Titre : Hippolyte
Genre : Tragédie, Souffrance/Confort, Famille
Rating : T
Résumé : Phèdre, reine belle et froide. Un pic à la place du cœur, du venin à la place des paroles. Phèdre, reine belle et froide, réchauffée par le plus vertueux des cœurs. Un amour à sens unique, pour l'un comme pour l'autre.
Réponses aux reviews :
Queen Puduhepa : Hello ! Je suis hyper heureuse que la suite t'ai plu ! J'ai écris, réécris tellement de fois le chapitre 12...T-T
Donc très heureuse que le rendu final te plaise ^^
Le début de la fin ? Oui, totalement. D'ailleurs, il ne reste plus que deux chapitres à cette fic normalement.
Mais pour en revenir à Phèdre, oui, elle est complètement gaga d'Hippolyte. Tous les fait qui étaient censés avoir un effet répulsif sur elle (âge, situation familial d'Hippolyte, etc...) sont peu à peu tombés et elle s'est complètement abandonnée au sentiment amoureux. Quant à Hippolyte, ouais, je pense qu'il est vraiment à mille lieu de se dire qu'il a sans faire exprès séduit sa belle-mère ^^'
Je suis heureuse que la relation d'Hippolyte et Démophon te plaise. Je voulais vraiment créer une jolie dynamique entre eux ^^.
J'espère que le chapitre d'aujourd'hui te plaira aussi (moins bien écris que le précédent à mon sens, mais indispensable à l'avancée de l'histoire). Lui aussi je l'ai écris et réécris sans être totalement satisfaite du résultat...T-T.
Bon j'arrête de m'apitoyer sur mon sort et te laisse lire la suite ;-)
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Chapitre 13
Thésée, illustre roi d'Athènes, favori de Poséidon et héros de l'Attique était mourant. Désespéré par la situation, sa famille en avait fait appel à la divination.
Tirésias, surnommé l'Aveugle Voyant, était l'un des plus grands devins de la Grèce. Du moins, pour une poignée de Grecs. Pour le reste, il n'était qu'un vieillard illuminé, aux paroles et à la logique étranges.
Hippolyte roi de Trézène ne partage visiblement pas cette opinion, apprécia le vieil homme en observant son hôte. Consciencieusement, le devin mâcha chacune de ses bouchées. Il posa l'os qu'il rongeait, s'essuya les mains sur les cheveux de son esclave personnelle et enfin, parla.
« Connaissez-vous la légende de Pandore seigneur Hippolyte ?
— L'un des hymnes les plus populaires. Il n'y a pas un grec sur Terre qui ne saurait en chanter les vers. »
La réponse amusa le vieil homme qui confirma.
« C'est vrai, il s'agit sûrement du poème le plus répandu. Et pourtant, personne n'en a tiré sa véritable leçon... »
Silence dans la salle. Fier de son effet, le devin suça quelques raisins puis reprit.
« D'après la légende, Pandore, dans toute sa curiosité de femme, a bravé l'interdit pour ouvrir la boite qui contenait tous les maux de l'humanité. Peur, colère, jalousie, luxure : toutes ces plaies se déversèrent sur l'humanité...Mais quelque chose demeura dans la boîte. Est-ce que tu saurais me dire quoi ? »
Ces derniers mots, il les avaient adressés au deuxième fils de Thésée.
« L'espoir, répondit Démophon. L'espoir pour l'humanité de se reconstruire même dans tous ces maux.
— C'est exact. Mais ne voyez-vous donc pas ce que cela implique ? »
Long silence. Démophon et Hippolyte s'échangèrent un regard. L'aveugle sourit.
« Tu l'as compris, n'est-ce pas ? Jeune Démophon... »
Le jeune prince acquiesça et énonça prudemment sa conclusion.
« Si la boite contenait tous les maux et que l'espoir s'y trouvait alors... L'espoir est un mal. »
Tirésias exultait. Le deuxième fils de Thésée était vraiment un garçon brillant !
« Oui, l'espoir fait partie des maux de l'humanité. Un mal qui ronge aux mêmes titres que tous les autres. Peut-être même le pire à bien y réfléchir... »
— Le pire ? s'étonna Hippolyte.
