Bonjour tout le monde ! Dites, celles et ceux qui me lisent et qui écrivent aussi... Avez-vous déjà eu cette impression que vos personnages décident de faire leur vie sans vous ? C'est un peu le sentiment que j'ai eu en écrivant ce chapitre, je n'avais pas prévu que l'un des persos me raconterait autant son background, mais visiblement il n'a eu que faire de mon avis XD Enfin, c'est bien aussi de parler un peu des personnages secondaires de temps en temps :') En espérant, comme d'habitude, que cela vous divertira !
Annonce : Je serai absente à partir de jeudi prochain pour quelques jours, je ne pourrai donc pas poster de chapitre vendredi prochain ! Je pensais reprendre la publication dans deux semaines, du coup. A moins que vous préfériez que je publie le prochain chapitre mercredi prochain, et on reprend ensuite la publication le vendredi à partir de la semaine suivante ? EDIT : Bon, je crois que le choix est fait, le prochain chapitre sera donc posté mercredi x)
Cassette 4, Face B
« L'été qui a suivi la fin de cette année de renouveau a été le premier que je passais vraiment seul. »
Plus de trace de la tristesse qui terminait la face précédente. Gaara avait dû prendre le temps de faire une pause.
« Celui qui a précédé mon entrée à l'université, je l'ai surtout passé à m'installer, et je faisais régulièrement des passages chez mon père pour récupérer des affaires. Je ne l'ai pas revu depuis. »
Naruto laissait ses pas le guider à travers les rues du centre-ville. L'ambiance était vraiment différente lorsque ce n'était pas bondé de monde.
« Mais nous sommes toujours plus ou moins en contact. Pas vraiment le choix, je suis encore dépendant de lui financièrement. Mais je sais aussi que c'est son devoir légal de m'aider à ce niveau. Il le sait également. Et surtout, il sait que cela renforce son image de père exemplaire. Il aide Temari, qui se cherche encore niveau études, il a aidé Kankuro avant qu'il ne trouve un travail, cela aurait paru bizarre qu'il ne fasse pas de même pour moi. Et puis, soyons honnêtes, il peut largement se le permettre. Même s'il ne me donne que le minimum, évidemment. »
« Tss… »
« Quant à moi, j'estime qu'il me doit bien au moins une compensation financière, alors je prends. Je complète avec des petits boulots, autant que je le peux avec les cours, jusqu'à ce que je sois complètement libre. »
Il aurait pu dire « indépendant, » mais il avait dit « libre. » Ce n'était pas vraiment un choix de mot anodin.
« L'été est bien sûr le moment idéal pour renflouer les caisses. J'ai pu trouver un job étudiant banal et mettre de l'argent de côté. »
Il avait trouvé quelque chose dans une librairie, ou quelque chose dans le genre. Il donnait aussi des cours particuliers durant l'année scolaire.
« Mais c'était assez solitaire. Ce qui ne me gêne pas, je n'aime pas travailler en équipe. Cependant, tout le monde ou presque a des projets pendant l'été, et je savais que je ne verrais pas grand monde. Au début, je me suis dit que c'était plutôt une bonne nouvelle. Même si avoir des amis est plaisant, j'avais tout de même besoin de passer un peu de temps seul avec moi-même. Les mois d'été allaient me permettre de m'accorder une pause, surtout vu les souvenirs qui recommençaient à m'envahir. »
C'était plutôt compréhensible. Et puis, ça permettait de mieux se retrouver après ! Si Naruto n'aimait pas trop ne pas pouvoir voir ses amis pendant les vacances, il avait pris l'habitude de se consoler en se disant que les retrouvailles n'en seraient que meilleures. Même si ça ne l'empêchait pas de tourner en rond dans sa chambre comme un lion en cage quand il ne voyait personne pendant plus d'une semaine.
« Seulement voilà, il s'est passé une chose à laquelle je ne m'attendais pas : au bout de quelques semaines, j'ai commencé à ressentir un manque. Cela m'avait fait du bien de me retrouver un peu seul après avoir passé une année à sortir régulièrement avec des gens, que je voyais aussi à l'université, mais le poids de la solitude avait fini par me rattraper. »
Même si ce n'était pas très réjouissant, c'était, en quelque sorte, un pas en avant : au moins, Gaara ne se complaisait plus dans sa solitude, et ne faisait plus du tout semblant d'adorer ça.
« Et avec lui, les pensées négatives. Je me retrouvais de nouveau plus ou moins isolé dans la journée, et je n'avais plus que ma propre compagnie le soir. Je n'avais plus d'intervenant extérieur – principalement toi – pour me rappeler que ma vie s'était améliorée, que je n'étais plus seul et qu'il y avait des gens sur qui je pouvais compter. C'est en partie pour ça que cet été, j'ai choisi de chercher un travail là où vit Temari, qui a accepté de me loger. Au moins, le soir, j'aurai quelqu'un avec qui parler, plutôt que d'écouter la voix dans ma tête qui me rappelle ce que j'essaie de mettre derrière moi. »
Naruto était heureux de l'entendre dire ça. Gaara prenait soin de lui.
