Salut salut ! Bienvenue à vous dans le chapitre de la semaine ! Merci de votre fidélité, et bienvenue aux personnes qui découvriraient ma fic ! x)

Attention : Mention de suicide dans ce chapitre. C'est très bref et ça tient en genre une phrase, mais comme c'est un sujet sensible, je préfère prévenir. On n'est jamais trop prudent ! Ce ne sera pas la dernière fois qu'un sujet sensible sera abordé dans cette histoire (d'où le rating T), mais je vous préviendrai en début de chapitre quand ça arrivera.


Cassette 2, Face B

« Je t'ai dit plus tôt que je n'avais jamais vraiment compris pourquoi j'avais été rejeté. Ce n'est pas tout à fait vrai. J'ai réfléchi à la question et j'ai émis mes hypothèses. »

C'était ainsi que commençait la face B de la deuxième cassette. Naruto était toujours dans le parc, en train de marcher, la main sur le guidon de son vélo.

« C'est assez bateau, au final… J'étais un enfant renfermé, timide, je n'osais pas aller vers les autres… Une proie facile, en somme. C'est d'une banalité… »

Malheureusement, Naruto savait que les gens n'avaient pas besoin de prétexte pour pourrir la vie des autres.

« La vraie question maintenant, c'est plutôt de savoir pourquoi j'étais comme ça. On va dire pour commencer que je n'ai pas vraiment vécu dans un environnement familial très chaleureux. Mon père a toujours été très distant avec moi. Et ça, c'était dans ses bons jours. Et avec ma mère, me demandes-tu ?

C'est simple. Ma mère est morte. »

Bam. Une phrase. Lapidaire, comme un coup de poing dans le ventre. Naruto se figea.

« Je sais, je le dis de façon très brutale. Mais je ne peux rien y changer, c'est un fait, c'est comme ça, ma mère est morte. En me donnant naissance. Je ne l'ai donc jamais connue… Elle ne peut donc pas me manquer. »

Il mentait. Sa voix s'était cassée, très légèrement, au milieu de sa dernière phrase. Il essayait probablement de se convaincre que c'était vrai, sans vraiment y croire.

Naruto, quant à lui, savait bien qu'une personne pouvait nous manquer d'une certaine manière, même sans qu'on l'ait connue.

Iruka lui avait très souvent parlé de sa mère, Kushina, qui était l'une de ses amis. Elle était tombée enceinte de Naruto très jeune, et le père s'était enfui dès qu'il avait appris la grossesse. La famille de Kushina ne l'avait pas du tout aidée, lui reprochant d'être tombée enceinte, aussi jeune et hors mariage. Ses parents avaient, dans le même temps, menacé de la renier et de lui couper les vivres si elle avortait. Fatiguée de cette famille qu'elle ne voulait plus considérer comme telle, tant elle ne supportait plus leur mentalité, elle avait complètement coupé les ponts avec eux et avait commencé à mener sa propre vie, avec l'aide de ses amis et d'associations venant en aide aux jeunes femmes dans des situations similaires.

Elle avait décidé de garder Naruto, car elle voulait pouvoir élever un enfant en lui donnant l'amour et les valeurs qu'elle estimait n'avoir jamais reçus. Elle l'avait aimé, son enfant… De tout son cœur. Mais un cancer l'avait emportée alors que Naruto avait un peu plus de deux ans. Son père ne l'ayant jamais reconnu, c'était Iruka que Kushina avait désigné comme parrain s'il lui arrivait quelque chose. Il avait donc recueilli Naruto et l'avait élevé comme son propre enfant, lui parlant souvent de sa mère, de son courage et de sa ténacité face à l'adversité. Il lui avait montré des photos d'elle et lui avait décrit sa joie de vivre et l'amour qu'elle avait porté à son fils, jusqu'aux derniers moments de sa vie.

