Titre : Hippolyte
Genre : Tragédie, Souffrance/Confort, Famille
Rating : T
Résumé : Phèdre, reine belle et froide. Un pic à la place du cœur, du venin à la place des paroles. Phèdre, reine belle et froide, réchauffée par le plus vertueux des cœurs. Un amour à sens unique, pour l'un comme pour l'autre.
Réponse aux reviews :
Guest : Hello ! Merci pour tes encouragements ! Je suis super heureuse que mon histoire te plaise ! J'ai investi beaucoup de temps à l'écriture de cette fic (fait notamment pas mal de recherches) donc très heureuse que ça te plaise ! ^^ J'espère que tu continueras à lire :-)
Happy end : Hello ! Alors un petit mot pour te dire que je suis tombée amoureuse de ton petit commentaire ! Alors s'il te plait, dis moi que tu continueras à suivre ma fic ^^
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Chapitre 5 :
Arc bandé, paupières plissées, Hippolyte relâcha la pression et la flèche se logea en plein cœur de la cible. Il sourit, fier de sa prestation. Un craquement sec derrière lui et il se retourna en vitesse, l'épée dégainée. Deux pairs d'yeux ronds et innocents l'observaient, Démophon et Alcéise, main dans la main. Le chasseur rangea son arme et se posta gravement devant les deux espions.
« Qu'est-ce que vous faites ici tous les deux ? »
Alcéise sursauta, Démophon sourit, dévoilant sa minuscule dentition. Hippolyte fondit. Il attrapa son petit frère et le cala sur son bras.
« La reine t'a demandé de t'occuper de lui ? » demanda-t-il à la fillette.
La tête blonde hocha la tête puis baissa son front.
Alcéise était muette, chose qu'Hippolyte mit près de quatre mois à réaliser. À sa décharge, il n'était pas souvent au palais et n'était pas réceptif aux ragots des servantes. Mais lorsqu'il entendit parler de l'infirmité d'Alcéise, son cœur se remplit de pitié. Étrangère à ce pays, incapable de parole et reléguée au rang de suivante personnelle de Phèdre... Oui, Hippolyte avait senti son cœur se remplir de pitié.
Le cavalier émergea de ses pensées en voyant le regard scrutateur de la fillette sur son arc.
« Tu veux essayer ? »
Les yeux rosées d'Alcéise s'arrondirent.
« Oui, les femmes ne sont pas censées manier l'arc. Mais ça n'a jamais empêché ma mère de le faire. Enfin, de ce qu'il se raconte. C'était une Amazone. Antiope l'Amazone ! »
La fillette cligna des yeux sous l'effet de la surprise, puis hocha la tête. Hippolyte lui montra le mouvement.
« Tu tends la corde comme ça... Avec plus de force...Oui comme ça. Ensuite tu plisses les yeux pour viser...Oui, je pense que tu es dans l'angle...Et puis tu lâches ! »
Alcéise s'exécuta : la flèche alla se loger à côté, à la périphérie de la cible.
« Pas mal, apprécia le chasseur. C'est vraiment pas mal pour une débutante. »
Elle rougit de plaisir et Hippolyte lui tapota le crâne.
« Hippolyte ! »
Le fils naturel de Thésée émergea de ses pensées et observa Ealide, son précepteur, accourir vers lui. Les genoux tremblants, il reprit sa respiration.
« Qu'y a-t-il ?
— C'est ton père, souffla l'homme. Il est de retour ! »
Hippolyte bondit. Il jeta un coup d'œil à la mer et s'étonna de ne pas trouver de navire. Son père était-il revenu par la terre ? Il jeta ses pensées à la mer et se dirigea vers le palais. Son pédagogue ne lui avait pas menti : son père était de retour, plus grand et plus fort que jamais. De nombreux paquets étaient à ses pieds et il faisait une distribution. Il rayonnait et cela réchauffa le cœur d'Hippolyte.
« Hippolyte ! s'exclama le grand Thésée en l'apercevant. Viens-là mon fils ! »
Il s'exécuta timidement. Son père lui tendit un objet qui lui coupa le souffle. Un arc, et non des plus banales. Le repose flèche était entouré d'un cuir fin et les extrémités de l'arc étaient ornées de motifs arborescents. Hippolyte soupesa l'objet, testa l'élasticité de la corde et ne put retenir son admiration. Sûrement l'œuvre d'un grand forgeron !
