Coucou tout le monde ! Je prends deux minutes pour vous remercier à nouveau de votre fidélité, que vous veniez de découvrir mon histoire ou non, ainsi que pour vos reviews, vous êtes adorables et ça me fait très chaud au cœur ! (Imaginez un smiley cœur que je peux pas mettre parce que la mise en page du site n'accepte pas les signes "inférieur à" et "supérieur à" D:)

J'en profite pour remercier Gomar ici pour son pavé, moi j'aime bien les pavés ! :D

Déjà 10 chapitres et deux mois que je suis sur la publication de cette fic, ça passe vite x) Je vous souhaite à toutes et à tous une bonne lecture, en espérant que vous aimerez !

Attention : Dans ce chapitre, on va parler un peu d'homophobie et aussi de pensées négatives, je préfère prévenir au cas où.


Cassette 5, Face B

Après le repas, Sakura partit de son côté. Elle semblait plus légère, soulagée. Naruto l'était aussi, et il avait retrouvé sa bonne humeur. Ses collègues le taquinèrent quand il arriva au boulot avec un grand sourire, pensant qu'il revenait d'un rendez-vous galant.

« Vous êtes juste jaloux, » répondit-il, un peu gêné malgré tout. Il n'avait pas envie d'essayer de leur expliquer que ça n'avait rien d'un rendez-vous galant, ils ne l'auraient pas écouté.

Le soir, en rentrant chez lui, il prit la décision de ne pas écouter la suite des cassettes de Gaara tout de suite et d'attendre le lendemain. Cela lui coûtait, car il voulait connaître le reste et répondre à Gaara d'une façon ou d'une autre, mais il se dit qu'il avait eu assez d'émotions pour la journée. Une bonne nuit de sommeil le remettrait d'aplomb.

Il se réveilla le lendemain, frais comme un gardon, ravi de sa bonne résolution de la veille. Il était prêt à affronter la journée, et surtout, la cassette.

Il savait déjà où aller. Mais cette fois-ci, il prendrait un peu plus de précautions et ne s'approcherait pas trop de chez Sakura, pour éviter de se faire surprendre par elle, comme lorsqu'il avait été devant chez Lee. En plus, cela aurait risqué de le faire paraître légèrement flippant, à traîner près de chez ses amis comme ça, sans rien faire de plus. Il se baladerait simplement dans le quartier, qui était somme toute très joli.

Une fois prêt, il sortit de chez lui, enclencha la cassette et cala son walkman dans son sac.

« Si tu es encore là… A nouveau, je te remercie, Naruto. Je te remercie de continuer à m'écouter. Peut-être qu'en fait je parle dans le vent et que tu as décidé d'arrêter, mais si ce n'est pas le cas, merci. Vraiment. »

« Je n'abandonne pas mes amis à la première difficulté qui se présente, » se dit Naruto.

« Avant toute chose, maintenant que nous avons commencé à aborder de front certains sujets, je souhaiterais te parler un peu plus ouvertement de quelque chose qui fait partie de moi, de ma vie, de ce que je suis : mon homosexualité.

Ce n'est pas un mot que j'ai souvent prononcé. Ou souvent entendu. C'est caché, on préfère parler de 'ces gens-là', comme si le mot était sale, et décrivait quelque chose de sale, de honteux. 'Ces gens-là préfèrent vivre entre eux' ; 'Ces gens-là n'ont pas besoin d'union civile ou de mariage, ça c'est pour un homme et une femme' ; 'Ces gens-là ne forment pas de vrais couples' ; 'Je n'ai rien contre ces gens-là, mais ils ne sont pas vraiment normaux.' »

C'était vrai, maintenant qu'il y réfléchissait. Ou alors, on disait « les homosexuels, » avec dédain, comme pour mettre une distance. Eux et nous. Les hétéros et tous ceux qui ne l'étaient pas. Il fallait toujours qu'il y ait une séparation et qu'on appuie sur la différence. Mais pas la différence entre, par exemple, une personne blonde et une personne brune, mais entre ce qui est considéré par certains comme « normal » et « anormal. »

« Ne pas être normal. L'histoire de ma vie. Je suis né en n'étant pas normal : grand prématuré, problèmes de santé liés à ça, et surtout, j'avais pris la vie de ma mère. »

Son père avait l'air d'avoir vraiment réussi à lui implanter cette fausse idée dans la tête.