Si Naruto n'avait jamais manifesté la moindre envie de rencontrer son géniteur, il regrettait de n'avoir jamais connu sa mère. Peut-être que Gaara ressentait quelque chose de similaire sans vouloir le reconnaître ? Il était en tout cas surpris et peiné d'apprendre qu'ils avaient ce point commun… Pourtant, il avait raconté à Gaara qu'il avait perdu sa mère. Il aurait pensé que cela aurait aidé Gaara à se confier sur sa propre situation.

Mais c'était visiblement trop douloureux pour lui d'en parler, même s'il ne l'admettait pas vraiment.

« Elle est morte en me mettant au monde, et ça, mon père ne me l'a jamais vraiment pardonné. »

Naruto lâcha un grand « Quoi ?! » au milieu du chemin. Quelques passants se retournèrent, mais il n'y prêta aucune attention. Il était complètement choqué par ce qu'il venait d'entendre. Comment le père de Gaara avait-il pu lui reprocher ça ? Ce n'était aucunement de sa faute !

« Après tout, on peut le comprendre. Sa femme adorée est morte en me donnant la vie, et je le lui rappelais tous les jours, juste en existant. »

Pour une fois, Naruto n'arriva pas à déterminer si Gaara était sarcastique ou pas… Est-ce qu'il avait fini par penser qu'il méritait le rejet de son père ?

« Il n'a jamais vraiment été tendre avec moi. On ne peut pas dire que j'ai reçu de sa part tout l'amour qu'on est en droit d'attendre d'un père. Je détaillerai tout ça plus tard, ce n'est pas l'objet de cette cassette. Et je préfère y aller petit à petit. Maintenant, je pense que tu commences à avoir quelques clés pour comprendre comment j'ai pu devenir ce que je suis devenu. »

Naruto reprit le contrôle de ses jambes et remonta sur son vélo.

« Ce manque d'affection ne m'a donc pas aidé à devenir quelqu'un de confiant et de sûr de lui. J'étais aussi d'un naturel timide, ce qui n'a rien amélioré dans mes relations aux autres. Je suis vite tombé dans un cercle vicieux. Temari et Kankuro ne pouvaient pas y faire grand-chose non plus. »

Sa grande sœur et son grand frère. Comment ça, ils ne pouvaient pas y faire grand-chose ?

Il y eut quelques secondes de silence, comme si Gaara s'était perdu quelques instants dans ses pensées, puis un soupir.

« Je voudrais développer plus, mais… Je te l'ai dit, ce n'est pas encore l'objet de cette cassette. Et puis… Je me rends compte que j'ai encore du mal. Je ne pensais pas que ce serait aussi difficile de parler de tout ça à voix haute. Je suis désolé, ça doit te paraître un peu fouillis. Ça l'est pour moi, en tout cas.

Je suis aussi désolé de te parler de choses aussi peu réjouissantes. Malheureusement, ça risque d'être souvent le cas lorsque je te parlerai de mon passé. Pardonne-moi. »

« T'as pas à t'excuser, » murmura Naruto.

« Tout ça pour dire… Tout ça pour dire que je n'ai jamais eu l'habitude d'avoir des relations amicales très solides. Si jamais j'arrivais à en construire malgré tout, je n'arrivais pas à les garder, comme je te l'ai déjà expliqué. C'est pourquoi je n'ai pas vraiment fait d'effort pour aller vers toi ou vers les autres après le pique-nique. J'étais content que ça se soit bien passé, mais je suis rapidement retombé dans mes anciens travers : l'élan d'optimisme était fini, et je me disais à nouveau que c'était trop beau pour être vrai et que ça ne pouvait pas durer. Chassez le naturel, il revient au galop, comme on dit. »

Naruto était presque rentré chez lui, à présent. Il décida de remettre son vélo au garage et de reprendre sa balade à pieds. Il n'avait pas envie de se poser tout de suite, et puis Gaara allait sûrement lui indiquer un nouveau lieu dans lequel se rendre. Au moins, il avait pris soin de prendre la carte avec lui, au cas où.

