Bonjour ! Alors... Euh... J'ai pris l'habitude de dire un petit mot à chaque début de chapitre, mais là je sais pas trop quoi dire XD Alors euh, bonne lecture, en espérant que vous aimerez !


Cassette 3, Face A

Naruto rentra tout sourire dans le bar à ramen et salua le gérant. « Bonsoir ! Comment ça va ?

- Naruto ! Ça faisait longtemps qu'on ne t'avait pas vu ici ! Tu nous as fait des infidélités ?

- Bien sûr que non ! Je ne pourrais jamais faire ça ! J'ai surtout été pris par mes exams de fin d'année. C'est l'université qu'il faut blâmer pour mon absence !

- Ah, il faut donc fêter ton retour et la fin de tes examens comme il se doit ! »

Le chef lui proposa la dernière recette en date, que Naruto accepta immédiatement de commander. Il était un habitué des lieux et connaissait presque chaque recette. Il avait aussi amené tous ses amis ici au moins une fois. Même Gaara, qui pourtant n'aimait pas trop ça.

Gaara… Il avait plus ou moins évité Naruto entre la fameuse sortie au café et la fête du Nouvel An. Il devait lui en vouloir d'avoir essayé de le faire venir à cette fête. A juste titre, il fallait l'avouer. Bon, de toute façon, ils n'avaient pas eu beaucoup l'occasion de se croiser durant ce laps de temps, car les vacances de Noël étaient vite arrivées.

Mais Naruto n'avait pu s'empêcher d'imaginer Gaara seul dans son appartement pendant qu'il serait dans le sien à s'amuser avec ses amis. Il avait alors décidé de lui dire que son invitation tenait toujours s'il changeait d'avis. Il voulait qu'il le sache. Il se doutait que si Gaara rejetait autant Noël, c'était qu'il devait vraiment avoir eu de mauvaises expériences… A ce moment-là, Naruto pensait que c'était des réunions de famille qui se déroulaient mal et finissaient toujours en disputes, ou quelque chose dans ce goût-là. Il voulait que Gaara sache que cette année-là, il avait une option plus réjouissante s'il le souhaitait.

Le gérant du restaurant le tira de sa rêverie en lui apportant son plat. « Tu vas bien, fiston ? Tu m'as l'air bien ailleurs !

- Oh, euh, désolé ! Bafouilla Naruto. Quelques tracasseries personnelles.

- A propos d'une fille ? » Lui demanda le gérant avec un clin d'œil malicieux.

Naruto rougit. Il s'était déjà épanché sur ses déboires amoureux à l'homme en face de lui, alors il ne s'étonna pas de la question, mais cela le prenait quand même au dépourvu.

« Non, pas cette fois-ci, » répondit-il évasivement. Il avait failli répondre « ça concerne plutôt un garçon, » mais il s'était ravisé en réalisant que cela risquait d'être compris de travers. « Miam, ces ramen ont l'air délicieux !

- Haha, bien sûr que c'est délicieux ! Tu m'en diras des nouvelles ! » Rit le gérant en partant.

Naruto sourit en voyant combien il était facile de changer le cours de la conversation avec lui, pour peu qu'on complimente ses plats. Il sépara ses baguettes et mangea goulûment le contenu de son bol. On lui en proposa un deuxième, comme d'habitude, mais il refusa à contrecœur en disant qu'il avait promis à son père d'arrêter de dépenser autant d'argent dans les ramen…


Le lendemain, en rentrant chez lui après ses heures de travail, Naruto hésita à écouter la prochaine cassette. Il était éreinté et n'avait pas très envie de ressortir. Il aurait pu simplement décider de ne pas se rendre au lieu que Gaara allait indiquer, mais il avait pris goût au jeu et voulait s'y tenir. De plus, c'était vrai que les souvenirs lui semblaient plus vivaces ainsi. Peut-être était-ce mieux d'attendre un peu.

Mais il voyait la boîte à chaussures qui contenait les cassettes et qui le narguait depuis son bureau. Il commençait à se dire qu'il avançait lentement dans sa lecture, alors que les cassettes n'étaient pourtant vraiment pas longues. Cependant, l'écoute lui prenait du temps, car il se perdait régulièrement dans ses pensées et ses souvenirs, ce qui l'obligeait à revenir régulièrement en arrière. Et puis il devait aussi compter le temps d'aller aux différents lieux. Il faisait en sorte d'avoir toujours au moins une heure devant lui pour être large, mais les enregistrements en eux-mêmes n'atteignaient pas vingt minutes.

