Bonjour ! Merci à vous d'être encore là, et merci beaucoup pour vos retours ! :D C'est important pour moi parce que ça me rassure et me motive x)
(Pour la personne qui m'a posé en guest la question de l'âge de Gaara et de Naruto dans l'histoire, ils ont 20 ans à peu près ^^)
En espérant que vous aimerez la suite !
Cassette 2, Face A
Cela faisait deux jours que Naruto avait terminé la première cassette. Il n'avait pas pu écouter la suite, car ses horaires ne le lui permettaient pas. C'était ce qu'il se répétait inlassablement.
Il espérait qu'il finirait par y croire.
La vérité, c'était qu'il ne voulait pas écouter la suite. Enfin… Il le voulait, mais il appréhendait trop. Il avait peur que la vision qu'il avait de Gaara soit chamboulée. Il adorait son ami, et craignait que leur amitié et l'image qu'il s'était fait de lui soient complètement changées s'il allait au bout des cassettes. Au fond de lui, son côté irrationnel continuait d'élaborer des scénarios catastrophes sur ce qu'il risquait d'entendre : des secrets familiaux glauques, des choses que Gaara aurait faites, ou bien subies…
Puis il se giflait mentalement et se disait que c'était stupide. Quel que soit le contenu des autres cassettes, il s'était promis de l'écouter. De plus, il voulait vraiment savoir ce que Gaara avait à lui dire, et ça ne pouvait pas être aussi terrible qu'il l'imaginait. Et surtout, quand bien même ce serait terrible, pourquoi cela devait-il changer quoi que ce soit entre eux ? Gaara avait principalement besoin de se confier sur sa vie à quelqu'un. Peut-être qu'il y avait des choses pour lesquelles Naruto pourrait l'aider. Peut-être qu'au contraire de ce qu'il craignait, ces confessions les rapprocheraient et renforceraient leur lien. C'était alors à ce moment-là qu'il retrouvait enfin la volonté d'écouter la deuxième cassette, mais il regardait l'heure, et voyait qu'il était soit une heure bien trop avancée dans la soirée, soit l'heure de partir à son travail.
Et ce jour-là, il avait enfin du temps devant lui, car il ne travaillait pas. Il introduisit donc la deuxième cassette dans son walkman, prit une grande inspiration et appuya sur « lecture. »
« Après avoir fait ce premier pas vers toi – si on peut appeler ça un premier pas, j'ai quand même gardé mes— »
Naruto fut interrompu par la sonnerie de son téléphone.
« Mais c'est pas vrai, ça ! » Râla-t-il. Il décrocha sans même regarder qui l'appelait. « Allô ? Fit-il d'un ton sec.
- Wow, ok, bonjour à toi aussi, mec !
- Kiba ?
- En personne. Je te dérange pour que tu m'agresses comme ça ?
- Hein, euh, non, pas du tout ! Désolé… Je suis juste… Un peu sur les nerfs, le boulot, tout ça, haha ! Mentit Naruto.
- Ah ok, c'est pour ça que t'as toujours pas répondu à mon message ? » Demanda Kiba.
Naruto se souvint alors du message qu'il avait reçu quelques jours plus tôt, alors qu'il découvrait les cassettes. Il s'était dit qu'il y répondrait plus tard, mais il n'y avait plus repensé.
« Oui, répondit-il. J'ai eu l'esprit assez occupé, ces derniers jours…
- Ça va ?
- Oui, oui, t'inquiète ! C'est juste que, euh… Mes résultats n'étaient pas fameux au dernier semestre, je me suis fait remonter les bretelles par mon père, c'est tout. »
C'était en partie vrai. Ses résultats n'étaient pas faramineux, mais il avait eu son année. Iruka lui avait juste dit de faire attention et de ne pas baisser.
« Bon alors, du coup, t'es libre ce weekend, ou pas ? S'impatienta Kiba. On est déjà jeudi, j'aimerais bien une réponse.
- Oui, je suis libre !
- Cool ! J'ai l'appart' de ma mère pour moi tout seul, du coup j'organise une soirée. Ramène-toi samedi à 20h, ça te changera les idées.
- Génial ! On se voit samedi, alors. A plus !