Cependant, sa voix semblait un peu lasse, comme s'il n'était pas encore certain que cela marcherait.
« J'ai cherché aussi chez Kankuro, mais je n'ai rien trouvé, et de toute façon, il n'était pas sûr de pouvoir m'accueillir tout l'été.
J'avais donc assez de temps pour moi pour ruminer et broyer du noir. Et… Encore une fois, tel un super-héros, tu es venu à ma rescousse… »
Gaara se mit à rire. Un rire plus franc que ceux que Naruto avait entendus jusque-là sur les cassettes. Cela le fit sourire.
« Je suis désolé, je ne peux pas m'empêcher de repenser à cette conversation qu'on a eue il y a quelques temps et de t'imaginer avec un costume à la Superman, avec le slip par-dessus le pantalon… »
Ce fut au tour de Naruto de s'esclaffer. Une fois, au cours d'une soirée, il avait demandé à Gaara de départager un houleux débat qu'il était en train de tenir avec Tenten sur un sujet de la plus haute importance : la partie rouge sur le pantalon de Superman, slip ou pas slip ? Gaara avait tellement été pris de court qu'il les avait regardés tous les deux avec des yeux grands comme des soucoupes, avant de se mettre à rire.
C'était la seule fois où Naruto l'avait vu avoir un fou-rire. C'était un rire discret, pas tonitruant comme pouvait l'être le sien, mais sincère. Il avait réussi à leur dire que c'était n'importe quoi, mais qu'à présent, il ne pouvait plus voir autre chose qu'un slip sur le costume de Superman.
« C'est aussi ça, l'effet que tu as sur moi : me créer des souvenirs agréables, qui me font rire sur le coup, et aussi après. Peu de personnes y arrivent… Ou y sont arrivé. »
Il s'était tu un instant. Repensait-il à son ex-copain ? Ou bien peut-être à son oncle ?
« Qu'est-ce que je disais… »
Il hésita, cherchant le fil de son discours.
« Ah, oui. Que tu venais à ma rescousse. Sans costume. A ce que je sache. »
« Tous les héros n'ont pas de cape ! » Dit Naruto fièrement.
« Tu m'envoyais de temps en temps des SMS pour savoir comment j'allais. Je savais pertinemment que tu faisais ça avec tous tes amis, mais ça me rassurait. Je ne me sentais pas oublié. Bien sûr, la première fois, j'ai pensé que tu ne faisais ça que par simple politesse, que c'était un message groupé, et je n'ai pas répondu. Je n'en voyais pas forcément l'utilité, je me disais qu'au pire, je le ferais plus tard. Mais quand j'ai reçu un autre texto de ta part, quelques jours après, dans lequel tu me disais que tu t'étais un peu inquiété parce que je n'avais pas répondu à ton précédent message, je m'en suis voulu.
Je m'en suis voulu, parce que je ne t'avais pas fait confiance. Une partie de moi m'avait pourtant dit que j'aurais dû, que je savais que tu étais toujours sincère, même dans un simple message qui demande comment ça va. Mais tu sais maintenant comment je fonctionne.
Je t'ai présenté mes excuses pour ne pas avoir répondu, prétextant un oubli. Aujourd'hui, je te présente mes excuses pour ne pas t'avoir cru. »
« Tu sais bien que je t'en veux pas ! » Dit Naruto, se rendant compte qu'il recommençait à répondre à voix haute aux cassettes. Bah, aucune importance ; de toute façon, il n'y avait quasiment personne pour le voir.
« Tu es revenu de chez ton père pour le dernier mois de vacances. Et tu as recommencé à proposer quelques sorties. Il n'y avait quasiment toujours que nous deux, j'étais l'un des rares à être encore là pendant les vacances. Et même si ça restait occasionnel, ça m'offrait une bulle d'air. Une libération.
Un jour, tu m'as dit que je ne devais pas hésiter à t'appeler ou à te proposer de se voir si j'en avais envie. Et tu as rajouté : 'Ou besoin.'
Tu m'as dit ça comme ça, ou bien tu avais compris que j'en avais effectivement besoin ? »
Naruto ne savait pas que Gaara en avait besoin à ce moment-là précisément, mais il savait que ça pouvait arriver et que son ami n'était pas trop du genre à admettre de lui-même qu'il avait besoin de voir des gens.
« Je déteste proposer des sorties. Ou organiser des choses. Même avec mon… Mon ex… »
Ce mot avait eu du mal à sortir.
