Chapitre 8

Pays jaune et sauvetage d'orange

Note de l'auteure : Et nous voilà tous présents pour accueillir le chapitre 8. Donc, Guillaume est enfermé dans son mutisme et Philippe vient de le retrouver dans un sal état. Sauf qu'il faut le ramener et en forme ce serait bien. Comment vont ils trouver le moyen de ramener le roi hollandais ? Comment Louis va t il réagir ? L'auteure va t elle enfin arrêter ses annonces toutes pourries ? Vous le verrez en lisant ce chapitre !

Il ouvrit les yeux, satané orage il n'avait pas réussi à s'endormir ne serait-ce qu'une heure. Il se redressa, soufflant en se passant une main paresseuse sur son visage fatigué. Après une autre zébrure qui le plongea de nouveau parmi les balles des mousquets et les cris des soldats. Encore un éclair, il n'en pouvait plus, il sortit de son lit abandonnant ainsi les cauchemars qui le hantait cette nuit. D'un pas lourd, uniquement vêtu de sa robe de chambre, il arpentait les couloirs de pierre qui l'amenèrent rapidement vers la salle centrale, sortant petit à petit de son brouillard emplis de cris d'agonie et de boulets de canons, rejoignant la civilisation. Au centre de la pièce, il profita du calme, fermant un instant les yeux pour en profiter un maximum avant de les rouvrir à l'entente d'un nouveau coup de tonnerre. Las, il ne prit même pas la peine de souffler, se contentant avec son bougeoir de rejoindre la cheminée, éteignant la flamme de la petite bougie pour la conserver au maximum. Il s'assit et se détendit, se concentrant sur le feu crépitant plutôt que sur les raies qui déchiraient le ciel.

Il commençait à s'endormir lorsqu'un couinement meurtrit s'éleva. Méfiant, il ouvrit les yeux, tournant délicatement sa tête pour regarder par dessus le dossier de son siège. Ses grands yeux gris ne vadrouillèrent pas très longtemps sur le décor pour découvrir l'origine du son et s'agrandirent plutôt en le détectant. Il hésita un instant puis se leva et maîtrisant ses pas il avança tel un chat prenant garde à ne pas effrayer l'homme recroquevillé. Il se posta doucement aux côtés de lui et posa une main réconfortante sur son épaule. Il remarqua que les muscles du jeune roi se tendirent et effectua une pression mince sur l'épaule, le détendant quelque peu.

« Il faut aller vous coucher votre majesté. Vous ne pourrez pas indéfiniment rester sur le rebord de cette fenêtre. Vous devez vraiment aller vous coucher sire… Le voyage sera long demain. »

Pas de réponse, seulement un regard vide perdu dans l'horizon qui paniquait à chaque éclair. Il se mit à trembler, il était encore enfermé dans ses cauchemars, tout comme lui quelques minutes plus tôt. Il eu un air résigné, peiné, puis il reprit un air sûr et parla calmement.

« Je suis dans la même situation que vous sire. Moi aussi dès que l'orage parvient à mes oreilles il m'est impossible de penser à autre chose qu'aux balles de mousquets ou aux cris. Je ne peux pas réellement comprendre toute votre situation car je n'ai jamais rien perdu… Ou du moins, je n'ai jamais rien perdu qui ressemble de près ou de loin à un royaume. Mais je peux au moins vous comprendre en partie. Je suis allé à la guerre, je l'ai dirigée et j'ai aussi affronté la mort, en avant des troupes et à un certain moment, sous un cheval mort. Je connais la peur sire, la peur de la mort imminente et je sais à quel point l'horreur des explosifs et des cris peuvent entacher une mémoire et une tranquillité. Mais il faut savoir sortir du cauchemars sire, il faut que vous reveniez parmi nous. Je sais, ce n'est pas facile et vous n'êtes pas encore sortit d'affaire, mais je vous en prie sire. Sortez de votre mutisme, sortez de votre monde de guerre, retrouvez les vraies sensations et tentez au moins de vous dire que l'orage n'a de commun avec les canons que le bruit. C'est ce que je me dis dans ces moments là, j'essaie de voir autre chose. Assez souvent, je me blottis contre la compagnie qui se trouve près de moi, mais dans des moments comme celui-ci, je préfère penser à cette compagnie ainsi qu'à ce qu'il me dirait. Pensez-y sire. Pensez à cette compagnie. »