« Enfant, j'étais rejeté par mon propre père, alors qu'il s'occupait pleinement de ses deux aînés. C'est bien que je ne devais pas être normal, non ? Quand j'en ai parlé à mon oncle, il m'a dit que c'était parce que mon papa était très triste que ma maman ne soit plus là – je devais avoir six ans, j'imagine qu'il essayait de me rassurer comme il le pouvait, il n'allait pas me dire de but en blanc que mon père ne m'aimait tout simplement pas. De toute façon, je l'avais compris par moi-même. »

Quelle horreur cela devait être de vivre sous le même toit qu'une personne qui nous déteste alors qu'elle est censée nous aimer plus que n'importe qui…

« Et là encore, je n'étais pas normal. Les papas des autres élèves de l'école, ils aimaient leurs enfants, eux. Cela se voyait quand ils les y emmenaient ou allaient les chercher. Ce n'était pas mon cas à moi.

En atteignant l'adolescence, j'ai commencé à voir des couples se former autour de moi. Des garçons qui embrassaient des filles, des filles qui embrassaient des garçons. Ça ne m'intéressait pas d'être en couple, je n'arrivais même pas à être ami avec quelqu'un, alors en couple… Ça non plus, ça n'était pas normal, de ne pas avoir d'amis et de ne pas m'intéresser à ce qui était censé m'intéresser en tant que jeune ado. Mais je n'avais aucune envie d'aller vers les filles, ni qu'elles viennent vers moi. Elles ne me plaisaient pas, de toute façon.

J'ai vite fini par comprendre que le… 'Problème' ne venait pas de mon non-intérêt pour le couple en général, mais de mon non-intérêt pour les filles dans ce domaine en particulier, quand un jour je me suis dit en voyant un couple, 'je comprends pourquoi cette fille a choisi ce garçon-là, il est pas mal.'

Oups. »

Ce « oups » était dit si nonchalamment et semblait tellement sorti de nulle part que Naruto manqua d'exploser de rire.

« Je suis longtemps resté dans le déni. En plus des exemples qu'on trouvait dans les médias – ou qu'on n'y trouvait pas, d'ailleurs, j'avais aussi mon père. Lorsque le sujet était abordé, aux infos, par exemple, il prenait une mine dégoûtée en disant que c'était scandaleux. Lorsqu'un film en parlait, c'était 'honteux de montrer ça au cinéma ou à la télévision, surtout à une heure de grande écoute.' Il nous a un jour dit qu'on n'avait 'pas intérêt à lui faire ça.'

Oups encore. »

Ce deuxième « oups » paraissait bien plus amer. Le père de Gaara avait probablement fini par apprendre l'homosexualité de son fils. Et Naruto imagina sans peine que ça n'avait pas dû bien se passer.

« Impossible donc pour moi d'en parler à qui que ce soit. C'était juste une preuve de plus que je n'étais pas normal… »

Et personne à l'époque pour lui dire qu'il n'y avait rien d'anormal à ça.

« C'est mon ex qui m'a aidé à m'accepter là-dessus. Au moins un peu. Mais tu te doutes maintenant que d'autres problèmes sont survenus. »

Sûrement son père, oui. Mais que lui avait-il dit ou fait ?

« C'est promis, c'est pour la prochaine histoire. Encore un peu de patience. »

Il était évident que Gaara n'avait aucune hâte d'y être. Mais au moins, Naruto s'avait à quoi s'attendre lorsqu'il commencerait la sixième cassette.

« Etant donné tout ça, tu comprends que je n'ai pas très bien réagi en réalisant que je tombais de nouveau amoureux d'un garçon. De plus, je n'avais aucune idée de l'opinion de mes nouveaux amis là-dessus, et je n'avais aucunement envie de tester. En particulier avec toi, bien sûr. Et même après que tu m'aies dit que ce genre de choses t'était égal, j'ai continué à avoir peur. Les gens réagissent différemment lorsque ça les touche plus personnellement. »

Naruto eut envie de protester, mais… Gaara avait raison. On ne peut pas savoir comment les gens vont réagir. C'était sûrement la raison pour laquelle Sakura n'avait encore jamais osé parler de sa bisexualité, même à ses amis.

Il réalisait à présent que Gaara avait dû avoir doublement peur de lui envoyer les cassettes : non seulement il allait dire à Naruto qu'il était gay, mais qu'en plus il était amoureux de lui. Deux bonnes raisons de craindre sa réaction.

