Bonjour ! Tout d'abord, merci encore aux personnes qui ont laissé une review sur le premier chapitre ! Et merci aussi aux lecteurs/trices fantômes pour l'intérêt que vous avez porté à mon histoire ! N'hésitez pas à laisser un petit mot pour me dire si vous avez aimé et/ou si vous pensez qu'il y a des choses à améliorer !
Deux petites infos, même si vous n'en avez probablement pas grand-chose à faire : j'ai rajouté "angst" dans les catégories de la fic (pour plus tard hinhin), et aussi, les chapitres seront mis en ligne le vendredi, tout simplement car une publication hebdomadaire ça me semblait correct, et j'ai publié le premier chapitre un vendredi alors autant continuer sur cette lancée x)
C'est bon, j'ai fini de parler, en avant pour la suite, en espérant que ça vous plaira !
Cassette 1, Face B
Naruto était toujours assis au même endroit, près du restaurant universitaire. Il commençait à avoir vraiment froid, maintenant. Il mourait d'envie d'écouter la deuxième partie de la cassette, mais la température l'en dissuada. Un gargouillement bruyant de son ventre lui rappela également qu'il n'avait toujours pas dîné. De plus, même si son esprit était plus qu'éveillé, son corps, lui, accusait la fatigue, qu'il accumulait depuis quelques temps. Il s'avoua vaincu et rentra donc à contrecœur chez lui.
C'est à peine s'il ferma l'œil de la nuit, cependant. Cette histoire lui tombait dessus sans prévenir, et il se mit à réfléchir. Honnêtement, il ne savait pas trop quoi en penser. Bien sûr, c'était l'occasion d'en savoir plus sur Gaara, avec qui il était ami depuis maintenant deux ans, et il n'attendait que ça… Mais à part ça, il ne savait pas où allait le mener ce petit jeu audio et ces plongées dans le passé, et cela l'effrayait un peu, en vérité. En fait, il se rendit compte qu'il avait peur de ce qu'il allait découvrir. Allait-il rencontrer une face cachée de Gaara qu'il aurait préféré ne pas connaître ? De lourds secrets qui auraient dû rester où ils étaient ? Rien de tout ça ? Ou bien pire ?
Il tenta de se raisonner en se disant que cela ne pouvait pas être aussi dramatique… C'était assez perturbant, voire un peu embarrassant, parce que Gaara lui avouait quelque chose de très intime, ses sentiments pour lui, mais c'était tout. Il allait lui raconter différentes anecdotes pour que Naruto puisse comprendre leur relation de son point de vue à lui, en profiter pour parler de son histoire, et voilà !
Non, pas « et voilà. »
Gaara ne se confiait jamais. Il avait révélé quelques bribes de son passé, mais il était toujours resté très évasif, et tout ce que Naruto avait pu en conclure, c'était que Gaara avait mené une vie très solitaire. Il devait avoir effectivement beaucoup de choses à dire, un besoin de vider son sac. Ces cassettes étaient sa thérapie, et comme ça ne lui aurait servi à rien de raconter tout ça dans le vide, il avait choisi une personne en qui il avait confiance, et cette personne, c'était Naruto.
Malgré le sérieux de la situation, Naruto ne put s'empêcher de ressentir une pointe de fierté. Il ne comprenait toujours pas comment Gaara avait pu tomber amoureux de lui, mais ce n'était pas le principal ; il était heureux de se dire que le jeune homme lui faisait assez confiance pour lui parler aussi ouvertement. Même à travers des cassettes. Mais après tout, il pouvait comprendre la difficulté que cela pouvait représenter de dévoiler son âme à quelqu'un directement en face à face, en tout cas pour quelqu'un d'aussi secret et renfermé que Gaara. Quoique lui-même n'aurait probablement pas été très à l'aise dans un tel exercice…
Plutôt rassuré par ses réflexions nocturnes, Naruto se jura de faire honneur à la confiance que Gaara lui accordait, et réussit à fermer les yeux…
Pour les rouvrir ce qui lui sembla être trente secondes plus tard, surpris par la sonnerie de son téléphone.
