.

Le Kraken soupira, s'avouant vaincu, et alla s'asseoir dans le canapé du Cancer.

« Et fais pas trop de bruit ! » Le prévint ce dernier alors que les quatre ors disparaissaient. « Kiki dort dans la chambre des apprentis ! »

SsSsSsS

Les quatre chevaliers d'or atterrirent dans un véritable champ de bataille. La boutique de Pamphise était ravagée : les étagères étaient renversées, les fioles détruites et leur contenu répandu sur le sol. Et, au centre de ce capharnaüm, Kira et Pamphise se faisaient face, l'aura électrique. Hyoga, lui, était assis sur le même canapé rouge sur lequel Camus et Angelo avaient joué les couples quelques heures plus tôt. Le Cygne semblait complétement indifférent à ce qui se passait devant lui, parfaitement immobile et les yeux vides.

Aiolia voulut s'avancer vers l'adolescent, mais Camus le retint.

« Si tu bouges, tu risques de déconcentrer Kira et d'attirer l'attention de Pamphise… »

« Et tu comptes rester là à les regarder ? »

Le Verseau ne répondit pas. À la place, il jeta un regard entendu à Mû, qui comprit immédiatement. L'Atlante posa la main sur l'épaule du Lion et les téléporta tous les deux auprès du Bronze. Aussitôt, le Grec s'agenouilla à hauteur du blond, prit son bras sans aucune résistance et sentit son pouls. Il leva ensuite le pouce en direction du Verseau et du Cancer. Hyoga allait bien.

Rassuré par cette nouvelle, Mû amorça le geste pour les emmener loin de la boutique, mais la voix de sa propriétaire l'empêcha d'aller plus loin :

« Je ne ferais pas ça, si j'étais toi… Du moins si tu tiens à son esprit. »

Le Bélier figea immédiatement son geste.

« Laisse-le tranquille ! » Tempêta Kira, son accent accentué sous la colère.

Cela fit sourire Pamphise.

« Sinon quoi ? » Demanda la sorcière grecque, pas vraiment impressionnée par son homologue russe. « Tu crois pouvoir me menacer, gamine ? Surtout après notre dernière rencontre ? »

La blonde se raidit encore plus. Puis, subitement, sa rage explosa. Son aura se chargea d'une énergie électrique et se concentra plus particulièrement dans son poing. Avec une vitesse qui n'avait rien à envier à certains chevaliers, elle se précipita sur Pamphise.

Elle n'atteignit jamais sa cible.

La sorcière grecque leva simplement la main et stoppa aussi vite l'attaque de la plus jeune. Pire encore, elle profita de la proximité avec son adversaire pour la saisir par le poignet et l'envoyer valser contre un mur.

« Kira ! »

Aiolia s'était redressé d'un bond, prêt à aller lui porter secours. Seulement, lorsqu'il voulut se rendre auprès d'elle, il ne put faire le moindre pas. Ses jambes, subitement lourdes, refusaient d'avancer. Un regard en direction de Mû, puis vers Angelo et Camus lui apprit que c'était également leur cas.

« Vous savez pourquoi vous ne pourrez jamais me battre ? » Sourit Pamphise en les regardant tour à tour comme un chat tournait autour de sa proie. « Vous êtes si jeunes, si irréfléchis… Si vous aviez mon expérience, vous auriez su qu'il ne faut jamais se précipiter dans la gueule du loup. Et vous sauriez qu'une sorcière ne reçoit jamais ses invités sans un minimum de décorum… »

Elle baissa les yeux et, lorsqu'ils suivirent son regard, ils remarquèrent des flaques de potions à leurs pieds. Flaques qu'ils avaient cru être les débris de la confrontation entre les deux sorcières et qui se révélaient plutôt être un piège…

« Troia ! » Jura Angelo, en rage.

Ni Mû, ni Camus ne lui reprochèrent l'insulte. Après tout, ils pensaient exactement la même chose…

Le Cancer, dans son excès de colère, déchaîna son cosmos. Faisant preuve d'une volonté à toute épreuve, il réussit se libérer de l'emprise de la sorcière et se précipita sur elle, prêt à lui lancer une Vague d'Hadès dont elle se souviendrait. Seulement, se dégager du piège lui avait couté pas mal d'énergie et Pamphise fut plus rapide. Elle évita son attaque et profita que ce dernier avait baissé sa garde pour l'attaquer à son tour. L'Italien fut projeté contre le mur opposé à celui contre lequel gisait Kira et retomba violemment sur des débris de verre.