Il s'aventura dans des petites ruelles qu'il n'avait pas l'habitude d'emprunter. Mais au moins, elles étaient calmes. Il se surprit à imaginer que Gaara devait bien les aimer, lui qui évitait la foule le plus possible.

« Mais toi, tu n'as jamais eu l'intention d'en rester là. Tu m'appelais régulièrement pour me proposer des sorties. Parfois avec d'autres personnes, parfois juste toi et moi. Je refusais ces dernières autant que possible : ça m'angoissait beaucoup trop de me retrouver seul avec toi, ou avec qui que ce soit, d'ailleurs. Je ne savais pas quoi dire, j'avais du mal à entretenir la conversation. Je n'ai jamais été doué pour ça, ça me met mal à l'aise, et par conséquent, je me retire dans ma bulle, et je participe encore moins à la conversation. Ça fait partie des raisons pour lesquelles les gens ne s'intéressent pas à moi ; quel intérêt de parler à quelqu'un qui ne répond pas ou presque ? Du coup, j'acceptais les sorties à plus de deux, mais je trouvais des excuses pour les sorties juste avec toi. Sauf qu'un jour, tu as été plus malin : tu m'as invité au café, en me disant qu'il y aurait Chouji et Shikamaru, et lorsque je suis arrivé, tu t'es excusé en me disant que finalement, ils n'avaient pas pu venir.

Je me suis longtemps demandé si tu avais vraiment cru que j'avais avalé ce mensonge. »

« Oui, bon, hein… » Maugréa Naruto.

Il nota tout de même que Gaara n'avait jamais relevé. Il avait dû se dire que Naruto se serait vexé. Ce qui serait probablement arrivé.

« J'ai tout de suite compris que tu avais réussi à m'attirer dans un piège dont je ne pouvais pas m'échapper sans devenir désagréable. Je t'ai quand même dit que ça ne me plaisait pas vraiment, parce que je n'étais pas à l'aise dans ce type de situation, que je préférais qu'on soit au moins trois pour qu'il y ait au moins quelqu'un d'autre pour combler mes silences… Si tu avais utilisé ce stratagème pour me faire venir, c'est que tu avais bien compris que j'évitais volontairement les sorties juste en 'tête-à-tête' avec quelqu'un, alors autant jouer franc jeu tout de suite. Tu m'as dit que tu comprenais, que ça ne te dérangeait pas, et tu m'as laissé le choix de rentrer chez moi ou de rester quand même.

'Vraiment ? Tu n'insistes pas pour que je reste en faisant une moue suppliante ?' T'ai-je demandé d'un ton dubitatif.

'C'est ce que je fais d'habitude, mais d'une, je ne vais pas non plus insister trente ans si tu n'as vraiment pas envie de rester, et de deux, j'ai bien compris que ça ne marchait pas avec toi. Alors j'ai décidé d'utiliser la psychologie inversée !' M'as-tu fièrement répondu. »

Il avait arrêté la technique ultime de la moue suppliante avec Gaara le jour où ce dernier lui avait lancé un regard si noir que Naruto comprit que l'expression « tuer du regard » avait été inventée pour lui.

« 'Et qu'est-ce qui te fait croire que ça va marcher ?'

'Bah t'es encore là, non ?' As-tu dit avec un sourire jusqu'aux oreilles. »

Il avait bien fait de changer d'approche. Il savait que Gaara ne s'attendrait pas à ça, et il était particulièrement fier d'avoir réussi à le déstabiliser de la sorte.

« Passablement agacé par cette arrogance, je ne pouvais néanmoins pas nier que tu avais raison. J'étais encore là. J'ai considéré l'éventualité de partir juste pour te contredire, mais encore une fois, je n'ai pas réussi. Il faisait froid, on était en plein mois de décembre, mais j'étais enfermé dans mon appartement depuis plusieurs jours à réviser presque non stop, et je n'avais pas envie d'y retourner. En plus, j'aimais bien ce café. Alors je t'ai suivi à l'intérieur. C'est le numéro 4 sur la carte, je pense que tu as bien compris le principe, à présent. »

Naruto jeta un œil sur la carte. Il n'y avait pas le nom du café, mais il voyait duquel il s'agissait. L'établissement était un petit peu plus chic que la moyenne, mais la qualité était au rendez-vous. De plus, l'endroit était rarement bondé, ce qui expliquait sûrement pourquoi Gaara l'aimait bien.

