CHAPITRE 14 : Captivité
Il tombait. Ou plutôt il flottait. Il ne ressentait rien, tout était noir autour de lui. Aucun sons ni sensations ne lui parvenaient.
Il avait l'impression de flotter indéfiniment, ni haut, ni bas. Cette sensation n'était pas désagréable mais pas non plus agréable.
Soudain, une lumière lui parvint. Il retrouva miraculeusement l'usage de ses membres et se mit à courir vers cette lumière.
Le point lumineux se rapprochait de plus en plus, jusqu'à laisser la place à une scène se déroulant dans un ancien temple : une toupie maléfique, un dragon criant à l'agonie, un adolescent aux cheveux blanc et mèche rouge en piteux état, son adversaire riant de sa faiblesse.
Le même adolescent, mais plus jeune, regardait impuissant la scène. Il ne voulait pas revivre ça ! Il tourna les talons et couru dans la direction opposée.
Les murs se tordirent dans tous les sens, comme s'ils souffraient, puis ils disparurent entièrement, laissant place à un long couloir aux murs de métal avec des néons au plafond.
Il suivit donc le couloir, celui-ci lui était familier, mais sa mémoire défaillante ne lui permettait pas de se rappeler pourquoi.
Tout à coup, des bruits de pas se firent entendre, une silhouette se rapprochait lentement. Dans la pénombre, la lumière se reflétait dans les lunettes de l'inconnu.
Reconnaissant l'homme, il prit la fuite. Jamais cet homme ne le rattraperait ! Tomber dans ses griffes signifiait sa fin !
Mais ses jambes étaient lourdes et les pas se rapprochaient dangereusement.
Soudain, un dragon surgit et balaya de ses flammes l'homme. Le décor disparut. Seul resta le dragon. L'enfant avait l'impression que ce dernier l'appelait. Il tendit la main vers ce dernier, dans un geste désespéré.
Mais tout s'écroula. Il se sentit tomber, pour de vrai cette fois.
La chute se stoppa brusquement. Il avait incroyablement froid, et la sensation du béton sur sa joue était très inconfortable.
"Attends une minute, du béton ?"
Ryuga se réveilla en sursaut. Il sut tout de suite qu'il y avait quelque chose d'anormal. "Beaucoup de choses même !"
D'abord, il faisait incroyablement froid, ce qui était anormal, vu qu'on était actuellement au printemps au Japon.
Ensuite, il était allongé dans une petite pièce, une très petite pièce, où on pouvait à peine mettre cinq personnes. Le sol et les murs étaient en béton et mis à part la porte (bien évidement fermée) et une petite grille d'aération au niveau du plafond donnant sur l'extérieur, il n'y avait aucune sortie.
Pour finir, les bladeurs légendaires l'auraient plutôt emmené à l'hôpital après sa perte de connaissance au lieu de le séquestrer là-dedans.
"Je suis dans la merde !"En déduis immédiatement Ryuga.
Comme pour confirmer ses pensées, la porte s'ouvrit et le visage de Reiji apparu.
-Ah tiens !? La belle au bois dormant sss'est réveillée à ce que je vois ! J'essspère que tu n'as pas eu trop froid ! enchaina-t-il ironiquement.
-Effectivement. Si tu pouvais avoir l'obligeance d'apporter une couverture à sa majesté, tu aurais ma reconnaissance éternelle. Lui répondit le blanc d'un ton sarcastique.
-Tu m'as pris pour qui ? Tu as cru que j'allais obéir à tes désirs !?
Yamato arriva derrière Reiji, et balança une couverture dans la pièce.
-S'il meurt, je dirais à maitre Doji que c'est ta faute. Dit-il en s'adressant à Reiji, ce dernier marmonnant une insulte à l'adresse de son collègue dans sa barbe.
Les deux sbires de Doji commencèrent à se disputer. Ryuga cru pouvoir en profiter et sortit furtivement de sa cellule. Manque de bol, il se retrouva nez à nez avec Clay.
Ce dernier l'attrapa par le col, le souleva de terre, et le balança sans pitié sur le sol de la cellule, sol qui lui écorcha profondément la joue.
- Tu essayes encore une fois ce coup-là, c'est très abîmé que nous te remettrons à Doji ! Menaça Clay.
Sur ces mots, les trois sortirent de la pièce et fermèrent la porte à double tour.
Une fois seul, Ryuga s'emmitoufla dans la couverture, essuya sa joue écorchée qui dégoulinait de sang et commença à réfléchir : il vérifia la serrure. Impossible de la forcer sans les outils adéquats et la porte était trop épaisse pour être enfoncée.