Toujours aucune réponse seul le ciel lui répondit. Il s'étonna tout de même : le roi ne tremblait plus. Il se contentait d'assimiler ce qu'il venait de recevoir et semblait se concentrer sur quelque chose de presque inatteignable. Peut-être essayait-il ce qu'on venait de lui proposer de tenter. Philippe sourit, finalement, il apprenait. C'était bien, c'était ce qu'il fallait.

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Le lendemain fut rude pour le prince et le roi, aucun des deux n'avait réellement dormit, trop embourbés dans leurs songes meurtriers. Baillant un peu, Philippe refit le tour de ses hommes, vérifiant par là s'ils étaient plus aptes que lui à retrouver et suivre le chemin, ce qui semblait être le cas. Il sourit, rassurant ses hommes par un geste simple de la main alors qu'ils demandaient à rester un peu plus pour qu'il puisse se reposer. Il ne pouvait pas se reposer, ils n'avaient pas le temps, ils devaient vite rentrer en France, son frère les attendait. Il salua Aurtance et Adrien puis le conseiller Wincher, continuant de marcher le long du rang de cinq hommes qui droits, attendaient patiemment les ordres.

« Bien, messieurs, vous connaissez les ordres. Il faut que nous amenions le roi de Hollande ici présent en France. Le chemin va être plus long car nous avancerons plus lentement et de ce fait je pense que nous nous arrêterons pour nous restaurer et nous reposer une nuit. Quoi qu'il puisse se passer messieurs, les hollandais sont notre priorité. Est-ce bien clair ? »

Les soldats se regardèrent entre eux, ne comprenant ou n'acceptant peut-être pas réellement les ordres. Ils ne dirent pourtant rien, se contentant d'acquiescer doucement. Ils ne savaient pas si c'était une bonne idée que de défendre la Hollande avant le France mais après tout, ce n'était pas à eux de discuter les ordres donnés.

Ils partirent rapidement de leur lieu sûr, entourés par le soleil levant et les gouttes de rosées tombant mollement des pétales. Il ne pleuvait pas, tant mieux ils marcheraient plus facilement comme ça. Soufflant, Philippe retrouva le marécage de l'allée mais fut soulagé de voir que sa chaussure ne s'enfonçait plus autant dans la vase et qu'il pourrait peut-être bien les retrouver après un grand lavage des servantes.

Ils arrivèrent bientôt à un point de relais et Aurtance demanda à s'arrêter ici pour envoyer un message au roi de France. Prenant un papier et un fusain qu'elle gardait toujours sur elle, elle griffonna un message et le laissa contre un arbre marqué. Alors qu'ils partaient de nouveau sur les routes, Philippe vit de loin un homme encapuchonné prendre le message et l'emmener. Il se reconcentra sur son chemin, il fallait y aller, Louis les attendait.

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Souriant, il accueillit le messager avec impatience et lui prit rapidement ce qu'il avait à lui amener. Un peu précipitamment, il ouvrit l'enveloppe non cachetée et parcouru le message, impatient de savoir où ils en étaient. Juste une ligne et il fut soulagé, rassuré de savoir où en était son frère. Il allait bientôt revoir l'homme d'Orange et cela commençait déjà à l'emplir de soulagement et quelque peu de joie. Son homme fier allait être de retour et c'est tout ce qui comptait. Il posa le message et s'étira comme un chat puis entreprit de s'avancer vers son buffet, attrapant un verre de vin pour se désaltérer. Il sentit un instant le nectar ferma les yeux se concentrant sur le liquide qui filait dans sa gorge et le réchauffait quelque peu. Une fois son verre finit, il le reposa et prit doucement la direction de sa porte qu'il ouvrit après un petit regard en arrière. Il avait faim, il ferait demander quelques sucreries. Puis, après ces pensées, il empreinte le long couloir en direction des salons.