- Bye ! »
Naruto raccrocha. Une soirée avec ses amis ne pouvait que lui faire du bien. Il ne les avait pas vus depuis la fin des cours, et ça lui manquait. L'appartement de la mère de Kiba n'était pas très grand, mais on pouvait tout de même y mettre pas mal de monde. Ce n'était pas non plus très loin, c'était parfait, et il avait hâte d'y être.
Ragaillardi par cette bonne nouvelle, il remit la cassette au début et recommença la lecture.
« Après avoir fait ce premier pas vers toi – si on peut appeler ça un premier pas, j'ai quand même gardé mes distances le plus possible. Si j'avais accepté de ne pas te rejeter complètement, ça ne voulait pas dire que je recherchais ta compagnie non plus. Chaque chose en son temps. Mais tu n'as jamais été très patient. Tu voulais absolument m'intégrer à ton groupe d'amis. Et pour ça, le meilleur moyen que tu avais trouvé, c'était de m'inviter à un repas avec eux. Point numéro 3 sur la carte. »
Il s'agissait d'un parc un peu excentré, mais grand et calme, où il avait pique-niqué à plusieurs reprises avec ses amis. Naruto passa la tête par la fenêtre : il faisait beau, et pas non plus trop chaud, le temps idéal pour une balade. Il en profita même pour sortir son vélo, qu'il n'avait pas eu l'occasion d'utiliser depuis quelques temps.
Lorsqu'il arriva au parc, il croisa un certain nombre de promeneurs, mais le lieu restait relativement paisible. Il descendit de son vélo quand il retrouva l'endroit exact où il avait pris l'habitude d'aller lorsqu'il organisait des pique-niques ici ; il avait décidé d'un endroit précis facilement repérable dans le parc, comme ça, tout le monde savait où se retrouver. Il posa son vélo contre un arbre et s'assit dans l'herbe.
« Nous étions en automne, mais il faisait encore beau. On avait droit à un bel été indien, comme on dit. Tu avais organisé un pique-nique dans ce parc, avec plusieurs de tes amis de lycée et ceux que tu venais de te faire à la fac, et tu tenais à ce que je vienne. Tu es venu me trouver, excité comme une puce, et tu m'as directement invité à vous y retrouver, sans même me demander d'abord si j'étais disponible. Je l'étais, mais j'ai hésité à te répondre que non, juste par esprit de contradiction. »
« M'étonne même pas ! » Dit Naruto pour lui-même.
« Je t'ai fait remarquer que je pouvais difficilement me considérer comme ton ami, étant donné qu'on ne s'était réellement parlé qu'une fois, et que ça n'avait pas vraiment été une discussion très amicale. Voici ce que tu m'as répondu :
'Bah justement, c'est pour ça que je t'invite, pour qu'on apprenne à se connaître !' »
Ils s'étaient recroisés plusieurs fois entretemps, mais sans vraiment entamer de conversation.
« Un peu pris au dépourvu, je t'ai alors rétorqué que tu risquais de découvrir qu'on n'était pas du tout faits pour s'entendre et qu'on n'avait peut-être rien en commun. Honnêtement, j'ai pensé que c'était comme ça que ça allait se dérouler, je ne comprenais toujours pas comment tu pouvais penser que l'on pouvait être amis. Je t'ai demandé, avec un peu de cynisme, si tu n'avais pas peur que ça plombe l'ambiance. Tu m'as dit :
'Non. Au pire, j'aurai essayé. Et puis, peut-être que tu t'entendras super bien avec certains de mes amis, et si c'est le cas, alors je sais que je ne t'aurai pas invité pour rien !'
Je n'avais plus aucune excuse valable pour me dérober, après ça. Bien sûr, j'aurais pu te répondre que je n'avais tout simplement pas envie de venir.
Mais j'aurais menti.
C'était peut-être la seule occasion que j'aurais avant longtemps de rencontrer du monde, de faire mes preuves. Je n'ai jamais été à l'aise avec les groupes de gens, mais cette fois-là, j'ai voulu faire un effort. J'ai décidé de prendre sur moi, de continuer sur cette lancée que j'avais commencée en prenant le risque de te donner mon nom. Peut-être que je m'ennuierais, peut-être que je détesterais tout le monde, toi encore plus, pour m'avoir entraîné là-dedans. Peut-être qu'une fois de plus, je ne ferais pas bonne impression, et les gens me trouveraient bizarre. Tu n'imagines même pas à quel point ça me faisait peur, même si je n'en ai rien montré. »
« Effectivement, t'avais l'air au mieux désintéressé, au pire agacé, » sourit Naruto.
