Titre : Hippolyte
Genre : Tragédie, Souffrance/Confort, Famille
Rating : T
Résumé : Phèdre, reine belle et froide. Un pic à la place du cœur, du venin à la place des paroles. Phèdre, reine belle et froide, réchauffée par le plus vertueux des cœurs. Un amour à sens unique, pour l'un comme pour l'autre.
Réponse aux reviews :
Thémis480 : Hello ! Je ne sais pas du tout si tu vas continuer à suivre cette histoire, mais sache que ton commentaire m'a fait très plaisir ! Merci beaucoup ! Et pour répondre à tes différentes interrogations :
- Non, cette histoire sera bien différente de celle de Racine (un auteur que j'adore soit dit en passant !). Il s'agit d'une toute nouvelle interprétation de l'histoire de Phèdre, Hippolyte et Thésée. C'est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles la suite a tardé : je n'arrivais pas à me fixer sur la personnalité d'Hippolyte. Celui de Racine et celui d'Euripide étant radicalement différent. Même chose aux niveaux des mythes et de leurs différences. J'ai du faire pas mal de recherches, tenter d'effacer certaines incohérences... Enfin bref, du travail (qui m'a passionnée, mais du travail quand même !)^^
- Aricie ne sera pas là. Je me suis axée sur une version différente du mythe. Une version pas très connue et que je vais essayer d'exploiter à ma sauce. ^^'
- Thésée pas sympathique ? Eh bien, ça n'est pas prêt de s'arranger dans ma fic ^^.
- Ah et la suite de la fic sortira plus rapidement cette fois. J'ai attendu de bien avance pour poster la suite.
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Chapitre 4
4 ans plus tard.
« Tu viens voir ton grand-frère Démophon ? »
Le principal concerné fronça les sourcils avant de sourire de toutes ses dents et de se jeter dans les bras offerts. Hippolyte raffermit son emprise, souleva le petit bonhomme et le fit tournoyer. Les rires de Démophon se répercutèrent sur tous les murs du palais et Hippolyte s'autorisa un léger sourire.
Les années passants, Hippolyte avait réalisé une chose à propos de lui-même :
Il n'aimait pas les femmes.
Il n'aimait pas leurs façon de se parfumer à outrance. Il n'aimait pas leurs démarches ridicules. Il n'aimait pas leurs rires aigus et étranges miauleries. Il n'aimait pas leurs visages couverts de terres colorées. Il n'aimait pas leurs conversations stériles...
Lorsque ses pairs s'enflammaient à la vue de femelles, lui ne ressentait que ce profond malaise. Et si par malheur l'une d'entre elle venait à sa rencontre, il avait toujours ce réflexe de se dégager, parfois avec violence.
Il n'aimait pas le toucher des femmes: trop délicat, trop aérien...
Hippolyte fils de Thésée n'aimait pas les femmes. Et cela l'avait éloigné des rares amis qu'il s'était fait avec le temps.
Plus les mêmes centres d'intérêts, plus les mêmes attentes...
La situation aurait pu l'attrister. Mais elle lui avait été complètement indifférente.
Parce cette solitude que tous les hommes redoutent, Hippolyte l'avait pleinement embrassée.
Chevauchée libre, feuilles mortes craquant sous ses pas, sifflement de la corde avant que la flèche n'atteigne sa cible...
Non, Hippolyte ne détestait vraiment pas la solitude.
« ...po ! »
Mais cela ne faisait pas de lui un cœur de pierre pour autant. Il était capable d'amour lui aussi. Pour preuve, il aimait son père, il aimait les chevaux, il aimait Démophon... Finalement, seule la déesse de la volupté et des plaisirs l'indifférait. Hestia et Artémis, le foyer et la chasse, elles, touchaient son cœur.
« Hippo, chwal, chwal ! »
Hippolyte émergea de ses pensées. Il détacha le garçon de sa poitrine et le dressa devant lui pour l'observer, la tête penchée sur le côté. L'enfant l'imita.
« Attends, tu es entrain de me demander si on peut voir les chevaux ?
— Chwal, chwal ! »
Les yeux gris du petit bonhomme brillaient comme des étoiles et Hippolyte ne put résister. Il coinça son petit frère sous son bras droit et se dirigea vers la sortie, en sifflotant, sous les rires de son sac à patates improvisé. Mais bientôt les sifflotements d'Hippolyte s'évanouir et un lourd silence s'installa.
« Phèdre. »
Le visage d'Hippolyte se ferma, la mâchoire resserrée, le regard froid. Il reposa lentement Démophon.
Face à eux, la mère de Démophon, toujours revêtue de son éternel chignon et son regard placide. Regard qui se réchauffa lorsqu'elle croisa celui de son fils. Elle s'accroupit à son niveau.