« Inconsciemment, j'ai commencé à me retrancher, comme avant. Je ne voulais plus trop sortir. Je crois que tu l'as remarqué assez vite, car tu me demandais de plus en plus souvent si ça allait ; quand tu me proposais de nous voir, tu choisissais les endroits que je préférais… »

Gaara n'était quasiment pas sorti pendant le deuxième semestre. Naruto avait pensé que ses cours étaient plus difficiles et qu'il avait plus de travail. C'était d'ailleurs une excuse qu'il avait utilisée plusieurs fois.

« Tu étais la personne que je voulais le plus éviter, et en même temps celle à qui j'avais le plus de difficultés à dire non.

C'est pourquoi tu as réussi à me convaincre d'aller à une soirée à laquelle je ne voulais pas aller. Pendant les vacances de printemps. Sakura avait décidé de se dégager un weekend et de fêter son anniversaire. Elle m'avait invité, mais je n'ai plus besoin de t'expliquer pourquoi je n'avais pas très envie de venir. »

Non, pas vraiment.

Sakura avait hésité à l'inviter. Elle avait demandé à Naruto s'il pensait que Gaara serait intéressé, étant donné qu'apparemment, il ne voyait plus grand monde. Naruto lui avait alors conseillé de l'inviter quand même, pour qu'il sache qu'on ne l'oubliait pas.

« Tu m'as regardé avec un air suppliant, me jurant que ce serait génial et que tu veillerais à ce que je m'amuse. 'Ça te fera du bien,' m'as-tu assuré. 'Et puis j'aimerais bien que tu sois là.'

Je n'ai pas su dire non à ça. »

Gaara rechignait à sortir, mais quand Naruto arrivait à l'extirper de son appartement, il finissait toujours par avoir l'air de meilleure humeur, au bout du compte. Naruto s'était donc dit qu'une petite soirée festive ne pouvait que lui être bénéfique.

Mais si le récit de cette soirée se retrouvait sur ces cassettes, vu la tournure qu'elles étaient en train de prendre, c'était que tout ne s'était pas déroulé comme prévu.

Naruto mit la cassette en pause le temps de terminer le chemin jusqu'au quartier où habitait Sakura. C'était un quartier chic, et l'appartement où logeait Sakura était grand. Beaucoup plus grand en tout cas que le petit studio de Naruto. Mais la famille de son amie était aussi bien plus aisée. Sakura disait parfois qu'un logement plus petit lui aurait mieux convenu, mais ses parents avaient apparemment insisté. Peut-être qu'elle ressentait plus la solitude dans un appartement trop grand pour elle. Elle sortait si rarement de chez elle, à part pour les cours et quelques soirées occasionnelles, que Naruto communiquait avec elle principalement par messages depuis deux ans.

Il arriva dans son quartier. Il apercevait l'appartement de son amie, mais elle ne pouvait pas le voir, si elle était chez elle. Il se trouva un petit coin où s'asseoir et qui n'était pas sur le chemin que Sakura risquait d'emprunter si elle était sortie en ville et qu'elle rentrait.

Il posa son walkman sur ses genoux, à la fois impatient et anxieux de découvrir ce que Gaara avait vécu lors de cette fameuse soirée. Ils s'étaient perdus de vue au bout d'un moment, et on lui avait dit que Gaara était rentré chez lui parce qu'il était fatigué. Ce qui n'avait guère étonné Naruto, à vrai dire.

Il cala les écouteurs dans ses oreilles et reprit l'écoute.

« Je suis donc allé à la soirée de Sakura. Au numéro 10. Déjà. Nous sommes bientôt à la fin. »

Naruto pressentait que c'était plutôt un début.

« Je ne voulais pas arriver tôt, je craignais d'être dans les premiers et de ne pas voir de visages familiers en arrivant. J'avais donc du retard, mais j'avais appris que c'était presque une règle dans ce type de soirées.

Sakura m'a accueilli à bras ouverts, ravie que j'aie accepté de venir. Je voyais surtout ses amis de fac, puis j'ai fini par t'apercevoir. Je t'ai vite rejoint, soulagé de voir quelqu'un que je connaissais.

J'ai passé le début de la soirée principalement avec toi. Je me suis détendu petit à petit, j'ai même testé le ponch, moi qui n'aime pas vraiment l'alcool. Il paraît que ça non plus, ça n'est pas normal, pour un étudiant. »

C'était vrai que pour certains, ne pas boire d'alcool pendant une soirée était presque un crime de lèse-majesté. Naruto lui-même avait déjà reçu des remarques pour ne pas avoir voulu boire plus que de raison.