Cela faisait un moment que Naruto n'y avait pas été. Il regarda l'heure sur son téléphone : dix-huit heures passées. Bon, ce n'était pas tout à fait le meilleur moment pour y aller, mais il s'y rendit tout de même. Il pouvait bien se prendre un verre, il irait au bar à ramen après. Le café était dans une rue passante en plein centre-ville, et il le retrouva rapidement. En entrant, il se rendit au bar et commanda un jus de fruits, puis il s'assit à une table dans un coin. En observant autour de lui, il vit une table un peu plus loin, et se demanda si ce n'était pas celle à laquelle Gaara et lui s'étaient installés lors de la discussion qu'il allait entendre, mais il n'était pas sûr. Il était presque persuadé que Gaara s'en souvenait, c'était bien son genre de se souvenir de ce type de détails.

« Nous avons papoté de tout et de rien. Enfin, c'est surtout toi qui as papoté. Puis tu as abordé le sujet pour lequel tu m'avais probablement fait venir en premier lieu. Je savais que c'était quelque chose que je risquais de vouloir refuser, sinon tu n'aurais pas préféré que nous ne soyons que tous les deux. Je t'ai écouté, en me mettant sur mes gardes.

'Je sais que tu n'aimes pas trop te retrouver en soirée avec beaucoup de monde, mais j'organise une fête pour la soirée du Nouvel An, et on en profitera pour fêter Noël,' m'as-tu annoncé.

'Je ne viendrai pas,' ai-je répondu de but en blanc. »

Il n'avait même pas réfléchi. A la seconde où Naruto avait dit « Noël, » Gaara avait refusé. Il avait utilisé son ton qui disait que la discussion n'était même pas envisageable, Naruto l'avait bien entendu. C'était le ton qui disait, « n'insiste pas, ma décision est prise, et elle est irrévocable. »

Evidemment, Naruto n'avait pas voulu s'avouer vaincu sans avoir essayé au moins une fois de s'expliquer entièrement.

« 'J'ai même pas eu le temps de t'inviter !'

Tu avais prononcé le mot 'Noël', et cela avait suffi.

Comme je te l'ai dit, les relations avec ma famille étaient tendues. Avec mon frère et ma sœur, c'est cordial, mais pas avec mon père. Ma mère avait également un frère jumeau, qui venait nous voir régulièrement, mais il s'est suicidé quand j'étais enfant. Il a été retrouvé pendu dans sa chambre. J'ai… Appris quelques années plus tard qu'il souffrait de dépression depuis longtemps et qu'il n'avait pas supporté la disparition de sa sœur, et ça l'avait détruit petit à petit. »

« Décidément… » Soupira Naruto en fermant les yeux. Lui qui pensait que sa situation familiale était compliquée…

Un serveur arriva à ce moment-là avec sa commande. Il le remercia et commença à siroter son jus de fruits d'un air absent, tout en continuant d'écouter Gaara.

« Autant te dire que les fêtes de famille n'étaient pas des plus réjouissantes. Et Noël était pire. A l'époque où mon oncle était vivant, c'était le seul à essayer d'apporter un peu de bonne humeur au repas. Il disait que c'était ce qu'aurait voulu ma mère. Après sa mort, mon père ne fêta plus du tout Noël. Enfin… Il donnait un petit cadeau à Temari et à Kankuro.

Mais jamais à moi. »

Naruto sentit la colère monter en lui. Il commençait à détester le père de Gaara. Comment avait-il pu blâmer son propre enfant pour quelque chose dont il n'était pas responsable ? Comme si Gaara avait pu volontairement provoquer la mort de sa mère… Cet homme était un imbécile, pas étonnant que Gaara n'en ait jamais parlé auparavant.