« Angelo ! » S'écria Mû.

Pamphise s'approcha du Cancer à moitié conscient et s'agenouilla pour être à sa hauteur.

« Impressionnant… Quelle volonté ! » Déclara-t-elle, avant de se relever et de se tourner vers Camus. « J'avoue que vous m'avez bien amusée, tous les deux… Je n'aurais jamais cru que vous iriez si loin, c'était un sacré spectacle ! »

Alors que le Bélier lançait un regard interrogateur à Camus, elle se dirigea vers le canapé où Hyoga n'avait toujours pas bougé, ignorant complétement les deux chevaliers d'or qui se trouvaient à proximité.

« Si jeune… » Murmura-t-elle en s'approchant dangereusement du blond. « Si mignon… »

Elle tendit la main vers l'adolescent, comme pour lui caresser la joue, mais la retira subitement. Elle la fixa, les yeux écarquillés, ne pouvant pas détacher son regard de la plume orangée qui venait de s'y planter.

« Qu'est-ce que… »

« Touche-le, et tu auras affaires à moi ! » Retentit une voix grave.

Ikki venait d'apparaître, comme sorti de l'enfer, dans un tourbillon de flammes…

« On peut lui reprocher tout ce qu'on veut, mais il sait soigner ses entrées… » Ne put s'empêcher de faire remarquer Aiolia.

Mais Pamphise ne semblait pas plus impressionnée que ça. Elle toisa le nouvel arrivant de la tête aux pieds et sourit.

« Vraiment, et que comptes-tu faire ? »

Une odeur d'iode envahit brusquement la pièce.

« Lui, pas grand-chose. Par contre, il me semble qu'il est temps pour moi d'intervenir… »

Profitant de l'apparition magistrale du chevalier du Phénix, quelqu'un d'autre avait à son tour fait son entrée, celle-ci bien plus discrète. C'était une femme d'une trentaine d'années, à la peau pâle et aux cheveux corbeaux rassemblés en un chignon lâche. Assise sur le comptoir de la boutique, les jambes croisées dissimulées sous une jupe bohème en patchwork brun, elle détonnait fortement de l'ambiance méditerranéenne de la boutique.

Si Pamphise semblait surprise, elle n'était cependant pas vraiment impressionnée.

« Cette affaire ne te regarde pas ! » Fit la Grecque, d'un ton presque dédaigneux. « D'ailleurs, je ne vois même pas ce que tu fais ici ! »

La nouvelle arrivante s'étira, avant de bondir souplement sur ses pieds. Elle n'avait toujours pas accordé le moindre regard à la sorcière, ni à toute autre personne dans la pièce. Elle attrapa une fiole qui trainait sur le comptoir et commença à jouer avec.

« Ça résume assez bien le problème ! » Expliqua-t-elle distraitement. « Tu penses vraiment que le Conseil n'allait pas réagir quand il apprendrait que tu t'es attaquée aux dieux et menaçait le fragile équilibre de notre entente ? »

La Grecque eut un reniflement méprisant.

« J'avais oublié que tu étais le gentil chien de garde des dieux grecs… » Railla-t-elle. « Toi et les tiens, vous êtes pathétiques ! »

Pour la première fois depuis son arrivée, l'inconnue perdit son air insouciant. Elle releva les yeux de son jouet improvisé pour fixer Pamphise. Il sembla aux chevaliers présents que l'odeur d'iode avait augmenté.

« Pathétiques ? » Ronronna la femme. « Mais que dire de toi ? Toi qui t'en prends à des enfants pour oublier que le temps passe et qu'il n'y a toujours personne dans ton lit ? Toi qui a besoin de s'attaquer à un dieu dans un de ses moments de faiblesse pour se prouver qu'elle est encore puissante ? Admets-le, Pamphise, tu es vieille, oubliée et tu ne le supportes pas ! Je suis pathétique ? Moi, j'ai un certain crédit auprès des miens et des membres hauts-placés du Conseil, une famille et un amant infernal que je rejoins quand bon me semble. Et toi, tu as quoi ? Cette boutique ? »

« Ça ne te donne pas le pouvoir… »

« C'est vrai ! J'avais complétement oublié ! Merci de me le rappeler ! »

L'odeur d'iode devint subitement insupportable. L'aura de la femme frétillait d'une énergie incroyable. Et cette énergie frappa Pamphise de plein fouet. La sorcière grecque fut assommée sur le coup et s'écroula par terre, inconsciente.