« C'était toujours lui qui planifiait tout. Je ne sais jamais quoi proposer, quoi faire, et j'aurais l'impression de m'imposer. Je te laisse imaginer la difficulté que j'ai eue à poster ces cassettes. Le contexte mis à part, bien sûr. »
Il n'osait même pas y penser.
« J'ai gardé ta proposition dans un coin de ma tête. Je ne t'ai pas contacté tout de suite, pour les raisons que je viens de donner, plus le fait que je craignais de te déranger, de te contacter alors que tu étais occupé, ou je ne sais quoi. »
S'il l'avait pu, il aurait donné à Gaara une petite tape derrière la tête en le traitant de crétin. Naruto n'était pas du genre à proposer quelque chose s'il ne voulait pas qu'ensuite les gens le prennent au mot !
« Je t'entends d'ici me rétorquer avec un air faussement réprobateur : 'Mais si je t'ai proposé de m'appeler, c'est bien que ça ne me dérange pas ! Et au pire, on aurait décalé ça à un peu plus tard !' »
Voilà, exactement !
« Je connais la théorie. Mais j'ai toujours eu plus de mal avec la pratique.
Et puis au bout d'un moment, j'ai eu besoin de t'appeler. C'était vers la rentrée en deuxième année. Les cours venaient de recommencer, mais me retrouver au milieu d'un amphithéâtre bondé m'avait donné des bouffées d'angoisse. J'ai vu trop de gens d'un coup. C'est là que j'ai de nouveau vu la différence avec l'année précédente, où ça ne m'avait rien fait ou presque, puisque j'étais encore enfermé dans mon armure intacte. »
Forcément.
« J'ai pris mon courage à deux mains, et un soir, je t'ai envoyé un message pour te demander si tu étais d'accord pour qu'on se voie le weekend suivant – un message plutôt qu'un appel, comme d'habitude. Je ne savais pas trop quelle réponse j'attendais. Je n'étais même pas sûr d'attendre une réponse. Une petite heure s'est écoulée, et j'ai levé les yeux au ciel quand tu m'as appelé directement. »
Naruto rit. C'était un autre détail qui reflétait bien leur différence de caractère : lui préférait les appels. Il avait toujours beaucoup trop de choses à dire pour que tout tienne en un message. Cela lui prenait moins de temps de tout dire au téléphone plutôt que de le taper.
« Tu étais complètement surexcité. Tu avais découvert quelques semaines plus tôt que je n'avais jamais joué à un jeu vidéo, ce qui, bien évidemment, t'avait scandalisé. »
Il avait eu du mal à imaginer comment c'était possible. Gaara était la première personne qu'il rencontrait et qui était dans ce cas.
« J'ai l'impression que tu vis parfois dans une bulle, et que tu oublies que tout le monde ne fonctionne pas comme toi. Je ne m'y suis jamais intéressé, c'est comme ça. »
Touché. Naruto se sentait comme un enfant qu'on venait de réprimander. Ce qui était un peu le cas, Gaara ayant pris un ton un peu moralisateur. Mais il avait raison, Naruto était obligé de le reconnaître. « Désolé ! » Lâcha-t-il.
« Tu m'as donc annoncé que c'était l'occasion idéale de remédier à ça, qu'on se verrait le samedi suivant et qu'on jouerait à des jeux vidéo. Soit, pourquoi pas.
Je t'ai retrouvé en ville le samedi suivant. En vérité, j'avais même hâte. Je me souviens même t'avoir adressé un grand sourire en t'apercevant. »
Naruto s'en souvenait aussi.
« Puis j'ai vu qu'à côté de toi se tenait Lee. Ça ne me dérangeait pas, je l'aime bien. Même s'il est parfois un peu trop envahissant. »
En effet, Lee parlait beaucoup et bougeait toujours dans tous les sens. Même Naruto le trouvait parfois fatiguant, c'était pour dire !
« Mais j'ai tout de même ressenti quelque chose que je n'arrivais pas à définir complètement. Sur le coup, j'ai pris ça pour de l'agacement, parce que tu ne m'avais pas prévenu qu'il y aurait quelqu'un d'autre. Ce n'était pourtant pas la première fois que tu me faisais le coup, même si tu es plus du genre à 'oublier' de me prévenir qu'il n'y aura que nous deux. »
Une petite taquinerie bien placée, probablement en rappel de la fois où Naruto avait voulu l'inviter pour le Nouvel An.
« Tu l'auras peut-être deviné, notre huitième point de rendez-vous se trouve dans le quartier où habite Lee, puisque c'est chez lui que nous avons passé l'après-midi. »
Logique. Mais ce n'était pas la porte à côté. Généralement, Naruto prenait le bus pour y aller. Devait-il s'y rendre maintenant ?
Il regarda l'heure sur son téléphone. Pas très tard. De plus, Lee avait fini son footing du dimanche, il devait être rentré chez lui.