« J'ai su plus tard que mes parents avaient appris le jour de Noël que la grossesse de ma mère pour moi devenait dangereuse pour sa vie ; elle avait déjà eu quelques problèmes au début, et ça n'avait fait que s'aggraver. Elle est entrée à l'hôpital ce jour-là suite à une nouvelle complication, et elle n'en est jamais ressortie vivante.

Le jour de Noël, mon père me regardait donc avec bien plus de mépris que d'habitude – même si ça n'égalait pas les regards qu'il me lançait le jour de mon anniversaire. »

Ce qui expliquait aussi pourquoi Naruto n'avait découvert la date d'anniversaire de Gaara que très récemment.

« Je pense que tu comprends maintenant pourquoi je t'ai immédiatement répondu : 'Je n'aime pas Noël.' »

« Oui, je comprends mieux, » chuchota Naruto pour lui-même.

« Tu as eu l'air complètement choqué, comme à chaque fois que je disais quelque chose qui sortait du cadre de ta compréhension et de ta vision du monde. 'Comment tu peux ne pas aimer Noël ?!' T'es-tu exclamé. Plusieurs personnes se sont retournées vers nous. Je n'aimais pas la tournure que les choses étaient en train de prendre.

'C'est comme ça. J'y rattache de mauvais souvenirs, c'est tout. Je te demande de ne pas insister,' t'ai-je dit.

Autant parler à du vent. »

Naruto sourit. S'il avait bien compris qu'il lui serait potentiellement impossible de convaincre Gaara, il voulait tout de même creuser un peu. L'idée qu'un de ses amis puisse éventuellement se retrouver seul pour cette période de l'année lui était inconcevable, c'était censé être des moments de joie et de partage, pas de solitude.

« 'Et tu as prévu de faire quoi, pour les fêtes de fin d'année ? Tu rentres chez tes parents ?'

'… Non.'

Tes yeux se sont encore plus écarquillés, si tant est que c'était possible. 'Tu comptes rester tout seul dans ton appartement pendant la totalité des vacances ?'

'Oui. Ça me convient très bien. Laisse-moi tranquille avec ça, maintenant.' Je commençais à perdre patience.

Puis, sans transition, tu m'as demandé : 'Ecoute… Tu as appris à faire du vélo ?'

'… Pardon ?' J'étais partagé entre l'envie de te crier dessus et ma raison qui me disait d'attendre une explication de ta part. Je t'ai répondu que oui avec un air te signifiant que je ne voyais pas le rapport. »

Naruto étouffa un rire.

« 'Et ça t'est arrivé de tomber, non ? Mais c'est pas pour ça que t'es jamais remonté sur un vélo ! Là, c'est pareil. Tu rattaches Noël à des mauvais souvenirs ? Ok, je comprends parfaitement. Mais de la même façon que si tu tombes de vélo, ça ne veut pas dire que tu tomberas dès que tu essaieras d'en faire, ce n'est pas parce que certains de tes Noëls se sont mal passés que TOUS tes Noëls doivent mal se passer. Il te suffit peut-être juste de les passer avec des personnes différentes.' »

Cette comparaison un peu saugrenue lui était venue naturellement. Il avait repensé à l'époque où il avait appris à faire du vélo avec Iruka. Un jour, il avait fait une grosse chute et s'était fait mal ; il avait alors décrété qu'il ne remonterait plus jamais sur un vélo, parce qu'il ne voulait pas retomber. Iruka l'avait convaincu de réessayer en lui disant que ce n'était pas parce qu'il était tombé ce jour-là qu'il retomberait les autres jours.

« 'TOUS mes Noëls se sont mal passés,' t'ai-je répondu. 'Je crois que tu ne comprends pas bien la situation. Je ne veux pas fêter Noël, un point c'est tout.'

'C'est parce que tu ne l'as jamais fêté avec moi ! Je refuse de savoir que tu seras tout seul chez toi pendant que nous, on fera la fête et qu'on s'échangera des cadeaux !'

