Hello ! Nous sommes un vendredi 13, aujourd'hui ! :o J'essaie désespérément de me débarrasser de mes superstitions, mais c'est pas toujours évident :'D

Mais osef car cela n'a rien à voir avec le chapitre XD Je vous laisse donc avec, en espérant, comme d'habitude, que cela vous plaira ! Bisous !


Cassette 6, Face B

« … J'ai du mal à croire que je viens de te raconter tout ça. J'ai l'impression d'être ailleurs, d'être quelqu'un d'autre, que ce n'est pas à moi que c'est arrivé et que je ne suis qu'un simple spectateur. »

Naruto lui-même avait du mal à croire qu'il venait d'entendre ce récit.

Il avait décidé de rester au kiosque, au moins pour l'instant. Il s'y sentait bien, et au calme. Il aviserait au moment d'entendre la prochaine destination.

« J'ai enchaîné directement sur cet enregistrement après avoir terminé le précédent, car sinon je risquais de ne jamais le faire. Je suis désolé si je parais un peu déboussolé.

Après la soirée chez Sakura, mon armure était définitivement cassée. Je n'arrivais pas à la réparer. Et là, c'était comme si j'avais désactivé un bouton pause quelque part et que le temps avait repris son cours.

Sauf que je l'avais mis sur pause alors que j'étais adossé contre une baignoire, quelques années plus tôt, et que j'étais prêt à appuyer définitivement sur le bouton stop. »

Tout était revenu le frapper de plein fouet.

« C'était comme si j'avais été aspiré, qu'on m'avait forcé à remonter le temps, et toutes les émotions que j'avais bloquées, toutes les pensées négatives, la colère, la peine, la tristesse, tout était revenu me hanter d'un seul coup. La cocotte-minute qui explose, comme tu me l'avais dit. »

Naruto aurait préféré avoir tort.

« Ce n'est probablement pas ce que tu souhaiterais entendre, mais au bout d'un moment, j'ai recommencé à avoir des idées noires… »

Non, ce n'était pas ce qu'il aurait souhaité entendre. Mais il s'y attendait depuis la face précédente. Il soupira, sentant les larmes lui monter aux yeux à nouveau. Il ne réalisait toujours pas qu'il était passé à côté de la souffrance de son ami.

« Je vivais par automatisme. J'allais en cours, mais parfois, alors que j'étais dans la salle en train de prendre des notes, je prenais conscience d'où j'étais, et je ne me souvenais même pas avoir fait le chemin jusqu'à la fac. Hinata me demandait si ça allait. Je lui assurais que oui, que je me sentais juste un peu débordé, rien de grave. »

Elle lui en avait parlé. Mais Naruto ne savait rien de plus que ce que Gaara avait bien voulu lui dire. Elle aussi avait accepté l'excuse des études, car elle-même avait senti le rythme s'accélérer, mais elle n'était pas complètement dupe non plus.

Ils avaient été plusieurs à remarquer que Gaara allait moins bien, mais personne n'avait soupçonné à quel point. Que se serait-il passé s'il n'avait pas parlé, pensant qu'il ne pouvait pas être aidé ?

« Mais quand je rentrais le soir, non, ça n'allait pas. Même me faire à manger devenait le parcours du combattant, alors que c'est d'habitude un plaisir. Comme la lecture. Ça fait quelques mois que je ne lis presque plus. »

Sa voix devenait plus lente.

« Je faisais ma recherche de job d'été dans les rares moments où j'allais mieux… Du moins, où ça allait à peu près. Cela me donnait un but à court terme. Mais j'ai failli ne même pas répondre au téléphone quand on m'a rappelé, car c'était dans un 'mauvais moment.'

Et il y a quelques semaines, un drôle d'événement s'est produit. »

Plus lente, mais aussi plus grave.

« Mon frère est venu me rendre visite. C'était prévu depuis pas mal de temps. J'ai essayé de paraître le plus neutre possible. Lui aussi ; je voyais qu'il avait quelque chose à me dire, mais qu'il ne savait pas comment aborder le sujet. »

Décidément. Kankuro n'avait pas l'air d'être un grand parleur non plus.