Naruto marcha jusqu'à l'arrêt de bus. Le prochain arrivait moins de dix minutes plus tard, il avait eu de la chance ; sinon il aurait dû attendre une demi-heure de plus. A ce train-là, il aurait eu plus vite fait d'y aller à pieds. Il sortit sa carte de transports et patienta jusqu'à l'arrivée du bus.
Durant le trajet, Naruto essaya de deviner pourquoi Gaara lui racontait cette anecdote en particulier. S'était-il passé quelque chose dont il n'avait pas souvenir ? Il tenta de se rappeler de cette journée. Quand il avait lu le message de Gaara, il s'était dit qu'il devait s'être passé quelque chose pour que Gaara demande de lui-même à faire une sortie. Naruto avait alors décidé de demander à Lee s'il voulait faire quelque chose, lui aussi. Il savait que Gaara et lui s'entendaient plutôt bien. Enfin… Pour être honnête, Lee s'entendait bien avec tout le monde, de toute façon.
Il aurait pu inviter Gaara chez lui, il avait lui-même des jeux à proposer, mais il avait préféré demander à Lee pour plusieurs raisons. D'une, il ne l'avait pas vu depuis un bail : ils s'étaient à peine croisés pendant l'été, et la rentrée du club de sport où ils avaient leurs cours d'arts martiaux n'avait pas encore eu lieu. De plus, voir quelqu'un comme Lee allait sûrement faire du bien à Gaara…
Perdu dans ses pensées, Naruto manqua de louper son arrêt et appuya un peu tard sur le bouton stop, ce qui lui valut un regard noir de la part de la conductrice, surtout qu'il n'y avait que lui ou presque dans le bus. Il présenta ses plus plates excuses et descendit rapidement, sans demander son reste.
Il fit le reste du chemin à pieds, l'immeuble où habitait Lee n'étant pas loin de l'arrêt. C'était un quartier très calme, avec un petit parc pas très loin. Mais Naruto décida de rester près de l'immeuble et s'assit sur les marches de l'entrée, comme il l'avait fait quand il avait été devant chez Gaara, puis il reprit son écoute.
« Je n'étais encore jamais venu chez lui, mais la première chose que j'ai remarquée en entrant dans son appartement, c'est que c'était incroyablement net et carré. Chaque chose avait sa place, tout était en ordre, c'était presque militaire. Ses livres étaient rangés par taille, couleur et ordre alphabétique des auteurs. Même moi, je n'en suis pas là. Et pourtant, je bichonne ma bibliothèque. C'était aussi extrêmement propre. Je me suis dit à ce moment-là que certaines personnes devraient en prendre de la graine… »
… C'était vrai que Naruto avait tendance à laisser la poussière et le bazar s'entasser chez lui. Gaara le lui rappelait avec un petit ton amusé.
Si tout était aussi carré chez Lee, c'était parce qu'il souffrait de troubles de l'anxiété, qui avaient fini par se manifester notamment par des troubles obsessionnels compulsifs. Il fallait que tout soit en ordre chez lui, que rien ne dépasse, que tout soit symétrique, il vérifiait tout plusieurs fois et il passait son temps à tout nettoyer.
« Je me suis donc étonné de voir une cage avec deux petits rats en train de jouer. Je ne savais pas qu'il en avait. Ils tranchaient un peu dans le paysage. »
Pour essayer de canaliser son anxiété, Lee faisait beaucoup de sport. Vraiment beaucoup. Ce n'était pas pour rien qu'il était entré en fac de sport, d'ailleurs.
Et puis un jour, son médecin lui avait demandé pourquoi il n'adoptait pas un animal. Il les adorait, pourtant. De plus, la présence d'un animal est souvent bénéfique aux personnes anxieuses ou dépressives. Mais Lee avait peur de ne pas pouvoir s'en occuper comme il se doit et que ça ne fasse qu'empirer son besoin de tout nettoyer.
Tenten lui avait alors parlé des rats. Elle-même en avait deux. Elle lui avait expliqué que les rats étaient très propres, qu'ils prenaient moins de place qu'un chat ou un chien mais qu'ils pouvaient rester très joueurs. Elle lui avait proposé de l'accompagner à une raterie, au moins pour voir. Elle pouvait même lui passer une cage et quelques accessoires. Et s'il adoptait un rat et que ça ne se passait vraiment pas bien, elle le prendrait chez elle, elle pouvait l'accueillir.
Apparemment, Lee avait craqué dès qu'il avait vu les rats. Il en avait rapidement adopté un. Et même si ça n'avait pas toujours été évident pour lui au début, car il n'arrivait pas à le toucher ou à oser le sortir de sa cage, Tenten l'avait aidé, petit à petit, et ça lui avait changé la vie. Il avait fini par voir qu'il n'avait pas vraiment besoin de nettoyer son appartement plus que d'habitude et que s'occuper de son rat lui permettait de se concentrer sur autre chose que son anxiété. Il adorait jouer avec lui, et quelques semaines après, il avait adopté un second rat pour que son nouvel ami ait un compagnon de jeu.