« Il s'est passé plusieurs petites choses, durant cette soirée. La première est survenue alors que nous étions tous les deux en train de parler. Deux des amis de fac de Sakura étaient en train de se chamailler derrière nous. Et l'un d'eux a traité l'autre de…

De 'pédé'. »

Le mot avait eu beaucoup de mal à sortir.

« Eh oui. Quand mon identité n'est pas une blague, elle est une insulte.

Quelqu'un lui a fait remarquer que ce n'était pas correct. Les deux amis ont répondu en chœur que c'était 'pour rigoler'.

Ah. Bon, et bien visiblement, ça peut être une blague ET une insulte en même temps. »

Naruto se sentit mal. Coupable. Encore une fois, une partie de lui essayait de trouver des excuses : que ce n'était pas forcément dit en pensant à mal, que Gaara n'était pas visé directement en tant qu'homo… Mais en vérité, cela sonnait faux. Comment aurait-il réagi, lui, si une part de son identité était constamment moquée et rabaissée ? Par des inconnus tout comme par ses proches ?

Il lui était arrivé de rire à des blagues de ce type, et de dire à des gens qui s'offusquaient qu'il ne fallait pas exagérer. Mais n'aurait-il pas dû plutôt se demander pourquoi ces gens s'offusquaient ? Pourquoi ne s'était-il pas dit que se moquer d'un genre, d'une couleur de peau, d'une orientation sexuelle déjà mal vus dans la société où il vivait n'était pas une bonne idée, même « pour rire » ? Qu'il y avait des gens qui pouvaient légitimement en avoir marre d'entendre ce genre de choses régulièrement ? Gaara méritait-il qu'on lui reproche de ne pas avoir d'humour parce qu'il ne voulait pas qu'on se moque de son orientation sexuelle une énième fois ?

Et pourquoi Naruto n'en prenait-il conscience que maintenant ? Pourquoi lui avait-il fallu attendre que son ami lui dise qu'il en avait souffert pour qu'il se rende compte que ce genre de comportement n'était pas anodin ?

« Tu as regardé la scène d'un air circonspect, mais tu n'as rien dit de plus. »

Parce qu'il s'était dit que ce n'était pas grave. Que ce n'était qu'une blague entre potes. Une blague que tout le monde avait entendue. Dont Gaara.

Il se dit soudain que Sakura l'avait entendue aussi, car elle était dans la pièce à ce moment-là. Peut-être qu'elle avait ri, pour ne pas passer pour celle qui « exagérait », qui n'avait « pas d'humour. »

Peut-être qu'elle aussi avait été blessée.

« En ce qui me concerne, en temps normal, je n'aurais même pas réagi non plus. Ironiquement, entendre ce genre de remarques était devenu normal pour moi. A quoi bon essayer de se défendre… Ça ne me touchait même plus. J'avais fait en sorte que ça ne me touche plus. C'était bien à ça que servait mon armure.

Mais évidemment, à ce moment précis, mon armure n'était déjà plus très fonctionnelle. Et la seule réaction que j'ai trouvée à avoir a été de m'éloigner de la scène. Je voulais juste changer d'endroit. J'ai vu le saladier avec le ponch, et ça m'a semblé une excuse parfaite pour m'éloigner : je voulais remplir mon verre.

Tu dois commencer à comprendre que c'était le début d'une mauvaise idée. »

Naruto se souvenait l'avoir vu se resservir plusieurs fois, mais il ne se rappelait pas l'avoir vu ivre.

« Plus tard dans la soirée, nous étions partis chacun de notre côté. Je ne savais pas où tu étais. Pour ma part, je discutais avec Hinata. Au bout d'un moment, je me suis levé du canapé où nous étions pour aller nous rechercher à boire – je voulais du sans alcool, cette fois. Quand je me suis approché de la cuisine, je t'ai entendu parler avec Kiba. »

Oh non.

« 'Il est finalement venu, ton super pote ?' T'a-t-il demandé.

'Oui, Gaara est venu.' Tu as insisté sur mon prénom. Tu avais l'air agacé. 'Qu'est-ce que tu as contre lui ?'

'Rien…'

'Attends, tu ne manques pas une occasion de le critiquer !'