Un couple qui passait le regarda d'un drôle d'air. Il commençait à se dire qu'il ferait mieux d'arrêter de répondre à voix haute aux cassettes… Il soutint le regard du couple et leur dit : « Kit mains libres ! » L'excuse parut les convaincre. Naruto ne put s'empêcher de se demander ce que ça pouvait bien leur faire, au pire, qu'il parle tout seul. Il n'embêtait personne !
« Et en même temps, je venais d'arriver dans une ville nouvelle pour moi, je ne connaissais personne… C'était d'ailleurs pour ça que je m'étais installé ici. Peut-être que c'était celui-là, le premier risque que j'avais pris. Un espoir inconscient de ne pas seulement empêcher de voir les choses empirer pour moi, mais aussi de les voir s'améliorer en m'éloignant physiquement du passé. Ce pique-nique était une occasion d'essayer de prendre officiellement un nouveau départ. Je n'y croyais pas vraiment, mais je n'avais rien à perdre. Je m'étonnais moi-même de cet élan d'optimisme, ça ne me ressemblait pas. C'est sûrement ce qui arrive quand on descend tellement bas qu'on n'imagine pas pouvoir faire pire. Dès qu'on trouve une prise, on essaie de s'y accrocher, sans même vérifier si elle mène quelque part. Ou bien alors c'était une forme de masochisme.
Je t'ai dit que j'acceptais de venir. Tu m'as donné l'heure et le lieu du rendez-vous, et c'est là que nous avons échangé nos numéros de téléphone. Quelques heures plus tard, alors que j'essayais de ne pas trop y repenser, tu m'as envoyé un message pour me demander si ça ne me dérangeait pas d'apporter quelques crudités. Je me suis senti un peu ailleurs, et j'ai eu l'impression que c'était une autre personne qui était en train de répondre un simple 'ok'. Après avoir envoyé le message, je suis resté quelques instants à fixer l'écran de mon téléphone. Puis je me suis mis à paniquer. Cela faisait longtemps que ça ne m'était pas arrivé. »
Si l'optimisme n'était effectivement pas quelque chose que Naruto associait à Gaara, la panique ne l'était pas non plus. Il semblait toujours être maître de la situation. Il restait toujours calme, même lorsqu'il s'énervait. Les apparences étaient décidément trompeuses.
« Je tournais en rond dans ma chambre en essayant de calmer ma respiration. Je me suis dit que j'étais en train de faire une énorme erreur. Que je ne devais pas y aller, parce que vous alliez tous me rejeter. Nous étions bien trop différents l'un de l'autre, ce n'était pas possible que tu veuilles faire connaissance avec moi, tu ne m'avais invité que pour mieux me ridiculiser auprès de tes amis. Ou bien j'allais juste trouver un moyen de me ridiculiser moi-même. Ce n'était pas possible que ça se passe autrement. Ça ne se passait jamais autrement. Je me suis traité d'imbécile pour avoir cru à tes belles paroles, et pour avoir cru que déménager loin de mes mauvais souvenirs allait pouvoir changer quoi que ce soit. Je n'avais jamais réussi à maintenir une amitié, ça n'allait pas commencer maintenant. Je me suis mis à taper un message pour te dire que j'avais changé d'avis et que je ne voulais pas venir, et il m'a fallu tout mon courage et toute ma maîtrise de moi-même pour ne pas te l'envoyer. »
Qui aurait cru que prendre la décision d'aller à un simple pique-nique avait été une telle épreuve pour lui…
S'il avait su, Naruto lui aurait d'abord parlé de ses amis un à un, pour que Gaara puisse savoir à quoi s'attendre et être moins stressé. Au moins, il n'avait pas annulé, et Naruto en était bien content.
« J'ai tenté de me raisonner et de me souvenir que j'avais choisi de te laisser une chance. Ce serait la seule. Si ça se passait mal, je ne voulais plus rien avoir à faire avec toi.