« Lee m'a alors expliqué la raison de leur présence, très naturellement, sans tabou. J'étais impressionné. Presque envieux. J'aurais voulu savoir m'exprimer ainsi pour parler de toutes ces choses qui me compliquent la vie. Ça m'aurait probablement évité beaucoup de choses… Avec toute cette énergie et cet enthousiasme que Lee dégage, je n'aurais jamais cru qu'il luttait contre tout ça. »
Et pourtant… A voir Gaara, on ne pouvait pas forcément deviner que lui aussi était quelqu'un d'aussi angoissé.
« Lorsqu'il a mentionné le fait que ses animaux l'aidaient beaucoup avec ses problèmes d'anxiété, tu m'as jeté un coup d'œil, très furtif. Et tu m'as fait un petit sourire énigmatique. Je n'ai pas manqué de le remarquer. »
Bien. C'était le but. Pour une fois que Naruto avait réussi à se faire comprendre sans se faire trop remarquer…
« Et ça m'a surpris. J'en ai déduit que tu voulais me dire que ça pourrait m'aider, moi aussi. C'est bien ça ? »
Exactement.
« Ce qui m'a le plus pris de court, en vérité, c'est surtout le fait que tu te sois dit que j'avais… Probablement ce genre de soucis. »
Il avait hésité, comme s'il n'était pas sûr d'être effectivement concerné.
« Et que tu voulais m'aider. »
« Bah, évidemment ! »
A ce moment-là, Naruto pensait surtout qu'avoir un animal lui permettrait de sortir de sa solitude et de s'ouvrir un peu plus, et à présent, avec ces cassettes, il était d'autant plus convaincu qu'avoir un petit compagnon lui serait bénéfique. C'était un peu pour ça que Naruto avait voulu qu'ils se retrouvent chez Lee, de base. Pour que Gaara puisse voir que des solutions étaient possibles, qu'il n'avait pas à subir ses problèmes toute sa vie sans que rien ne puisse être changé.
« Et ça m'a touché. Même si, sur le coup, j'ai tout nié en bloc.
Pour en revenir à cette après-midi plus globalement, Lee a été très accueillant. Un hôte parfait. Et toi-même, tu savais comment détendre l'atmosphère, et surtout moi. Puis nous sommes passés dans la chambre, pour nous installer et commencer à jouer. Tu as mis un point d'honneur à m'expliquer en long, en large et en travers comment tenir la manette, à quoi servait le moindre bouton, les règles des jeux dans les moindres détails. »
Autant être complet ! Après tout, Gaara n'avait jamais touché de sa vie à une manette de console.
« Une bonne partie de tes explications étaient superflues ou redondantes car ce n'était pas sorcier, mais je t'ai laissé faire, parce que tu semblais tellement passionné et heureux de m'apprendre à jouer que je n'ai pas osé t'interrompre.
« C'est mignon ! » Se dit Naruto, attendri.
« En y repensant, je trouve même que c'était mignon. »
« Les grands esprits se rencontrent. »
« Et ce n'est pas souvent que je trouve que quelque chose est mignon. »
C'était vrai. Ce qui rendait le compliment d'autant plus appréciable.
« J'ai découvert que je n'étais pas doué pour les jeux de course, auxquels vous me battiez tous les deux à plate couture. Tu semblais tellement désolé pour moi que c'est toi qui as proposé de passer à des jeux de combat. Décision que tu as rapidement regrettée, dégoûté que tu étais de voir que je te battais en tapant au hasard sur les boutons, alors que tu essayais toutes tes combinaisons sophistiquées. »
C'était injuste ! Naruto était incollable sur ce type de combos, il battait toujours Iruka, qui pourtant avait joué à ces mêmes jeux toute son adolescence ! C'était frustrant d'être vaincu par quelqu'un qui y jouait pour la première fois !
Gaara avait d'ailleurs affiché un sourire extrêmement satisfait en voyant qu'il battait Naruto, et on entendait ce même sourire dans sa voix alors qu'il racontait sa victoire. Le fripon.
« Cette fois, c'est moi qui ai mis fin à la partie, je commençais à me dire que tu allais finir par jeter ta manette contre la télévision.
Nous sommes retournés au salon pour simplement discuter. Lee m'a proposé de jouer un peu avec les rats dans le coin qui leur était réservé. Toi-même tu avais refusé, prétextant les avoir vus récemment. J'imagine sans peine que c'était pour que je joue avec eux, et qu'en plus, j'aie une excuse pour ne pas trop participer à la conversation ? »
Il était sûr que Gaara allait prendre plus plaisir à occuper les rongeurs plutôt qu'à se forcer à écouter une conversation qui ne l'intéresserait pas forcément. Lee s'en doutait sûrement aussi.