« Tu ne l'essayes pas ? J'ai très envie de te voir dans ces vêtements. »
Hippolyte quitta des yeux son arc et observa la scène qui se jouait devant ses yeux. Alcéise, tenant une tunique rose contre sa poitrine, refusait de regarder Thésée dans les yeux.
« Chwal ! Chwal ! »
Thésée décrocha son regard d'Alcéise et se tourna vers son fils puiné. Démophon, sur ses deux pieds, montrait du doigt une petite figurine en bois.
« Mais oui, je ne t'ai pas oublié, joyau de mon cœur ! rit de bon cœur Thésée. C'est pour toi ! »
Démophon examina l'objet un moment, puis le lança parterre, mécontent. Hippolyte réagit au quart de tour. Il se mit au niveau de son frère et le gifla. Et ce qui devait arriver, arriva : son petit frère se mit à larmoyer, les lèvres tremblantes, puis à pleurer.
Hippolyte flancha, désarçonné. Il venait de réaliser : c'était la première fois qu'il levait la main sur son petit frère. Et Démophon ne s'arrêtait plus. Soudain Hippolyte se sentit propulser vers l'arrière.
« Comment oses-tu gifler mon fils ?! »
La Brillante, Phèdre...
Elle le regardait avec tellement de colère et de dégoût qu'Hippolyte crut mourir de l'intérieur. Il se tourna vers son père dans l'espoir d'obtenir son soutien. Mais Thésée avait les yeux fixés ailleurs, la mâchoire serrée.
« Chut... Ne pleure pas mon petit. Maman est là mon cœur. »
La voix de Phèdre était très douce. Elle caressa à plusieurs reprises les cheveux noirs de son fils, les lèvres collées à son front.
« Je suis- »
Hippolyte ne finit pas sa phrase. Phèdre lui lança un regard méprisant qu'il ravala ses excuses et réagit comme il l'avait toujours fait dans ces moments-là.
Il se retira en vitesse.
§...§
Phèdre n'arrivait pas à trouver le sommeil. Elle s'agitait, se forçait à fermer les yeux, essayait de compter les moutons, mais rien n'y faisait : elle n'arrivait pas à dormir. Sûrement en raison de la présence non désirée de son mari dans sa couche.
Elle soupira de frustration et quitta son lit. Elle s'avança vers la cour à ciel ouvert et s'arrêta en entendant une voix.
« Tu ne dors pas ? »
C'était la voix d'Hippolyte. Elle jeta un coup d'œil et le vit, assis sur les marches de l'entrée. À qui donc murmurait-il ? À elle ? La réponse ne se fit pas attendre : une fillette apparut dans le cadre, blonde, jeune.
Alcéise.
« Tu veux regarder les étoiles ? proposa le jeune homme. Ça m'aide à trouver le sommeil. »
Phèdre était un peu surprise par le ton d'Hippolyte. Doux, calme. Ce n'était pas souvent qu'elle lui entendait une telle voix. Lui tellement froid, tellement tranchant, hautain et condescendant.
Phèdre se lassa du spectacle et retourna à sa chambre, le cœur serré.
Avant, Ariane et elle regardaient aussi les étoiles, accompagnées de Dédale qui leur expliquait l'histoire de chaque constellation. C'était leurs moments à eux, leurs virées nocturnes secrètes. L'heure de la découverte, de l'apprentissage. C'est d'ailleurs à l'occasion de l'une d'entre elle que Dédale leur avait appris à lire. Si Ariane n'avait pas compris le mécanisme, Phèdre avait assimilé le tout avec une rapidité déconcertante.
« Tu es tellement plus douée que moi, petite sœur ! »
Celle que beaucoup s'aimait à appeler la Brillante essuya ses larmes et retourna se coucher. Elle fut surprise de croiser Thésée, adossé sur une colonne du palais, le visage tourné vers l'entrée. Pris dans sa contemplation d'Hippolyte et Alcéise, il ne la remarqua pas.