Aussitôt, Hyoga se pencha dangereusement vers l'avant et fut très vite rattrapé par Ikki qui l'empêcha de toucher terre. Mû, lui, se précipita vers Angelo dès qu'il récupéra l'usage des ses jambes, tandis que Camus et Aiolia allaient prendre des nouvelles de Kira.

« Comment va Hyoga ? » Demanda cette dernière, reprenant conscience petit à petit.

« Il va bien. » Assura Ikki, qui avait très vite vérifié. « Il est simplement endormi. »

« Et ce n'est pas grâce à toi ! » Intervint sèchement la sorcière qui avait vaincu Pamphise.

Toujours appuyée contre le comptoir de la boutique, elle considérait la sorcière russe d'un regard dur.

« La prochaine fois, n'essaie pas de régler tes comptes seule et préviens le Conseil ! Ça n'a que trop duré ! Cette fois-ci, Yaga ou pas, tu auras des comptes à rendre, je vais m'en assurer ! Prépare-toi à recevoir une convocation dans les prochains jours ! Et ne pense même pas à te défiler ! »

Elle s'agenouilla près du corps inconscient de Pamphise et murmura quelque chose dans une langue que personne ne comprit. Le corps s'enfonça alors dans le sol et disparut, sous les regards étonnés des témoins de la scène.

« Encore une chose… » Ajouta-t-elle à l'intention de Kira. « Tu as contribué à créer ce bordel, tu nettoies ! »

Elle se dirigea ensuite vers la sortie, mais s'arrêta à hauteur de Camus.

« Gabriel. » Le salua-t-elle, à la surprise générale.

Le Verseau, loin d'être étonné, se contenta de répondre d'un hochement de tête. Cela fit sourire la sorcière qui reprit sa route.

Elle disparut dès qu'elle franchit la porte, laissant la boutique de Pamphise dans le désordre le plus complet.

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Lorsque Hyoga reprit conscience, la première chose qu'il vit fut la lueur d'inquiétude qui brillait dans les yeux d'Ikki, assis sur le bord de son lit. Et, malgré son mal de crâne incroyable, il sourit.

« Finalement, c'est Shun qui avait raison… »

L'inquiétude se changea en interrogation dans les prunelles du Phénix.

« Qu'est-ce que mon frère a avoir avec cette histoire ? » Demanda ce dernier, les sourcils froncés.

« Rien… Rien du tout. On est au onzième temple ? »

Le Japonais hocha la tête tandis que le Cygne se redressait pour être à sa hauteur. Aussitôt, son compagnon, prévenant, replaça les oreillers dans son dos.

« Aurais-tu quelque chose à te faire pardonner, par hasard ? » Le taquina le blond, qui, même après ce qui lui était arrivé, ne perdait pas de vue la dernière désertion du Phénix.

Ce dernier se raidit à la question.

« De toute façon, je suis trop fatigué pour qu'on discute de ça maintenant… » Continua le Russe, en enfouissant sa tête dans le cou de son compagnon pour s'assurer de sa présence. « Promets-moi juste que tu ne seras pas reparti dans deux heures… »

« Je reste, c'est promis… »

Le regard du Russe se posa sur le bijou qui pendait au cou du Phénix. Le rosaire de sa mère, qu'il avait confié à Ikki au lendemain de la Bataille du Sanctuaire pour essayer de se détacher du passé qu'il représentait et pour lequel Camus était mort. Depuis lors, il s'était souvent demandé si, ce jour-là, en donnant la croix du Nord à celui qui deviendrait plus tard son compagnon, il n'avait pas échangé un problème pour un autre. Shun lui dirait qu'au moins, sa relation avec Ikki était ancrée dans le présent, là où sa mère appartenait depuis longtemps au passé…

« Oui, tu restes… » Murmura-t-il en caressant doucement le bijou. « Mais pour combien de temps ? »

« Je pensais que tu ne voulais pas parler de ça… »

« J'ai changé d'avis… Il faudra bien qu'on en parle un jour, alors autant le faire tant que je suis sûr de t'avoir sous la main, non ? »

Ikki poussa un long soupir.