« C'est vrai que j'ai passé un moment agréable, à voir les rats gambader sur mes jambes, à les câliner. Je n'ai jamais eu d'animal. Mon père n'en voulait pas. Peut-être que ça m'aurait effective– »
« Tiens, Naruto ! »
En entendant son nom, Naruto appuya sur tous les boutons de son walkman en même temps pour l'arrêter. « Oh, Lee ! Quelle surprise ! Qu'est-ce que tu fais là ? Demanda-t-il nerveusement.
- Eh bien, je rentre chez moi, bien sûr ! Répondit Lee avec un large sourire amusé.
- Ah, euh, oui, évidemment… Mais, euh… Je croyais que tu avais fini ton footing, à cette heure-ci !
- C'est vrai, concéda Lee. Mais il faisait si beau que j'ai décidé de me balader un peu plus longtemps ! Cela m'a fait un bien fou, j'ai même dévié de mon chemin habituel pour rentrer ! »
Il était fier. Il faisait de plus en plus de progrès sur ses TOC. « Super, Lee ! Le félicita Naruto en levant le pouce, tout en se disant qu'il était vraiment tombé sur le mauvais jour.
- Mais et toi ? Qu'est-ce que tu fais ici ? Tu voulais me voir ?
- Oh, bah, c'est-à-dire que… » Comment allait-il se justifier ? « J'ai… Décidé… De me balader un peu, moi aussi, et… Je viens presque jamais dans cette partie de la ville, du coup…
- …
- Du coup, voilà.
- Je vois ! » Lee avait l'air satisfait de la réponse. « Tu veux monter quelques minutes ?
- Non, c'est gentil, mais je ne veux pas te déranger.
- Tu es sûr ? Tu m'as paru très pensif, assis tout seul sur ces marches. Tu vas bien ?
- Oui ! Affirma Naruto. J'ai juste… Pas mal de trucs en tête en ce moment.
- Eh bien monte donc te changer les idées ! Tu peux même rester dîner, si tu le souhaites ! »
C'était très difficile de dire non à Lee. Il irradiait toujours de bienveillance. Et puis… Il cuisinait super bien. Naruto n'hésita pas longtemps et accepta l'invitation de son ami.
« Je suis désolé, dit Lee en refermant la porte de son appartement. Est-ce que ça te dérange de m'attendre le temps que je prenne une douche ?
- Non, pas de souci ! T'es chez toi !
- Super ! Je n'en ai pas pour longtemps. Tu peux jouer avec Jade et Lotus, si tu veux, ils doivent être réveillés. N'oublie pas de te laver les mains ! »
Naruto s'exécuta tandis que Lee s'enfermait dans sa salle de bain. Il s'installa avec les deux rongeurs dans leur petit coin du salon. Il se demanda s'il avait le temps de continuer un peu la cassette… Non, pas la peine de prendre plus de risques qu'il n'en avait déjà pris. De plus, les rats auraient pu essayer de grignoter le fil de ses écouteurs.
Il se souvenait du moment où Gaara était assis là, à sa place, pendant que Lee et lui parlaient sur le canapé. Gaara répondait de temps en temps, mais il semblait globalement ailleurs. Cependant, il avait l'air très serein. Naruto l'avait rarement vu ainsi.
Lee finit par sortir et s'assit à côté de Naruto, tout en posant Lotus sur l'une de ses épaules. Naruto voulut faire la même chose avec Jade, mais les moustaches de l'animal lui chatouillaient trop le cou.
« Alors, comment ça va ? Demanda Lee.
- Depuis hier soir ? Plutôt bien.
- Non, je veux dire en général ! A la soirée non plus, tu ne semblais pas trop dans ton assiette ! »
Contrairement à Gaara, Naruto ne savait pas cacher que quelque chose le tracassait. « Oh, nan, c'est surtout cette histoire de cassette. Ça m'a énervé qu'on ne me laisse pas tranquille avec ça et que tout le monde ait voulu écouter alors que j'ai dit que je voulais pas. » Ce qui était totalement vrai. Lee n'avait pas assisté à l'incident, il était arrivé juste après, mais Kiba et Sakura s'étaient fait une joie de le lui raconter.
« C'était ce que tu écoutais quand je suis arrivé ?
- Euh… Oui, enfin… oui, bafouilla le blond.
- Naruto… Tu sais, je ne te forcerai pas à parler, mais… Tu es sûr que tu vas bien ? »
Est-ce qu'il allait bien ? Naruto ne savait pas trop. En fait, il était inquiet pour Gaara. Et il appréhendait la suite des cassettes. Parce qu'il ne savait pas trop à quoi s'attendre, à part à quelque chose qui avait beaucoup fait souffrir Gaara. Mais au final, il savait que ça irait mieux une fois qu'il aurait terminé de tout écouter : il pourrait alors agir.