— L'espoir est un mal car il donne l'illusion de contrer la fatalité. Or rien ne peut s'opposer au destin d'un homme : ni les prières, ni l'espoir.
— Mais alors à quoi bon continuer d'espérer ?
— À rien. L'espoir est un maux, car il est justement vain. »
Long silence. Démophon le brisa.
« Est-ce que ça veut dire qu'on doit arrêter d'espérer la guérison de Père ? »
Tirésias ne dit rien et posa ses yeux sur la bien silencieuse Phèdre.
§...§
Elle se sentait comme au bord du précipice. Jamais chagrin ne l'avait éteint à ce point. Jamais tristesse ne l'avait à ce point rongé. Pas même le départ d'Ariane...
Hippolyte ne la regardait jamais. Jamais.
Imperméable à ses charmes, imperméable à sa personne, imperméable à sa simple existence.
« Mère ? »
Phèdre émergea de ses pensées et observa son fils. Il semblait très inquiet et la regardait de ses yeux gris soucieux.
« Pourquoi es-tu à ce point triste ? Est-ce l'état de père qui te préoccupe ? »
Phèdre ne répondit pas et caressa doucement les cheveux de son fils. Puis elle se laissa guider par son fils vers la chambre de Thésée. Ce dernier était toujours aussi mal en point, voire mourant d'après certain.
« Viens, mère, attrape sa main. »
Machinalement, elle s'assit sur le chevet de son mari et lui attrapa la main. Puis, comme tout le monde l'observait, elle se pencha et embrassa le front de son époux. En se redressant, elle aperçut Hippolyte.
Et — son cœur manqua de lâcher à ce constat— il la regardait elle.
Phèdre se sentit renaitre.
§...§
Prend garde Reine soleil,
Prend garde à l'espoir,
Écoute Icare, écoute Narcisse,
Et observe les catastrophes de l'espoir...
§...§
Un panier dans la main droite, un livre dans la gauche, Phèdre se dirigea d'un pas léger vers la forêt. Le soleil brillait et le vent caressait ses traits détendus. Elle était heureuse.
« Il n'est pas très prudent pour vous de vous promener seule dans la forêt. »
Phèdre masqua son sourire naissant et se tourna vers l'homme qui venait de l'interpeler. Elle rejeta ses boucles d'un air insolent et répondit avec conviction.
« La santé d'un époux passe avant la sécurité de sa femme ! Je dois chercher des plantes pour aider à la guérison de mon mari ! »
Hippolyte eut l'air quelque peu perplexe. Phèdre se mit à douter : en avait-elle trop fait ?
« Vous pensez réellement que ces plantes l'aideront ? demanda le roi après réflexion.
— J'en suis certaine ! répondit Phèdre, ravie d'avoir capté son intérêt.
— Alors je vous accompagne : les loups rôdent parfois dans ces forêts. »
Elle tressaillit. Seule dans les bois, avec Hippolyte...
Elle le suivit à la trace.
Je suis la Brillante, petite fille d'Hélios.
Je suis la princesse, fille de Minos.
Je suis Phèdre, fille de celle qui a enfanté d'un taureau...
Qu'importe qu'on lui le jette nom de sa mère par la suite, qu'importe qu'on la traite en courtisane ou monstruosité de la nature.
Si à la fin Hippolyte se tenait à ses côtés, alors elle pourrait tout endurer.
Absolument tout.
« Vous savez lire ? »
Phèdre émergea de ses pensées et confirma.
« Toutes les femmes savent lire en Crète ? »
Hippolyte était intrigué, intéressé. Cela la rendit heureuse.
« Seulement moi. »
Excès d'orgueil et de vanité.
« J'avais une sœur, il y a longtemps. C'était une femme très vive et curieuse. Elle adorait visiter la bibliothèque du vieux Dédale. C'était un grand savant. Et ma sœur m'emmenait toujours avec elle. Alors un jour Dédale nous a appris à lire. Sauf qu'Ariane n'a pas réussi... »
Phèdre médita un instant avant de poursuivre, pensive.