Une fois de plus, la curiosité l'emporta sur la raison. Il mangea rapidement un morceau et introduisit la troisième cassette dans son lecteur. Passées les quelques secondes de grésillement qui lui étaient devenues familières, la voix de Gaara se fit entendre.

« Pour cette histoire, je vais d'abord te parler un peu de mes relations avec Temari et Kankuro. C'est cordial, comme je te l'ai dit sur la cassette précédente. Je dirais même que ça s'améliore depuis que j'ai quitté le domicile… Familial. »

Ce domicile n'avait visiblement rien de familial. Naruto pouvait presque imaginer Gaara faire des guillemets avec les doigts.

« Mais avant ça, c'était plus compliqué, comme tu peux l'imaginer. Mon père leur donnait bien plus d'attention qu'à moi, et au final, si mon oncle ne s'était pas autant occupé de moi durant son vivant, je ne sais même pas si mon père l'aurait fait. Sans doute le strict minimum. C'est ce qu'il a fait après la mort de son beau-frère. Temari et Kankuro jouaient un peu avec moi, mais dès que mon père arrivait, il trouvait une excuse pour les éloigner de moi. »

Naruto aurait voulu avoir le père de Gaara en face de lui pour pouvoir lui coller un pain…

« Et ils ont fini par s'éloigner réellement. Cela ne fait pas si longtemps qu'ils sont vraiment présents pour moi. Mais je ne leur en veux pas : la pression de notre père était trop forte, ils craignaient ses réactions, et il a fallu qu'eux-mêmes s'éloignent de la maison pour leurs études pour réussir à prendre de la distance avec lui et, paradoxalement, se rapprocher de moi. De plus, j'ai eu ma période où je ne leur adressais tout simplement plus la parole. »

C'était donc ça que Gaara avait voulu dire sur la précédente cassette, quand il disait que Temari et Kankuro ne pouvaient pas faire grand-chose pour l'aider face à leur père : ils avaient peur de lui. Cela ne disait rien qui vaille à Naruto. Il avait l'impression que plus il allait avancer dans les cassettes, plus Gaara allait lui donner de raisons de détester son géniteur.

« Aujourd'hui, ça reste encore un peu bizarre malgré tout. Comme des étrangers qui découvrent qu'ils sont de la même famille et apprennent à s'apprivoiser. Ma sœur est beaucoup moins mal à l'aise. Peut-être parce que c'est l'aînée. Mon frère a fini par trouver sa place, mais il est encore gêné, surtout lorsqu'on parle de notre enfance. Quant à moi, je n'arrive pas vraiment à aller vers eux. Je crois que je me sens encore de trop. L'enfant non désiré. L'enfant détesté. C'est en tout cas ce que j'étais pour mon père. Je ne sais même pas si un jour il m'a considéré comme son fils. Il avait deux enfants et le souvenir permanent de la mort de sa femme. »

C'en fut trop pour Naruto. Il décida de sortir ; il avait besoin de prendre l'air. Il mit la carte et le walkman dans la poche avant de son sweat et descendit quatre à quatre les marches de son immeuble.

En sortant, il huma l'air frais du début de soirée pour se calmer. Gaara parlait des ressentiments de son père envers lui de façon tellement détachée… Naruto ne comprenait pas. Est-ce que c'était pour Gaara une façon de se protéger ? Ou bien est-ce qu'il pensait qu'il ne pouvait rien y changer de toute façon ? Que c'était son lot et qu'il devait faire avec ?

Naruto se demanda s'il n'était pas en train de prendre cette histoire trop à cœur. Mais comment aurait-il pu faire autrement ? L'un de ses amis proches lui expliquait comme son père avait été cruel avec lui. Plus que les autres, c'était lui-même que Gaara avait probablement haï pendant autant de temps. Naruto aurait aimé qu'il soit là, pour pouvoir lui dire qu'il avait tort, et qu'il n'y avait rien de haïssable chez lui.