Je suis donc allé au parc le jour convenu. J'étais mort de stress, mais je n'en ai rien montré. J'avais bien fignolé mon masque d'impassibilité au cours des années. »
En effet. Personne n'avait jamais rien soupçonné, Naruto inclus.
« Je suis presque arrivé le premier. Une autre personne était déjà là, mais ce n'était pas toi. Il était allongé dans l'herbe, en train de regarder les nuages à travers les branches des arbres qui perdaient peu à peu leurs feuilles. »
Shikamaru.
« Quand il m'a vu arriver un peu hésitant, il m'a demandé si j'étais là pour ton pique-nique.
'Oui,' ai-je répondu.
'Prends ton temps, il va pas arriver tout de suite.'
J'étais arrivé en avance pour repérer les lieux, mais pas tant que ça. De plus, tu m'avais bien dit que tu arriverais un peu avant l'heure pour installer la nappe.
'Il sera probablement en retard,' m'a dit l'inconnu. 'C'est tout lui : organiser un grand truc pour forcer les gens à se rencontrer, et même pas être fichu d'arriver à l'heure. Je suppose que tu fais partie de ses nouveaux amis de la fac.'
'Si on veut,' ai-je répondu évasivement.
'Laisse-moi deviner… Il est venu vers toi en te disant que t'avais l'air sympa et qu'il voulait faire connaissance ?' »
Gaara imitait tellement bien le ton désabusé de Shikamaru que Naruto éclata de rire.
« '… C'est un peu l'idée, oui.' Pas besoin de développer. Je notais tout de même que je n'étais visiblement pas le seul à avoir été pris de la sorte dans tes filets. C'était peut-être encourageant. Ou peut-être pas, je ne m'étais pas encore décidé.
'C'est son mode opératoire,' m'a-t-il expliqué. 'Il fait son air innocent et son grand sourire débile, et il te lâche pas les basques jusqu'à ce qu'il trouve ton point faible. Le plus souvent, il ne le fait même pas exprès, il est pas assez malin pour ça.'
Je commençais à bien l'aimer. »
Naruto rit à nouveau. Avant même ce pique-nique, il était presque sûr que ces deux-là s'entendraient bien. Peu importe ce que disait Shikamaru, son instinct le trompait rarement pour ce genre de choses.
« Je me suis même autorisé une petite plaisanterie : 'Et c'est comme ça qu'il t'a appâté, toi aussi ?'
Il a ri. J'ai retenu un sourire. 'Non, il a appâté un pote à moi, et j'ai suivi. Il est fatiguant, mais on s'y fait. Des fois, il est même sympa.' »
Quelle mauvaise foi ! Naruto avait « appâté » son meilleur ami Chouji, et Shikamaru n'avait pas émis beaucoup d'objection !
« C'était donc Shikamaru, tu n'as probablement pas eu de mal à le reconnaître. On a discuté un peu en attendant que d'autres personnes viennent. Tu es arrivé ensuite, accompagné de Sakura, dont les cheveux roses me sautèrent aux yeux presque aussi violemment que ton t-shirt orange le jour de notre rencontre. Tu m'as fait un grand sourire en me saluant, et tu m'as avoué que tu étais très content de me voir là, parce que tu te demandais si je n'allais pas décider au dernier moment de ne pas venir. J'ai préféré ne rien répondre. »
Naruto ricana.
« Les autres invités ont fini par arriver, peu de temps après. Au final, nous étions une dizaine de personnes. Ça commençait à faire beaucoup de monde pour moi, je n'étais vraiment pas à l'aise, et je ne disais rien. J'étais assis entre toi et Shikamaru, et vous étiez les deux seuls à me parler. Quand tout le monde fut installé, tu as voulu faire les présentations entre les nouveaux et les anciens. Tu donnais les noms et les activités de chacun, mais quand tu t'es tourné vers moi, tu n'as pas su quoi dire concernant les études que je faisais, puisque je ne te l'avais pas dit. »
« T'en as pas vraiment eu l'occasion ! » Fit Naruto en levant les yeux au ciel, se rappelant comme il s'était senti un peu bête devant la situation.
« Sakura s'est exclamée : 'Tu invites des gens et tu sais même pas ce qu'ils font ?'