Une fois arrivé au sein de sa cour qui s'inclinait face à lui, il chercha du regard une cible bien particulière, un blond plus futé que l'on pourrait au premier abord imaginer et qui avait une fâcheuse tendance à s'orienter du côté du commérage. Traversant un salon de plus, il ne mit pas très longtemps avant de le trouver, avisant un groupe assez conséquent d'où s'émanait une voix masculine en son centre. Il se mit loin des regards pour ne pas se faire voir et les laisser parler, écoutant tout de même d'une oreille attentive ce que l'orateur avait à leur dire. C'est après quelques gloussements que le blond en vint à ce que le monarque voulait entendre.

« Vous avez entendus les nouvelles de Hollande ? Il paraîtrait qu'une guerre civile pointerait son nez et que Guillaume d'Orange est bien critiqué. Il prit un air grave alors que tout le monde semblait d'un coup beaucoup plus sérieux et l'écouter plus si cela était possible.

-Moi je dis que ça lui fera les pieds à l'hollandais. S'exprima une femme d'un ton sévère.

-Pourquoi ? Demanda Chevalier curieux. Vous ne l'aimez pas ?

-Eh bien, c'est un ennemi, nous étions en guerre tout de même.

-Mais, vous semblez oublier qu'une alliance s'est faite madame. Fit remarquer le blond, suivit par les hochements de tête de certains.

-Et alors ? Qui me dit que cette alliance ne va pas trop à l'avantage de la Hollande ? Même si nous avons gagné je suis sûre que le dirigeant hollandais serait assez fourbe pour tout tourner à son avantage.

-Eh bien, vous semblez avoir une haine contre le roi de Hollande. Vous aurait-il éconduit ? Il rit suivit des autres et même de la concernée qui, amusée levait les yeux au ciel.

-Non, bien sûr que non mais je ne ferais pas aussi facilement confiance à un ennemi.

-Et c'est tout à votre honneur. Mais n'oubliez pas madame que notre roi se trouve assez sur ses gardes pour savoir à qui faire confiance ou non. S'il a choisi de porter sa confiance à Guillaume d'Orange c'est qu'il devait avoir une bonne raison. Contra Chevalier avec ruse.

-Si vous le dites. Lâcha la jeune femme en haussant les épaules avant de demander, plus curieuse. Et vous êtes pour donc ?

-Ah ! La question du moment. Pour ou contre l'alliance ? Certains disent être pour car ils ont peur des problèmes avec leur entourage ou même avec leur compagne. Rit-il suivit par les autres. Et d'autres disent être contre pour se prendre pour des rebelles à toutes décisions royales ou pour tout simplement, quelques principes. Comme vous madame si j'ai bien cru comprendre. Eh bien moi je suis pour. Mais pas comme les autres et dans l'espérance de faire écho à la mode de nos jours bien que je l'adore. Nouveau rire. Mais bien parce que j'y crois et que je pense réellement qu'il existe une amitié entre notre roi et celui de Hollande. »

Louis se garda de rire. Penser qu'il existe une amitié hein ? Fin menteur. Il les avait surtout vu dans une situation plutôt désavantageuse et s'en amusait intérieurement, il en était sûr et ce sourire énigmatique le prouvait. Il souffla en levant les yeux au ciel puis revint sur la discussion, que racontait la suite ?

« Donc, vous êtes pour. Clôtura la première dame à avoir parlé.

-Mais qu'est ce que cette amitié rapporte réellement ? Demanda, curieuse une jeune fille visiblement fraichement arrivée.

-Ce que cette alliance apporte ?! S'étonna le Chevalier. Nous allions les deux plus grandes nations d'Europe. Que va t-il se passer d'après vous ? Nous marcherons sur tout les autres et personne n'osera nous attaquer. Expliqua le blond, amusé de voir l'étonnement et la fascination de la jeune fille.

-Si tant est que la Hollande nous suit vraiment. Reprit la première femme.

-On a comprit que vous n'aimiez pas la langue hollandaise madame. Il rit réellement amusé. Mais imaginons que cette amitié existe réellement ?

-Alors là je suis pour ! Répondit la femme enjouée.