« Punaise ! » Râla-t-il avant de décrocher, pour découvrir qu'il s'agissait d'un faux numéro. Il tenta de se rendormir, en vain. « Bon, ben puisque je suis debout plus tôt que prévu, autant en profiter… »
Naruto prit son petit-déjeuner et se prépara pour la journée. Il avait réussi à obtenir des horaires qui lui permettaient de commencer la plupart du temps en début d'après-midi, il avait donc toute la matinée pour lui, c'était parfait pour écouter la face B de la première cassette. Un peu fébrile malgré toutes ses bonnes résolutions, il appuya sur « Lecture. »
« Merci, Naruto. Je te dis merci, car si tu es là, c'est que tu as accepté de continuer à m'écouter.
C'est drôle, quand j'y pense. Au début de notre amitié, c'était toi qui n'attendais qu'une chose : que je sorte de mon silence. Et aujourd'hui, c'est moi qui n'attends qu'une chose : que tu m'écoutes parler. C'est plutôt ironique. J'espère que ça te satisfait, tu m'entends enfin aligner plus de quelques phrases. »
« C'est sûr que c'est pas souvent que je t'entends parler autant ! » Plaisanta Naruto.
« C'est vrai que je n'étais vraiment pas facile, au début. Tu auras sûrement du mal à me croire, mais je n'ai pas toujours été comme ça. J'étais plus bavard, quand j'étais enfant.
Enfin, toutes proportions gardées. »
Naruto ne put s'empêcher de rire. Ce genre de petit trait d'esprit bien placé, c'était tout à fait digne de Gaara. La première fois que Naruto l'avait entendu en faire un, il avait explosé de rire, en lui demandant « est-ce que tu viens de faire de l'humour, là ? » Gaara s'était senti vexé et s'était mis à bouder. Ce qui, en soi, était presque plus drôle encore.
« Je ne suis pas loquace, tu l'as vite compris le jour où l'on s'est rencontrés. Mais j'aimerais que tu te rappelles la première fois où je t'ai adressé la parole. Je suis presque sûr que tu t'en souviens encore. »
Naruto s'en souvenait effectivement comme si ça s'était passé la veille.
« C'était dans un lieu qui demande pourtant le plus souvent un silence presque religieux. Encore une jolie ironie. Tu sais à quel point j'aime ce procédé. Enfin, inutile d'épiloguer. Tu peux trouver le deuxième point de rendez-vous sur la carte. »
Le bâtiment où se trouvait la bibliothèque universitaire. Plus précisément, la bibliothèque de lettres et autres sciences sociales. Mince. Gaara avait vraiment l'intention de revenir sur cet épisode. Naruto n'avait pas été particulièrement malin sur ce coup-là.
Il se rendit donc à la bibliothèque. Elle était encore ouverte au début des vacances d'été. Gaara avait dû prévoir le coup ; c'était toujours lui qui anticipait les choses, qui réfléchissait avant d'agir, alors que Naruto faisait toujours l'inverse. Mais au moins, Gaara l'empêchait de se jeter dans l'action sans prendre le temps de réfléchir à ce qu'il faisait, et en retour, il essayait d'apprendre à Gaara à avoir un peu plus de spontanéité. « Essayer » étant le mot-clé.
Il arriva bientôt à destination. C'était la première fois qu'il retournait à l'université en dehors de l'année scolaire. Il ne se sentait pas très à l'aise, surtout que les lieux étaient déserts, à l'exception de quelques étudiants qui avaient encore quelque tracasserie administrative à régler, ou des partiels à rattraper.
Naruto se trouva un petit coin à la bibliothèque et s'installa. Il hésita quelques instants, puis se releva pour prendre un livre au hasard et faire semblant d'avoir quelque chose de scolaire à faire. Il n'aimait pas vraiment se trouver dans une bibliothèque, le silence l'oppressait, et il n'arrivait pas à y travailler. Il n'y allait généralement que pour emprunter des livres et ne restait pas longtemps. La raison pour laquelle il s'y trouvait ce jour-là le rendait doublement nerveux, il avait l'impression qu'il devait au moins avoir l'air de travailler, comme pour justifier sa présence. Cela dit, peut-être que ça venait aussi du bibliothécaire acariâtre qui l'avait déjà sermonné à de nombreuses reprises parce qu'il faisait trop de bruit…
Il jeta un coup d'œil autour de lui : personne. Il se cacha derrière son livre, mit ses écouteurs sur ses oreilles et reprit son écoute.