Il se calma en se rappelant que Gaara était aussi en train de parler de ses relations avec sa fratrie, qui allaient en s'améliorant. Même s'il avouait lui-même qu'il n'allait pas vraiment vers eux, il savait que son frère et sa sœur pouvaient être là pour lui. C'était au moins ça.

« Temari, Kankuro et moi avons vraiment commencé à nous rapprocher après certains événements du lycée que je te raconterai plus tard. Ils étaient alors les seules personnes à qui je parlais vraiment. Et encore, pas très souvent. Mais je pense que… »

Il y eut un silence court, mais pesant.

« Je suis content qu'ils aient été là. Même si j'ai mis du temps à leur parler.

Et alors que nous étions partis chacun dans des villes différentes pour nos études, c'est là que nous avons commencé à nous voir, juste tous les trois. Ce sont eux qui viennent chez moi, c'est rare que je me déplace, je n'ai pas toujours le budget.

Temari est venue me voir la veille de la Saint Sylvestre. Kankuro devait initialement venir aussi, mais il a eu un changement de programme. Ma sœur voulait savoir comment j'allais, c'était seulement la deuxième ou troisième fois que je la voyais depuis mon arrivée ici. Elle devait rentrer dans notre ville natale pour fêter le Nouvel An avec ses amis de là-bas, mais elle ne voulait pas y retourner sans faire un détour chez moi d'abord. Mon immeuble est le point de rendez-vous numéro 5. »

Naruto ne se souvenait plus vraiment comment y aller – Gaara n'invitait personne chez lui, ou presque. Au moins, la carte avait une utilité nouvelle, cette fois-ci. Il se perdit un peu en chemin et il dut demander de l'aide à une passante, mais il finit par arriver à destination. Le soleil était en train de se coucher. Plusieurs personnes étaient déjà assises au pied de l'immeuble, aussi décida-t-il de s'installer sur le trottoir d'en face.

« Elle est arrivée vers midi et nous avons mangé ensemble. L'ambiance était un peu lourde, mais elle faisait tout ce qu'elle pouvait pour la détendre. Je crois que, de nous trois, c'est elle qui regrette le plus que notre famille soit aussi éclatée. Elle essaie de nous réparer, au moins elle, Kankuro et moi, mais ça ne peut pas se faire en un clin d'œil.

Elle m'a demandé comment j'allais, si mes études me plaisaient, si je n'avais pas de souci d'argent… Et si j'avais fait des rencontres. Elle a eu du mal à contenir sa joie quand je lui ai dit que je m'étais fait des amis. Je lui ai dit, à moitié en plaisantant, que je ne l'avais pas fait exprès et que je n'avais pas eu le choix. »

Naruto rit. C'était une jolie façon de dire les choses. Et c'était plutôt vrai.

« Lorsque je lui ai parlé de toi, de la façon dont on s'était rencontrés, de comment tu es, elle a juste dit : 'Il a l'air un peu chiant.' J'ai acquiescé, et nous avons ri tous les deux. J'avais l'impression que ce n'était pas arrivé depuis longtemps. »

Naruto ne se vexa pas, car il savait que c'était de la taquinerie et que Gaara ne le pensait pas vraiment.

Enfin, pas tout le temps !

« Puis elle m'a demandé pourquoi j'étais ami avec toi, car nous sommes complètement différents.

Je n'ai pas su quoi répondre tout de suite, car moi-même, je ne le savais pas. Nous étions, effectivement, de parfaits opposés : tu es bavard, je suis taciturne. Tu aimes voir du monde, je suis un solitaire. Tu es rayonnant de joie, j'ai toujours l'air prêt à vouloir mordre quelqu'un.

Et pourtant, tu as réussi à me faire sortir de mon isolement, oser aller vers les gens, ou en tout cas accepter qu'ils viennent vers moi. C'était loin d'être parfait, très loin, même, mais j'avais enfin l'impression de mener une vie normale. Tu m'avais fait rencontrer du monde, et même des gens dans ma propre promo avec qui je parle de temps en temps. »

Il devait faire référence à Hinata. Avant le pique-nique où ils s'étaient rencontrés, il ne savait même pas qu'elle était dans la même promo que lui. Elle faisait partie des amis de Naruto avec qui Gaara s'entendait le mieux. Sûrement parce qu'elle était la plus discrète. Naruto les entendait parfois parler de leurs cours et des professeurs. Même si Hinata ne répondait pas aux sarcasmes de Gaara sur tel ou tel prof qui ne savait pas de quoi il parlait, elle n'en pensait visiblement pas moins. Naruto était content, car Hinata aussi avait du mal à se faire des amis. Une pierre, deux coups !