« Ce n'est que passager, répondit-il à Lee en souriant. Je sais que ce sera passé dans quelques jours, c'est promis.
- Bon. Tu m'as l'air sûr de toi, je suis rassuré. »
Ils discutèrent un moment. Puis il fut l'heure de manger. Alors qu'ils dînaient, Lee finit par demander :
« Au fait, tu as eu des nouvelles de Gaara, depuis le début des vacances ? »
Naruto ne put réprimer un rire tant la question était ironique. « Oui, répondit-il.
- Il va bien ?
- Il… Oui, je pense. J'espère. C'est Gaara, on sait jamais trop tant qu'il ne dit rien lui-même.
- Oui, mais tu es bien le seul à qui il dirait quoi que ce soit !
- Nan, t'exagères ! Fit Naruto.
- Tu rigoles ? S'exclama Lee. Tout le monde sait que c'est avec toi qu'il est le plus à l'aise !
- Tu crois ? Nan, il y en a d'autres, genre Shikamaru, Hinata, ou même toi !
- Certes, mais ce n'est pas pareil avec toi. Tu as remarqué ? En sortie ou en soirée, il finit toujours par se retrouver avec toi, quand il ne décide pas de s'asseoir dans un coin et d'attendre que le temps passe. »
Non, Naruto n'avait pas remarqué. Bon sang, il était vraiment aveugle.
« Ah, j'ai pas trop fait gaffe, se contenta-t-il de dire.
- Et pourtant ! Sinon, j'ai fini par voir le film que tu m'avais conseillé ! »
Ravi de ce changement de conversation, Naruto enchaîna rapidement sur ce nouveau sujet. Le dîner se déroula tranquillement, et Naruto ne tarda pas à prendre congé pour ne pas rater les derniers bus, remerciant Lee au passage pour son hospitalité. Cela lui avait fait du bien de passer un peu de temps avec lui.
Durant son trajet du retour, il rembobina un peu la bande et reprit l'écoute de la cassette.
« –voir les rats gambader sur mes jambes, à les câliner. Je n'ai jamais eu d'animal. Mon père n'en voulait pas. Peut-être que ça m'aurait effectivement aidé. Yashamaru… Mon oncle, m'a dit une fois que, lorsqu'ils étaient petits, lui et ma mère avaient un chat. Ils étaient assez solitaires, eux aussi – ça doit être de famille. Et le chat avait été leur seul vrai ami pendant un temps. »
Il avait donné le prénom de son oncle instinctivement, avant de probablement se rendre compte qu'il devait préciser de qui il parlait. Il avait aussi essayé de sembler détaché, surtout en parlant de sa mère, mais Naruto n'y croyait pas vraiment. Est-ce que c'était parce qu'il commençait à mieux comprendre Gaara, ou parce que ce dernier n'arrivait plus autant qu'avant à maintenir sa façade, il n'était pas sûr.
« Je me suis alors dit que peut-être, quand j'aurai un appartement plus grand, un peu plus de revenus, que je serai prêt… Je verrai. »
Un chat. C'était un chat qu'il lui fallait. Un animal indépendant qui n'accepte de se laisser approcher que par les gens à qui il aura accordé sa confiance.
« Je me sentais bien. J'étais presque bercé par vos voix en arrière plan, tout en occupant les rats. »
Ça s'était vu.
« Et pourtant, j'avais l'impression qu'il manquait quelque chose. Juste un détail. Et tout aurait été parfait. Mais je n'arrivais pas à savoir quoi.
Quand nous sommes partis de chez Lee, tu m'as proposé de prendre un verre en ville, pour terminer l'après-midi. D'ordinaire, j'aurais probablement refusé, parce que j'aurais préféré rentrer chez moi, comme je le faisais à chaque fois que je restais longtemps avec des gens.
Mais pas cette fois. Je t'ai dit oui presque spontanément. »
Naruto ne se souvenait même plus qu'ils avaient été prendre un verre en ville après. Pourtant, cela aurait dû le marquer que Gaara accepte aussi facilement.
« Nous nous sommes installés à la terrasse d'un café pour profiter du beau temps. Je me souviens que tu avais pris un jus d'abricot, parce que tu as longuement disserté sur le fait que le orange du jus d'abricot n'était pas le même que le orange du jus d'orange.
Je ne sais même pas pourquoi je me souviens de ça, ni pourquoi je te le raconte. »
Ah si, ça lui revenait, maintenant. Il se rappelait de cette réflexion, et de la tête que Gaara lui avait servie ; un mélange d'amusement et d'incrédulité.