« Je me doute que ce n'est pas évidement pour toi… Mais, pour moi, c'est impossible de rester ici. Je ne suis pas quelqu'un qui peut être enfermé entre quatre murs, j'ai besoin de bouger, de voyager. Et, même pour toi, je ne peux pas changer ça… »

Durant un bref instant, Hyoga se rappela la conversation qu'il avait eu un peu plus tôt avec Kira à propos des maîtres de Camus et de Milo. Les absences prolongées de l'ancien Verseau ne les avaient jamais empêchés de vivre une relation épanouie. Ils étaient la preuve qu'Ikki et lui pouvaient concilier le mode de vie nomade du Phénix et celui, plus sédentaire, du Cygne. Mais, pour que cela fonctionne, ils devaient mettre un certain nombre de choses au clair…

« Tu sais, je ne te demande pas de vivre en permanence au Sanctuaire… Je sais pertinemment que tu deviendrais fou au bout d'une semaine… Mais, je ne veux pas être le seul à faire des efforts et à devoir t'attendre sans jamais savoir quand tu reviendras… »

Ikki, qui l'avait écouté attentivement, prit un moment pour réfléchir à ses paroles. Inconsciemment, il se mit à caresser du pouce la main du blond.

« Viens avec moi… » Finit-il par déclarer, à la surprise du Cygne.

« Quoi ? »

« Accompagne-moi la prochaine fois que je quitterais le Sanctuaire… Je ne te demande pas de me suivre indéfiniment – je ne suis pas certain que tu puisses me supporter aussi longtemps – mais juste le temps que tu voudras. Je sais que ça ne réglera pas tout, mais, au moins, on aura du temps pour nous et pour discuter de ce qu'on veut. Alors, qu'en penses-tu ? »

Le Phénix ne semblait pas du tout certain de son idée. Sa voix était hésitante, ses traits tendus. Lui aussi avait conscience du problème (et, si ça n'avait pas été le cas, la brève, mais intense discussion qu'il avait eue avec Aiolia sur le chemin du onzième temple lui aurait ouvert les yeux). Or, il tenait à sa relation avec Hyoga et ne voulait la gâcher à cause de son impossibilité à se poser.

Le Russe réfléchit un instant avant de sourire.

« Si le Grand-Pope n'y voit pas d'inconvénients, on peut essayer. On improvisera le reste plus tard… »

Cette réponse suffit à détendre le Japonais. Les deux Bronzes scellèrent leur accord par un baiser, qui se transforma très vite en quelque chose de bien plus passionné.

Trop concentré l'un sur l'autre, aucun des deux ne remarqua la porte de la chambre, qui s'était ouverte un bref instant, se refermer tout aussi vite.

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« C'est bon, Hyoga va bien et il ne semble pas vraiment traumatisé par ce qui vient de se passer ! » S'exclama Isaak, un sourire malicieux aux lèvres, alors qu'il revenait dans le salon du Verseau, où l'attendaient Aiolia, Angelo, Camus et Mû.

Aussitôt revenue au Sanctuaire, Kira avait à nouveau disparu. Néanmoins, Aiolia et Camus avaient cru entendre ce qui ressemblait à des braiments d'âne et des jurons russes dans les caves du onzième temple… Les quatre chevaliers, eux, avaient récupéré Isaak au quatrième et, après s'être assuré que Kiki dormait toujours aussi profondément, ils avaient décidé de tenir conciliabule au temple du Verseau. Après tout, il fallait encore enlever les quelques éclats de verre planté dans la chair du Cancer et expliquer à Mû toute l'histoire depuis le début…

Ils étaient donc installés dans le salon. Mû et Camus sur le canapé, devant les pirojkis cuisinés par Hyoga et Kira (parce que, bordel, ces histoires de sorcières, ça ouvrait l'appétit !) tandis qu'Aiolia s'occupait du cas d'Angelo. Et le moins que l'on puisse dire, c'était que la scène était plutôt amusante…

« Cazzo ! » Cria le Cancer lorsque le Grec retira le premier morceau de verre. « Ça fait mal ! Stronzo ! »

« Insulte-moi encore une fois et je te laisse frapper chez Aphro pour qu'il s'en occupe… » Siffla le Lion, trop concentré sur son travail pour s'énerver davantage. « Et te laisse affronter les conséquences de l'avoir interrompu dans ses parties de jambes en l'air avec Andromède ! »

La menace fit son effet et Angelo se calma. À chaque nouveau débris enlevé, il faisait une drôle de grimace, pour étouffer la douleur. Cette période de calme permit à Camus de raconter à Mû ce qui s'était passé depuis qu'il avait retrouvé un âne aux alentours de son temple le matin même, parfois complété par l'une ou l'autre remarque d'Aiolia ou d'Isaak.