« Démophon, qu'est-ce que tu fais-là ? »
Elle souriait. Quelque chose qui n'arrivait qu'en présence de son fils. Et son sourire était vraiment magnifique, chaud et aimant. Hippolyte détourna le regard.
« Chwal ! Hippo ! »
La reine fronça les sourcils devant le charabia de son fils et leva des yeux mi-réprobateurs mi-interrogateurs vers Hippolyte. Ce dernier se contenta de l'ignorer, comme à chaque fois depuis quatre ans.
Leurs relations s'étaient totalement dégradées avec le temps. Comme Phèdre ne ratait pas une occasion de le rabrouer, Hippolyte s'était au fil des années arrangé pour ne plus la croiser. La journée il était sur son cheval et perfectionnait ses techniques de chasse. Le soir, il s'enfermait dans sa chambre et n'en sortait que pour rassurer Démophon lors de ses crises nocturnes. Avec ses nouvelles habitudes, il ne croisait que très rarement la jeune femme. Et si par malheur — comme aujourd'hui — il tombait sur elle, alors il l'ignorait sèchement.
Phèdre se redressa, exaspérée face à son mutisme. Elle attrapa la main de son fils et le tira vers l'intérieur.
« Viens Démophon, il est l'heure de manger.
— Non..., protesta faiblement Démophon. Hippo ! Hippo
— Non Démophon, Hippolyte ne mange pas avec nous ! »
Puis se tournant vers lui, elle ajouta : « Il n'a pas ce mérite ! »
La dernière remarque heurta Hippolyte mais il n'en montra rien. Il poursuivit son chemin, une carapace autour de son cœur, ignorant les cris et les pleurs de Démophon. D'un pas déterminé et rapide, il dévala les sentiers en pente vers la demeure de son pédagogue. Il avait besoin de respirer, de s'évader.
Loin de la cruauté de Phèdre, loin de sa haine.
Ses pensées s'évanouirent dans la nature lorsqu'un point se révéla dans l'horizon miroitante. Le chasseur observa la tâche, les yeux plissés. Puis au fur et à mesure qu'elle s'élargissait, son cœur se gonfla d'espoir.
C'était un navire.
Hippolyte se mit à courir en direction de la plage, le cœur battant à tout rompre. Il parvint sur le banc de sable et l'espoir devint allégresse lorsqu'il vit les vit : les voiles blanches.
C'était lui! C'était Thésée ! Son père était de retour !
Bientôt la nouvelle se répandit comme une traînée de poudre et la côte de Trézène fut noire de monde. Tous s'étaient regroupés pour accueillir leur seigneur. Le bateau débarqua et tous hurlèrent de joie lorsque la silhouette de Thésée parut.
Le soleil éblouit la vision d'Hippolyte et il dût plisser les yeux pour y voir clair. Et puis le soleil s'éclipsa derrière un nuage et le visage de Thésée se révéla.
Un visage émacié et couvert de tic nerveux.
Un frisson imperceptible parcourut le corps d'Hippolyte. Un doute lent naquit dans sa poitrine et envahit le reste de son corps.
Était-ce bien Thésée qu'il avait en face de lui ? Cet homme au visage fragile et soucieux ? Était-bien son père, vainqueur du Minotaure et roi de la plus belle cité grecque ?
« Hippolyte est-ce toi ? »
Tous ses doutes s'envolèrent devant le visage souriant de son père. C'était lui et lui seul. C'était son visage doux et serein, son front plissé et pensif. C'était sa sagesse et son honneur.
« Oui père, c'est bien moi.
— Dans mes bras mon fils ! »
Le jeune chasseur s'exécuta et, dans une étreinte brève mais intense, ressentit tout l'amour qu'ils se portaient. Son père, son héros, son modèle, son roi...
« Est-ce bien là mon deuxième fils ? Celui dont je n'ai entendu que rumeurs mais jamais vu le visage ? »
Hippolyte suivit la direction de Thésée qui s'était élancé vers Phèdre. Mais étrangement, il ne la prit pas dans ses bras et se contenta d'observer le garçon qu'elle tenait. Hippolyte trouva cela un peu étrange mais son trouble s'évanouit lorsqu'il vit Thésée attraper son second fils et le faire tournoyer sur lui-même.
« Celui-ci est bien mon fils ! Notre sang ! » puis se tournant vers lui, il ajouta : « N'est-il pas Hippolyte ?
— Je le pense aussi, père, répondit Hippolyte, un brin amusé par l'engouement de Thésée. Il est jeune mais aussi vaillant que son père.
— Et son frère », précisa Thésée le regard complice.