« Pas très longtemps après notre rencontre au resto U, j'étais assis sur un banc, dehors sur le campus. Mon œil a été attiré par les vives couleurs de ton t-shirt, une fois encore. J'ai levé les yeux et je t'ai vu, même si j'ai mis quelques secondes à faire le lien. Je ne suis pas doué avec les visages, mais j'ai reconnu ton style vestimentaire douteux et ta coiffure désordonnée. »
Naruto ricana discrètement.
« Tu étais avec d'autres personnes. Quelques instants plus tard, en me levant pour partir, mes yeux sont retombés sur toi, et tu étais en train de me regarder. Tu as détourné le regard à l'instant où tu m'as vu bouger, pensant sûrement que je n'aurais rien remarqué. Mais la discrétion n'a jamais été ton fort. »
Il ne pouvait pas le nier.
« Peu de temps après, je marchais dans les couloirs de ma fac, et je t'ai vu une fois encore. Moi qui pensais que je ne te recroiserais plus… Tu marchais dans la direction opposée à la mienne, et nos regards se sont croisés. J'ai rapidement détourné le mien, mais j'ai senti tes yeux continuer à me fixer alors que tu me dépassais.
Il y a eu plusieurs autres situations similaires, jusqu'à l'histoire qui nous intéresse ici. Je commençais à devenir parano et à avoir l'impression de te voir partout en train de m'observer. Pour ma défense, c'était déjà arrivé que des gens passent leur temps à me fixer dans les couloirs. Je savais qu'ensuite ils se moquaient de moi et parlaient derrière mon dos. »
Il disait ça comme si c'était une habitude…
« J'étais donc en train d'étudier à la bibliothèque, quand je t'ai vu entrer dans mon champ de vision. J'ai fait tout ce que j'ai pu pour garder mon calme, jusqu'à ce que je t'entende dire, 'Salut, excuse-moi de te déranger…'
Tu te souviens de ce que je t'ai répondu ? »
« Qu'est-ce que tu me veux… » Chuchota Naruto, presque machinalement.
« D'un ton que je voulais le plus agacé possible, 'Qu'est-ce que tu me veux ?'
Tu as pris un air ahuri, et je crois que c'est ça qui m'a fait sortir de mes gonds. Cet air ébahi et innocent, comme un enfant qui ne comprend pas en quoi il a fait une bêtise. Pour tout t'avouer, il t'arrive encore d'arborer cet air, et il me donne toujours autant envie de te tordre le cou. »
Gaara semblait amusé malgré tout.
« J'ai réagi sur un coup de sang. Je voulais que les choses soient claires immédiatement et ne pas te laisser une chance de penser que je me laisserais marcher dessus. Je ne connaissais pas tes intentions, mais je ne voulais pas prendre de risques. »
Quel genre d'expériences Gaara avait-il pu avoir dans le passé pour être aussi méfiant ?
« Avant même que tu puisses te justifier, je t'ai assommé de reproches : 'Tu crois que je t'ai pas vu ? D'abord, tu envahis mon espace personnel au resto U, ensuite tu passes ton temps à m'épier dès que tu me vois, et maintenant je te retrouve ici ? Tu me suis, ou quoi ? C'est quoi, ton problème ?'
Je crois que j'aurais crié si je n'avais pas été dans une bibliothèque. »
Gaara avait souvent l'air énervé, mais il ne se mettait presque jamais vraiment en colère. C'était l'une des seules fois où Naruto l'avait vu ainsi.
« 'Je suis désolé,' m'as-tu dit. 'Je m'étais pas rendu compte…'
'Tu ne t'étais pas rendu compte que tu me regardais ?' Ai-je répondu, interloqué.