« Je n'avais même pas envie de lui dire de cracher le morceau, je m'en fichais. Mais au bout d'un moment, j'ai fini par soupirer en lui demandant de me dire ce qu'il avait à me dire, histoire qu'on en finisse. »

Ok, la lenteur et la gravité de la voix de Gaara n'étaient plus naturelles du tout, à présent…

« Mon ex— »

Plus rien.

« … »

Naruto observa son walkman.

« Les piles sont mortes. »

Le constat était sans appel. Il se mit à rire nerveusement sans plus pouvoir s'arrêter. « Les piles sont mortes ! Et au meilleur moment, en plus ! »

Ses nerfs commencèrent à le lâcher. « Punaise, mais c'est un sketch ! S'exclama-t-il enfin. Pourquoi il faut que ça arrive maintenant ?! » Il fourra son walkman dans la poche de son sweat et rentra chez lui en quatrième vitesse.

Une fois arrivé, il retourna son appartement sens dessus dessous à la recherche de nouvelles piles, mais il ne put en trouver aucune. Il devait se rendre à l'évidence : il ne pouvait rien faire jusqu'au lendemain matin. Il jura, dépité, et s'affala sur son lit, incapable de trouver le sommeil.

Le lendemain, la première chose qu'il fit fut de se rendre à la première supérette qu'il trouva pour acheter des piles. Il se pressa jusqu'à la caisse avec l'idée de sortir du magasin le plus vite possible, mais alors qu'il déposait son achat sur le tapis roulant, la caissière l'interpela : « Naruto ? »

Il leva le nez. « Tenten ? S'étonna-t-il en reconnaissant son amie. Qu'est-ce que tu fais là ?

- Bah… J'essaie de gagner un peu de sous, répondit-elle, surprise par la question. Je l'ai dit samedi, que j'avais fini par trouver un truc !

- Ah, euh, ouais, j'avais oublié.

- Tu m'as l'air fatigué. Tu sais, les piles, c'est pour les machines, pas pour les humains !

- Ha, ha, ha, fit Naruto, tout en souriant à la blague. J'ai juste mal dormi cette nuit.

- C'est pourtant pas la pleine lune ! Plaisanta Tenten.

- Wow, toi, par contre, tu es en forme !

- La vie est trop courte pour ne pas faire de blagues nulles !

- C'est vrai ! La vie est… La vie est trop courte. »

Une vague de tristesse passa sur son visage. Mais il se reprit rapidement et sourit.

« Bon, tu payes ? Il y a des gens qui arrivent ! » Dit Tenten. Naruto vit une vieille dame déposer ses courses, juste derrière lui. Il s'excusa et tendit son argent à Tenten, qui lui souhaita une bonne journée.

En sortant, il se remémora cette simple phrase : « la vie est trop courte. » Il n'avait pas pu s'empêcher de penser à Gaara.

Naruto n'avait jamais réfléchi à l'éventualité qu'il puisse perdre l'un de ses proches. Certes, il avait perdu sa mère, mais il avait à peine eu deux ans et demi quand c'était arrivé, il ne se souvenait pas d'elle.

Aujourd'hui, la situation était différente : il prenait conscience qu'il aurait pu perdre son ami, et cela le terrifiait. Il avait le sentiment qu'il aurait été envahi de regrets. Il n'avait encore jamais pris le temps de dire à Gaara qu'il était pour lui quelqu'un de précieux, tout autant que les autres. Bien sûr, il le lui montrait par des actes concrets – du moins, il l'espérait – mais il ne le lui avait jamais dit mot pour mot, et Gaara aurait sûrement eu besoin de l'entendre.

La vie était trop courte pour ne pas dire à ses proches qu'on les aimait.

Il pensa à son père. Quels regrets aurait-il si Iruka venait à disparaître brusquement ? Il ressentit soudain le besoin de lui envoyer un message. Il aurait préféré l'appeler, mais Iruka était au travail, à cette heure-ci. Il sortit son téléphone et tapa : « Coucou Papa ! Juste un petit message parce que j'avais envie de te rappeler que tu es le meilleur père du monde et que je suis fier d'être ton fils. Passe une bonne journée. Je t'aime. » Satisfait, il appuya sur « Envoyer. »

Son téléphone encore dans ses mains, il réprima avec difficultés l'envie d'envoyer à présent un message à Gaara.