-Ah ! Vous me faites plaisir madame ! »

Le groupe repartit dans une nouvelle lancée de gaité, élevant sa voix tantôt claire et tantôt plus grave, attirant ainsi l'attention. C'est après un petit temps que tout le monde se reprit, se reconcentrant à nouveau sur la discussion.

« Mais, comme je vous le disais plus tôt, une guerre civile couve…Malheureusement.

-Il faut dire aussi que Guillaume d'Orange est resté pendant un long moment parmi nous. S'exprima à nouveau la petite jeune femme.

-Oui c'est vrai… Eh bien nous verrons bien comment évolue cette affaire. Et si notre roi est réellement l'ami du plus jeune, j'imagine que notre pays l'aidera bien rapidement. Suivit la première femme.

-Et vous auriez raison très chère dame. Conclut le Chevalier. »

C'est après une inclination ironique et abusée de la part du blond que l'amusement reprit. Louis hocha la tête lorsqu'ils changèrent de discussion. C'était bien, l'amant de son frère en était resté au plan initiale, c'est ce qu'il fallait. Il partit, soulagé tout en se disant que par moment, peut-être qu'utiliser le Chevalier de Lorraine de cette façon ne serait pas idiot et qu'il savait aussi s'arranger avec les ordres donnés. Bon, d'ici peut de temps la cour serait entièrement au courant et commencerait même à créer des hypothèses qui amèneraient à penser que le roi de Hollande viendrait en France. Comme ils seront heureux de voir qu'ils avaient raison et qu'ils étaient intelligents de penser que le roi d'Orange viendrait leur rendre une petite visite. Il sourit à nouveau, ce que sa cour pouvait être crédule certains jour.

Il tourna dans le couloir et y croisa Louvois et Colbert qui discutaient d'un air grave, hésitant quand au fait qu'il faudrait parler ou non d'une affaire au roi qu'il était. Il les rejoignit et les considéra de son regard royal. Il se racla la gorge et entre les murs aux grandes et épaisses tentures rouges, il éleva sa voix autoritaire.

« Eh bien messieurs. De quoi avez-vous si peur de me parler ? »

Les deux conseillers sursautèrent et s'inclinèrent respectueusement, ne l'ayant pas vu venir. Colbert commença avec aux lèvres un sourire gêné.

« Veuillez nous excuser sire. Nous ne vous avions pas vu. Eh bien nous parlions du roi de Hollande, nous nous demandions si…

-Si l'idée de l'amener à Versailles était réellement bonne. Coupa Louvois avec plus de sûreté, prenant le brun au dépourvus.

-C'est cela. »

Louis réfléchit, dans un sens ils avaient raison. Il secoua la tête légèrement et réfléchit sans réellement le montrer. Que risquaient ils tous ? Que les paysans se soulèvent ? Et pourquoi ? Comment ? En lisant la Gazette ? Impossible ils ne savaient pas lire. Entraînés par un bourgeois ? Les pauvres gens devaient même ignorer qu'une guerre en Hollande existait ou même qui était Guillaume d'Orange. Le problème ne viendrait pas d'eux donc… Des bourgeois ? Peut-être bien, mais ça ne durerait pas bien longtemps. Une prime, un petit privilège et le tour serait joué. Les nobles alors ? Pas bien compliqués à calmer. Quoi qu'il puisse dire ils le suivaient timidement et n'osaient pas toujours se relever contre lui. Il réfléchit encore un peu. Il n'avait pas à craindre d'une mauvaise presse, il était le roi, tout comme il n'avait pas à craindre pour la vie de qui que ce soit. Les comploteurs ne se mettraient pas en marche. Ils savent que Guillaume et lui même pourraient les avoir rapidement. De plus ils doivent encore croire que le jeune roi se trouve de leur côté. Mis à part certaine critiques un peu violentes, il ne risquait rien. Surtout que certains se trouvaient de son côté et c'était le plus important. Il les regarda encore un petit temps puis s'exprima calmement.

« Et pourquoi donc venez-vous à penser ainsi ? N'êtes vous pas un peu trop craintifs messieurs ?

-Si vous le dites sire. Répondit Colbert.