'Je l'aime pas, c'est comme ça !' A lâché Kiba. 'Il ne dit jamais rien, il fait toujours la tronche, des fois il a l'air complètement perdu ailleurs, il est trop bizarre.'

'Il n'est pas comme ça avec moi,' lui as-tu rétorqué.

'Ben tu as bien de la chance. Peut-être que finalement c'est lui qui a un problème avec moi,' a dit Kiba avec mépris. »

Naruto aimait beaucoup Kiba, mais ce dernier était parfois imbuvable.

« 'C'est sûr que si tu ne lui laisses aucune chance, il n'a pas de raison d'être aimable avec toi.'

'En même temps, dès le premier jour où je l'ai vu, il a à peine ouvert la bouche. Ça ne donne pas envie.'

'Tu n'as jamais fait le moindre effort envers lui, t'étonne pas qu'il fasse pareil.' Tu semblais en colère, à présent. »

« Je l'étais, » répondit Naruto.

« 'J'ai pas que ça à faire d'essayer de faire ami-ami avec un type qui a l'air d'avoir 'je vais tuer toute ta famille' écrit sur le front.'

Tu as explosé. 'Mec, t'es sérieux ?!' »

Il n'avait pas pu garder son calme en entendant ça. Il savait que Gaara pouvait paraître un peu antipathique au premier abord, parce qu'il se méfiait de tout et de tout le monde, mais Kiba avait pourtant bien vu que Gaara n'était pas quelqu'un de mauvais, et encore moins de dangereux. Cette insulte gratuite l'avait mis hors de lui. Naruto se faisait un devoir de défendre ses amis, même si cela voulait dire les défendre contre d'autres personnes qu'il aimait.

« Plusieurs personnes se sont retournées vers vous. Tu n'y as pas prêté attention, et tu as quitté la pièce, furibond. Kiba t'a suivi peu après, et vous êtes passés sans me voir. »

Ils avaient fini par s'expliquer. Naruto avait dit à Kiba qu'il n'était pas obligé de devenir ami avec Gaara, mais qu'il n'avait pas le droit de l'insulter de la sorte alors qu'il ne lui avait rien fait. Kiba avait ronchonné, mais avait fini par accepter de simplement l'ignorer. Il n'y arrivait pas toujours, même maintenant.

« Dans la cuisine, ma bonne résolution s'est envolée et j'ai repris du ponch. Je crois que je t'ai croisé en retournant vers Hinata, et en voyant le contenu de mon verre, tu m'as rappelé de boire de l'eau pour éviter la gueule de bois. J'ai dû te faire un vague signe de tête. »

Possible.

« Hinata a tout de suite compris qu'il s'était passé quelque chose. 'Tu vas bien ?' M'a-t-elle demandé. J'ai hoché la tête. Je ne voulais pas lui raconter. Elle sortait avec Kiba depuis quelques temps déjà, après tout. Peut-être qu'il était jaloux que je passe pas mal de temps avec elle, et que c'est une raison de son animosité envers moi, je ne sais pas. »

Kiba avait craqué sur Hinata quasiment dès qu'il l'avait vue au fameux pique-nique, mais il n'avait pas osé l'aborder. Etonnamment, Kiba était une grande gueule, mais il avait du mal à demander à une fille de sortir avec lui. Il avait mis longtemps avant d'oser se déclarer à Hinata. Et voir Gaara passer autant de temps avec celle qui lui plaisait, peut-être qu'en effet, ça avait empiré son opinion déjà peu positive de lui. Même si ça ne justifiait aucunement le comportement qu'il avait eu à son égard.

Heureusement qu'il n'avait jamais su qu'Hinata avait voulu sortir avec Gaara.

« Nous sommes restés encore un petit moment tous les deux. Je ne sais pas combien de temps, ça commençait déjà à devenir flou. Mais je sais que j'ai fini par me lever en titubant et en disant à Hinata que je devais faire quelque chose.

Je voulais te remercier. Pour avoir pris ma défense face à Kiba.

Ça avait comme un air de déjà-vu. »

Effectivement.

« Mais tant pis. Je voulais te dire merci. J'ai déambulé dans l'appartement à ta recherche, mais impossible de repérer ton t-shirt flashy parmi la foule. »

Un instant… Est-ce que c'était au moment où…

« Et puis j'ai fini par te trouver. La porte de la chambre de Sakura était entrouverte, et tu étais là. »

« C'est pas vrai… »

« En train de l'embrasser. »

Naruto soupira. En comprenant que Gaara allait parler de cette soirée, il y eut deux choses dont il espérait que Gaara n'avait pas été témoin : sa dispute avec Kiba, et son baiser avec Sakura.