Elle en profita pour se recoucher.
§...§
« Tu crois que les dieux nous regardent d'en haut ? » murmurait Hippolyte.
Alcéise haussa les épaules. Hippolyte sourit et poursuivit.
« J'aurais tellement aimé connaitre ma mère. Père refuse de me parler d'elle. Et les servantes finissent toujours par détourner la conversation. Je ne sais pas pourquoi. »
Antiope l'Amazone. Tout ce que Hippolyte savait d'elle, il le tirait de confidences de son précepteur Ealide. Et d'après le vieil homme, c'était une femme très différente d'ici. Elle refusait les habits grecs, n'aimait pas les occupations des athéniennes et s'isolait souvent dans la forêt, avec sa monture. Mais s'il y a bien une chose que personne n'aurait pu enlever à Antiope, c'était sa beauté. Puissante, musclée; le genre de corps qu'aucune femme grecque n'aurait pu posséder.
Lorsque Hippolyte essayait d'évoquer les circonstances de son décès, Ealide secouait toujours la tête, sans plus un mot.
Antiope...
L'air de rafraichit soudainement et Hippolyte ramena ses mains autours de ses bras. Il s'arrêta dans son geste lorsque Alcéise se leva. Il la suivit du regard et hoqueta de surprise lorsqu'il la vit faire la dernière chose à laquelle il s'attendait d'elle.
Danser.
Ses mains en arceau au dessus d'elle, elle tapait des pieds sur un rythme qu'elle seule entendait. Ses yeux étaient clos mais ses lèvres remuaient. Et puis les larmes coulèrent de ses yeux clos lorsqu'elle s'arrêta.
« C'était très beau Alcéise. Tu es vraiment une excellente danseuse. »
Ce qui était très inhabituelle de la part d'une roturière.
§...§
Le lendemain, tout le monde se réunit à table. Les domestiques apportèrent les plats, le silence régnait.
Hippolyte se risqua un regard à son petit frère. Il s'en voulait encore un peu d'avoir fait pleurer son petit frère la veille.
Mais c'est juste que...
Il détestait qu'on manquât de respect à son père. C'était quelque chose de profondément inscrit en lui. Il aimait et respectait tellement son père que l'idée qu'on puisse lui témoigner du mépris lui retournait le ventre et la raison.
Dans ces moments-là, il ne se contrôlait plus. C'était...viscéral.
« Hippo ! Chwal ! Chwal ! »
Hippolyte lâcha un soupir de soulagement Démophon. Son petit frère était encore dans l'âge où la rancœur n'existait pas...
« Si nous sommes tous réunis ici, c'est parce que j'ai une annonce à vous faire. »
Hippolyte glissa son attention de son frère à son père. Celui-ci arborait une mine grave, cérémonieuse.
« Demain nous partirons tous pour Athènes. Et nous y installer définitivement. »
Phèdre hoqueta de surprise et se tourna vers son époux. Hippolyte, quant à lui, sentit son cœur se compresser. Il n'était pas très à l'aise avec l'idée de quitter sa ville natale.
« Alors préparez vos bagages, nous partirons tous ensemble. Sauf toi Hippolyte. »
Le temps se brouilla.
« P-Père...?
— J'ai besoin de toi ici, fils. »
Les oreilles d'Hippolyte bourdonnèrent et la confusion lui obscurcit la vue.
« J'ai besoin de quelqu'un de confiance ici, à Trézène, poursuivit Thésée, imperturbable. Pour diriger le pays à ma place. »
Hippolyte écarquilla des yeux. Phèdre aussi avait sursauté et le dévisageait.
« Oui, mon fils. Je veux faire de toi le souverain de Trézène. Tu es ma chair, tu es mon sang, tu es la seule personne en qui je peux avoir confiance. »
Long silence.
Durant ces quelque secondes qui parurent une éternité, Hippolyte ne quitta pas des yeux son père. Ce père qui n'avait jamais vraiment été présent dans sa vie. Ce père qui tenait davantage du mythe que du palpable.
Mais ce père dont il était le fils.
« Je ferai selon votre volonté Père. Vos attentes sont mes objectifs. »
Parce qu'il aimait son père, ce héros. Parce qu'il avait la chance d'être le fils de Thésée et de ne pas avoir à rougir de son sang.