« Il ne s'est rien passé d'exceptionnel. Ce n'était pas différent de d'habitude. Et pourtant, je me sentais bien. Détendu. On s'est séparés, puis je suis tranquillement rentré chez moi.
En m'asseyant sur mon lit, j'ai laissé échapper un long soupir. Je pensais que ce serait un soupir de soulagement, le soulagement d'être rentré après une journée bien remplie, mais non. Je ne me suis pas senti soulagé. Je me suis senti… Vide.
Pas ce vide insondable où on ne ressent plus rien, non. Plutôt comme si je me rendais compte qu'il me manquait quelque chose. En fait, je n'aurais peut-être pas dû dire 'vide', mais plutôt 'incomplet'. »
Naruto était arrivé. Il descendit du bus et continua à marcher dans la fraîcheur de la soirée.
« J'ai réfléchi. Ce n'était pas une après-midi qui sortait de l'ordinaire, mais j'ai eu l'impression que tu avais particulièrement fait attention à moi ce jour-là, que tu avais fait en sorte que je passe un bon moment, encore plus que d'habitude. C'est peut-être complètement égocentrique… »
Non, puisque c'était bien l'intention de Naruto. Si Gaara demandait à voir quelqu'un, c'était qu'il en avait besoin et pas seulement envie. Ils le savaient tous les deux. Il avait donc semblé logique à Naruto de s'arranger pour que cette après-midi se passe au mieux pour lui.
« Et j'ai réalisé que les seuls moments de la journée où je n'avais pas eu cette étrange sensation que quelque chose n'allait pas, c'était quand j'ai été seul avec toi. Et là, tout a fait sens : ce que j'avais ressenti en voyant que Lee était aussi là, c'était une pointe de déception. Parce que j'aurais voulu qu'on ne soit que tous les deux. »
… Oh. On y était.
« On commence à arriver aux passages un peu gênants, n'est-ce pas ? »
Il semblait lui-même tout aussi gêné. Naruto se demanda s'il avait rougi. Ça ne lui arrivait jamais, d'ordinaire.
« C'était pareil avec ce moment de quiétude absolue plus tôt dans l'après-midi. Ce qui me manquait, c'était de le passer avec toi seulement. Comme si Lee était… De trop.
Et c'est un peu injuste pour lui, je sais bien. Ça l'est aussi pour toi, puisque c'était toi qui avais tout organisé, pour qu'on passe tous une bonne après-midi. Et puis, j'aurais dû être plutôt content que tu ne me proposes pas à nouveau quelque chose à seulement deux, vu que je suis rarement à l'aise. »
Naruto soupira en levant la tête vers le ciel et en riant. C'était vraiment ironique. Pour une fois qu'il faisait exprès de ne pas inviter Gaara seul, c'était la fois où c'était ce qui lui aurait convenu.
« Mais ne t'inquiète pas. J'ai sincèrement passé un excellent moment. Et je te remercie. Ça m'a vraiment fait du bien, et si c'était à refaire, je ne changerais rien. »
Bon. Tant mieux.
« C'est simplement que ces réalisations m'ont fait un peu peur, je dois bien l'avouer. Aussi j'ai laissé ça de côté, comme d'habitude. Ce n'était pas la peine d'y penser. Pendant quelques temps, j'ai mis ça sur le compte du fait qu'on s'était vus plusieurs fois sans personne d'autre et que je m'y étais habitué. Ça me semblait logique.
Et surtout, moins effrayant.
Je me rends compte que j'ai passé une bonne partie de ma vie avec des œillères… C'est pratique et rassurant sur le coup, mais une fois qu'on les enlève, le choc est rude. »
Et il est d'autant plus rude si on les garde longtemps.
« Mais c'est un mal pour un bien, j'imagine. »
Il avait dit ça comme s'il se demandait si ça valait vraiment le coup d'avoir aussi mal pour aller mieux ensuite. La cassure de son armure si bien construite, si étanche, avait dû être difficile à supporter.
La cassette était finie. Naruto la sortit de son walkman et la regarda d'un œil sévère : « Tu m'en as donné, du fil à retordre, toi ! » Lui dit-il. Entre la soirée et la rencontre inopinée avec Lee, il s'était fait prendre avec à deux reprises. Que de sueurs froides !
Comme pour faire écho à la dernière phrase de Gaara, il se dit que ça en avait valu la peine. Sur cette cassette, Gaara avait beaucoup avancé. Il commençait à vraiment entamer les sujets qui lui tenaient beaucoup à cœur et qu'il voulait raconter à Naruto, que ce soit son histoire au lycée ou la découverte de ses sentiments. Ce qui était sûrement difficile à faire pour lui.
Naruto n'avait pas spécialement envie de rentrer chez lui tout de suite, même s'il n'avait pas la prochaine cassette avec lui. Il remit son walkman dans son sac et continua à se balader un peu.