« Oups… » Murmura-t-il amèrement.

« Je ne peux pas vraiment prétendre que j'étais choqué. Je m'y attendais. Je m'y étais préparé. Je n'espérais même pas autre chose. »

Naruto n'était même pas sûr de savoir pourquoi il redoutait que Gaara ait vu ça. Comme dit, il s'y attendait.

Mais ça ne voulait pas dire que ça l'avait laissé de marbre.

« Tu m'avais bien dit qu'elle ne t'avait pas dit oui, mais qu'elle ne t'avait pas non plus dit non ; qu'elle avait surtout l'esprit trop occupé par ses études pour le moment. »

Il avait fini par dire à Sakura qu'elle lui plaisait. Elle avait répondu qu'elle était flattée, mais qu'elle ne pouvait pas donner de réponse définitive tout de suite, car elle voulait se concentrer sur son concours. Lors de cette soirée, dans l'euphorie du moment, elle avait décidé de laisser une chance à Naruto.

« Je suis sorti de mon état second en entendant quelqu'un me dire en riant, 'il vaut mieux les laisser tout seuls, ces deux-là, ça devient chaud !' »

… Classe.

Ce n'était même pas allé plus loin qu'un baiser passionné, à vrai dire. Ils étaient tous les deux un peu éméchés et avaient décidé d'en rester là. En en reparlant quelques jours plus tard, ils s'étaient rendu compte qu'aucun des deux n'avait finalement envie d'aller plus loin. Ils se sentaient mieux en tant qu'amis.

« C'est à cet instant-là, alors que je reprenais conscience de mon environnement, que mon corps en a profité pour me faire comprendre quelque chose : j'étais saoul. Forcément. J'avais bu plusieurs verres de ponch, je n'avais quasiment rien mangé, je ne bois jamais d'alcool… Pas difficile de faire l'équation.

Je me suis soudain senti très mal. Je ne sais pas trop comment, mais j'ai trouvé les toilettes et je m'y suis enfermé. Et bien sûr, j'ai rendu tout ce que je pouvais rendre – désolé pour l'image. »

Naruto était déjà passé par là lui aussi.

« Mon corps m'a lâché. Je ne trouve pas d'autre façon de le dire. Je ne sais pas si c'était l'alcool, ce moment de faiblesse physique, ce retour des sentiments négatifs, tout ça à la fois… Mais en plus de vomir, j'ai fait une crise d'angoisse. »

Tout ce qu'il avait retenu en lui et accumulé avait dû vouloir sortir à ce moment-là.

« Je m'en souviens à peine. Je ne sais plus comment mon corps a réagi, si je respirais mal, si je me suis pris la tête dans les mains à m'en faire mal, ou si je me suis contenté de rester allongé par terre en position fœtale, je ne sais plus. »

Ce n'était visiblement pas la première fois que ça lui arrivait.

« Je me souviens seulement de l'angoisse, de la peur, du dégoût… Du dégoût envers moi-même.

Je n'étais pas normal. Les gens ne m'aimaient pas. Faire des efforts ne servait à rien. Essayer ne servait à rien. Tout le monde allait me lâcher. Toi-même, tu finirais par me lâcher. Tout recommençait, j'avais eu tort d'espérer autant. Je n'aurais pas dû prendre ce risque, et j'allais à nouveau en payer les conséquences. Voilà les pensées qui tournaient en boucle dans ma tête, sans s'arrêter.

Quelqu'un a toqué à la porte des toilettes. Je ne sais pas depuis combien de temps j'y étais. J'ai finalement réussi à ouvrir la porte, et Shikamaru était de l'autre côté. Je devais avoir l'air pitoyable. Il m'a demandé si je voulais qu'il aille te chercher, et j'ai répondu non. Je ne voulais pas que tu me voies dans cet état, je ne voulais pas que tu me demandes d'explications. Je ne voulais pas te voir. J'avais honte de l'état dans lequel j'étais… J'avais honte d'être ce que j'étais.

Bizarre. Silencieux. Introverti. Gay. Amoureux de toi. Malheureux. J'avais honte d'être moi. »

Naruto stoppa la cassette.