Seulement, arrivé aux derniers débris, Angelo n'y tint plus et hurla de douleur.

« Petite nature… » Marmonna son médecin avant de se tourner vers Camus. « J'espère que tu as une bonne isolation. Parce que, s'il y a des chances qu'Aphro ne remarque rien, j'ai pas envie de voir débarquer ton voisin du dessous… »

« Pourquoi ? » Railla l'Italien, qui voyait une occasion en or de se venger. « T'as peur de te retrouver face à Shu' ? T'inquiète, on sera là pour vous arrêter si ça dérape ! »

Mal lui en prit car Aiolia appuya un peu trop fort lorsqu'il appliqua le désinfectant. Le Cancer dut se mordre la lèvre pour éviter d'hurler une nouvelle fois.

« Il est beau, le terrifiant assassin du Grand-Pope ! » Ne put s'empêcher de le taquiner Mû. « Dis-moi, 'Lia, tu ne serais pas en train de te venger pour les treize dernières années par hasard ? »

« Comme si c'était mon genre… »

Sauf que chaque personne présente dans la pièce – Isaak compris – savait pertinemment que c'était son genre. Et, s'ils ne le savaient pas, le ton de sa voix et son grand sourire auraient suffi pour le comprendre.

« Tu parles ! » Grommela Angelo dans sa barbe. « Bien sûr qu'il le fait exprès, questo figlio di buona donna ! Outch ! »

« Désolé… » S'excusa le Grec, bien que n'ayant pas du tout l'air désolé. « Et, pour info, tu devrais avoir côtoyé Cassandre assez longtemps pour savoir faire la différence entre une femme du harem et une simple pute… »

Bélier et Verseau échangèrent un regard amusé. Aiolia semblait bien décidé à ne pas se laisser marcher sur les pieds face à l'impétueux Cancer. Et cela offrait un spectacle de grand divertissement…

« Rappelle-moi d'éviter de te mettre en rogne à trois heures du matin, 'Lia ! » Plaisanta une voix bien connue de tous, bien qu'un peu éraillée.

Milo, en chair et en os, sans queue ou oreilles d'âne à l'horizon, était appuyé contre le chambranle de l'entrée des caves. Un grand sourire aux lèvres, il ne semblait pas avoir subi de traumatismes dus sa petite transformation.

Toutes les personnes présentes se levèrent d'un bond et se précipitèrent vers lui, contentes de le voir sur ses deux pieds. Mais le héros de l'instant, lui, n'avait d'yeux qui pour une personne bien précise. Dès que Camus fut à sa portée, il se précipita vers lui et l'embrassa passionnément, comme si sa vie en dépendait. D'abord figé de surprise, le Verseau finit par se détendre et répondre au baiser, oubliant sans doute qu'ils n'étaient pas tout à fait seuls…

Ce fut Aiolia qui, habitué à ce genre de manège, se racla la gorge pour les interrompre.

« La chambre de Camus est de ce côté ! Merci de ne pas étaler votre soi-disant bonheur conjugal ! »

Les deux Ors se détachèrent, ce qui ne sembla pas vraiment au goût de Milo.

« J'en conclus que ton rencard avec Marine s'est mal terminé… »

« Ta gueule, Milo ! Je vais finir par regretter le temps où tu étais sur quatre pattes ! »

« M'en parle pas ! » Fit la voix de Kira dans leur dos. « Il était tellement mieux en âne… Bien plus facile à ignorer ! »

La sorcière était assise sur un des fauteuils, un verre de vodka à la main.

« Ça devient une mauvaise manie chez toi ! » Grogna Camus en désignant l'alcool.

Comme elle l'avait fait le matin même, elle leva son verre à sa santé et le Verseau leva les yeux au ciel.

« J'arrive toujours pas à croire que Nikolaï avait une fille… » Murmura Angelo en observant la blonde comme s'il avait du mal à réaliser qu'elle existait.

