Titre : Hippolyte

Genre : Tragédie, Souffrance/Confort, Famille

Rating : T

Résumé : Phèdre, reine belle et froide. Un pic à la place du cœur, du venin à la place des paroles. Phèdre, reine belle et froide, réchauffée par le plus vertueux des cœurs. Un amour à sens unique, pour l'un comme pour l'autre.

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Chapitre 8

Du haut de ses sept pommes, Démophon essayait par tous les moyens de maitriser l'art de l'épée. Avec son sabre en bois, il trancha dans le vide en poussant des cris et s'imagina vivre les aventures de son père.

« Tiens sale Minotaure ! Prend ça bandit Sinis ! »

Il lança son épée loin devant lui et elle atterrit près des appartements de son père. Il courut la chercher et s'arrêta lorsqu'il entendit des voix. Son père avait de la visite.

« L'information est sûre : Tyndare n'a pas abandonné ses recherches ! Il se rapproche de toi, je le sens.

— Tes inquiétudes n'ont pas lieu d'être mon ami ! Il est déjà passé par Athènes. Et il ne l'y a pas trouvée.

—Tu t'es montré trop imprudent en la ramenant ici ! Les rumeurs sur sa beauté enflent déjà les rues d'Athènes. Combien de temps avant qu'elle n'atteignent les oreilles de Tyndare ? Il aurait été préférable qu'elle demeure à Trézène encore un temps. »

Silence. Démophon dût se coller à la porte pour entendre la réponse de son père.

« Tyndare voit en moi un allié. Sa confiance est acquise. Jamais il ne mettra en doute cela. Jamais il ne viendra la chercher ici.

Je l'espère pour toi et ta cité... Mais ce n'est pas ça qui m'amène ici aujourd'hui. »

Nouveau silence.

« Notre serment, Thésée ! Nous avons tiré au sort Hélène, tu l'as obtenue ! Maintenant c'est à mon tour ! Tu dois maintenant honorer ta part du marché !

Hélène n'est pas mon épouse. Elle est encore jeune. Et puis il y a Phèdre alors-

Ce n'est pas mon problème ! J'ai assez attendu comme ça ! J'exige cette autre fille de Zeus que le pacte me promet ! »

Démophon tira la moue. Il ne comprenait rien à ce qui se disait. Mais il entendit son père faire les trois cents pas à l'intérieur, signe qu'il était en colère.

« Très bien. Tu as gagné ! Nous irons à la rencontre de l'oracle de Zeus. »

Son père avait abdiqué ? Cela étonna Démophon. Mais il n'eut pas le loisir d'y penser plus longuement : la porte s'ouvrit et un homme roux en sortit, suivit de Thésée.

« Tiens donc y aurait-t-il un espion au sein de ta maison Thésée ?"

— Démophon ? Que fais-tu ici ? »

Si l'homme roux semblait s'amuser de la situation, Thésée lui était furieux. Démophon pointa du doigt son épée pour essayer de s'expliquer.

« Va donc jouer ailleurs mon fils. »

La voix de Thésée était calme, mais les paroles heurtèrent tout de même Démophon.

Le cœur lourd, il acquiesça et s'exécuta.

§...§

Armé de son arc pour enfant, Démophon s'entrainait maintenant à tirer. À l'abri des regards, Alcéise lui avait plusieurs fois montré le geste mais Démophon avait du mal à le reproduire. Au énième échec, il se laissa tomber contre le muret, mi-furieux, mi-triste.

« Que se passe-t-il Démophon ? Pourquoi cet air morose ? »

Le jeune garçon redressa la tête et un sourire illumina son visage.

« Oncle Ménesthée !"

— Dans mes bras petit garnement ! » répondit l'adulte.

Et mêlant le geste à la parole, souleva Démophon en riant. Puis après quelque tours de manèges, l'homme rabaissa le petit et s'enquit de son humeur.

« Que se passe-t-il ? Qu'est-ce qui te met dans cet état ? »

Et Démophon expliqua à son oncle qui n'était pas tout à fait son oncle son problème.

« En plus père est trop occupé pour m'apprendre, renchérit tristement le petit. Je l'ai entendu à travers la porte. Il parlait de partir voir l'oracle avec son ami.

— Partir voir l'oracle ? Pourquoi ça ? »

Oncle Ménesthée semblait très intrigué et attentif. Cela donna à Démophon le sentiment d'être important. Alors il raconta tout.