Il se leva, car il avait besoin de marcher. De bouger. D'être actif. Il prit machinalement le chemin pour rentrer chez lui, mais il ne faisait pas vraiment attention.

Même s'il savait que Gaara avait tout fait pour cacher son état, il s'en voulait. Il s'en voulait de n'avoir pas vu qu'il allait aussi mal. Il avait bien remarqué que Gaara n'était plus dans son assiette depuis quelques mois, mais quand il lui en avait parlé, Gaara avait simplement répondu que c'était à cause de ses cours et des examens. Naruto n'avait pas cherché plus loin, puisqu'il lui avait rapidement fourni une explication, pour une fois.

Une vague de colère s'empara soudain de lui. Pourquoi Gaara n'avait-il pas demandé de l'aide ? A lui ou bien à quelqu'un d'autre, Shikamaru, Hinata, Temari ? Pourquoi avait-il préféré rester aussi longtemps seul dans sa misère ?

Naruto jura. Il s'assit là où il le put, sur les marches d'un immeuble. Il prit une grande inspiration et expira lentement pour tenter de se calmer.

Etait-ce seulement vrai que Gaara n'avait pas demandé d'aide ? Le fait qu'il ait autant bu ce soir-là, est-ce que ça n'aurait pas dû mettre la puce à l'oreille de Naruto ? Avait-il raté autre chose ?

Puis il se frappa mentalement. Gaara avait trouvé la force de tout raconter à quelqu'un. Et ce quelqu'un, c'était lui. Il essaya de se mettre un instant dans la tête de son ami : alors qu'il gisait dans les toilettes chez Sakura, il pensait qu'il ne valait rien et que personne ne pourrait faire quoi que ce soit pour lui. Comment demander de l'aide quand on est persuadé que ça ne marchera pas ?

Les choses étaient différentes, à présent. L'appel au secours de Gaara était juste là, dans son sac. Quelque chose avait changé, il ne savait pas encore quoi, mais l'essentiel était là : Gaara avait pris une décision, la plus dure à faire, et il avait parlé.

Quelqu'un voulut rentrer dans l'immeuble devant lequel il était assis. Il s'excusa et reprit sa route, en profitant pour terminer la lecture de la cassette.

« Shikamaru m'a raccompagné chez moi. M'a traîné chez moi serait plus exact. Il m'a dit qu'Hinata s'était inquiétée de ne pas me voir revenir et que j'avais l'air d'avoir trop bu, il a donc vérifié les toilettes en premier. »

Naruto avait entendu dire que quelqu'un avait été malade et s'était enfermé dans les toilettes, mais il n'avait jamais cherché à savoir qui. Pour lui, Gaara était déjà parti à ce moment-là, étant donné qu'il ne l'avait pas vu depuis un moment.

S'il avait su…

« Je lui ai fait jurer de ne rien dire à Temari, ni à toi. Il est resté un peu pour s'assurer que j'irais bien. Je l'ai remercié du mieux que je pouvais, dans l'état où j'étais. Je n'ai pas beaucoup dormi cette nuit-là, et je l'ai payé cher le lendemain. Ainsi que les jours suivants.

Merci de m'avoir défendu. Merci d'avoir été là. Depuis cette soirée, je crois que je n'ai pas été très facile à vivre. Mais tu as continué à être là. A essayer de me faire rire, de me faire sortir. Je ne voulais plus parler aux gens, mais tu ne m'as pas abandonné. Même quand je t'ai envoyé sur les roses. Plusieurs fois. Je ne mérite pas un ami comme toi. »

« Dis pas de bêtises, » dit Naruto doucement. Il avait agi comme il estimait qu'un ami devait agir. De son point de vue, il n'avait pas fait plus que ce qui lui semblait nécessaire dans ce genre de situation.

« Tu as su être présent pour moi, et j'en avais besoin. Vraiment besoin. Parce que je commençais à retomber dans un état dans lequel je m'étais juré de ne plus retomber. »

… Ok, ce n'était pas rassurant du tout. Naruto ralentit inconsciemment le pas.

« Je vais t'expliquer ce qu'était cet état. Mais pour ça, je dois te raconter comment j'y suis tombé la première fois. Je te l'ai déjà dit, ça me fait peur. Je pensais que j'avais mis cette page derrière moi et que je n'en entendrais plus parler.

Mais tant qu'on refuse d'y faire face, le passé finit toujours par nous rattraper. »

Fin de la cassette.

