Titre : Hippolyte
Genre : Tragédie, Souffrance/Confort, Famille
Rating : T
Résumé : Phèdre, reine belle et froide. Un pic à la place du cœur, du venin à la place des paroles. Phèdre, reine belle et froide, réchauffée par le plus vertueux des cœurs. Un amour à sens unique, pour l'un comme pour l'autre.
Réponse aux reviews :
Nebelsue : Hello ! Merci pour ton petit commentaire. Ça m'encourage à poursuivre l'écriture de cette fic ! J'ai les grandes lignes en tête mais pas de temps pour pondre plus rapidement '. En tout cas, j'espère que ma fic continuera à te plaire ;-)
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Chapitre 2
« Ta présence m'insupporte, va-t'en ! Tu mangeras après moi. »
Les mot tombèrent sèchement et Hippolyte avait de plus en plus de mal à retenir ses larmes. Posté aux bord de la table, la main sur le dossier de la chaise qu'il s'apprêtait à tirer, il avait été arrêté par Phèdre. Ses cheveux bouclés attachés en chignon, le regard froid et implacable, elle lui faisait signe de quitter rapidement son champ de vision. Du même geste qu'on chasserait un nuisible.
« Quoi tu n'es pas encore parti ? »
Hippolyte sursauta légèrement avant de retirer ses mains du dossier de la chaise, le front baissé.
Ce n'était pas la première fois que Phèdre se montrait aussi sèche avec lui. Et sûrement pas la dernière. Depuis qu'elle était arrivée, les humiliations et les insultes se multipliaient. Et il était obligé de subir tout cela en silence, par égard pour son père.
« Ma Dame, intervint une vieille servante. Hippolyte est affamé. Il a besoin de reprendre des forces. Surtout après une séance aussi rude d'entraînement ! »
Le regard acier qui se braqua sur la vieille femme lui fit baisser les yeux et se confondre en excuse. La nouvelle reine d'Athènes (mais qui logeait toujours à Trézène) se tourna ensuite vers lui, le sourcil en arc.
« Est-ce vrai Hippolyte ? Ton entraînement t'aurait-il affamé à ce point ? »
Hippolyte ne répondit pas, mal à l'aise face au regard inquisiteur de la maîtresse des lieux.
« Hippolyte ? Je viens de te poser une question il me semble ? »
Il redressa la tête avant d'acquiescer doucement. Lorsqu'elle parlait de cette voix douce et accueillante, Hippolyte redoublait de terreur. Car chez Phèdre, douceur présidait toujours châtiment. Et aujourd'hui ne fit pas exception à la règle.
« Très bien dans ces cas-là, à partir de maintenant et pour les jours à venir, tu iras manger avec les écuyers. Eux seuls sont servis en même temps que moi et comme il est exclut que tu partages ma table – ta simple vision me dégoûtant au plus haut point – l'unique solution est que tu manges avec eux. »
Hippolyte, dont les yeux s'étaient écarquillés au fur et à mesure du discours de Phèdre, finit par baisser les yeux, les poings durement serrés. Phèdre sembla le remarquer car au même moment elle le rappela à l'ordre.
« Cette solution ne te plaît pas ? Pourtant j'ai fait preuve de suffisamment de bonté pour t'avoir autorisé à manger en même temps que moi. Alors maintenant remercie-moi et pars ! »
Le front toujours baissé, Hippolyte essayait de maîtriser les tremblement qui parcourait son corps d'adolescent. Mélange de colère, d'appréhension et de frustration.
« Je...
Tu ? répéta lentement Phèdre.
Je te déteste, souffla-t-il. Je te déteste... »
Long silence. Puis un rire. Lent, froid, qui se répercuta sur chaque colonne de la pièce.
« Toi ? »
Un ricanement.
« Tu me détestes ? Toi ? »
Voix stridente.
« Ce serait plutôt à moi de te dire ça, vulgaire garnement ! »
Elle se redressa brusquement de la table, renversant au passage quelques verres et se dirigea d'un pas menaçant vers lui. Ses yeux brillaient maintenant d'un tel éclat de fureur qu'Hippolyte en fut paralysé. Elle allait encore le gifler, c'était sûr !
« Écoute moi bien, jamais tu m'entends, jamais tu ne succéderas à ton père. Seul le fils qui grandit en moi deviendra un jour roi d'Athènes. Toi, tu ne seras bon qu'à devenir son garçon d'écurie ! »
Puis elle lui attrapa violemment le menton et le força à la regarder. Son doux parfum envahit ses sens, sa poigne de fer l'empêcha de respirer correctement.
« Estime-toi heureux que je sois assez généreuse pour ne pas t'avoir banni de ce palais, fils immoral de Thésée ! Contente-toi de vivre dans ces écuries et de m'épargner la vue de ton visage malpropre. »
Puis, le nez retroussé et les lèvres pincés, elle retira sa main et l'essuya contre le drap de la table.
« Maintenant, hors de ma vue ! »
Hippolyte ne demanda pas son reste et s'en alla en courant, sous le regard horrifié des servantes qui l'avaient vu grandir.
Il courut à perte de souffle, le ventre noué, le cœur à vif. Il courut jusqu'à ce que ses jambes ne puisse plus le porter et que toutes forces le quittent.
Sa vision s'embruma et il s'écroula.
§...§
« Ma Dame, pourquoi vous être conduite aussi durement avec Hippolyte ? »
Phèdre leva brusquement la tête, le regard chargé de colère.
« Viendrais-tu de me demander des comptes vile servante ? Oublierais-tu mon rang et le tien ?
Oui, vous êtes reine et maîtresse de cette demeure. Mais rien ne saurait justifier votre attitude envers sa seigneurie Hippolyte ! »
Phèdre serra les poings, prête à gifler la servante mais elle fut devancée par les paroles de cette dernière.