Hippolyte se sentit devenir timide et baissa légèrement les yeux. Son cœur débordait d'excitation. Comme si la vie courait à nouveau dans la ville côtière de Trézène.
« Thésée ! tonna une voix forte et retentissante. Tu ne me présentes donc pas à ta famille ? »
Hippolyte leva le yeux vers le navire où se dressait un homme aux cheveux roux et à l'allure espiègle. Une épée pendait à sa hanche droite et un carquois à l'épaule gauche. Si l'homme présentait un physique banal malgré une certaine prestance, il n'en était pas de même de la fillette qui se tenait à ses côtés. Le visage baissé, les cheveux blonds comme les blés et ondulés, elle avait des yeux d'une couleur irréelle : entre le rose et le violet.
« Hippolyte, laisse-moi te présenter mon ami Pirithoüs. »
Le regard d'Hippolyte s'éclaira à l'évocation de ce prénom. Il s'agissait d'un grand ami de son père et il avait souvent entendu parler de lui.
« Vous êtes le roi des Lapithes, souffla Hippolyte. Vous avez combattu les centaures aux côtés de Père.
— Je vois que ma réputation me précède ! sourit l'homme roux.
— Et qui est cette jeune fille à vos côtés ? » intervint Phèdre.
Visiblement le physique singulier de la fillette ne lui avait pas échappé et ses yeux gris s'étaient fixés sur elle. La reine attendait une réponse.
Que le roi ne lui donna pas.
Ignorant en bonnes et dues formes Phèdre et sa question, il se dirigea vers son palais, Démophon encore dans les bras. Personne ne le montra mais tous étaient choqués par ce manque de considération, la principale concernée y compris. Elle se ressaisit néanmoins rapidement et suivit les traces de son époux.
« Hippolyte, c'est ça ? »
Ledit concerné leva les yeux vers Pirithoüs qui venait de l'apostropher. Il était encore dans le bateau à renouer ses sandales.
« Ton père ne tarit pas d'éloges sur toi. »
Hippolyte en aurait bafouillé si Pirithoüs le lui en avait laissé l'occasion. Au lieu de quoi, il se saisit de la fillette aux yeux formidables et la lança dans sa direction.
« Attrape ! »
La fillette hurla de terreur et ne dut sa survie qu'aux excellents réflexes d'Hippolyte, qui l'attrapa au vol.
« En effet, il ne s'est pas trompé sur ton compte », ricana l'homme en bondissant du navire à son tour.
Hippolyte ne sut pas comment prendre la remarque. Il soupira et laissa l'enfant retomber sur ses pieds. Il se tourna vers le palais pour rejoindre son père mais fut arrêté par une résistance. La fillette s'était agrippée à sa toge. Elle tremblait comme une feuille et sanglotait sans s'arrêter. Hippolyte ne put esquisser aucun mouvement que Pirithoüs la détacha pour lui. Il lui arracha la main et la força à le suivre en direction du palais.
A l'intérieur, les festivités avaient déjà commencé. La table avait été préparée et Thésée riait à gorge déployée. Il s'arrêta un instant pour s'adresser à lui.
« Hippolyte mon fils ! Viens t'asseoir près de ton père. Je veux en savoir plus sur tes prouesses.
— Mes prouesses font pâles figures face à vos exploits père, répondit Hippolyte tout en s'asseyant.
— Et pourtant, j'ai entendu dire que tu as terrassé un ours d'une seule flèche ! Un exploit qui a traversé terres et mers pour parvenir à mes oreilles. Tous ne jurent plus que par la force et la dextérité du fils de Thésée. »
Hippolyte baissa les yeux, un peu gêné.
« Qu'as-tu fait de la dépouille de l'animal ?
— Je l'ai offerte en offrande à la déesse Artémis, répondit le jeune homme. Comme vous me l'avez appris.
— Un fils humble et sage, approuva Thésée. Tu es ma fierté, Hippolyte !
— Hippo ! »
Démophon, jusque là sur les genoux de Thésée, réclamait maintenant son frère. Thésée le détacha et le confia à son fils aîné : « Tu verras Démophon, un jour toi aussi tu deviendras un grand héros comme Thésée. »
C'est à ce moment-là qu'il croisa le regard de Phèdre. Fixé sur eux, il était pourtant vide. Et elle n'avait pas touché à sa nourriture non plus. Hippolyte en ressentit un étrange pincement au cœur.
« Maintenant que mes genoux sont libres, tu peux venir t'installer. »
Hippolyte et Phèdre se tournèrent en même temps vers la fillette à laquelle Thésée venait de s'adresser. La tête toujours aussi baissée, elle ne bougea pas d'un pouce malgré l'insistance de Thésée.