La seule issue qui restait était donc la grille d'aération. Au niveau du plafond, elle débouchait sur l'extérieur, mais au niveau du trottoir. Ryuga en déduit donc qu'il se trouvait actuellement dans une sorte de cave.
Les murs étant assez escarpés, il pouvait facilement grimper pour s'amener à la hauteur de sa sortie de secours improvisée.
Restait à savoir comment détacher la grille : celle-ci était fixée au mur par des vis. Une était mal fixée, Ryuga l'arracha sans problème. Pour les autres, c'était une autre paire de manches : il n'avait rien pour les dévisser.
Ryuga descendit du mur, il allait devoir redoubler d'ingéniosité pour se sortir de cette situation. Les bladeurs légendaires ne sachant pas où le blanc se trouvait, (lui non plus n'en savait rien d'ailleurs) ce n'était pas eux qui viendraient le tirer d'affaire, d'autant plus qu'il n'était pas très apprécié au sein de la petite équipe.
-Et bordel ! Pourquoi il fait aussi froid !? Explosa-t-il.
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Quelques heures plus tard, après avoir essayé de forcer, sans résultat, les vis de la grille, Ryuga avait laissé tomber et s'était assis dans un coin de sa cellule.
Son estomac criait famine et ça ne l'étonnerait absolument pas que les sbires de la Nébuleuse le laissent crever de faim pour s'assurer de sa docilité.
Le jour commençait à décliner. Il faisait donc de plus en plus froid dans la cellule, avec la faim en plus, Ryuga était de très très mauvaise humeur et il avait des envies de meurtre envers les larbins de Doji.
Le blanc entendit alors un bruit de serrure qu'on déverrouille. Il releva la tête et aperçu un type qui lui était inconnu. C'était Ukyo, il était venu apporter à Ryuga une assiette remplie de nourriture, ainsi qu'une cuillère pour manger.
Il déposa ce qu'il portait sur le sol et repartit aussi vite qu'il était venu, prenant bien le soin de fermer la porte à clé.
Ryuga inspecta le contenu de son assiette. Son attention se porta sur la cuillère. Il eut un sourire sadique : ce crétin venait de lui apporter exactement ce dont il avait besoin pour déverrouiller la grille !
Décidément, les larbins de Doji, comme il se plaisait à les appeler, n'étaient pas très fute-fute !
Il dévora son repas en quelques secondes, ayant retrouvé sa bonne humeur comme par magie. Et s'attela au forçage de la grille.
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Les vis étaient profondément enfoncées. En quelques heures, il en avait dévissé une et s'attaquait à la deuxième.
Soudain, il entendit des bruits de pas. Il sauta immédiatement de son perchoir, cacha la vis, remis la cuillère à sa place et s'assit par terre. Ni vu ni connu.
La porte s'ouvrit, c'était ce bouffon de Reiji, qui revenait chercher l'assiette et la cuillère.
Ryuga ne pouvait désormais plus continuer ses petites affaires, n'ayant plus son ustensile.
Il ne pouvait pas la garder, sinon Reiji se serait douté de quelque chose. Il l'avait donc rendu, quitte à continuer sa besogne le lendemain.
-Tes petits amis ne peuvent plus te sssauver hein !? Le nargua Reiji.
Comprenant qu'il parlait des bladeurs légendaires, Ryuga répondit froidement au bladeur serpent :
-Alors d'abord ce ne sont pas mes amis et ensuite, si tu pouvais rapidement dégager, te voir me donne la migraine !
-Je conssstate que ton sssens de la répartie n'a pas disparu en même temps que ta mémoire !
Ryuga haussa un sourcil ; comment était-il au courant pour sa perte de mémoire ?
-Mais rasssure toi ! Continua Reiji. La Nébuleuse Noire a de grands projets pour toi !
-Et quel sont-ils ? Demanda Ryuga.
Puisqu'il était coincé ici pour le moment, autant aller "à la pêche aux infos" pour en savoir plus sur les plans de l'organisation maléfique.
Reiji, qui s'imaginait déjà avoir remporté la partie, estima qu'il pouvait tout dire à Ryuga :
-D'abord, pour s'asssurer que tu ne nous échapperais pas, maître Doji t'a effacccé la mémoire au moment de ta résurrection (si on peut appeler ça comme ça). Mais on n'avait pas prévu que tu ssserais réduit à l'état de gamin.