« Je déjeunais souvent seul parce que ça me convient, mais je me retrouvais parfois avec toi et d'autres, et je commençais à m'y faire, voire même à y prendre plaisir.

Temari m'a regardé, toujours dans l'attente d'une réponse. Je lui ai juste dit : 'Il m'oblige à avancer.'

Elle a souri. Un sourire un peu peiné, car elle savait ce qui se cachait derrière ma réponse. »

Naruto souriait lui aussi. Ça lui faisait plaisir d'entendre une telle chose. Même si, comme Temari, il y trouvait un goût amer. Mais au moins, il l'avait aidé. C'était le plus important.

« Elle m'a demandé si j'avais prévu quelque chose pour la fin d'année. Je lui ai parlé de ta fête, et je lui ai dit pourquoi j'avais refusé d'y aller.

'Je comprends,' a-t-elle répondu. 'Mais il a raison sur un point : peut-être que dans ce nouveau contexte, avec de nouvelles personnes, tu peux te forger de nouveaux souvenirs, des meilleurs.'

'Tu ne vas pas t'y mettre aussi ?' Me suis-je exclamé.

'Qu'est-ce qui te rebute autant ?'

'Je déteste cette fête. Je vais être désagréable toute la soirée et je vais gâcher l'ambiance, et ça va m'énerver encore plus. Et puis certains des amis de Naruto ne m'aiment pas.' »

Aïe, ça piquait. Mais c'était vrai… Enfin bon, même si le rêve de Naruto était que tous ses amis s'entendent comme larrons en foire, il était conscient que ce n'était pas possible. Certains caractères ne sont tout simplement pas compatibles.

« 'Et alors ? Les autres t'aiment bien, non ? Et puis c'est sa fête, il invite qui il veut. Personnellement, si je fais une soirée et que Bidule me reproche d'avoir invité Machin parce qu'il ne l'aime pas et en fait un scandale, Bidule prend la porte.' »

Au fond de lui, Naruto avait toujours su que Temari était quelqu'un de bien.

« 'Je ne veux pas y aller, c'est tout,' ai-je rétorqué.

'Tu veux que je te dise ? Ce n'est pas que tu ne veuilles pas y aller. C'est que tu as peur d'y aller.'

C'est là que j'ai compris que ma sœur me connaissait plus que ce que je pensais. »

Ouaip, définitivement quelqu'un de bien.

« Avant que j'aie pu répondre quoi que ce soit, la sonnerie de l'interphone a retenti. Surpris, car je n'attendais personne ce jour-là à part Temari, j'ai décroché et entendu la voix de Shikamaru qui voulait me voir, ce qui m'a encore plus interloqué.

Je l'ai fait monter, et quand je me suis approché de la porte de l'appartement pour lui ouvrir, j'ai tout de suite su que je m'étais encore fait avoir, car j'ai entendu les bruits de pas de non pas une, mais deux personnes. Lorsque j'ai ouvert la porte, je vous ai accueillis avec mon regard noir que tu devais déjà commencer à bien connaître.

'Salut !' M'as-tu dit, ignorant complètement la furie dans mes yeux, alors que Shikamaru nous observait de son air blasé. 'Je savais que tu n'ouvrirais pas si c'était moi qui parlais à l'interphone, et en plus il y a que Shika qui sait où tu habites !' M'as-tu expliqué, comme pour te justifier. »

Shikamaru connaissait quelqu'un dans cette résidence, et un jour, il avait croisé Gaara qui en sortait alors que lui-même arrivait.

« 'Maintenant je me souviens pourquoi je ne t'ai jamais donné mon adresse,' ai-je répliqué.