J'ai commencé à perdre pied. Je me sentais comme l'élément de trop, comme une erreur. Je ne savais pas si je devais me sentir comme la bête de foire qu'on amène pour l'exposer à la moquerie des gens, ou si j'étais le petit chaton abandonné sous la pluie qu'on avait ramassé par pitié. »
Il avait vraiment une mauvaise image de lui-même. On aurait dit que ça lui semblait impossible qu'on puisse l'apprécier.
« Je voulais m'en aller, je voulais m'enfuir. Mais mes jambes ne répondaient pas. A la place, les mots sont sortis avant que j'aie eu le temps de les en empêcher : 'La seule fois où on s'est parlé, je l'ai insulté parce que je croyais qu'il me suivait et je voulais qu'il me laisse tranquille, mais je n'ai pas réussi à me débarrasser de lui.' »
Naruto rit de nouveau. C'était tellement ça !
« A peine avais-je fini ma phrase que je me disais que je venais déjà de gâcher toute chance de voir cette sortie se terminer positivement. Mes poings étaient si serrés que j'aurais broyé la moindre chose qui se serait trouvée dans mes mains. Je n'osais pas lever les yeux, j'avais peur de croiser vos regards. Mais quelqu'un – il me semble que c'était Sakura – quelqu'un a rétorqué, 'Un début d'amitié plutôt normal avec Naruto Uzumaki.' »
C'était bien elle. Quand Naruto l'avait rencontrée, elle ne le supportait pas et l'envoyait toujours balader.
Bon, ok, c'était en partie mérité.
« Tout le monde a ri. Et ce n'était pas pour se moquer de moi. Je ne m'attendais tellement pas à cette réaction, que lorsque l'on m'a demandé ce que je faisais, j'ai mis quelques secondes à comprendre qu'on me posait une question. Le silence qui a précédé ma réponse m'a semblé affreusement oppressant, et c'est à peine si je me suis entendu répondre un faible 'lettres modernes.'
J'ai répondu à quelques autres questions un peu bateau, en quelle année j'étais, si j'habitais loin… Une discussion normale. Je n'ai pas beaucoup parlé après ça, mais personne ne m'en a tenu rigueur, il y avait bien assez de gros parleurs de toute façon. Dont toi, bien sûr. »
« Evidemment ! »
« Le repas s'est déroulé dans la convivialité. J'ai pu remarquer que ton groupe d'amis était vraiment éclectique. Je ne sais toujours pas comment tu as fait pour réunir des gens en apparence si différents. »
Naruto se redressa, fier comme un paon. « Le talent ! » Plaisanta-t-il.
« J'étais toujours mal à l'aise et je parlais uniquement lorsqu'on s'adressait à moi, mais personne ne m'a fait de remarques, personne ne m'a regardé de travers. J'étais juste un invité parmi les autres. Tu ne peux pas savoir à quel point ça m'a fait du bien.
Lorsque le pique-nique s'est terminé, alors que je m'apprêtais à partir en lançant un simple 'au revoir' à la cantonade, tu t'es rapproché de moi, et tu m'as dit : 'Tu vois ? Je t'avais dit que ça se passerait bien !' »
Naruto sourit. Il se souvenait bien de ce pique-nique qui, en effet, s'était très bien passé. Il avait un peu appréhendé l'idée de se faire rencontrer plusieurs groupes d'amis, mais finalement, il n'y avait pas eu de problème. Certains de ses amis du secondaire n'étaient pas disponibles ou habitaient trop loin, mais il avait réussi à faire venir Shika, Ino, Chouji, Sakura et Hinata, qui avaient toujours été parmi ses amis les plus proches. Il avait aussi invité Lee et Tenten, qu'il avait rencontrés à son club de sport, auquel il s'était inscrit dès la rentrée, et il y avait également Kiba, qui était dans la même promo que lui.
C'était vrai qu'il s'était demandé comment Gaara allait réagir. Lorsqu'il l'avait rencontré, il ressemblait à un animal sauvage qui refusait de se laisser approcher, et il n'avait pas vraiment eu l'occasion de faire connaissance avec lui. Mais il était resté optimiste, car si Gaara avait accepté de venir, c'était bien qu'il acceptait finalement de baisser sa garde !