J'étais sur le point d'exploser.

'En plus, ce ne sera pas pile le soir de Noël, mais le soir du Nouvel An. Avec de nouvelles personnes. Dont moi ! Tu me fais confiance ?'

Je me suis figé. Est-ce que je te faisais confiance ? Je commençais. A mon échelle, en tout cas. Je te faisais assez confiance pour savoir que tu n'avais pas de mauvaises intentions, au contraire. Je te faisais assez confiance pour savoir que tu allais faire tout ton possible pour que je sois à l'aise, parce que tu avais compris que je n'aimais pas être entouré par trop de personnes à la fois. Pour te dire, je faisais même assez confiance à ton groupe d'amis pour savoir que je n'avais pas vraiment de quoi m'inquiéter. Je sais que certains commençaient à me trouver bizarre et évitaient un peu de me parler parce que de toute façon je répondais rarement, mais d'autres savaient juste quoi dire pour que je réagisse. »

Naruto était un peu triste de voir que Gaara était déjà aussi lucide sur ce sujet à l'époque. En effet, certains de ses amis lui avaient déjà fait part de leurs impressions un peu négatives : « il ne parle pas, il est super renfermé, il ne sourit jamais… » Heureusement, d'autres comprenaient qu'il fallait un peu de temps avant de passer la carapace, et surtout que forcer ouvertement Gaara à parler n'allait rien faire d'autre que le braquer encore plus.

« Je savais que, dans l'absolu, j'avais de bonnes chances de passer une bonne soirée. Ou en tout cas, il n'y avait pas de grands risques que je passe une mauvaise soirée.

C'était en moi que je n'avais pas confiance. Je ne voulais vraiment pas fêter Noël de quelque façon que ce soit. Avec toi ou avec quiconque. Cette fête me rend beaucoup trop nerveux, je ne voulais pas en entendre parler. Je savais que ça allait tout me gâcher et que, par conséquent, j'allais forcément tout gâcher. »

Naruto était peiné de l'entendre dire qu'il était persuadé qu'il allait forcément gâcher la soirée. Parfois, il avait juste envie de faire un câlin à cette petite bestiole ronchon qui lui servait d'ami, mais Gaara lui aurait probablement arraché les bras.

« C'est pourquoi je t'ai juste répondu : 'Je serais peut-être venu si ça avait été une soirée lambda, mais je n'ai vraiment, vraiment pas envie de fêter Noël, de près ou de loin.' Je t'ai regardé droit dans les yeux en te disant ça, pour que tu comprennes bien que ma décision était prise et que je n'allais pas changer d'avis. »

Naruto ne l'avait jamais vu aussi déterminé. Il aurait pu dire n'importe quoi à ce moment-là, Gaara l'aurait envoyé paître, il le savait.

« A mon plus grand soulagement, tu as arrêté d'insister… Je dis 'à mon grand soulagement,' mais étrangement, une partie de moi était presque déçue. Je sais que c'est complètement paradoxal, car à ce moment-là, j'aurais fait n'importe quoi pour ne pas aller à ta fête, aussi j'ai préféré complètement ignorer cette déception qui me semblait sortir de nulle part. Avec le recul, je pense que j'étais rassuré par le fait que tu tenais autant à ce que je vienne, j'avais l'impression de compter un peu pour quelqu'un… »

Il y eut un nouveau silence qui dura quelques secondes.

« Tu as donc accepté mon refus à contrecœur, et nous avons continué à parler un peu. Je crois que c'était la première fois que je te voyais aussi déçu. »

Naruto n'avait pas l'habitude qu'on refuse ses invitations de façon aussi véhémente, c'était vrai. Mais effectivement, ça n'aurait servi à rien d'insister encore plus, Gaara s'était déjà refermé comme une huître. De plus, Naruto commençait à peine à lui tirer plus de quelques phrases dans une conversation, il n'avait pas envie de retourner en arrière.