-Et donc au final, pourquoi vous en avez après moi ?
-Nous voulons resssusciter Némésis !
-Pardon ?
-Tu m'a bien entendu ! Nous avons récupéré le fragment d'étoile contenu dans le dieu de la destruction; le dixième fragment d'étoile ! Toi Ryuga, tu serviras de réceptacle à l'âme de Rago ! Et quand nous aurons mis la main sur L-Drago grâce à ton aide, nous lui injecterons le fragment d'étoile et un nouveau dieu de la destruction verra le jour !
Après ça, Reiji partit dans un monologue de démence dont Ryuga n'écouta pas un mot, trop perturbé par ce qu'il venait d'apprendre.
Il était donc plus qu'urgent qu'il échappe aux griffes de l'organisation maléfique. Sa vie était en jeu, et il n'avait pas l'intention de laisser Doji faire de lui ce qu'il voulait.
Il était surtout hors de question de ressusciter celui qui l'avait "tué".
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2 jours plus tard...
Ryuga avait fini d'enlever les vis. Il enleva la grille avec un sourire satisfait : il était plutôt fier de son coup et de la façon dont il avait berné les larbins de Doji.
Il balança la cuillère sur le sol, à côté de l'assiette vide et entreprit de passer à travers le trou.
Il était à moitié sorti dehors quand il sentit une main agripper sa cheville et le tirer violemment vers le bas. Il atterri lourdement sur le sol. Pile sur l'assiette, qui se brisa sous le choc, lui enfonçant des bouts de verre dans le torse.
Il se retrouva nez à nez avec un Reiji dont le visage était déformé par la rage. Ce dernier pris Ryuga à la gorge et commença à lui couper la respiration. Le blanc essaya de se défaire de l'emprise du serpent. Peine perdue : l'oxygène n'arrivait plus à ses poumons et il allait bientôt tourner de l'œil.
Mais ses mains trouvèrent un truc coupant sur le sol, Ryuga réagit instinctivement : il le saisit et le planta dans l'abdomen de son agresseur.
Le sang jaillit de la plaie, aspergeant au passage Ryuga qui se retrouva avec une deuxième mèche rouge et les vêtements trempés du liquide rouge.
Reiji lâcha prise et hurla de douleur, les mains pressées contre la plaie, qui saignait abondamment.
Ryuga reprit péniblement sa respiration. Son instinct de survie lui avait sauvé la vie. Il baissa les yeux vers sa main ensanglantée, pour découvrir qu'il avait poignardé Reiji avec un des morceaux brisés de l'assiette.
Maintenant, sa priorité était de sortir d'ici. La porte était désormais ouverte, mais ne voulant pas croiser les autres membres de la Nébuleuse Noire, il choisit de passer par le trou de la grille d'aération.
Une fois à l'extérieur, il courut le plus vite possible pour s'éloigner de la base ennemie.
Il ne s'arrêta que lorsqu'il n'eut plus de souffle et que sa gorge, que Reiji avait étranglé, le brûle.
Il prit alors conscience de sa situation : il était pieds nus dans la neige, avec pour seuls vêtements un pyjama d'hôpital. Ensuite, il était complètement trempé de sang et tenait toujours le bout de verre. Sa main étant complètement crispée sur ce dernier, il lui avait entaillé profondément la main.
Il essaya de le lâcher, mais son corp ne lui obéit pas. "Calme-toi Ryuga !" Se dit-il à lui-même. Le stress et la panique qu'il avait ressentie étaient toujours bien présents. Il avait vraiment eu peur de mourir et avait réagi totalement instinctivement.
Il était vraiment dans un sale état : avec une plaie sur la joue et une autre sur le torse, dont il entreprit d'arracher un à un les bouts de verre.
Quelques minutes plus tard, il marchait au hasard dans les rues. Il faisait nuit et il neigeait. C'est pourquoi il ne croisa pas grand monde. Tant mieux d'ailleurs, sinon les gens se seraient empressés d'appeler la police. Un gamin couvert de sang ne passait pas inaperçu.
Ryuga était frigorifié. Il devait rapidement trouver quelque chose pour se couvrir, quitte à voler quelqu'un, sans quoi il mourrait de froid.
Il arriva à une grande place. En son centre, une église trônait. De par l'architecture de cette dernière, le blanc comprit rapidement où il se trouvait. (Et aussi pourquoi il faisait aussi froid)
-La Russie ? C'est sérieux !? S'offusqua-t-il.
