Titre : Hippolyte
Genre : Tragédie, Souffrance/Confort, Famille
Rating : T
Résumé : Phèdre, reine belle et froide. Un pic à la place du cœur, du venin à la place des paroles. Phèdre, reine belle et froide, réchauffée par le plus vertueux des cœurs. Un amour à sens unique, pour l'un comme pour l'autre.
Réponses aux reviews :
Queen Puduhepa : Coucou ! Ravie que ma façon d'aborder Ménesthée t'ai plu ^^. Quant à Phèdre, la pauvre n'est vraiment pas sortie de l'auberge ! Mais je ne te spoile pas et te laisse lire la suite ;-)
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Chapitre 12
Démophon se plaisait beaucoup à Trézène. Certes le palais n'était pas aussi immense et somptueux que celui d'Athènes. Il était même plutôt vieillot en comparaison. Mais régnait ici un calme que le prince appréciait.
Et les lieux étaient plus propices aux entraînements à l'arc.
Démophon relâcha l'air dans ses poumons et visa.
« Tu t'entraines encore avec ce jouet pour enfant ? »
Démophon se tourna vers l'origine de la voix. Adossé contre un mur, les bras croisés, Hippolyte roi de Trézène l'observait.
« À ton âge, il serait plus convenable de passer au véritable arc. »
Démophon fut fâché par le ton.
« D'après mon précepteur, il est normal à mon âge de tirer avec un arc pour enfant. »
Le roi quitta son mur et s'avança vers lui.
« À ton âge je chassais déjà les oiseaux.
— Hein ? Quoi ? Je ne vous crois pas ! protesta le jeune garçon avec véhémence.
— Alors observe. »
Le roi se saisit de l'arc et tira trois flèches qui atteignirent toutes le centre. La vitesse d'exécution choqua Démophon. La surprise passée, il s'autorisa à examiner l'adulte à ses côtés. D'après les servantes, Hippolyte était le fils de son père. Un fils né d'une Amazone.
« Comment suis-je censé m'adresser à vous ? »
Sourcil interrogateur.
« Les servantes m'ont expliqué que vous êtes le roi d'ici et le fils de mon père. Alors comment dois-je vous appeler ? »
Grand silence. Sans quitter des yeux la cible, le roi lui répondit:
« Appelle-moi simplement Hippolyte. Car avant d'être roi, je suis ton frère. »
Les yeux du prince s'arrondirent. Un frère ? Démophon n'avait jamais envisagé les choses sous cet angle mais oui : Hippolyte roi de Trézène était son frère. Un sourire victorieux illumina son visage.
« Donc Hippolyte... vu que je suis ton frère et tout ce qui va avec... Tu m'apprendras à tirer comme toi ? »
Hippolyte se tourna vers lui, intrigué.
« C'est ce que font les grands frères pas vrai ? »
Le chasseur eut un demi-sourire.
« Toujours aussi culotté à ce que je vois. »
— Culotté ? s'outragea le jeune prince. Et puis comment ça toujours aussi ? Et puis... Eh mais où est-ce que tu vas ? Mais attends moi ! »
D'un geste il attrapa ses affaires et courut à la suite de son grand-frère.
Son grand-frère.
Cette pensée l'emballait.
§...§
À l'exception de changements peu significatif, le palais de Trézène, en huit ans, était resté intact. Même architecture dépassée, même mobiliers vieillissant. Phèdre s'en agaça jusqu'à ce que son mécontentement soit balayé par une gêne sourde.
Le Roi était là.
Grand, calme, impérieux. Il fixait le soleil levant à travers les colonnes à sa droite. Et il s'avançait vers elle.
Phèdre recula d'un pas. Son cœur s'emballa, ses joues s'enflammèrent.
Pourquoi suis-je aussi terrifiée ?
Elle ferma les yeux, confuse, et se força à se souvenir.
Hippolyte, cet homme est Hippolyte. Ce même fils de Thésée, ce même petit gamin arrogant et insolent ! Ce gamin à terroriser d'un seul regard !
L'image lui arracha un sourire. Le cœur rempli d'autosatisfaction, Phèdre ouvrit les yeux pour faire face à Hippolyte.
