Après son réveil, James Barnes n'avait pas été maître de ses propres actions ni pensées. Il avait été repêché par un sous-marin de la marine soviétique, qui l'avait ramené dans leur pays. Là-bas, il avait vécu l'enfer. Il avait perdu son bras lors de l'accident, mais les soviétiques l'avaient remplacé par un bras bionique, un cybernétique. En plus de cela, les marines lui avaient fait un lavage de cerveau et lui avaient appris de nombreuses langues. Il était devenu leur larbin, faisant de lui un assassin au cœur froid et sans aucune émotion. Le KGB avait fait de lui un monstre. Un monstre sous le nom du Soldat de l'hiver.
Mais, son ami de toujours, Steven Rogers était venu le sauver de cet enfer. Il était désormais libre de ses choix et de ses pensées. Bucky sourit à cette pensée, se sachant enfin libre. Il était là, dans le jardin de son ami, un cocktail dans la main, un chapeau sur la tête et les pieds en éventail. C'était pour lui, la définition du bonheur. Son sourire s'accentua encore plus.
- A quoi tu penses ? lui demanda Steve en le regardant sourire comme un idiot.
- Rien de spécial.
Le Super-Soldat ne répondit pas, mais secoua la tête. Son ami était de plus en plus dans la lune en ce moment. Il devait sans doute se ressasser les bons moments de sa triste vie. Une question lui vint à l'esprit.
- Dis-moi, tu avais une petite-amie avant…avant tout ça ?
La question de Steve le fit se redresser. Bucky le regarda droit dans les yeux, une lueur nostalgique et triste peinte dedans.
- Je prends ce silence pour un oui ou… ?
- Non, non…je…je n'en avais pas…
- Tu ne m'as l'air pas sure de toi, rit Steve.
Le soldat ne répondit pas, mais un bref instant, le visage d'une jolie brune aux yeux vert forêt lui vint en tête. Il perdit son sourire, se demandant qui pouvait bien être cette jeune fille. Il la connaissait, mais il lui était impossible de savoir où il l'avait rencontrée.
- Bucky…, ça va ? s'enquit son ami.
- Oui, oui…
Le Captain le regarda un instant, son ami avait subitement perdu toute couleur et ses yeux semblaient perdu dans de lointains souvenir.
- Je…vais rentrer.
Il se leva et partit dans sa chambre, sous le regard inquiet de Steve.
Une fois arrivée, le brun s'allongea dans son lit et ferma les yeux. Où avait-il pu voir cette femme ? Il se força à se rappeler mais sans succès.
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Aujourd'hui, avait lieu le soixante-dixième anniversaire de la fin de la Seconde Guerre Mondial (2GM). Les services américains avaient demandé à Steve et à lui de venir pour la commémoration.
Ils s'étaient donc levés tôt et attendaient désormais, dans leur uniforme de l'époque, que la cérémonie commence.
Elle commença à neuf heures précises. A cause de l'ennuie, Bucky laissa parcourir son regard sur la foule, regardant sans voir les visages plus ridés les uns que les autres des anciens militaire ou agents qui avaient participé au déroulement de la 2GM.
Et soudain, ses yeux s'arrêtèrent sur une mamie qui devait avoir quatre-vingt-huit ans. Malgré son âge avancé, elle avait gardé une grande beauté, son visage n'étant presque pas marqué. Elle avait attaché ses cheveux blancs en chignons où quelques mèches folles pendaient. Quant à ses yeux, ils étaient d'un magnifique vert forêt, cachés derrière des lunettes légèrement ovales. Bucky s'attarda un peu plus longtemps sur elle, remarqua qu'elle le regardait droit dans les yeux, plus qu'émue, un poudrier dans les mains.
Et tout lui revint, son entrée dans la boutique, la jeune-fille -Juliette - ses confessions, le poudrier, sa mission. Une certaine joie l'envahit en même temps qu'une immense tristesse. Elle avait dû l'attendre si longtemps, seul, se demandant s'il allait revenir. S'il avait su, il ne lui aurait jamais offert quoi que ce soit !
Il attendit avec impatience la fin de la cérémonie : elle arriva quelques minutes après. Il quitta la scène et se dirigea directement vers la veille dame, sous l'œil surprit de Steve. Il demanda à la dame de le suivre un peu plus loin, pour plus d'intimité.
- Juliette ? demanda-t-il timidement en serrant son képi.