« Hippo ! »
La voix le tira de sa rêverie.
« Chwal ! Chwaal ! »
Démophon. Son petit accro aux chevaux.
Je ne te reverrais sans doute plus jamais.
§...§
Pour la première fois depuis longtemps, Hippolyte ne consacra son après-midi ni à la chasse, ni au culte d'Artémis. Il se tenait dans la chambre de son petit frère, face à son berceau. Il ne se retourna qu'en entendant des bruits de pas derrière lui.
« C'est toi ? »
Alcéise. Elle se tenait sur le pas de la porte, la tête baissée. Elle s'approcha timidement et Hippolyte en profita pour lui faire face entièrement.
« Tu as beaucoup de chance, tu sais ? Tu vas voir Athènes, l'une des plus grandes cités grecques. Même moi je n'ai jamais eu cette chan- »
Hippolyte sursauta légèrement lorsqu'il sentit deux bras l'enlacer et une tête se poser contre son ventre.
« Alcé- »
Bruits étouffés, tremblements : des sanglots.
« Tu ne veux pas partir, c'est ça ? »
Elle secoua la tête, le front toujours contre son ventre. Hippolyte la détacha de lui et s'abaissa à son niveau.
« Tu as peur ? »
Elle acquiesça.
« De Phèdre ? »
Elle ne réagit pas.
« Si c'est ma belle-mère qui t'inquiète, alors rassure-toi. Père saura te protéger. »
Alcéise baissa la tête. Hippolyte voulut poser sa main sur le sommet de son crâne mais laissa son geste en suspens lorsqu'il remarqua qu'elle tremblait. Puis il aperçut ses poings, fermement serrés.
« Père est un homme bon, tu sais. Un homme bien meilleur que moi. Tu seras entre de bonnes mains. »
Elle desserra les poings.
« Alcéise ? »
Elle redressa la tête et l'observa du haut de ses dix pommes.
« Tu voudras bien prendre soin de Démophon pour moi ? »
Des yeux rosés le jaugèrent silencieusement.
« Il dort très mal les nuits. Il lui faut toujours quelqu'un près de lui. Au moins jusqu'à ce qu'il s'endorme. Tu veux bien être cette personne ? »
Alcéise sembla méditer la proposition un instant, puis accepta d'un signe de la tête.
Hippolyte s'en sentit bizarrement rassuré.
§...§
Phèdre n'en revenait toujours pas. Après cinq ans d'attente, elle allait enfin pouvoir se rendre à Athènes, l'une des plus grandes cités grecques. L'épouse de Thésée était curieuse de bien des choses sur Athènes, comme son apparence, sa population, ses coutumes. Mais au-delà de cette curiosité, ce qui ravissait le cœur de la reine, c'était la perspective d'en apprendre plus sur le sort d'Ariane.
Quelqu'un à Athènes saura forcément me renseigner !
Phèdre porta sa main sur son cœur et sourit. Sa sœur, sa chère sœur... Peut-être même qu'elle la retrouvera saine et sauve, mariée à un autre athénien. Peut-être qu'Ariane a connu l'amour ailleurs et que Thésée, dans la bonté que lui prête les rumeurs, le lui aurait accordé... L'espoir était fou, mais Phèdre voulait y croire !
« Ma Dame, que dois-je faire de cet objet ? »
Phèdre s'approcha de la servante chargée de faire ses bagages et observa l'objet en question. C'était un livre. Un bien très rare et très précieux dans le monde grec. Et si Phèdre savait ce que c'était, c'est parce qu'elle en avait vu dans la bibliothèque de Dédale.
« Où l'as-tu trouvé ? demanda la Brillante sans décrocher son regard du livre. Et il n'était pas écrit en grec.
— Sous le plancher, ici. »
Phèdre médita l'information avant de hocher la tête. « Tu le rajouteras dans mes bagages. »
« Bien ma Dame. »
La servante quitta la pièce et Phèdre balaya une dernière fois des yeux sa chambre.
« Adieu chambre austère. Puisse-tu ne jamais avoir à m'accueillir à nouveau. »