'Il a refusé de me laisser tranquille tant que je l'aiderais pas, désolé,' a ajouté Shika, qui n'avait l'air qu'à moitié désolé. »

Il avait dit ça uniquement pour le côté théâtral, car il n'avait pas été très difficile à convaincre. Naruto l'avait choisi pour aller avec lui chez Gaara, car il savait que le rouquin l'aimait bien. La pilule passerait sans doute mieux. En plus, il connaissait son adresse, c'était parfait.

« Ma sœur a ricané, et c'est là que vous avez remarqué sa présence. Ce qui t'a donné une excuse toute trouvée pour rentrer dans mon appartement et te présenter à elle. Je n'ai pas eu d'autre choix que de refermer la porte derrière Shika.

'Bon,' as-tu commencé. 'Je sais que ce que je vais te proposer ne va pas te plaire, mais…'

'Je n'irai pas,' t'ai-je coupé.

'Tu ne sais même pas ce que je voulais dire !'

'Oh, tu ne venais donc pas me reparler de ta soirée ?' Je ne t'ai même pas laissé le temps de continuer, ton visage me disait que c'était bien la raison de ta venue. 'Je t'ai dit non, Naruto. C'est du harcèlement, là.' J'étais à deux doigts de hurler.

Tu as eu l'air honteux. De ton comportement, du fait que ça se passait devant Temari et Shikamaru, les deux, je ne sais pas. »

Un peu des deux. Naruto n'avait pas pensé que Gaara aurait pu le prendre aussi mal. Il aurait pourtant dû s'y attendre au moins un peu… Il ne savait pas que c'était un sujet aussi sensible pour lui, et il n'avait pas eu l'intention de le blesser. Mais ça ne changeait rien au fait qu'il l'avait effectivement blessé, que ses intentions aient été bonnes ou non.

« Mais tu as fini par me regarder droit dans les yeux pour me dire que tu n'étais pas là pour essayer de me convaincre.

'Je te le jure sur tout ce que tu veux,' m'as-tu assuré. 'Je suis juste venu te proposer un compromis. La soirée commence à 19h, à cette adresse.' Tu m'as tendu un bout de papier avec ton adresse dessus.

'Je pourrais me servir de cette information pour m'introduire chez toi et t'étrangler dans ton sommeil,' ai-je dit en prenant le papier. J'ai entendu Temari soupirer, et j'ai vu Shikamaru se retenir de rire. »

La scène avait en effet quelque chose de comique malgré tout. Naruto pouffa en repensant au visage cent pour cent sérieux de Gaara alors qu'il proférait cette menace. Tout le monde savait que, là encore, c'était pour le côté théâtral, que même s'il était en colère, il ne l'aurait certainement pas fait.

Enfin… Du moins, Naruto l'espérait !

A bien y réfléchir, peut-être que c'était un test plus ou moins conscient. Peut-être qu'il se demandait si Naruto allait prendre peur et revenir sur sa décision de lui donner son adresse. Alors qu'il réfléchissait à la question, il remarqua que les personnes qui étaient sur les marches de l'immeuble étaient parties. Naruto se leva et alla s'y asseoir pour le reste de la cassette.

« Sans te laisser démonter, tu as continué. 'Tu n'es pas obligé de venir, et si tu viens, tu peux juste passer dire bonjour, je ne t'obligerai pas à rester.' Tu m'as expliqué que tu avais organisé un 'secret santa', où chacun tire le nom d'un invité et doit lui trouver un petit cadeau. 'J'avais mis ton nom dans la liste au cas où, et c'est moi qui l'ai tiré, du coup je t'ai pris quelque chose, je te le donnerai à la soirée si tu viens, mais sinon, j'attendrai la rentrée.' Si tu avais vraiment mis mon nom dans ta liste, je sais que ce n'était pas le fruit du hasard que tu sois tombé dessus. Shikamaru a levé les yeux au ciel, me confirmant ce que je pensais.

'Et du coup', as-tu repris, 'il ne restait que le nom de Shika à la fin ; tu peux lui trouver un cadeau si tu veux, mais si tu viens pas, je lui en ai trouvé un, j'ai tout prévu ! Désolé, Shika, je n'étais pas censé le dire…' »

Naruto leva lui aussi les yeux au ciel en soupirant. Même lui pouvait déceler son propre mensonge en entendant Gaara répéter ses dires.