« Non. Pas encore. On y est presque. » Outre la promesse qu'il s'était faite de répondre à la demande de Gaara, il sentait qu'il devait attendre d'avoir fini les cassettes avant de lui en parler. Il allait bientôt pouvoir le contacter, et il pourrait alors lui dire tout ce qu'il souhaitait lui dire. Mais l'attente devenait interminable. L'était-elle aussi pour Gaara ?

Il reprit sa route d'un pas déterminé. Seulement, son portable se mit à vibrer dans sa poche ; il s'agissait de son patron. L'un de ses collègues avait dû rentrer chez lui, malade, et il demandait à Naruto s'il voulait bien venir travailler plus tôt et le remplacer. Il pourrait partir plus tôt le soir.

Ce n'était pas vraiment dans ses plans, mais il n'avait pas non plus beaucoup le choix. Il accepta et, après avoir raccroché, il maugréa pour lui-même : « Le monde se ligue contre moi pour que je ne finisse pas ces cassettes, ou quoi ? »

Puis il réfléchit et se dit qu'au final, c'était un mal pour un bien. Ainsi, il aurait toute la soirée pour être tranquille et terminer les cassettes. Autant voir le bon côté des choses.


Une fois le soir venu, il se força à prendre le temps de manger, pour une fois qu'il le pouvait. Il aurait voulu pouvoir retourner immédiatement au kiosque, mais il savait aussi qu'il avait besoin de se poser un peu avant de repartir, pour pouvoir être dans de meilleures dispositions.

En retournant au kiosque, il décida de mettre son téléphone en mode silencieux. La seule personne dont il attendait éventuellement des nouvelles était Iruka, et il l'avait déjà rappelé. Il avait été ému par le message de Naruto et lui avait demandé s'il y avait une raison particulière pour qu'il lui dise ce genre de choses.

« Je n'ai pas besoin d'un prétexte pour te dire que je tiens à toi, Papa, avait simplement répondu Naruto.

- C'est vrai, avait concédé Iruka. Sache que je t'aime aussi, mon fils. »

Naruto sourit en y repensant. Il était content d'avoir envoyé ce message. Il décida qu'il n'hésiterait plus à dire à ses proches qu'il les aimait. Cela pouvait parfois faire toute la différence.

Il arriva enfin au kiosque, et il se réinstalla au même endroit que la veille. Il rembobina un peu la cassette, et le bruit du walkman fonctionnant de nouveau fut extrêmement satisfaisant.

« —frère est venu me rendre visite. C'était prévu depuis pas mal de temps. J'ai essayé de paraître le plus neutre possible. Lui aussi ; je voyais qu'il avait quelque chose à me dire, mais qu'il ne savait pas comment aborder le sujet.

Je n'avais même pas envie de lui dire de cracher le morceau, je m'en fichais. Mais au bout d'un moment, j'ai fini par soupirer en lui demandant de me dire ce qu'il avait à me dire, histoire qu'on en finisse.

Mon ex l'avait contacté. »

« … Ah ouais, tu m'as vraiment interrompu au passage important, en fait, » dit Naruto à l'adresse de l'appareil entre ses mains.

« 'Il m'a trouvé sur les réseaux sociaux, il a reconnu mon nom,' m'a expliqué Kankuro. D'après lui, il voulait me parler. Il a demandé s'il pouvait avoir mon adresse mail ou mon numéro, mais mon frère lui a dit qu'il ne pouvait pas les lui donner sans en avoir discuté avec moi d'abord. »

Gaara n'était sur aucun réseau social. Ce n'était pas très surprenant, venant de lui. Et puis il n'avait probablement aucune envie de savoir ce qui pouvait se dire sur lui en ligne.