-Eh bien je pense que nous sommes peut-être craintifs mais qu'il serait aussi un peu désavantageux de se fâcher avec les soldats et leur famille. Fit remarquer Louvois. Tient, Louis les avait oubliés ceux là. Il tiqua intérieurement mais ne le fit pas voir.

-Eh bien nous enverrons mon frère. Ils ont beaucoup d'estime pour lui et l'écoutent quoi qu'il dise. »

Il clôt ici la discussion et les conseillers s'inclinèrent puis reprirent leur discussion alors que Louis les quittait, lui faisant lever les yeux au ciel. Il n'arriverait jamais à les faire changer d'avis de façon. Il tourna dans un couloir et rejoignit ses appartements en soufflant. Il jeta à nouveau un regard vers le papier sur la table. Guillaume arriverait bientôt.

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Emmitouflé dans une épaisse et chaude couverture, le jeune roi écoutait patiemment le frère brun qui contait une ou deux histoires à des soldats friands d'anecdotes autour du feu. Visiblement, il contait une bataille menée contre les armées espagnoles et comment il s'était battu contre un soldat et la dextérité avec laquelle il avait combattu et comment il réussit à battre son ennemi. Épée sortit, debout, il mimait le combat de la pointe de son fleuret sous le regard impressionné de l'un des hommes. Avec un sourire il rangea son arme en se rasseyant, marquant par là la fin de l'histoire. Le petit groupe applaudit et il fut au tour de la seule femme du groupe de parler. Elle avala sa bouchée et laissa son repas de côté pour se lever à son tour. Elle éleva sa voix douce qui fit sourire bon nombre d'hommes du groupe si ce n'était pas la totalité à part les deux nobles. Elle commença son récit de façon douce, expliquant calmement comment elle fut élevée ainsi que la tranquillité de sa maison proche de la campagne dans laquelle elle grandit en compagnie de ses frères, comment étaient les jours anciens où elle jouait avec un père aimant et une mère très présente. L'histoire, féminine, douce et agréable étonna et choqua tout le monde lorsqu'elle se transforma en histoire d'horreur grâce à une description, d'une voix tout aussi douce, d'un corps ensanglanté après une mission de ses parents qui se serait mal passé. Seul Adrien hocha la tête, compréhensif, après tout ils faisaient le même métier. Elle laissa finalement sa place à l'un des soldats qui accompagnait Philippe. Elle le désigna souriante et se rasseyant en reprenant son plat.

« À vous soldat.

-Je ne suis pas un simple soldat mademoiselle. Sourit le désigné.

-Qu'êtes vous alors ? Questionna Adrien, curieux.

-C'est un mousquetaire. Une sorte de policier royale. Quel est votre nom au fait ?

-D'Artagnan votre altesse.

-Eh bien, nous vous écoutons. »

L'homme sourit timidement et se leva à son tour. Avec l'aide de trois autres comparses, ils contèrent une bataille, sortant fleuret et mousquet non chargé pour illustrer leurs dires. Passant au plus près du feu, ils créèrent rapidement un jeu d'ombre amusant leur publique. Continuant sur leur lancé, ils scandèrent leur cri de victoire en alliant leur fleuret et montrèrent la défaite de l'ennemi. Ils saluèrent alors que des applaudissements s'élevaient et qu'un sourire un peu lointain naissait sur les lèvres du roi hollandais.

Le lendemain arriva bien vite, réveillant les corps et les esprits par un soleil aux rayons chauds. Philippe se releva avec difficultés, clignant des yeux pour se dégager de ce voile flous et opaque qui lui recouvrait les yeux. Il secoua un peu la tête et se redressa en baillant et s'étirant discrètement, attirant l'attention de ses cinq hommes et d'Aurtance qui se levèrent, suivant le mouvement. Calmement, le prince chercha de ses yeux bleus le monarque hollandais. Il le trouva bien vite, assis près des cendres créées par le feu de la veille. Doucement, il s'avança par le roi, lui poussant l'épaule pour le ramener sur Terre alors qu'Adrien relevait le conseiller encore ronflant.