'Non, enfin si ! Enfin, je pensais pas que ça paraîtrait aussi…'
'Aussi flippant ?' J'ai vraiment cru que tu étais en train de te payer ma tête. Mais ton regard était sincère. Sur le coup, je n'ai pas su si je devais me calmer ou m'énerver encore plus.
'Euh, oui, voilà…' As-tu dit d'un ton penaud. 'Désolé.'
'Et pourquoi tu me fixes comme ça ? Pourquoi j'ai l'impression de te voir partout où je vais ?'
'Euh, je crois qu'on a nos cours dans les mêmes bâtiments…'
Tu as dit ça comme si c'était un nouveau crime à rajouter sur ta liste de méfaits commis. Je suis resté impassible en apparence, mais en réalité, je me suis senti un peu bête. C'était vrai, nous avions cours dans les mêmes bâtiments, mais je n'avais pas pensé à cette possibilité. »
Naruto ne put s'empêcher de laisser échapper un petit rire. Il se retourna, comme pour vérifier si quelqu'un l'avait entendu. Mais il n'y avait toujours personne.
« 'Et donc, pourquoi tu me regardes toujours aussi fixement ?' Ai-je repris, comme si de rien n'était. Hors de question de laisser transparaître la moindre faiblesse.
'Ben, c'est que pendant les premiers jours de l'année, je t'ai vu tout seul, dans ton coin. Moi aussi j'étais seul, je ne connaissais personne, je me suis dit que je pourrais t'aborder et qu'on pourrait faire connaissance. Et après, à chaque fois que je t'ai revu, c'était pareil, tu étais toujours seul. J'ai voulu te parler à plusieurs reprises, mais je ne l'ai pas fait parce que tu avais l'air occupé, ou bien alors tu partais comme une flèche.' »
Naruto adorait se faire des amis. Il était passé maître dans l'art d'aller trouver les gens et de commencer à leur parler. Bon, ça ne marchait pas à tous les coups : Gaara en était la preuve. Sa manière de fonctionner n'était pas subtile, et sur ce coup-là, ses regards insistants avaient effectivement été flippants, en y repensant. Mais sur le coup, c'était vrai, il ne s'en était pas rendu compte ! C'était finalement une bonne chose que Gaara lui ait un peu remis les pendules à l'heure ce jour-là. Il en avait besoin, de temps en temps.
« J'ai probablement levé les yeux au ciel à ce moment-là. 'Et ça ne t'a pas traversé l'esprit de te dire que j'avais peut-être CHOISI d'être seul ?'
Tu m'as alors regardé comme si je venais de t'annoncer que je venais d'une autre planète. Cela dit, ça t'aurait visiblement semblé plus plausible. Comment ? Choisir d'être seul ? Impossible, voyons ! J'ai pensé que ça suffirait à te chasser et à te passer l'envie de revenir vers moi. Evidemment, je ne pouvais pas être plus loin de la vérité. Je crois même que ça a renforcé ta détermination à l'idée de parler avec moi. »
Totalement.
« 'Comment tu peux dire ça ? C'est pas possible de choisir d'être aussi isolé !' M'as-tu répondu, presque affolé.
'La preuve que si,' ai-je déclaré en me pointant du doigt. 'Je suis tout seul et ça me va très bien. Je préfère largement ça plutôt que d'être épié et pris en pitié par des imbéciles comme toi. Maintenant, fiche-moi la paix.' C'était direct et insultant. Désolé… »
Il avait l'air embêté.
« En général, ça fait fuir les gens. Ils se mettent souvent à me détester après, mais en vérité, ils me détestaient déjà avant, alors ça ne fait aucune différence. A part peut-être qu'ils arrêtent d'essayer de m'aborder juste pour se moquer de moi, alors j'ai tendance à considérer ça comme une avancée positive. »
Naruto trouva ça vraiment triste. En arriver à ce raisonnement… Les gens avaient-ils rejeté Gaara à ce point ?
« 'Ecoute, je comprends que tu sois fâché contre moi !' As-tu repris.