« J'étais paralysé. J'ai seulement pu faire 'non' de la tête. Je n'ai rien pu dire de plus. »

Naruto en fut étonné. Ça devait être perturbant, mais c'était pourtant l'occasion idéale de le revoir. Il était perplexe et n'arrivait pas trop à savoir ce qu'il pensait de cette information.

« Quand mon frère est parti, j'ai paniqué. Je ne comprenais plus rien à la situation, je ne savais pas ce que je devais faire. Peut-être que tu te demandes pourquoi j'ai dit non à cette opportunité de reparler à mon ex. Je suis tout simplement terrifié. Mon passé était en train de m'anéantir à nouveau, et voilà que l'une des pièces centrales revient sur le devant de la scène. »

En effet, cela ne tombait vraiment pas au bon moment.

« Aujourd'hui, lorsque je repense à… A lui, c'est surtout la tristesse qui m'envahit. La tristesse de savoir que notre histoire s'est horriblement terminée, et que j'avais eu tort d'espérer que tout se passerait bien. J'avais beaucoup souffert de savoir qu'il avait coupé les ponts et que je ne pourrais plus le revoir, mais j'avais fini par me faire à l'idée. Je me disais que c'était mieux comme ça.

Et là, j'essayais de me débattre contre les mauvais souvenirs, contre les mêmes sentiments négatifs qu'au moment de notre séparation, d'oublier que j'étais retombé amoureux et que ça ne mènerait nulle part – comme avec lui… Je me raccrochais à la certitude que cette partie-là du passé était terminée, et cette certitude venait de se briser.

Je me sentais étouffé. J'étais au plus bas… »

Sa voix était de nouveau étranglée. Naruto ne s'y habituait pas.

« Je ne pouvais pas accepter. Je ne le peux pas. C'est trop pour moi. Je voulais juste tourner la page une bonne fois pour toutes. »

Il fit une courte pause.

« Et alors que j'étais en train de m'engluer dans la peur, une pensée a fini par surgir. Comme une lumière au milieu des ténèbres.

Toi. »

Naruto ne put retenir un sourire en entendant la voix de Gaara redevenir plus vivante et teintée d'espoir.

« Point numéro 12 sur la carte. Le dernier. »

Il regarda la carte. Lorsqu'il trouva le numéro, il rit en levant les yeux au ciel. Le repère indiquait le parc où il se trouvait actuellement.

Et il savait que Gaara pensait spécifiquement au kiosque.

Ils y avaient eu une discussion un peu bizarre, pleine de non-dits, durant laquelle Naruto avait essayé de faire comprendre à Gaara que si quelque chose le tracassait trop, cela lui ferait probablement du bien d'en parler. C'était assez récent, pas très longtemps avant que Gaara ne parte chez Temari. Il s'en souvenait bien, mais il avait été loin de mesurer l'importance de ce moment. Maintenant qu'il avait toute l'histoire, il comprenait que ce devait être un événement-clé pour Gaara.

Est-ce que c'était là qu'il avait décidé de faire les cassettes ?

Il verrait bien. Il rangea la carte, encore surpris d'avoir inconsciemment choisi cet endroit en particulier pour terminer l'écoute.

« Depuis cette soirée où j'avais commencé à perdre pied, tu étais avec moi. Quand tu as vu que je n'allais pas très bien mais que je ne voulais rien dire, tu as continué à essayer de me faire sourire. Quand je voulais rentrer m'enfermer chez moi, seul, tu m'obligeais à te suivre pour prendre l'air, et tu me distrayais en parlant de tout et de rien. Quand je t'ai crié dessus parce que je ne voulais pas d'une énième sortie, tu ne m'en as pas voulu, et tu m'as envoyé un message pour t'excuser parce que tu n'avais pas voulu être aussi intrusif, alors que tu n'avais rien fait de mal. Quand je suis aveuglé par l'obscurité qui m'embrume l'esprit, tu trouves un moyen de la chasser.

Quand je considère l'éventualité de tout lâcher, tu es la personne qui me convainc de ne pas abandonner. »

« Nom de dieu, » jura-t-il à voix basse, très ému.