« On sait tous les deux que j'ai fini par venir, mais ça, ce sera pour la prochaine cassette. »

Cette dernière phrase arracha un nouveau sourire à Naruto. Il avait décidé de laisser passer un peu de temps, puis de revenir à la charge avec un nouveau plan d'attaque. Il s'était dit qu'après tout, Gaara était déjà revenu sur sa décision de ne pas vouloir être ami avec lui, alors peut-être qu'il changerait également d'avis pour cette soirée ! Bien sûr, si ça n'avait pas marché, il l'aurait laissé tranquille.

Il termina son verre, puis paya son addition. Il était resté moins longtemps que ce qu'il pensait, aussi il n'était pas encore tout à fait l'heure de dîner. Il déambula un peu dans les rues de la ville, observant les passants qui profitaient de ce début de soirée d'été. Certains souriaient et discutaient joyeusement avec leurs proches, d'autres étaient sur leur téléphone. Etaient-ils eux aussi en train de parler à des amis, plus éloignés ?

Il se demanda ce que faisait Gaara en ce moment, à quoi il était en train de penser. Naruto savait juste qu'il avait trouvé un travail pour cet été, dans la ville où habitait sa sœur, et qu'il logeait chez elle. Il avait effectivement l'air de plutôt bien s'entendre avec elle. Naruto l'avait déjà vue à plusieurs occasions, dont la veille de cette fameuse soirée du Nouvel An ; elle rendait parfois visite à son frère. Kankuro aussi, mais moins souvent, il habitait plus loin. Gaara n'en avait pas dit beaucoup plus.

Est-ce qu'il avait choisi de s'éloigner pour pouvoir mettre son idée des cassettes en place et ne pas prendre le risque de croiser Naruto, ou bien avait-il profité de l'opportunité d'un job ailleurs pour le faire ? Avait-il déjà discuté avec Temari et Kankuro de ses relations avec leur père ? Et eux, qu'en pensaient-ils ? Que faisaient-ils pour leur petit frère ? Plus il avançait dans les cassettes, plus Naruto se posait de questions. Et il n'en avait écouté que deux sur sept… Et lui, qu'allait-il dire à Gaara quand il le reverrait ?

« Je réfléchis trop, » se dit-il. C'était encore trop tôt pour penser à ça. Mais tout de même… Il n'allait pas pouvoir faire comme s'il ne savait pas. Devait-il simplement lui dire qu'il était désolé pour lui ? Non, Gaara n'aimerait pas. Lui dire que s'il souhaitait en parler de vive voix avec lui, Naruto serait là pour l'écouter ? Oui, ça pourrait le faire, c'était un bon compromis entre être trop intrusif et ne rien faire.

Naruto lâcha un gros soupir de lassitude. C'était une situation assez inconfortable pour lui : d'habitude, lorsque quelque chose le tracassait ou qu'il voulait demander quelque chose à quelqu'un, il ne se posait pas de questions et contactait la personne concernée pour que tout soit réglé rapidement. Mais il ne pouvait pas faire ça avec Gaara. Déjà, il devait terminer les cassettes. Ensuite, il s'était promis de respecter la demande que Gaara lui avait faite : ne pas le contacter avant d'avoir tout fini. Mais de toute façon, même s'il l'avait pu, il ne se serait pas imaginé discuter de tout ça avec lui par téléphone… De plus, il y aurait eu de grandes chances pour que Gaara décide tout bonnement de ne pas décrocher. Et aller le voir n'aurait pas été possible, il ne savait pas où habitait Temari, et Gaara n'avait pas laissé d'adresse d'expéditeur sur le colis des cassettes. C'était probablement fait exprès. Il devait prendre son mal en patience pour l'instant, même si c'était frustrant.

Son ventre commença à gargouiller ; c'était le signe indiquant qu'il était temps d'arrêter de se torturer l'esprit ! Naruto se dirigea donc rapidement vers le bar à ramen. Se vider la tête en se remplissant le ventre, voilà qui était son remède favori.