Ça, c'était peu de le dire. J'étais encore plus fâché de voir que tu étais encore là après ce que je venais de te sortir. N'y avait-il aucun moyen de te faire déguerpir ?
'Je suis désolé, j'ai été un peu nul, j'ai pensé qu'on aurait pu au moins discuter, entre deux personnes visiblement nouvelles ici, en aucun cas c'était de la pitié ! Je voulais juste faire connaissance,' m'as-tu assuré. 'T'avais l'air plutôt cool, je suis désolé de t'avoir dérangé…' J'ai de nouveau levé les yeux vers toi. J'étais surpris, bien que j'aie essayé de ne pas le montrer. »
Naruto l'avait vu. Très vite, le temps d'une fraction de seconde, il avait vu cette lueur de surprise. De surprise positive. A vrai dire, c'était ce qui l'avait motivé à faire ce qu'il avait fait tout de suite après.
« Tu as commencé à partir, puis tu as fait demi-tour, hésitant mais souriant : 'Juste au cas où, moi c'est Naruto !' Je t'ai lancé le regard le plus noir que j'ai pu, et tu es enfin parti. »
Il avait cru comprendre que ses excuses avaient été entendues. Du moins, elles avaient fait de l'effet. Il s'était dit qu'il ne perdait rien à tenter sa chance. Gaara pouvait revenir vers lui s'il le souhaitait. En attendant, il le laisserait tout simplement tranquille. Il l'avait déjà assez fixé bêtement sans s'en rendre compte.
« Cette discussion m'avait laissé hautement dubitatif. Déjà, cette confiance que tu avais affichée en me donnant ton nom, comme si tu étais sûr que j'allais forcément revenir te voir. Inutile de te dire que je l'ai très mal pris. Ensuite, le fait que tu m'avais trouvé 'cool', je ne voyais pas pourquoi tu pensais ça, et je n'ai d'ailleurs toujours pas compris. J'étais l'opposé de 'cool' – je le suis toujours, tu me diras. Je suis toujours à l'écart, je ne suis aucune mode, je ne souris jamais… »
« Comme si c'était le genre de choses qui m'arrêtaient ! » Commenta Naruto. En voyant Gaara, son intuition lui avait simplement dit que c'était quelqu'un avec qui il pourrait devenir ami. Et son intuition ne le trompait que rarement.
« Tu prétendais aussi que tu étais complètement désintéressé, que tu voulais juste te faire un ami. Je ne t'ai pas cru. Ce n'était pas possible que tu sois venu vers moi juste pour faire connaissance, je n'avais rien à voir avec toi, nous étions diamétralement opposés. Tu avais forcément une idée derrière la tête.
La gentillesse, contrairement à la méchanceté, est rarement gratuite.
Et en même temps…
Je ne t'ai pas menti, j'avais choisi d'être seul, comme je te l'ai expliqué précédemment. Enfin, pour être plus exact, j'avais choisi de RESTER seul. C'était moins épuisant que d'essayer de créer des liens, qui ne dureraient pas de toute façon – si j'arrivais à en créer. J'avais déjà testé. A quoi bon continuer à perdre mon temps. Puisque les gens ne voulaient pas de moi, j'allais arrêter de rechercher leur compagnie. Je tenais depuis longtemps avec ce raisonnement, et ça m'allait très bien… Du moins, c'était ce que je me répé— »
« Naruto ? »
Naruto arrêta précipitamment la cassette, un peu paniqué. Il leva le nez et vit l'un de ses amis le regarder bizarrement, un grand brun dégingandé avec l'air d'être au bout de sa vie.
« Hey, Shikamaru ! Fit-il avec un grand sourire, qui ne parvenait pas à masquer sa gêne. Tu vas bien ?
- Comme d'hab. Tu changes de filière ?
- Hein ? Non, pourquoi ?
- Pourquoi tu lis un bouquin de psychologie alors que t'es en arts plastiques ? »
Naruto regarda le livre qu'il avait sorti, et qui était une introduction à la psychologie clinique. Ou quelque chose du genre. Pas très crédible.
« Oh, euh, bah, j'essaie d'élargir mes horizons, et de, euh… Développer de nouvelles connaissances ! Répondit-il, enthousiaste.