« Avait ? » Releva-t-elle, amusée. « Je suis sûre que mon père est encore vivant quelque part et qu'il réapparaîtra comme un charme un de ces jours ! Ce qui me rappelle… »

Elle pointa l'actuel Verseau du doigt.

« Dis-moi, Camus, d'où connais-tu la gardienne des clés ? »

Le Français eut un petit reniflement méprisant.

« Gardienne des clés ? J'ignorais que vous aimiez vivre dans le risque… »

Il se garda cependant de répondre à la question. Cela fit sourire Kira qui haussa les épaules, se doutant bien qu'elle n'obtiendrait rien de lui. Elle se tourna à la place vers Isaak et lui lança un petit flacon de verre, que le Kraken attrapa dans un réflexe.

« Pour ton dieu. » Expliqua-t-elle lorsqu'elle vit son air perplexe. « D'ailleurs, précise-lui que le Conseil n'était pas au courant des agissements de Pamphise. Il se désolidarise complètement de ses actes et la punira en conséquence… Et s'il tient vraiment à s'occuper d'elle lui-même, qu'il contacte Merlin. Il ne trouvera pas meilleur intermédiaire... »

Le Marina hocha la tête pour marquer sa compréhension et sa reconnaissance.

« Parfait ! » S'exclama la Russe, en consultant son carnet argenté qu'elle venait de faire apparaître dans sa main. « Maintenant que tout ça est réglé, il est temps pour moi de tirer ma révérence ! Après tout, j'ai une audience à préparer ! Messieurs ! »

Elle salua d'un signe de la tête Angelo et Mû, qui lui rendirent la pareille. Puis, elle prit Isaak dans ses bras.

« Essaie de ne plus mourir, d'accord ? Et salue Hyoga pour moi… » Lui murmura-t-elle avant se tourner vers son maître. « Camus ! »

« Kira. Encore merci pour ton aide… »

La blonde lui sourit.

« Appelle et je répondrais… Il y a des choses que ne changeront jamais… »

Puis, elle se tourna vers le Scorpion.

« Milo… »

« Crève pour que je te remercie ! »

« Effectivement, il y a des choses qui ne changeront jamais… » Murmura Aiolia, plus amusé qu'autre chose.

Mais Kira ignora le Scorpion et se tourna finalement vers le Lion, un sourire tendre aux lèvres.

« Heureuse de t'avoir revu, kotik ! Tu m'as manqué… »

« C'est partagé, Ivanova… »

Son sourire s'agrandit à l'emploi de son nom de famille. Elle s'approcha du Grec et l'embrassa sur la joue.

« Ce qui vaut pour Camus vaut aussi pour toi… » Lui chuchota-t-elle à l'oreille. « Que ce soit pour ta rouquine ou pour n'importe quoi d'autres, je serais là pour toi… Prends soin de toi… »

Elle les salua une dernière fois d'un signe de la main avant s'engouffrer dans les escaliers des caves où elle disparut totalement. Comme si son départ marquait un signal, Aiolia se laissa tomber dans le fauteuil que la sorcière avait occupé un peu plus tôt.

« Bordel, j'arrive pas à croire que cette histoire soit terminée ! » S'exclama-t-il, exténué. « Je suis crevé ! Demain, je sèche l'entraînement ! »

Les autres Ors approuvèrent. Tant pis pour les conséquences, le jour suivant, il serait consacré à la sieste ! Cependant, il y avait encore une question qui taraudait l'esprit du Mû.

« Par contre, il y a encore quelque chose qui m'échappe… »

« Hum ? »

Le Bélier se tourna vers Angelo et Camus.

« De quoi Pamphise parlait-elle quand elle a parlé de spectacle ? »

Milo tendit l'oreille, lui aussi intéressé par la réponse, tandis qu'Aiolia et Isaak grimacèrent d'appréhension. Quant aux deux interpellés, ils se consultèrent du regard, l'air entendu, avant de répondre en concert :

« Vérone ! ».


Des remarques ? Des critiques ? N'hésitez surtout pas à me donner vos impressions ! Était-ce la fin que vous aviez imaginée ? A votre avis, qui est cette femme sortie de nulle part et comment connaît-elle Camus ?

Dans tous les cas, encore merci d'avoir pris le temps de lire cette histoire !

À très vite ! Et que la Pythie soit avec vous !

Nerya.