Mais l'homme avait disparu. Il avait continué son chemin, sans s'arrêter.
Alors elle glissa des cimes du contentement aux tréfonds de la déception.
§...§
Elle brûlait pour Hippolyte.
Elle en avait fait appel à son passé, à sa raison et même à son mépris, mais elle ne parvenait pas à se dépêtrer de cette vérité : Phèdre la Brillante brûlait pour le fils de son époux, le frère de son fils.
Et ces rêves qu'elle continuait à faire : elle et Hippolyte enlacés, avec de la roche en guise de lit de noce.
Immonde, je suis immonde !
Toute sa vie, Phèdre avait maudit sa mère pour s'être prise d'appétence pour un taureau. Toute sa vie, elle avait méprisé la folie qui avait poussé Ariane à trahir les siens. Toute sa vie, elle avait méprisé les femmes amoureuses.
Et aujourd'hui, la Brillante en était une.
« Ma Dame ? toqua subitement une servante. Le cortège va bientôt partir. »
D'un geste Phèdre rabattit le voile rose sur son front et quitta sa chambre.
§...§
Hippolyte, Hippolyte, Hippolyte... Le nom roulait avec douceur. Sucré et hypnotisant.
Éloquent sans parler, majestueux sans barbe, beau sans artifice.
Le temps passant, Phèdre ne voyait plus rien de Thésée ou Démophon en lui. Elle ne voyait plus rien de l'adolescent qu'elle avait connu autrefois. Elle ne voyait plus rien de détestable ou de condamnable.
Ne restait plus que le séduisant au doux regard assassin. Ne restait plus que l'indomptable, farouche mais si tendre Hippolyte ! Ne restait plus que l'infini bonheur dans ses bras...
Son esprit déforma la réalité et étendue sur son lit, les mains puissantes flânèrent sur son corps nu. Glissant de ses épaules à son ventre, en passant par ses seins, pour enfin atteindre son temple sacré et-
Phèdre gémit.
Qu'importe son nom, sa lignée ! Qu'importe ses ascendants, son sang ! Qu'importe !
Il était Hippolyte, il était homme !
Et elle l'aimait, elle l'aimait !
§...§
Elle le haïssait ! Elle le haïssait de tout son être ! Comment osait-il à ce point l'humilier ? Comment osait-il à ce point l'ignorer elle ? La Brillante !
Elle avait mis trois heures à se préparer, trois heures pour être parfaite en tout point ! Chaque ongle, chaque mèche de cheveux, chaque plis de sa robe, chaque bijou, tout avait été soigneusement pensé...
Mais lui il...
Il l'ignorait. Superbement.
L'assistance entière la dévorait des yeux, mais lui il...
Il discutait avec Démophon.
Phèdre serra les dents. Elle quitta la salle de banquet pour faire les cent pas dans sa chambre. Elle se sentait furieuse, humiliée, snobée !
« Tu me le paieras Hippolyte. Tu me le paieras. Tu me le paieras parce que tu... »
Phèdre se stoppa dans ses pas. Car au-delà de la fureur, au-delà de l'orgueil, au-delà de l'impuissance, elle était blessée.
« Regarde-moi Hippolyte ! Regarde-moi ! Regarde-moi ! Parce que moi aussi je... »
La jeune femme éclata en sanglot.
« Moi aussi j'existe... »
§...§
Installé non loin du palais, à l'abri cependant des regards, Démophon s'attelait à la tâche avec minutie. Sa mère semblait décrépir de jour en jour (sûrement en raison de l'état de santé alarmant de son père) ce qui évidemment l'attristait à son tour. Alors en bon fils qu'il était, il s'évertuait à lui rendre le sourire.
« Que fais-tu Démophon ? Pourquoi toutes ces fleurs ?
Démophon décrocha son attention de son ouvrage et la reporta sur Hippolyte.
« Mère adore les fleurs, alors j'essaie de lui faire une couronne.
— Une couronne de fleurs ? »
Démophon lui tendit une violette.
« Tu veux m'aider ? »
Hippolyte secoua la tête.
« Il ne vaut mieux pas.
— Pourquoi ça ? s'interrogea Démophon.
— Parce que la reine me déteste, voilà pourquoi. »