« Je suis désolé… Est-ce que j'en fais trop ? »

Non. C'était juste sincère. Et Naruto était plutôt rassuré de l'entendre, même s'il aurait voulu que Gaara ne considère jamais cette éventualité.

« Tant pis pour moi. Je ne fais plus attention, les mots me viennent tous seuls de cette façon. »

A la première cassette, Naruto s'était étonné d'entendre Gaara lui avouer qu'il l'avait aidé bien plus qu'il ne pouvait l'imaginer. Et en effet, il n'aurait pas pu imaginer ça. Son cœur se serra.

« J'ai pensé à toi. A ton sourire, ta joie de vivre. A ton amitié, que tu avais accepté de me donner, et qui m'avait changé la vie, petit à petit, sans que je m'en rende compte immédiatement. Je ne voulais pas perdre ça. Je me suis souvenu que je ne m'étais jamais senti aussi vivant que depuis que je t'avais rencontré. »

C'était déconcertant de se dire que l'on avait sorti quelqu'un d'un abîme aussi profond que celui où était Gaara, simplement en étant son ami.

Mais Gaara avait toujours été déconcertant pour Naruto.

« Alors quand tu m'as dit que tu étais en train de te balader et que je pouvais te rejoindre si je le voulais, j'ai dit oui.

J'ai bien failli ne pas le faire. Je voulais te dire de me lâcher, que tu me laisses tranquille. Mais j'ai eu comme un déclic. J'avais envie de te voir… Non, besoin de te voir. J'avais besoin de me souvenir que j'avais des raisons de rester. Je ne voulais pas sombrer. Je voulais remonter à la surface, même si ça ne durerait pas. »

C'était un soulagement de l'entendre dire qu'il ne voulait pas plonger.

« Je t'ai rejoint. Nous avons fini par nous poser au kiosque. Pendant ce laps de temps où j'étais avec toi, j'ai pu tout oublier : les souvenirs, mon ex, mon père… Il n'y avait plus que toi, tes rires, tes anecdotes, ta décontraction naturelle et ton insouciance presque communicative.

J'avais besoin de t'avoir près de moi, d'avoir près de moi cet ami avec qui je parvenais à me sentir bien. Sur le coup, il n'était même pas question de mes… De mes autres sentiments pour toi. Simplement du lien que nous avions et qui m'était tellement bénéfique. Même si pourtant, quand je t'ai demandé si ça allait avec Sakura – puisque je pensais que vous sortiez ensemble depuis la soirée mais tu ne m'en avais jamais reparlé, et que tu m'as dit que ça ne s'était pas fait et que ça ne se ferait probablement pas… C'est très égoïste de ma part, mais je me suis senti soulagé. »

Naruto sourit. Il pouvait comprendre, et il ne le blâmait pas.

« Je me suis vite rappelé que ça ne changerait rien pour moi. Mais je ne voulais pas y penser. Pas tout de suite. J'aurais bien le temps de me le répéter après. »

Son sourire s'effaça. Encore une fois, il aurait voulu répondre quelque chose, mais il ne le put pas.

« Je voulais juste profiter de ce moment. Je voulais juste faire une pause, une pause agréable, juste avec toi, sans rien pour venir gâcher cette quiétude. Juste pour quelques heures au moins. Je ne demandais rien de plus.

Vint un moment où je me suis perdu dans mes pensées. Tu m'as demandé : 'Est-ce que ça va ?'

Je t'ai regardé. Tes grands yeux bleus étaient fixés sur moi, dans l'attente d'une réponse. Ta voix avait été douce et soucieuse. Tu fronçais légèrement les sourcils.

Tu semblais vraiment inquiet pour moi. »

Au bout d'un moment, même Naruto ne pouvait plus cacher son inquiétude. Cela faisait quelques semaines qu'il voulait lui poser cette question, mais lorsqu'ils étaient tous les deux et que Gaara semblait globalement comme d'habitude, il ne voulait pas gâcher ces moments. Parfois, il lui demandait si ça allait sur le ton d'une discussion normale dans l'espoir de le faire un peu parler, mais Gaara se renfrognait en disant que oui, puis il faisait tout pour passer à autre chose.

