Titre : Hippolyte
Genre : Tragédie, Souffrance/Confort, Famille
Rating : T
Résumé : Phèdre, reine belle et froide. Un pic à la place du cœur, du venin à la place des paroles. Phèdre, reine belle et froide, réchauffée par le plus vertueux des cœurs. Un amour à sens unique, pour l'un comme pour l'autre.
Réponses aux reviews :
Angelica R : Je suis trop nulle ! J'ai vraiment pris trop de temps pour poster la suite T-T. Je suis vraiment désolée ! Mais pour répondre à tes questions, eh bien le plan de Ménesthée n'a pas tout à fait échoué. Mais je te laisse lire ça ^^ Pour Ariane, dans ma tête, elle est avec Dionysos mais pour Phèdre elle est morte. J'aimerais bien écrire l'histoire d'Ariane d'ailleurs... Non, malheureusement on ne reverra pas Perséphone (pourtant je l'adore !). Mais pour ne pas casser la dynamique de l'histoire, plus d'apparition de la reine des enfers. Mais pas exclut que j'écrive son histoire dans une fic à part ;-)
Queen Puduhepa : Exacte ! J'ai souvent tendance à confondre les deux frères (Agamemnon et Ménélas). Pour moi Ménélas est tellement dans l'ombre de son frère que j'imagine toujours Agamemnon être au commande des deux armées. En tout cas, tu fais bien de me le dire, sinon je fonçais tête baissée dans le faux ^^'
Oui, Thésée mérite des baffes (et pas que). Pour l'enlèvement d'Hélène, eh bien... en fait non, je te laisse le découvrir dans la suite ! ^^ Pour Acamas maintenant, j'aurais adoré l'inclure dans ma fic. Mais je n'ai pas trouvé comment. Peut-être que le personnage existe dans ma fic, peut-être pas. Mais en tout cas, on n'en entendra pas parler. Mais dans ma tête, si Acamas était là, Démophon serait un excellent grand-frère, très proche de son frère.
Pour Ménesthée, oui, il a bien mis de l'aphrodisiaque dans le verre de Thésée. Et tu as vu totalement juste dans le plan de Ménesthée (va pas faire les choses à moitié lui !). Je suis heureuse que ma version de Perséphone plaise. J'ai adoré la décrire aussi malicieuse. J'espère que la suite sera à la hauteur de tes espérances (ça me met un de ces tracs !)
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Chapitre 10
« Je suis roi, je suis souverain, je suis destiné à diriger. Du sang royal coule en moi... Je suis le roi, je suis le véritable souverain ! »
D'un revers de la main, Ménesthée envoya valser le vase de famille avant de s'effondrer sur sa chaise. Une semaine s'était écoulée depuis le banquet. Une semaine depuis l'échec de son plan et le départ de Thésée. Une semaine qui aurait le faire passer à autre chose. Mais une semaine qui n'arrangea pas grands choses...
« Monseigneur, quelqu'un demande à vous voir. »
Ménesthée émergea de ses pensée et observa froidement son stupide serviteur. Celui-ci comprit après un moment de réflexion et précisa son propos.
« Une servante de la maison de Thésée. »
D'un geste las, le vieux en principe en ordonna l'entrée. Il reconnut de suite son visiteur. La servante corrompue de Thésée. Ménesthée serra les dents.
« Que veux-tu, femme ? Si c'est ta récompense, oublie-la ! Mon plan est tombé à l'eau et c'est entièrement de ta-
— C'est fait. »
Ménesthée fronça les sourcils, mécontent d'avoir été coupé mais également furieux de ne pas comprendre les paroles de la servante.
« Alcéise me l'a confirmé, poursuivit la femme. Thésée l'a rejoint le soir du banquet. Ils ont passé la nuit ensemble. »
Le cœur du vieux roi lâcha.
Ça avait fonctionné ? Son plan avait fonctionné ?
Ménesthée ne voulait pas y croire. Non, il voulait y croire mais ne pouvait y croire. Alors il se redressa et se mit à faire les cent pas dans son bureau.
« Thésée s'est vu offrir une boisson contaminée mais Thésée ne l'a pas bue. Donc Thésée n'a pas bu d'aphrodisiaque. Donc il n'a pas pu rejoindre Hélène pour... »
Ménesthée s'arrêta dans son raisonnement.
« Non, c'est faux. L'absence d'aphrodisiaque n'est pas forcément contraire à... »
La conclusion lui sauta au visage et le vieux prince éclata de rire.
« Thésée vile crapule : tu n'as pas eu besoin de moi pour faire ta sale besogne ! Honte à moi, je n'aurais jamais dû douter de tes pulsions animales ! »
Sur cette pensée joyeuse, Ménesthée se saisit d'une feuille, écrivit une longue lettre et la confia à son serviteur.