- Hm. »
Ok, c'était le signe indiquant que Shikamaru n'avait pas gobé une seule fraction de ce mensonge qui était tout sauf subtil. Naruto s'y attendait, Shikamaru était bien trop malin pour tomber dans le panneau. Au moins, il aurait essayé. Et surtout, il savait que Shikamaru ne poserait pas plus de questions, tout simplement parce qu'il n'en avait rien à faire.
« Mais et toi, Shika ? T'étudies les maths, pourquoi tu viens te perdre dans la bibliothèque de lettres ?
- J'avais emprunté un truc pour le cours de langues, mais j'ai oublié de le rendre. Du coup on m'a harcelé pour que je vienne le déposer. C'est saoulant, » répondit Shikamaru d'un air blasé. Il désigna le walkman de Naruto du menton : « T'as enfin trouvé une raison de ressortir ton truc ?
- Hein ? Ah ouais, haha !
- C'est Gaara ? »
Le pouls de Naruto s'accéléra. Shika était-il au courant pour les cassettes ? Avait-il compris les sentiments de Gaara ? Le son était-il trop fort, et il avait entendu ? L'espionnait-il ?
« Que… Quoi ? Bafouilla Naruto.
- Il avait dit l'autre fois qu'il te ferait une compilation de chansons que t'aimes bien juste pour que tu puisses l'écouter sur ton antiquité. Je pensais qu'il plaisantait. »
C'était vrai, maintenant qu'il y repensait. Gaara avait sorti ça au cours d'une discussion.
Il y avait des chances pour que ce soit totalement le fruit du hasard. Il y avait aussi des chances pour que Gaara ait dit ça pour que Naruto puisse avoir une excuse toute faite et retomber sur ses pattes au cas où on le surprendrait en train d'écouter les cassettes. C'était bien son genre. Ou bien Naruto commençait à trop réfléchir.
« Oui ! Exactement ! C'est tout à fait ça !
- Jeune homme ! S'exclama le bibliothécaire acariâtre en sortant de nulle part. Il y a des gens dans cette bibliothèque, un peu de respect !
- Oups, désolé, » s'excusa Naruto, ne s'étant pas rendu compte qu'il avait élevé la voix, une fois de plus. « Oui, c'est Gaara qui m'a donné cette cassette ! »
Au moins, c'était vrai.
« T'es chelou, déclara Shikamaru. Tu trafiques un truc bizarre. Honnêtement, je m'en fous, de toute façon c'est pas mes affaires. Mais si tu veux un conseil, sois plus discret, si t'as des choses à cacher. Et apprends à mentir. Bon, faut que j'y aille, à plus.
- A plus… »
Naruto resta immobile quelques instants. Shika avait raison, il n'avait aucune chance de paraître crédible. Il avait de la chance d'être tombé sur lui plutôt que sur quelqu'un d'autre, qui aurait sûrement insisté pour savoir ce qu'il faisait. Au moins, Shika n'intervenait que s'il jugeait que l'autre risquait de se faire du mal ou d'en faire aux autres. Ou bien s'il craignait que ça n'interfère avec sa tranquillité personnelle…
Pour se rassurer, Naruto se dit qu'à présent, il savait quoi répondre si on lui demandait ce qu'il écoutait. Même si Gaara ne lui avait pas demandé de garder le secret, il n'aurait pas eu dans l'idée de parler à qui que ce soit du vrai contenu des cassettes, car cela ne regardait que Gaara et lui. Et puis son ami lui faisait confiance. Il serait sûrement très en colère après lui si Naruto ne respectait pas son souhait, et ce serait compréhensible.
Maintenant que l'incident était passé, Naruto remit ses écouteurs sur ses oreilles et termina la cassette.
« –et ça m'allait très bien… Du moins, c'était ce que je me répétais depuis des années.
Mais ça n'était pas vrai.