« Tu ne sais pas mentir. Je suis sûr que tu as choisi Shikamaru comme bouc émissaire car nous savions tous les trois qu'il n'en aurait rien à faire si je ne lui offrais rien alors que j'avais été désigné pour le faire. »

Mais encore une fois, Gaara n'avait pas relevé sur le coup.

« Avant de partir, tu m'as simplement dit d'un ton sérieux : 'Je te le répète, je ne suis pas venu pour te convaincre. Je suis venu pour être sûr que tu saches que ma porte t'était ouverte et que tu es le bienvenu.'

Après avoir refermé derrière vous, je suis resté quelques minutes dans le silence, la main sur la poignée de la porte. Temari m'a rejoint. Je n'ai rien pu dire à part, 'Je me sens perdu.'

'Je pense que tu devrais essayer d'y aller,' m'a-t-elle dit. 'Ce gars a l'air d'être plein de bonnes intentions. Et tu as bien le droit de passer de bonnes fêtes de fin d'année, pour une fois…' Elle se sentait coupable. 'Et puis, tu l'as dit toi-même : il t'oblige à avancer. Peut-être que c'est un pas de plus à faire.'

Elle avait raison. Je suis passé à la soirée le lendemain. J'ai été bien accueilli, même par certains de tes amis qui m'évitaient. »

Il pensait probablement à Kiba et Ino. C'étaient eux deux qui manifestaient le plus d'animosité à son égard. Au moins, ils se contentaient de ne pas lui parler. Ils avaient cependant été surpris de voir Gaara passer à la soirée. Ils lui avaient dit bonjour et avaient même essayé de parler avec lui. Bon, ça n'avait pas été très fructueux, Gaara sentant bien que c'était à moitié forcé.

« Je ne suis resté que trois ou quatre heures. Je suis parti avant la distribution des cadeaux, j'ai laissé ma babiole pour Shikamaru près de ton petit sapin en plastique, et en me raccompagnant à la porte, tu m'as donné mon cadeau en me souhaitant une bonne soirée et en me remerciant d'être venu. »

Il avait offert à Shikamaru un paquet de coton avec du fil et de la colle, et avait laissé un petit mot disant : « Maintenant, tu peux fabriquer tes propres nuages à accrocher au plafond de ta chambre. » Shikamaru avait adoré le principe, mais il n'avait jamais pris le temps de faire ses nuages. « La flemme, » avait-il commenté.

« Sur le chemin du retour, j'ai fait le bilan : je suis resté assez tendu, mais j'avais finalement passé un bon moment. C'était, au final, une soirée comme les autres.

Merci encore. »

C'était un an et demi plus tôt, cependant Naruto se sentit soulagé d'entendre que Gaara avait passé un bon moment.

« Mais le plus beau resta ton cadeau.

Lorsque je suis rentré chez moi, j'ai hésité à attendre le lendemain pour l'ouvrir, mais j'étais trop curieux. Quand je l'ai déballé et que j'ai vu que tu m'avais offert une magnifique édition en couverture rigide de Frankenstein, qui est un de mes romans préférés, avec un petit mot dedans – que j'ai encore, et qui disait, 'Il y en a encore plein là d'où ça vient,' avec un smiley suivi de l'adresse de la bouquinerie où tu avais acheté le livre… Je crois bien que les larmes me sont montées aux yeux. »

Naruto écarquilla les yeux. C'était une scène qu'il avait du mal à imaginer. D'une part, parce que son cadeau n'avait pas été spécialement élaboré, et d'autre part, parce qu'il était tellement habitué à voir Gaara contenir ses émotions le plus possible qu'il n'aurait pas pensé que ce geste ait pu le toucher autant. Mais à présent, il comprenait que Gaara avait souvent un tourbillon d'émotions qui dansaient dans sa tête, et qu'il était juste doué pour le dissimuler.