« J'ai été à deux doigts de tout te dire, de tout lâcher. Je voulais hurler que non, ça n'allait pas, que j'avais mal, que tout allait mal. Je voulais te raconter tout ce que je t'ai raconté sur ces cassettes : les moqueries, le rejet, l'indifférence de mon père… Puis mon ex, ce que mon père avait fait, ce que j'avais voulu faire… Le fait que mon ex avait voulu me contacter, que tout ce qui me faisait mal revenait me frapper, que ça me rendait malade… Je voulais te dire que je t'aimais, que je tenais à toi plus que tout au monde, que tu m'avais aidé à un point insoupçonnable… Je voulais te dire que je te devais tellement de choses et que je ne savais pas comment te remercier.

Je voulais te dire que j'avais besoin d'aide. »

« Je suis là pour t'aider. Je l'ai toujours été. Je continuerai de l'être. »

« Mais je n'ai rien dit de tout ça. Je t'ai simplement répondu, 'Oui, ça va.' »

Naruto s'en souvenait. Gaara avait affiché un léger sourire, mais qui ne parvenait pas à cacher complètement la vérité.

« Tu m'as souri, mais tu n'as pas eu l'air convaincu. Néanmoins, tu n'as pas souhaité insister. Par contre, tu m'as dit : 'Parfois, il faut apprendre à dire ce qu'on a sur le cœur, même si c'est difficile et que ça fait mal. Parce qu'on peut se retrouver avec un fardeau qui finit par devenir trop lourd à porter et qui ne fera que nous briser le dos. C'est plus facile d'avancer quand le poids est partagé.'

Ce qui a été très difficile à cet instant précis pour moi, ça a surtout été de ne pas craquer. Je ne sais toujours pas comment j'ai fait pour ne pas me mettre à pleurer devant toi. »

Il restait un peu d'armure, malgré tout.

« Tu te souviens comment j'ai réagi, ou pas ? »

Oui.

« 'C'est très gentil, Naruto. Mais je n'en ai pas besoin.'

Je suis vraiment stupide. »

« Pas autant que moi pour avoir cru que c'était vrai, » dit Naruto.

« Et là, tu m'as dit : 'Ok. Mais si jamais ça devait t'arriver un jour, je serai là.' Et tu es parti sur des sujets plus enjoués.

Quand je suis rentré chez moi, là, j'ai craqué. Une fois de plus. C'était devenu une routine.

J'ai repensé à ce que tu m'avais dit. A cette histoire de fardeau à partager. Est-ce que c'était une bonne idée ? Depuis toujours, je me disais que ça ne servait à rien, que remuer les choses qui font mal, ça ne donnerait rien de plus que ça : se faire encore plus mal. Qu'est-ce que ça me changerait d'en parler à quelqu'un ? En quoi ça m'avancerait de raconter ma vie, alors que j'aurais donné n'importe quoi pour en avoir une meilleure ? A part me donner l'impression que je ne ferais que geindre dans le vide ? »

Est-ce qu'il repensait au jour où il s'était mis en colère contre son père et que ce dernier n'avait même pas sourcillé ?

« Et pourtant… Pourtant, quand tu m'as demandé si ça allait, j'ai voulu tout te dire. Je me suis retenu parce que je me disais que ça ne changerait rien, et que tu n'aurais pas envie de m'écouter.

Et puis, ce fardeau était trop lourd, je ne voulais pas t'imposer de le porter avec moi.

C'est à ce moment précis que j'ai réalisé qu'effectivement, c'était trop lourd pour mes épaules. Il y avait beaucoup trop de choses que je n'avais pas dites. En vérité, je le savais déjà depuis longtemps. Mais la différence, cette fois-ci, c'est que j'ai compris que j'avais besoin de tout dire. J'avais besoin de me délester de ce poids, car je savais que si je ne le faisais pas, je resterais pour toujours coincé là où j'étais. Je devais parler. C'était ça, ou le bouton stop. Et je ne le voulais pas. Je ne voulais pas me sentir à nouveau aussi mal.