« Elle était toujours comme ça, à foncer sans réfléchir, à fouiller partout. Elle ne connaissait pas la peur, Ariane. Et mon père l'aimait trop pour la réprimander. Alors elle en profitait...
— Que lui est-il arrivée ? »
— Elle est tombée amoureuse d'un homme. Elle a trahi sa patrie et sa famille pour suivre cet homme. Et finalement, il l'a trahie à son tour en l'abandonnant sur une île. »
Hippolyte eut un air satisfait. Phèdre sourit tristement à elle-même.
« Peut-être pensez-vous qu'elle a mérité son sort. Peut-être bien. Mais je continue à l'aimer... Encore et encore. Malgré tout. »
La seule réponse d'Hippolyte fut de lever les yeux vers les nuages.
§...§
Phèdre avait calqué sa vie sur celle d'Hippolyte.
Tous les matins, elle étudiait scrupuleusement les mêmes livres que lui. Tous les soirs, elle embrassait son époux à l'exact emplacement où Hippolyte le faisait avant elle...
C'est ainsi qu'à travers l'impossible guérison de son époux, Phèdre obtenait un peu d'Hippolyte.
Un peu, un rien qui la rendait heureuse.
Heureuse à en mourir.
§...§
Son dernier jour à Trézène, Tirésias choisit de le passer en compagnie d'Hippolyte. Le vieillard avançait à ses côtés, calme, une canne à la main.
« La dernière fois que je suis venu ici, c'était pendant le règne de votre grand-père Pitthée.
— Arrière grand-père, » rectifia gentiment Hippolyte. Pitthée était mon arrière grand-père. Le père de ma grand-mère Ethra, le grand-père de mon père Thésée. »
— Ah vraiment ? J'aurais pourtant juré le contraire... »
Le visage de Tirésias s'étira en un sourire malicieux. Puis il laissa errer ses mains sur les colonnes, le mobilier.
« Cet endroit n'a pas changé. Aussi fidèle qu'à la naissance d'Ethra. »
— Vous avez assisté à sa naissance ? »
Tirésias soupira et secoua la tête.
« C'était une enfant très vive, heureuse de vivre. Mais elle a été perdue par son père. Et de son doux sourire, il n'eut plus trace. »
Le devin ferma les yeux et repensa à Ethra et à son triste destin. Elle n'avait pas 11 ans que son père faisait entrer un parfait inconnu dans sa chambre. Elle n'avait pas 12 ans qu'elle enfantait de cet étranger.
« Son sourire pourtant, elle finit par le retrouver. Le jour où elle vous a pris dans ses bras. »
Hippolyte s'arrêta et interrogea du regard le vieil homme.
« Thésée vous a confié à sa mère et s'est installé à Athènes. Vous n'aviez pas trois ans. Et c'est elle qui vous a élevé, en lieu et place de l'Amazone. »
Hippolyte baissa la tête. Il se souvenait des bras d'Ethra et de la sérénité absolue qu'il s'en dégageait. Quelque soit ses peurs, ses terreurs, ses mauvais moments, il lui suffisait de crier son nom et elle...
Elle l'embrassait.
« Si cet endroit n'a pas changé, c'est pour elle n'est-ce pas ? »
— Pour Père », corrigea le roi. »Pour qu'à chaque fois qu'il rentre ici, il retrouve le foyer de son enfance. C'était notre rituel à elle et moi : accueillir Père. »
Hippolyte se rappelait ces instants avec mélancolie. Ethra et lui courant partout et veillant à ce que chaque mobilier retourne à sa place exacte. Ethra et lui riant aux éclats. Hippolyte émergea brusquement de ses pensées en sentant une pression sur son avant bras. Le devin venait de le saisir, presque inquiet.
« Devin Tirésias... ? »
Le vieil homme ne répondit pas. Il semblait attristé et impuissant. Hippolyte fut surpris de lui trouver un tel regard. Loin du vieillard qui semblait tout savoir et s'en amuser.
« Monseigneur, mon Roi ! »
Les deux hommes se tournèrent en chœur vers la servante essoufflée.
« Votre Père...il s'est réveillé ! »