« J'ai déjà reçu des cadeaux de Noël, évidemment. De la part de mon oncle, de la part de Temari et Kankuro… De la part de gens qui me connaissaient depuis un certain temps. Mais là, recevoir de la part de quelqu'un que je ne connaissais pas depuis longtemps un cadeau qui tapait aussi juste… Je me souvenais avoir parlé de ma passion pour ce type de livres, et avoir dit que j'adorais ce roman, mais c'était si rapide et tellement noyé dans d'autres conversations que je n'aurais jamais cru que tu l'aurais entendu, et encore moins que tu t'en serais souvenu… »

« Il n'y a pas que toi qui as les oreilles qui traînent ! » Plaisanta Naruto. Gaara l'avait remercié rapidement pour le cadeau lorsqu'ils s'étaient revus, mais n'avait pas développé. Naruto avait tout de même détecté une certaine gêne, comme s'il n'avait pas voulu tout dire, mais Gaara s'était enfui avant que Naruto puisse lui poser la moindre question.

« C'est là que j'ai vraiment su que tu étais sincère avec moi. Que tu me considérais véritablement comme un ami. Que tu m'écoutais. Que quelqu'un m'écoutait.

Merci. C'était le plus beau Noël que j'ai eu. »

Cette fois-ci, ce fut au tour de Naruto de sentir les larmes lui monter aux yeux. Il avait seulement voulu faire plaisir à Gaara en lui offrant quelque chose qu'il aimait bien, il n'aurait pas pensé que ce simple geste aurait autant chamboulé son ami. Il avait vraiment dû être malheureux par le passé. Entendre qu'il avait réussi à lui offrir bien plus qu'un livre, qu'il lui avait offert un beau Noël, un peu de bonheur, cela emplissait son cœur de joie. Il sourit.

Il remarqua cependant qu'il n'avait pas encore entendu le bouton stop être enclenché, alors que l'enregistrement semblait fini. Il attendit un peu, et Gaara reprit la parole, d'un ton qui paraissait presque malicieux.

« Tant que j'y pense, toi qui aimes les potins… Après votre passage, Temari m'a demandé le nom de Shikamaru. Je crois qu'il lui a tapé dans l'œil, je ne saurais pas dire pourquoi, ce n'est pourtant pas son type. Elle l'a néanmoins cherché sur les réseaux sociaux et l'a demandé en ami en faisant semblant d'être tombée sur lui par hasard. C'est l'excuse qu'elle m'a sortie aussi, mais Shikamaru m'a montré la conversation, et je la connais assez pour savoir que ce n'était pas du hasard. Je ne sais pas si lui l'a crue, mais ils ont commencé à se parler, et ils sortent ensemble depuis quelques temps maintenant. Je me permets de te le raconter parce que je sais qu'ils n'en auront pas grand-chose à faire que tu le saches. »

Cette fois, c'était bien la fin.

« … Hein ? » Fut tout ce que Naruto parvint à dire. Il venait de vivre l'ascenseur émotionnel le plus bizarre de sa vie. D'abord, Gaara le faisait presque pleurer à lui avouer comme ce Noël avait été important pour lui, puis il annonçait… Que sa sœur sortait avec Shikamaru ? Que Shikamaru sortait avec sa sœur ? Que sa sœur et Shikamaru sortaient ensemble ? Ses pensées étaient répétitives, mais il n'arrivait pas à décider quelle formulation le choquait le plus. Il en venait même à se demander si ça ne l'étonnait pas plus que les sentiments de Gaara pour lui.

Bien évidemment, il allait devoir tanner Shikamaru avec ça dès qu'il le reverrait.

Bon. En tout cas, Naruto était plutôt satisfait de cette écoute. Elle n'avait pas très bien commencé, mais elle s'était bien finie. Et en prime, Gaara avait lâché une info croustillante ! Lui qui était plutôt du genre à éviter les potins… Il aurait sûrement l'occasion d'en parler avec Shikamaru à la soirée de Kiba le lendemain. Pourquoi donc avait-il décidé de garder sa relation secrète ? Sans doute parce qu'il estimait que les autres n'avaient pas besoin de savoir, et que tant qu'on ne lui posait pas de question, il ne voyait pas l'intérêt d'en parler, tout simplement. C'était bien son style. Mais Naruto lui en toucherait deux mots, par principe.

Il considéra l'éventualité de rentrer chez lui, mais toutes ces émotions et ces révélations lui avaient donné un regain d'énergie. Il retourna la cassette et lança l'enregistrement suivant.