Je n'ai pas choisi d'être rejeté. Je n'ai jamais réellement compris pourquoi je l'avais été. Mais les faits sont là : aussi loin que je m'en souvienne, j'ai été un paria. Bien sûr, il y a des gens qui sont venus vers moi. Et je me suis lié d'amitié avec eux. Mais ça n'a jamais vraiment duré, car les meneurs étaient plus beaux, plus populaires, plus attrayants… Et ils savaient quoi dire pour couper l'envie de rester avec moi. Et qu'est-ce que je pouvais faire pour me défendre ? »
Naruto serra les poings. Il avait du mal à imaginer Gaara être traité de la sorte, lui qui semblait toujours être au-dessus de tout. Et en même temps, ça expliquait beaucoup de choses : son enfermement sur lui-même, sa méfiance envers tout le monde…
« Pas grand-chose. Alors au bout d'un moment, j'ai appris à me renfermer. A ne plus vouloir d'amis. A me convaincre que ma propre compagnie me suffisait. C'est assez fou de voir à quel point on peut se persuader de quelque chose. J'y ai cru dur comme fer, même s'il m'est arrivé de faire des entorses à ces principes… Mais ça, c'est pour plus tard.
Sauf que la vérité finit toujours par éclater, surtout lorsqu'on se ment à soi-même. Tu étais la première personne depuis un certain temps à venir m'aborder de la sorte. Je ne voulais pas espérer. J'avais déjà espéré dans d'autres circonstances, et même si ça avait bien commencé, ça ne s'était pas bien fini. Et je n'avais vraiment, vraiment pas envie de renouveler l'expérience. Pourquoi tu serais différent des autres ? Qu'est-ce qui me garantirait que tu ne te retournerais pas contre moi ? Que tu ne cherchais pas juste à te moquer de moi ? Et même si tu avais vraiment de bonnes intentions, qu'est-ce qui me disait que te fréquenter n'allait pas… Qu'est-ce qui me disait que tout allait bien se passer ? »
Il n'avait pas fini sa phrase comme il l'avait prévu. Il abordait un point sensible. On aurait dit que cette dernière situation était pire que le reste. Qu'est-ce qui lui était arrivé ?
« Absolument rien… De plus, tu m'avais énervé, tu avais essayé de t'incruster dans ma vie et sur le coup, j'avais trouvé que tu avais l'air stupide. Encore désolé. »
Ok, c'était gratuit. Mais son ton était redevenu léger, au moins le temps de cette phrase, et Naruto sourit. Il n'en voulait pas à Gaara de toute façon. Cela avait été un début difficile, mais c'était passé.
« J'ai beaucoup cogité après notre dialogue. Des souvenirs que j'aurais préféré laisser là où ils étaient ont commencé à refaire surface. J'ai repassé tes paroles en boucle dans ma tête. Tu t'étais excusé, et tu avais l'air sincèrement désolé. Tu semblais aussi avoir vraiment envie de me parler, alors même que je t'avais envoyé sur les roses.
Je ne voulais pas d'un nouvel échec potentiel. Je ne voulais pas espérer. Je ne voulais pas prendre de risque.
Même aujourd'hui, je ne sais toujours pas pourquoi je l'ai fait. Je suis pourtant très cartésien, mais j'ai eu l'impression que quelque chose me poussait vers toi. Sans doute le trop-plein de solitude. Car j'en ai eu soudain marre, marre de repousser tout le monde, consciemment ou non, marre d'être toujours celui qu'on regarde avec mépris, marre de faire semblant d'adorer l'isolement. Parce que ce n'est pas vrai. Je voulais laisser derrière moi le passé et les mauvaises expériences.
Alors j'ai espéré. J'ai pris un risque. J'ai accepté ton ouverture ; je suis retourné te voir et je t'ai donné mon nom. Rien de plus. Et je suis parti. Je ne savais pas quoi faire d'autre. Je me suis senti très stupide et j'ai immédiatement regretté mon geste. »
Naruto se souvenait parfaitement de cette scène. Il était assis sur les marches à l'entrée de la fac, quand il avait vu la tignasse rousse de Gaara s'approcher de lui. Il lui avait souri, mais n'avait pas osé ouvrir la bouche. Gaara s'était planté devant lui, l'air solennel, mais aussi fortement résigné, et lui avait dit, « Gaara. » Naruto avait écarquillé les yeux, ne comprenant pas, et son interlocuteur avait complété : « C'est mon nom. Gaara. » Il était ensuite effectivement parti aussi vite qu'il était venu, et Naruto avait mis un certain temps à analyser la situation et à comprendre ce qui venait de se passer. Puis il avait fait un grand sourire pour lui-même, extrêmement satisfait de la situation.