Une fois tout le monde prêt, la marche reprit calmement, reformant la troupe suivie par un roi un peu à l'écart, emmitouflé dans la même couverture et mutisme depuis son sauvetage. Philippe, remarquant Guillaume en fin de file, ralentit le pas pour se mettre à son niveau, attirant l'attention de l'homme de Nassau sur lui. Le brun aux cheveux courts, intrigué, détailla le prince français qui lui souriait avenant.

« Vous semblez perdu. »

Aucune réponse, l'autre homme se contenta de détourner le regard, fatigué, avant d'hocher lentement la tête. Philippe ne dit plus rien de plus, se contentant de marcher près de lui, lui tapotant un peu le dos pour le réconforter, l'aidant par moment à traverser des sentiers ardus sans salir sa chaude parure que le roi semblait apprécier.

Un nouveau point de relais et le bateau était à portée de yeux et de mains. Un sourire naquit sur les lèvres du prince brun et bientôt tous furent protégé par la structure de bois flottante.

Ça y est, il y pouvait enfin se dire en sécurité.

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Le voyage fut étrangement rapide et tous purent avoir le plaisir de constater une nouvelle étincelle de vie naître dans les yeux de l'homme d'Orange qui ne parlait tout de même toujours pas. Philippe restait tout de même sceptique. Comment son frère allait il réagir devant le mutisme de son amant ? Il secoua légèrement la tête, ce n'était pas le moment e penser à tout ça, il devait déjà se concentrer sur leur retour à Versailles et son organisation. Il soupira discrètement et continua son observation dur roi qui était dos à lui, face à la mer aussi calme que lui et bouillonnant pareil en son intérieure. Toujours emmitouflé dans son tissu chaud, il détaillait avec attention les vagues qui délivraient parfois l'apparence d'un poisson doré. Philippe fronça un peu les sourcils, se concentrant sur la couverture il l'avait pour sûr déjà vu, mais où ? Après un peu plus de concentration, un sourire amusé naquit. Oui, il connaissait définitivement cette couverture.

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Les grilles d'or s'ouvrirent devant eux, enjouant les mousquetaires qui se pressèrent sans grande cérémonie vers leurs collègues, leurs amis ou bien même pour un ou deux d'entre eux, leur famille. Philippe leur avait laissé quatre jours de répit, certains en profiteraient pour retrouver le village le plus proche. Attendant encore un peu, le prince chassa du regard les nobles trop curieux et salua un Bontemps qui arrivait en courant.

L'homme d'un âge certain et sage s'inclina et constata avec une pointe de tristesse les ravages d'une guerre inattendue et de la peur sur le visage du hollandais qui avait retirer sa couverture des épaules pour la tenir pliée contre son cœur, perdu. Il semblait ne pas totalement réaliser où il se trouvait, apeurant un peu son entourage qui espérait le voir leur revenir rapidement.

Bontemps échangea un regard entendu à Philippe qui hocha la tête, ils se comprenaient.

« Avez vous fait bonne route ? Pas d'ennemis sur les chemins ? Demanda l'homme de main du roi, soucieux.

-Oui, ne vous en faites pas. Le voyage fut bon et agréablement rapide. Aucuns imprévus, ce qui est plutôt rare dans ce genre de mission. Le brun observa le roi. Je crois qu'il vaudrait mieux l'amener se laver et se changer. Prévenez Louis aussi, ils se rejoindront dans ses appartements je pense. Guidez-le jusqu'aux appartements du roi pour être sûr qu'il ne lui arrive rien.

-Bien. »

Clos Bontemps en s'inclinant, tout de même étonné par les ordres. Il posa délicatement une main sur l'épaule du monarque qui le suivit docilement, lançant un regard reconnaissant au prince, hochant la tête. Philippe s'inclina respectueusement avec un sourire humble et souffla avant de rejoindre ses appartements. Cette histoire de sauvetage était enfin finie.

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Louis couru dans les couloirs lorsqu'il apprit la nouvelle. La réunion venait tout juste de se terminer et tout le monde sortait alors que Bontemps arrivait lui apprendre la nouvelle. Sans plus de paroles, le roi soleil observa son valet et posa son papier récapitulatif pour partir calmement, puis, sûr qu'on ne le voyait pas, il se prit à aller plus vite, augmentant la cadence pour en venir à la course, filant dans les couloirs et montant quatre par quatre les marches de marbres de son palais qui lu paraissait en ce moment même, toujours trop grand.