« Pigeon voyageur — Tyndare. »
Le serviteur acquiesça, se dépêcha de mettre en place les directives et enfin, Ménesthée s'autorisa à relâcher la pression. Ce n'était maintenant plus qu'une question de jours avant que Tyndare n'envahisse l'Attique pour récupérer sa virginale Hélène. Qui, hélas!, n'avait plus rien d'une vierge.
« Ha ha ha, Thésée, vieille canaille ! »
§...§
« Qui t'as fait ça ? Vas-tu me répondre oui ?! »
Phèdre tendit l'oreille vers ce qu'elle entendue être une gifle et un sermon violent.
« Vas-tu donc me répondre vulgaire traînée ? »
La reine, en fidèle commère, se pencha à l'intérieur des cuisines et vit une servante imposante face à une soumise Alcéise.
« Est-ce que tu sais où tu te trouves ? Est-ce que tu réalises dans quelle maison tu as osé de comporter de la sorte ? Dans la maison du roi ! Une attitude aussi honteuse ne saurait être tolérée dans une maison aussi sacrée. »
Nouvelle gifle. Alcéise tomba à la renverse.
« Par tous les dieux, regarde-toi vulgaire catin : pas mariée et déjà grosse ! »
Quoi ? Sous l'effet de la surprise, Phèdre laissa tomber la couronne de fleur qu'elle tenait dans la main. Alcéise est enceinte ?
« Répond-moi sale trainée ! Dis-moi qui... »
Et puis soudain, sous le regard ahuri de Phèdre, la servante lâcha un sanglot et s'effondra.
« Est-ce que tu sais ce qu'on risque de te faire ? »
Sa voix n'était plus qu'un murmure. Vidée, éteinte.
« Est-ce que tu réalises que...? »
Et avant de pouvoir en dire davantage, la servante attrapa Alcéise dans ses bras et la serra fort. Longuement.
« Celui qui t'a fait ça, dénonce-le. »
Alcéise émergea des bras de la servante et l'observa.
« Si tu le dénonces, alors peut-être que Thésée te pardonnera. Lui sera châtié, toi tu seras pardonnée. Oui, c'est le seul moyen pour toi de survivre. »
La jeune fille, ou plutôt la future mère, baissa les yeux et secoua la tête. La servante sourit tristement.
« Oui c'est vrai : tu ne parles pas. »
Phèdre décréta qu'elle en avait suffisamment entendue. Elle récupéra la couronne de fleurs que Démophon lui avait offert et reprit son chemin. Mais lorsque la lumière d'Hélios baigna son visage, la réalité la frappa de plein fouet.
Thésée avait interdit à tous ses sujets mâles, hommes comme enfants, d'approcher Alcéise, sous peine de mort. Même Démophon avait ordre de se tenir à distance de la jeune fille. Aucun homme dans ce palais n'aurait pris un tel risque. Aucun homme n'aurait outrepassé un tel ordre.
Aucun homme excepté Thésée lui-même.
§...§
Les cris, les flammes, le chaos.
Athènes était assiégée. Barricadée dans sa chambre avec Démophon, faute d'avoir pu fuir à temps, Phèdre pleurait à chaudes larmes. Elle était terrorisée et ne pensait plus qu'à une chose : protéger son fils.
Moi vivante, personne ne touchera à Démophon. Moi vivante, personne ne-
Un bruit d'explosion la fit sursauter. La porte venait d'être enfoncée et un amas de fumée pénétra dans la pièce, suivit de bruit de pas. Le cœur de Phèdre s'arrêta lorsqu'elle vit deux hommes, armés jusqu'aux orteils.
La fumée se dissipa et l'horreur la saisit jusqu'au cou.
Des adolescents, les deux guerriers étaient des adolescents. Du moins en avaient-ils l'apparence. Et seulement l'apparence. L'un était blond et avait la carrure d'un ours, l'autre était brun et svelte. Mais les deux arboraient ce regard éveillé et satisfait des nouveaux nés. Des enfant nés de la guerre, dans la guerre et pour la guerre.
« Eh bien, mais que voilà...Serait-ce finalement le butin que je cherchais ? »
Phèdre sentit toutes ses forces la quitter. Le brun qui venait de parler s'approcha d'elle, sans la quitter un seul instant du regard.
« Oui, c'est bien ça. J'étais plutôt déçu jusque-là par les femmes d'Athènes mais toi... Ah toi, tu n'es vraiment pas comme les autres. »
D'un geste, le soldat arracha Démophon de ses bras et le lança à l'autre guerrier.
« Démoph- »
Sa voix s'éteignit. Elle était terrorisée. Elle n'avait même plus la force de crier. Les larmes coulèrent sur ses joues, impuissantes. Puis brusquement, elle sentit une main saisir ses joues et lui relever le visage.