« Père a gagné au sort une ellene. Et il y a Tyndare qui cherche cette ellene. Mais elle est cachée ici. Mais avant elle était à Trézène. Mais maintenant Pirithoos veut que père l'aide à trouver une fille de Zeus... Dis oncle Ménesthée, c'est quoi une ellene ? »

Son oncle sursauta et Démophon crut voir une étrange lueur dans son regard. Mais l'instant d'après, il était tout gentil et normal. Comme l'oncle qu'il avait toujours été.

« Je ne sais pas trop Démophon. Peut-être as-tu mal compris ? »

— Peut-être », avoua piteusement Démophon la tête rentrée dans les épaules.

Son oncle dût ressentir sa tristesse car l'instant d'après, il était à son niveau et le réconfortait.

« Si tu t'entraines régulièrement, tu y arriveras Démophon. Tu es encore un enfant, mais tu deviendras un grand guerrier plus tard. Un grand roi ! Je l'ai su dès que je t'ai vu... »

Puis d'un geste, il frotta le sommet de son crâne et s'en alla d'un geste précipité.

§...§

Phèdre était belle.

Elle était méchante, impitoyable, cruelle.

Mais tellement belle...

Assise en retraite, l'adolescente voilée observait les festivités qui défilaient sous ses yeux. Des hommes buvaient joyeusement, des femmes aux visages colorés dansaient, et des musiciens jouaient d'instruments qu'elle n'avait jamais vu.

Mais parmi toutes ces silhouettes, c'était bien celle de la reine d'Athènes qui ressortait. Avec ses longs cheveux noirs, ses cils fournis et sa démarche assurée, elle flottait, comme étrangère au tableau.

Et puis elle n'était pas comme d'habitude. Elle souriait sans cesse, caressait du regard les invités et jouait continuellement avec ses cheveux bouclés qui ondulait près de son bassin. Elle qui habituellement les serrait toujours en chignon...

L'adolescente aux yeux rosés observa ainsi la maitresse des lieux se diriger d'un pas certain vers une table en particulier. Une table abritant un homme qu'elle ne connaissait que trop bien.

Pirithoos.

L'homme au rire gras buvait de bon cœur, comme à son habitude. Il afficha un peu de surprise en voyant Phèdre s'asseoir face à lui, saisir son verre tout en prenant soin de lui frôler la main, pour le resservir.

Les lèvres entrouvertes, il semblait avoir perdu toute notion du temps. Et cela fascina l'adolescente. C'était comme si Phèdre s'était emparée de cet homme et qu'elle le dirigeait selon son bon vouloir...

La Brillante se pencha vers lui et souffla quelques mots. L'homme éclata de rire, reprenant sa contenance, puis se mit à déblatérer un flot de paroles.

De là où elle était, l'adolescente n'entendait pas grand chose. Tout ce qu'elle pouvait voir, c'était le visage de Phèdre : un sourire aux lèvres, de l'ennui dans les yeux. Visiblement la discussion n'allait pas dans le sens qu'elle souhaitait.

Jusqu'à cet instant.

Ce moment où Phèdre, qui jusque là souriait, pâlit. Ses yeux se troublèrent, à la manière d'un lac tourmenté par une pierre.

Et son sourire tomba.

§...§

Abandonnée ? Ariane avait été abandonnée ?

« Sur l'île de Naxos," poursuivit Pirithoos de sa voix moqueuse. "Cette histoire est peut-être l'une des meilleures ! Thésée a charmé, utilisé, puis abandonné cette fille qui avait renié père et patrie pour lui. Quant à l'autre qui avait trahi ses sœurs pour le suivre, eh bien il s'en est lassé et a planté son épée sa poitrine, tout simplement !"

Il but une gorgée et éclata de rire, tandis que l'horreur décolorait le visage de Phèdre.

« C'est vraiment le meilleur quand il s'agit de passer à autre chose. Entre laisser pour morte l'une et tuer l'autre, vraiment, il n'a pas son pareil pour se débarrasser des femmes ! Mon cher, très cher ami ! »

Abandonnée ? Laisser pour morte ?

Ariane...Ariane !