Il se calma un peu, remarchant activement le temps que la foule de noble finisse de le saluer. Ils ne pouvaient pas partir, il était pressé, il devait retrouver son homme. Oui, il était essoufflé mais l'on s'en fichait, on l'attendait. Il passa la foule, enfin. Il reprit sa course, battant le parquet de chêne blond de ses talons qui claquaient dans un bruit presque assourdissant. Mais qui s'en souciais après tout ? Guillaume l'attendait.

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Observant le tableau face à le cheminé, le brun détaillait les grains de la toile sur laquelle reposait l'image du maître des lieux, chevauchant fièrement un cheval d'un blanc immaculé qui cabrait et pointant fièrement la voie à suivre par l'image du ciel. Des anges auréolaient d'une couronne fleurie sa tête.

Il fronça un peu les sourcils, quelle belle toile, et quel beau mensonge aussi. Il avait lui aussi suivit cette voie, celle du ciel et pourtant il n'avait rien eut, rien gagné mis à part une rage contre sa propre vie, contre son pays. Le ciel était-il venu l'aider ? Non, mais son homme oui. Son homme lui était venu en aide, son homme l'avait sauvé. Le véritable dieu était son roi soleil. Il soupira. À quoi bon s'énerver contre le ciel ? S'il y avait bien la haut alors il pourra lui poser toutes ses questions restées sans réponses, s'il n'y avait rien, alors il ne pourrait que s'en prendre à lui même.

Il continua de détailler l'œuvre fine et belle du maître, les peintres français et italiens étaient vraiment d'un niveau bien supérieur à ce qu'il connaissait en Hollande.

La porte claqua derrière lui. Il se statufia, attendant patiemment, les muscles tendus, que l'inconnu fasse comprendre qui il était. Le souffle était pressé, recherché, le souffle de l'inconnu était chaud, il pouvait le sentir d'ici. Il entendit les talons claquer contre le sol puis plus rien. Il tourna doucement la tête pour regarder par dessus son épaule, il écarquilla les yeux.

« Tu n'as pas besoin de regarder ma toile… Je suis là, en vrai. »

Sourit le roi doré qui écartait les bras comme pour prouver ses dires. Guillaume se retourna complètement, observant l'homme, les lèvres tremblantes, les yeux écarquillés. Il cherchait. Quoi ? Il ne savait pas. Peut-être où il se trouvait. Si ce qu'il voyait était bien la réalité. Il détailla son homme qui le regardait avec peine, mais aussi avec espoir, qu'est ce que cette rébellion lui avait fait ?

Le hollandais sentit les larmes monter. Alors il était bien sauvé, alors il était en France. Il ne l'avait même pas réalisé en voyant les grilles d'or s'ouvrir, en détaillant le tableau, mais il était sauvé. Tremblant, il tendit sa main vers l'autre roi et toucha doucement son manteau, couvé par le regard patient de son amant. Il détailla les coutures, les broderies, les poussières brillantes cousues avec maîtrise sur le tissu. Il eut un petit rire. Le premier depuis bien longtemps, pour une pensée pourtant banale. Typiquement français.

Il releva ses prunelles bleues, rencontrant ses collègues amoureuses tout aussi claires, illuminées par l'impatience de la joie. Guillaume souffla et sourit, l'euphorie et la réalité remontant dans son corps par son sang bouillonnant. Il serra sa prise sur le tissu et laissa couler ses larmes, un grand sourire aux lèvres, camouflé par une barbe sale mais un sourire tout de même capable d'illuminer son visage cerné et tiré de soucis en plus de ses yeux brillants.

Il était libéré, il était sauvé.

Note de l'auteure : Et voilà ! Alors, comment Guillaume se refera à la vie réelle et à la sociabilité ? Louis l'aime t il assez pour pouvoir supporter ses craintes, ses paniques fréquentes et ses humeurs changeantes ? Vous verrez ça dans le chapitre 9 !

Big bisous à toutes et à tous mes lapins roses en sucre d'orge sucré de caramel au beurre salé à la laine d'un bébé alpaca de convention.