« Tu as vraiment de très jolis yeux. »
Yeux dans les yeux, terreur dans la complaisance. Quelque chose en elle se libéra. Quelque chose qui terrassa la peur.
La colère.
« Démophon ! Démophon ! »
Phèdre se débattait maintenant comme une tigresse et tendait la main vers son fils. Mais l'autre soldat l'emmenait déjà hors de la pièce.
« Inutile de te débattre, voyons ! ricana le soldat. Ton mari est probablement mort maintenant. Sûrement de ma main ou de celle de mon frère. Ce qui m'autorise donc à faire ça. »
Il colla sa bouche à la sienne. Phèdre hurla. L'haleine de son agresseur se répandit dans sa bouche.
« Ça suffit ! »
La voix grave tonna dans la pièce. Le soldat brun s'éloigna d'elle et jeta un regard pardessus son épaule.
« Cette femme est la reine, déclara Ménesthée. Nous avions convenu que vous ne la toucheriez pas. »
Le soldat ennemi ne répondit rien et dévisagea Ménesthée. Longuement. Puis, presque à contrecœur, il recula. Et Démophon put enfin retrouver le chemin des bras de sa mère.
« Dommage, je t'aurais bien gardé, toi. »
Phèdre, qui serrait son fils à en perdre la vie, releva la tête pour tomber sur le sourire en coin, quasi complice, de son agresseur. Pour toutes réponses, elle s'essuya la bouche du revers de la main. Il éclata de rire.
« Vraiment dommage que tu sois encore l'épouse d'un autre. Et père tient à ce que nous respections les lois. Même lorsque nos ennemis se permettent de les enfreindre... »
Sa dernière phrase était teintée d'amertume et de colère. Mais Phèdre s'en moquait. Elle voulait juste qu'il parte. Et comme s'il avait entendu sa prière, le guerrier quitta la pièce. Phèdre se tourna alors vers Ménesthée.
Long silence.
« Vous ne me remerciez pas, chère reine ? »
Phèdre flancha, incertaine. Ménesthée venait de sauver sa dignité et peut-être aussi sa vie. Alors pourquoi avait-elle l'impression de faire face à un ennemi ?
« Vous... »
Ménesthée haussa un sourcil.
« Vous les connaissez, seigneur Ménesthée ? Vous connaissez ces deux guerriers ?
— Oui, ce sont les Dioscures. Les fils de Tyndare. Castor et Pollux. »
Phèdre ouvrit grands les yeux. Sparte ? L'attaque provenait de Sparte ? L'alliée d'Athènes ?
« Ils sont venus récupérer ce qu'on leur avait volé, expliqua le vieil homme. Ce que Thésée leur a ravi. »
Thésée avait volé un roi ? Phèdre n'était pas naïve : elle n'ignorait rien de la bassesse de son époux. La fourberie était sa seconde peau. Mais trahir un allié ? Et un aussi puissant que Tyndare ?
« Ont-ils pu récupérer leur bien ? s'enquit Phèdre après réflexion.
— Oui, mais pas dans l'état qu'ils espéraient. Leur sœur a été déshonorée et engrossée. »
L'information mit du temps à être traitée par Phèdre. Mais lorsqu'elle la comprit, elle se couvrit violemment la bouche pour ne pas crier son horreur. Le choc passée, elle laissa tomber sa main et croisa le regard imperturbable de Ménesthée.
« Alcéise, murmura-t-elle. C'est Alcéise leur sœur.
— Oui, Hélène de son vrai nom est la fille de Tyndare, le roi de Sparte. »
Phèdre était mortifiée. Elle avait traité une princesse, une égale, comme une vulgaire servante !
« Demain... »
Phèdre redressa la tête et écouta Ménesthée.
« Demain l'aube se lèvera sur un nouveau roi. »
Phèdre fronça les sourcils.
« Athènes sera enfin dirigée par son roi légitime. Le grand Ménesthée. »
Alors c'était donc ça ? C'était donc Ménesthée qui avait tout orchestré ? La nouvelle mit Phèdre sous tension et elle raffermit son emprise autour de son fils.
« Et tant que je serai roi d'Athènes, Démophon et vous vivrez sous ma protection. Vous pourrez continuer à vivre ici. »
Phèdre cligna des yeux, confuse.
« Pourquoi ? Pourquoi nous épargner ? Je suis l'épouse de votre ennemi.
— Peut-être, répondit Ménesthée avec amusement. Mais vous êtes aussi la mère de Démophon. Et lui, il sera mon successeur. C'est ce que j'ai décidé. »
La surprise passée, Phèdre jeta un coup d'œil à son fils. Et un sentiment d'apaisement la saisit.
Le monde autour d'elle s'écroulait mais qu'importe.
Démophon allait vivre.
C'était tout ce qui comptait.