Naruto sortit immédiatement son téléphone et fouilla dans son répertoire. Il composa le numéro qu'il cherchait, et la tonalité retentit longuement, jusqu'à ce qu'une voix monocorde se fasse entendre : « Allô ?

- Shika ? Je te dérange pas ?

- Non, sinon j'aurais pas décroché.

- Euh, ok… Dis, tu te souviens de l'anniversaire de Sakura, il y a quelques mois ?

- … Oui. » Il savait de quoi Naruto allait parler, de toute évidence. Il reprit en parlant plus bas. « Gaara raconte dans quel état il a fini la soirée ?

- Oui… Est-ce que… Est-ce qu'il t'a dit quelque chose en particulier ?

- Non, il ne voulait juste pas que toi ou Temari sachiez qu'il s'était retrouvé à vomir ses tripes chez Sakura.

- Rien de plus ? Insista Naruto.

- Si tu me demandes s'il a donné les raisons pour lesquelles il avait autant bu, non, il n'a rien dit. » Shikamaru chuchotait presque. « Mais j'imagine bien que ça n'allait pas, le connaissant. C'est pour ça que je suis resté un peu chez lui après. Je lui ai fait avaler quelque chose, et il a fini par reprendre des couleurs. Il m'a dit qu'il ne recommencerait plus jamais, il avait l'air d'avoir compris la leçon. Je lui ai dit qu'il pouvait venir me trouver la prochaine fois qu'il avait envie de noyer quelque chose dans l'alcool, et je suis part…

- Shika ! T'es où ? Demanda une voix féminine en fond, que Naruto crut reconnaître.

- Au téléphone, répondit Shikamaru en soupirant.

- Attends, t'es avec Temari ? S'exclama Naruto. Gaara est là ? Tu l'as vu ? Comment il va ?

- Eh, du calme. On est chez mes parents pour quelques jours… Je voulais que Tem et eux se rencontrent.

- Oh, c'est trop mignon ! Fit Naruto, attendri.

- La ferme.

- Donc tu n'as pas vu Gaara ?

- Non, je n'ai pas vu Gaara. D'après Temari, ça peut aller, sans plus ; il a surtout l'air crevé. Elle a hésité à venir avec moi pour ne pas le laisser tout seul, mais il lui a dit que ça irait et qu'il lui enverrait un message tous les soirs, si ça pouvait la rassurer. C'est d'ailleurs ce qu'il fait. Pourquoi tu l'appelles pas directement ?

- J'ai pas fini ses cassettes, et il m'a demandé de ne pas le contacter avant d'avoir terminé.

- Bah magne-toi de les finir, alors, lâcha Shikamaru. Ça m'a tout l'air de te mettre dans tous tes états.

- C'est pas faux, haha ! Et euh… Merci.

- De rien. Mais de quoi ?

- De m'avoir répondu… Et de t'être occupé de Gaara après la soirée.

- C'était bien normal. Veille à ce qu'il ne s'approche plus d'un verre d'alcool, ça lui réussit pas.

- C'est noté ! »

Il remercia de nouveau Shikamaru, qui lui répondit d'un air amusé que ce n'était rien. Après avoir raccroché, Naruto soupira. Il ne savait pas trop ce qu'il avait attendu de ce coup de fil, il avait surtout ressenti le besoin de remercier Shika d'avoir été là pour Gaara. Contrairement à lui, Shika avait vu que quelque chose n'allait pas ce soir-là.

Naruto secoua la tête. Ce qui était fait, était fait, il ne pouvait pas revenir dessus. A présent, il devait se concentrer sur ce qu'il pouvait faire maintenant. Et ce qu'il pouvait faire, c'était se donner un coup de fouet pour terminer d'écouter les cassettes. Il n'en restait que deux.

Déterminé, il décida qu'il s'y remettrait dès la fin de ses heures de travail de la journée.


Note 1 : Petit rappel que l'alcool est dangereux pour la santé, alors si vous décidez d'en consommer, faites-le avec modération !

Note 2 : En me relisant je me rends compte que, dans ce chapitre, on retrouve quand même un certain nombre d'éléments communs avec le passage de la soirée dans 13RW mdr. Bon, j'avais prévenu que ça risquait d'arriver, mais vous avez le droit de me jeter des tomates si vous trouvez que ça fait trop x)

Note 3 : En vrai j'aime bien Kiba sachez-le :'(