- James…, tu n'as pas changé, toujours aussi bel homme, ria la veille dame en lui souriant, tout en parlant anglais.
- Juliette, je…, commença-t-il en français.
- S'il te plaît, ne dit rien…regarde-moi, je suis une veille femme maintenant. J'ai été tellement surprise de te savoir en vie. Je l'ai su grâce à la télévision. Je savais que tu serais présent aujourd'hui, alors j'ai sauté dans un avion et je me suis faite passée pour une femme d'un ancien vétéran. James…je suis venue…pour te demander pardon…
- Me demander pardon ? le coupa-t-il. Pourquoi donc ? C'est plutôt moi qui devait le faire…je t'ai abandonné, ne te laissant aucune nouvelle.
En disant ces mots, Bucky lui avait attrapé ses mains, faisant tomber son képi à terre. Il était très touché de son récit et il espèrerait de tout son cœur qu'elle ne l'ait pas attendu.
- Voyons…je voulais…je voulais m'excuser de ne pas t'avoir attendue. Je me suis mariée cinq ans après ton départ et…j'ai eu deux enfants, deux adorables garçons, dit-elle pleine de regret et de joie en même temps.
- Ne le sois pas…tu serais morte veille-fille sinon ! sourit-il doucement en lui essuyant une larme de ses yeux.
Qu'il était heureux qu'elle ait trouvé l'amour !
- Et aussi, dit-elle en se dégageant et fouillant dans son sac, je suis venue t'apporter ton poudrier.
Il ne répondit pas et accepta le présent, un sourire nostalgique sur les lèvres.
- Merci…
- Je t'en prie, j'en ai pris soins pendant tout ce temps…mais maintenant, c'est derrière moi…j'avais…j'avais toujours un espoir que tu reviennes le récupérer que je l'ai gardé amoureusement et secrètement toute ses années. Maintenant, je n'en ai plus besoin. J'ai…j'ai fait mon deuil en quelques sortes, ria-t-elle doucement.
- Juliette…merci d'être venue. Laisse-moi te raccompagner où tu le souhaite, rajouta-t-il au bout d'un petite moment.
- Oh…eh bien…mon fils et ma petite-fille m'attendent là-bas, dit-elle un peu gênée et en montrant du menton deux personnes un peu plus loin.
- Je t'y conduis.
Bucky, comme dis plus haut, conduisis Juliette vers sa famille. Avant, il ramassa son képi qu'il remit bien en place sur sa tête. La vielle dame s'appuyait sur son bras pour marcher, mais avait un énorme sourire sur le visage.
- Maman, sourit son fils en la voyant arrivée. Quel honneur de rencontrer l'homme à qui je dois mon nom ! s'écria l'homme, en anglais, en lui serrant la main énergiquement.
- Euh...je…
Bucky rougit d'un coup, se sentant gêné. Juliette avait donné son nom à un de ses fils…une immense fierté et joie monta en lui. Il se reprit, repositionna sa cravate correctement et commença à parler :
- C'est un honneur pour moi, de vous rencontrer, répondit-il en souriant un peu timidement.
- Je vous présente ma fille, Marie, dit-il en la mettent en avant.
- En-enchantée, dit-elle en baissant un peu la tête et en lui serrant la main.
Bucky la regarda un petit moment et se fit la réflexion qu'elle ressemblait beaucoup à sa grand-mère quand elle avait le même âge.
- Vous ressemblez beaucoup à votre grand-mère, vous deviez en être fière, dit-il en espérant apaiser sa gêne.
Elle lui sourit et partit en disant qu'elle allait chercher de quoi faire asseoir sa grand-mère.
Ils rigolèrent devant son geste et continuèrent de parler de tout et de rien. Au bout d'un moment, Bucky s'excusa, leur disant qu'il était attendu. Ils lui sourient et s'échangèrent leurs coordonnées.
Ils se séparent avec la promesse de s'écrire. Bucky avait posé le poudrier dans un tiroir de sa commode et envoyé une lettre à Juliette toutes les semaines.
Trois ans plus tard, Bucky reçut un appel de James, lui apprenant que Juliette était partie le matin même. C'est avec tristesse qu'il se rendit à son enterrement, et lui dit adieu. Il garda contact quelques temps avec la famille de Juliette mais les échanges finirent vite et ils continuèrent leur vie chacun de leur côté.