« Pourquoi ma Dame ? la voix chevrotante de la vieille dame étaient maintenant empreinte de douceur. Pourquoi faire subir un traitement aussi injuste au prince Hippolyte ? »
Les mots atteignirent Phèdre. Face à elle la servante tremblait comme une feuille et pleurait; elle était terrorisée, elle avait peur des représailles. Et Phèdre aurait pu aisément la briser. Mais elle n'arrivait pas à bouger. Elle n'arrivait plus à réfléchir correctement.
« Va-t'en ! Sors de cette pièce avant que je ne change d'avis et ne te bannisse à jamais de cette ville ! »
La vieille servante ne demanda pas son reste et s'enfuit rapidement. Phèdre referma les deux portes derrière elle avant de se diriger vers son lit et se poser.
En effet, pourquoi détestait-elle autant Hippolyte ?
La vérité, c'était qu'elle ne savait pas. Elle ne savait pas pourquoi elle détestait autant Hippolyte. Comme l'avait dit la servante, rien ne justifiait les sanctions qu'elle prenait à l'égard de l'adolescent. Il ne lui avait plus jamais manqué de respect, n'avait jamais essayé de la contredire. Somme toute un bon garçon, un brin timide et réservé, mais dont la valeur était déjà réelle.
Et pourtant...
Et pourtant elle le haïssait. Elle le haïssait avec une intensité rare et une cruauté sans nom.
Viscéral, c'était viscéral.
Elle haïssait Hippolyte de toutes ses fibres. Un mépris et un rejet qui sortait de ses entrailles et qu'elle ne pouvait pas contrôler.
Elle haïssait ses cheveux courts d'abord. Des cheveux qui malgré leurs tailles présageaient de jolie boucles brunes à venir. De quoi lui donner envie de les lui brûler. Puis ses yeux bronze. Des yeux qui pourraient séduire n'importe quelle jeune naïve et la pousser au vice et à la trahison. Tant de futurs charmes chez ce garçon qui lui donnait envie de planter une lame dans son cœur et d'en piétiner les restes.
« Je te déteste Hippolyte, fils de Thésée. Et le temps passant, je te détesterais sûrement encore plus. »
§...§
C'est un chant d'oiseau qui réveilla Hippolyte. Des lumières verdoyantes dansaient autour de lui. Puis sa vision s'éclaircit lentement et reconnu la forêt. Le fils de Thésée se redressa et, les jambes en tailleurs, observa les alentours, encore un peu groggy. Puis le souvenir revint et son souffle se coupa à l'intérieur de sa poitrine.
Phèdre, la dispute, la colère, les mots.
Les mots.
Durs, froids, remplis de colère et d'aigreur.
« Et comme toutes les mères, Phèdre se montrera parfois dure avec toi. »
Était-ce cela la colère des mères dont parlait son père ? Cette colère qu'il n'avait jamais pu connaître, sa propre mère étant morte trop tôt ? Hippolyte en doutait fortement.
« Jamais tu ne succéderas à ton père. Seul le fils qui grandit en moi deviendra un jour roi d'Athènes. »
Était-ce vrai ? Est-ce que la naissance du fils de Phèdre et de son père l'exclurait de cette famille ? Un enfant légitime et approuvé par les lois du mariage... Quelque chose qu'il n'était pas. Est-ce que Thésée le répudiera lorsqu'il apprendra l'existence d'un autre fils ?
« Vous pensez que ce nouvel enfant va précéder Hippolyte sur le trône ? Après tout ce n'est pas comme si personne n'ignore qui était sa mère et le sang impie qui coule...
— Silence, ce sont des choses dont on ne doit pas parler ! »
Avec l'annonce de la grossesse de Phèdre, deux mois plutôt, de nombreux bruit de couloir avaient parcourut ses pas et caressé son dos. Des chuchotements qui s'élevaient sur son passage et des serviteurs aux yeux remplis de pitié. Et puis il y avait Phèdre. Depuis la découverte de sa grossesse, elle était devenue encore plus impitoyable avec lui.
Et il ignorait pourquoi.
Était-ce parce qu'il n'avait pas voulu partir lorsqu'elle le lui avait demandé la toute première fois ? Ou parce qu'il ne se lavait pas le visage directement en rentrant de ses séances de chasse ? Ou encore parce qu'elle craignait qu'il n'attente à la vie de son fils ?
Phèdre le détestait et il n'avait aucune idée de la raison de ce mépris. Qu'avait-il pu faire à ce point de travers pour avoir à subir son courroux ? Hippolyte l'ignorait. Une situation qu'il trouvait injuste et injustifié.
D'autant plus que lui, tout ce qu'il voulait, c'était la protéger. Protéger les affaires de son père, veiller à ses précieuses possessions, sauvegarder la vie des personnes qu'il aimait...
Le bébé. Ce bébé qui grandissait dans le ventre de Phèdre. Ce fils dont Thésée ignorait jusqu'à l'existence. Ce petit frère...Il sera le fils légitime, le digne successeur de Thésée et nouveau roi d'Athènes. Un nouvel enfant dans la lignée du valeureux Égée.
Hippolyte serra doucement le poing droit avant de le coller contre sa poitrine et de fermer les yeux. Lorsqu'il rouvrit ses paupières, un feu ardent avait conquis son cœur.
« Je te protégerai, digne héritier de Thésée. Moi Hippolyte, ton frère, te précédera dans le royaume des morts. Et sur ce même sang qui coule dans nos deux corps... »
Le jeune homme frappa son poing durement contre une pierre. Un liquide carmin sortit de ses phalanges.
« Sur ce sang, je le jure : je protégerai les deux trésors du grand Thésée ! »