« J'ai pensé que ça allait me retomber dessus. Que ça n'allait m'attirer que des mauvaises choses. Sur le coup, je voulais retourner en arrière et annuler ce que je venais de faire. Je ne comprenais plus pourquoi j'avais fait ça.
Et au final, je crois que ça a été la meilleure décision de ma vie. Tu es parfois insupportable, et tu m'as fait passer par beaucoup de phases de doute, mais je ne regrette pas d'avoir laissé une chance à ton amitié, parce qu'elle m'a apporté bien plus que ce que j'aurais pu imaginer. »
Plus rien après ça.
Naruto se sentait un peu retourné par les confessions de Gaara. Qu'est-ce qui avait bien pu lui arriver pour qu'il en vienne à s'isoler de la sorte ? Naruto aussi avait eu sa dose de rejet quand il était petit : il était le gamin orphelin qu'on regardait avec compassion et curiosité. Les autres enfants ne venaient le voir que pour lui demander si c'était vrai qu'il n'avait pas de maman et que son papa n'était pas son vrai papa. Et quand il allait vers eux, ils se moquaient de lui ou ne voulaient tout simplement pas de lui. Avec le recul, Naruto n'en voulait pas à ces enfants : les responsables, c'était les parents, qui étaient trop stupides pour expliquer les choses à leur progéniture… Naruto était toujours stupéfait de voir à quel point les adultes prenaient les enfants pour des imbéciles et leur transféraient leurs propres peurs et préjugés. Il s'était promis de ne pas reproduire ce genre de schémas avec ses enfants s'il en avait un jour.
Avec les années, à partir du collège, Naruto avait évolué d'une façon bien différente de Gaara : lui avait décidé de s'ouvrir, de se montrer. Si les gens ne voulaient pas apprendre à le connaître, il allait se dévoiler lui-même ! Il était turbulent, il n'était pas un bon élève, mais il faisait rire. Il attirait l'attention, et bientôt, des gens vinrent vers lui, et il commença à créer des liens. Des liens qui subsistaient encore aujourd'hui pour certains, comme Shikamaru, qu'il avait rencontré à cette époque.
Il se demandait pourquoi Gaara et lui avaient réagi aussi différemment. Le caractère y était sûrement pour beaucoup ; Gaara n'aimait pas se mettre en avant, par exemple. Mais peut-être que l'environnement avait aussi joué un rôle ? Iruka, le tuteur légal de Naruto, qu'il considérait comme son vrai père, avait toujours été bon avec lui. C'était quelqu'un de gentil, de compréhensif, mais qui n'hésitait pas à le réprimander – et il y en avait eu besoin. Il lui avait toujours apporté l'amour qu'on se doit de donner à un enfant pour qu'il s'épanouisse, et il avait toujours eu avec lui une attitude très positive : il le félicitait quand il réussissait quelque chose, et il l'encourageait s'il n'y arrivait pas. Il ne savait pas du tout quel genre de relation Gaara avait avec ses parents, car il ne parlait jamais d'eux. Littéralement. Les seules fois où Naruto avait essayé de lui arracher des informations sur le sujet, Gaara s'était énervé et avait déclaré qu'il n'avait rien à dire là-dessus, puis s'était refermé comme une huître.
Un peu déprimé, Naruto sortit de la bibliothèque et alla marcher un peu. Gaara était quelqu'un de complexe, mais rien qu'avec ce qu'il venait d'entendre, il commençait à le comprendre un peu mieux. Cependant, il commençait à redouter la suite. Qu'allait-il apprendre de plus sur le passé de son ami, sur son vécu ? Devait-il s'inquiéter ? Oui, probablement. Mais à quel point ?