« C'était vrai. Ça s'était bien passé. Beaucoup plus que ce que j'avais craint. Je suis rentré chez moi et je me suis affalé sur mon lit. Cette rencontre m'avait littéralement lessivé ; toute mon angoisse retombait d'un seul coup. J'avais réussi. Mais je ne voulais pas crier victoire trop tôt… Si je m'étais plus ou moins entendu avec certains de tes amis, rien n'indiquait que ça allait durer. Je préférais rester sur mes gardes. »
Naruto eut un pincement au cœur en entendant cette dernière phrase. Il comprenait maintenant que Gaara avait visiblement eu trop de mauvaises expériences par le passé pour faire confiance tout de suite, mais ça lui faisait de la peine. Lui-même avait toujours été tellement optimiste, il préférait partir confiant dès le début. Cela lui avait déjà valu quelques déconvenues, mais aussi de belles rencontres. Au final, il en avait tiré bien plus de bénéfices que d'inconvénients.
Cependant, il commençait à se dire que ça n'avait pas du tout été le cas de Gaara. Non seulement il avait du mal à faire confiance aux autres, mais surtout, il avait du mal à se faire confiance à lui.
« Néanmoins, j'avais passé un bon moment. Toi aussi, tu avais fait tes preuves, et tu m'avais montré que je n'avais peut-être pas eu tort de te laisser une chance. Je n'étais toujours pas très confiant, mais je commençais à entrevoir une vraie possibilité d'amélioration. Ce n'était plus quelque chose qui me semblait inaccessible. Et cette pensée m'était précieuse.
Mais trêve de bavardages. Il commence à être temps de rentrer vraiment dans le vif du sujet. Je te donne rendez-vous sur la face B. »
Le bruit caractéristique du bouton stop signifia la fin de l'enregistrement. Décidément, Gaara savait comment tenir son public en haleine… Qu'est-ce qu'il entendait par « rentrer dans le vif du sujet » ? Naruto regarda l'heure sur son téléphone ; l'après-midi était déjà bien entamée, mais il n'était pas tard, et il avait le temps d'écouter l'autre face de la cassette. Et puis, au pire, cela lui donnerait l'occasion d'aller manger en ville, ça faisait longtemps qu'il n'avait pas été à son bar à ramen favori.
Avant de retourner la cassette, il décida de reprendre sa balade à vélo. Revenir dans ce parc lui avait donné envie de profiter du soleil et de la température agréable, ainsi que du calme. Il avait enchaîné ses dernières semaines de cours, ses examens et le début de son boulot d'été sans prendre le temps de se poser, et il devait bien avouer qu'il avait besoin de souffler. Les cassettes de Gaara ne l'avaient pas toujours aidé ces derniers jours.
Pendant qu'il pédalait, il sentait un léger vent frais lui balayer le visage. Il se sentait bien. Malgré l'inquiétude que les cassettes lui provoquaient, Naruto était content que Gaara ait parlé de ce pique-nique, car c'était un bon souvenir pour lui. Et cela lui faisait plaisir d'entendre que c'en était un pour Gaara aussi, d'une certaine façon. Il avait réussi à lui apporter un peu d'espoir et de bonne humeur et à le sortir de la grotte solitaire où il avait préféré s'enfermer, et il s'en sentait fier. Gaara était resté très méfiant pendant encore un certain temps, mais Naruto avait bien senti que ce pique-nique avait commencé à le détendre un peu. De plus, c'était à partir de ce moment-là que lui et Gaara avaient commencé à se voir plus régulièrement.
Il n'engageait jamais la conversation, mais il répondait quand on lui posait une question, même si c'était juste un hochement de tête ou pour dire qu'il n'avait pas envie d'y répondre. Et surtout, même s'il faisait semblant de n'en avoir rien à faire, il écoutait tout. Naruto le savait, parce qu'il arrivait à Gaara de ressortir des détails que personne d'autre n'avait relevés. Il se souvenait de beaucoup de choses. La preuve en était d'ailleurs avec ces cassettes !
Il continua à se balader dans le calme du parc pendant encore une petite demi-heure, puis il descendit de son vélo. Il se sentait prêt à passer à la suite.