Les larmes dévalèrent ses joues sans qu'elle ne puisse les retenir. Les sanglots qu'elle s'efforçait d'étouffer compressaient maintenant sa poitrine. Et le chagrin... le chagrin lui donna envie de se jeter de la falaise !

Tous ses espoirs s'étaient brisés.

Ariane...

Plus jamais elle ne reverrait sa sœur. Plus jamais elle ne lui coifferait les cheveux. Plus jamais elles ne regarderont les étoiles. Plus jamais elles ne joueront à la balançoire...

Ari...ane...

§...§

Thésée balaya la pièce du regard et contempla la fête de départ qu'il avait organisé. Du coin de l'œil il repéra la personne qui était à l'origine de cette nouvelle expédition. Lentement il s'approcha d'elle.

« C'est donc ici que tu te cachais ? »

L'adolescente eut un mouvement de repli. Thésée s'installa à ses côtés et suivit son regard.

« Phèdre est une très belle femme, n'est-ce pas ? Reine sculptée pour un roi. Elle est l'une de mes plus valeureuses possessions. Tu n'es pas d'accord ? »

Elle sembla se détendre et acquiesça lentement. Thésée en profita pour se pencher vers elle.

« Tu peux me parler à moi tu sais ? Parce que moi je sais que tu es un vrai moulin à parole en vrai. N'est-ce pas Hélène ? »

Panique dans les yeux roses, nouveau mouvement de fuite. Thésée le bloqua d'un geste.

« C'est toi qui m'a fait commettre cette folie, siffla Thésée, le regard noir. Quelle idée de danser de la sorte devant autant d'hommes ! »

Elle essaya de se débattre, il resserra son emprise, contenant de moins en moins sa colère.

« Estime-toi heureuse que le sort m'ait désigné moi ! Tu crois que des hommes comme Pirithoos se serait embarrassé de ton âge ou de ta nubilité ?! »

Elle était maintenant en larmes. Voyant cela, il se calma instantanément et relâcha sa pression. Elle se couvrit le visage et sanglota honteusement.

« Cesse de verser tes douces larmes, Hélène. Jamais je ne te ferais du mal. Jamais. Et à mon retour, je suis sûr que tu sera fin prête à recevoir les honneurs qui te sont dues. »

Il planta un baiser sur le voile blanc qui couvrait ses cheveux blonds et s'éclipsa.

§...§

Ménesthée haïssait Thésée. Les faits remontaient à plus de trente ans mais le souvenir était encore brûlant, lacérant sa peau jusqu'à plus soif.

À l'époque, on ne connaissait pas de descendance à Égée, le roi d'Athènes. En tant que descendant d'un ancien souverain d'Athènes, Ménesthée aurait dû naturellement succéder à Égée. Mais un jour Thésée s'était présenté au palais, prétendant être le fils d'Égée.

Et personne ne mit en doute ses paroles. Tout le monde avait avalé les dires de ce pseudo-héros. Et Ménesthée, véritable héritier d'Athènes, fut évincé de la succession ... Un fait que Thésée ne manquait jamais de lui rappeler, sous couvert de louanges et d'invitations flatteuses.

« Ménesthée, mon cher ami et noble d'Athènes ! »

« Ô Ménesthée, homme de noble lignée et de bonne compagnie ! »

« Ménesthée, viens donc partager ce fabuleux banquet que j'organise à la réussite de mon... »

N'importe quel simple d'esprit verrait dans ces invitations, noblesse et hospitalité. Mais Ménesthée n'était pas n'importe quel simple d'esprit. Il savait pertinemment qu'aucune bonté ne se cachait dans les actes de Thésée. Il s'agissait simplement d'étaler sa puissance et ses richesses pour le narguer constamment.

C'est pourquoi le noble d'Athènes et éternel convive de Thésée s'était faite une promesse. Celle d'un jour causer la perte de Thésée. Celle d'un jour dépouiller Thésée.

Et aujourd'hui, après toutes ces années de patience, il obtint finalement l'information qui allait lui permettre de détrôner le pseudo-héros.

« Hélène ? Vraiment Thésée ? Rien que ça ? ricana l'homme. La fille du roi possédant la plus grande flotte de toute la Grèce ? »

Le roi d'Athènes était-il à ce point imprudent ? L'orgueil lui était-il à ce point monté à la tête ?

« Cet excès d'orgueil, Thésée, je vais te le faire payer cher. Très cher... »