« N'aies pas peur et viens. Je ne vais pas te manger. Juste te nourrir ! »
Il ponctua sa dernière phrase d'un rire et tous l'imitèrent, sauf Phèdre et Hippolyte. Et devant le regard de toute l'assistance, la fillette céda et s'approcha lentement de Thésée. Il l'attira doucement à elle et l'installa sur ses genoux. Puis il lui tendit un raisin et l'invita à le manger. La fillette s'exécuta, sous le regard brillant de Thésée, amusé de Pirithoüs, assassin de Phèdre et malaisé d'Hippolyte.
« Tu vois, ce n'est pas si terrible, souffla le roi Athénien aux oreilles de la jeune fille, qui acquiesça et continua de manger ce que Thésée lui offrait. Elle était visiblement affamée.
— Père, qui est cette jeune fille ?
— Mais oui ça Thésée ! Qui est donc cette jeune fille ? ricana Pirithoüs. Hippolyte ton fils semble très intéressé. »
Thésée lança un étrange regard à son ami avant de reporter son attention, successivement sur Hippolyte et sur la fillette.
« Cette jeune fille, commença Thésée. Je l'ai sauvée de brigands qui tentaient de l'enlever après avoir tué ses parents. Ils voulaient la vendre au plus offrant. Mais sa détresse m'a touché et j'ai décidé de lui offrir mon hospitalité. »
La principale concernée s'arrêta de manger et reposa son raisin, les yeux fixés sur l'assiette. Elle semblait maintenant très loin.
« Car tout bon roi se doit de tendre la mains aux plus faibles, Hippolyte. Ne l'oublie pas mon fils.
— Je ne l'oublierai pas, père. »
Il était fier, fier d'être le fils d'un homme aussi grand que Thésée. Son père, son modèle, un homme sage, désintéressé, altruiste et justicier. Tous ses enseignements, Hippolyte les avaient suivit à la lettre, pour ne jamais faire honte à son père.
« Ses vêtements sont bien beaux, vous ne trouvez pas Monseigneur ? lança candidement Phèdre. Pour une opprimée, cette fillette a vraiment bons goûts. »
La réaction de Thésée ne se fit pas attendre. Il rugit.
« Silence femme perfide ! Que ton venin t'étouffe dans ton sommeil pourvu qu'il m'épargne tes viles paroles ! »
Bien que légèrement surprise, Phèdre ne perdit rien de sa dignité. Elle se leva, se dirigea vers Hippolyte, attrapa son fils et s'en alla. Hippolyte, lui, ne bougea pas d'un pouce et observa son père. Le visage rouge de colère, le front brillant de sueur et la bouche tordue en une horrible grimace, il ne ressemblait en rien au père qu'il connaissait.
« Hippolyte mon fils. »
Thésée tremblait et avait les yeux fixé devant lui, vides.
« Oui père ?
— Je repars dès demain. J'ai été appelé par l'assemblée d'Athènes. Alors en mon absence continue de veiller sur Trézène et Alcéise.
— Alcéise ?
— Il ne doit rien lui arriver, poursuivit Thésée sans s'occuper des interrogation de son fils. Alcéise doit grandir en bonne santé. J'ai beaucoup de projet pour elle. Beaucoup. »
Hippolyte compris qu'Alcéise était cette fillette.
« Mais Hippolyte, je veux que tu n'aies pour elle qu'une affection de grand-frère. »
Silence.
« Aussi belle et ravissante qu'elle soit, Alcéise est la destinée d'un autre. Pas la tienne. »
Thésée était maintenant penché, les coudes sur les genoux, le regard braqué sur lui. Sa posture reflétait le calme et l'assurance. Son regard en revanche...
Hippolyte se sentit mal à l'aise.
Une lueur vive dansait dans les prunelle de son père, la même lueur qu'Hippolyte voyait dans tous les animaux qu'il chassait: l'attitude d'une bête prête à déchiqueter son adversaire.
« Jamais je ne tolérerais une telle trahison dans ma famille, Hippolyte. »
Le principal concerné sursauta et observa son père, confus.
Trahison ? Mais pourquoi Père irait penser que je le trahirais... ?
Dans sa tête il se repassait le déroulement des évènements de la soirée pour savoir comment ils en étaient arrivés là.
Mais rien.
Il était vraiment confus.
En voyant son père se lever, Hippolyte voulut s'excuser et le rassurer. Mais le regard sec de Thésée le cloua sur place.
« Jamais mes possessions ne sauront être tiennes. Jamais. »
Le souverain d'Athènes quitta la pièce, le laissant seul avec une Alcéise silencieuse et un Pirithoüs s'empiffrant bruyamment.