Pour la première fois, je voyais une autre issue possible pour mettre fin à la douleur qui me rongeait. »

Naruto sourit et soupira de soulagement. Gaara avait enfin trouvé la clé pour se libérer.

« J'étais enfin prêt à parler. Et il n'y avait aucune autre personne au monde que toi à qui j'aurais voulu me confier. Depuis deux ans, tu n'as jamais cessé d'être là pour moi. Que tu en aies eu conscience ou pas. J'avais peur, au début. J'avais peur que cette amitié que tu me proposais ne soit qu'une illusion. J'avais peur que tout soit gâché par quelqu'un d'autre ou bien par moi. Mais tu m'as toujours rassuré. Tu as été la seule personne assez patiente pour continuer à me faire sortir de ma cachette.

Tu as été la seule personne à trouver les mots justes. Toujours. Surtout à ce moment, au kiosque. »

Il baissa les yeux, un peu gêné. C'était une drôle de situation, car Naruto n'était pourtant pas réputé pour être doué avec les mots.

« Si tu n'étais pas venu me parler à la bibliothèque, si tu n'étais pas revenu sur tes pas pour me donner ton nom, peut-être que je n'aurais jamais accepté de te donner le mien. Je n'aurais sûrement jamais rencontré Shikamaru, Hinata, Lee… »

« Avec des si, on pourrait mettre un cachalot dans une boîte d'allumettes, » se dit Naruto. Peut-être qu'il serait retourné voir Gaara s'il avait vu qu'il continuait à rester seul au bout de quelques temps. C'était même probable. Peut-être aussi que quelqu'un d'autre serait venu vers lui…

Naruto se surprit à ressentir une légère pointe de jalousie à cette idée.

« J'aurais sûrement continué à rester seul, à refuser qu'on vienne me parler. Les rares visites de Temari et de Kankuro, qui ne peuvent pas venir me voir aussi régulièrement que lorsque je vivais encore chez mon père, n'auraient peut-être pas suffi.

Je te dois tellement de choses… »

« Moi aussi, » répondit-il. Grâce à Gaara, il avait pris conscience de certains de ses gros défauts ; il avait appris à être moins invasif et à garder ses distances avec les gens très introvertis, par exemple.

Et plus récemment, il avait appris à changer de point de vue sur certaines choses, et à ouvrir son esprit. Grâce aux cassettes, il s'était rendu compte qu'il pouvait être blessant sans le vouloir, par de mauvais choix de mots, ou en laissant passer des insultes dites sous le couvert de l'humour.

« J'ai beaucoup hésité avant de faire ces cassettes. J'ai une grande dette envers toi, et au lieu d'essayer de la rembourser, je t'offre le récit désastreux de ma vie… »

Ce n'était pas vrai. Il lui offrait le récit de la façon dont leur amitié lui avait été bénéfique. Il lui offrait une confiance assez grande pour lui parler de choses dont il n'avait jamais voulu parler avant.

Et plus que tout, il s'offrait à lui-même l'occasion de repartir sur de meilleures bases.

« Et il m'était impossible de tout te dire en face. Comme je te l'ai dit au début des cassettes, je me serais défilé. J'aurais oublié des choses. Je me serais embrouillé, je n'aurais jamais fini et je serais reparti me cacher sans plus jamais vouloir sortir et affronter ton regard.

Quand je me suis décidé pour les cassettes audio, j'ai commencé à noter dans les grandes lignes ce que je voulais dire. Rien que cet exercice m'a été extrêmement pénible. Et puis je ne savais pas par où commencer, ni dans quelle direction aller.

De fil en aiguille, j'ai réussi à créer une trame. Je pensais que j'allais surtout me concentrer sur le passé et les moments difficiles, mais ce qui est ressorti, ce sont les moments où tu m'as aidé. C'est alors que j'ai compris comment je devais organiser ces cassettes : à travers notre relation, notre amitié, et comment elle m'aide à maintenir la tête hors de l'eau. Pour pouvoir dire ce qui m'est arrivé, je voulais aussi te raconter le chemin qui m'a mené à pouvoir dire ce qui m'est arrivé.

Je ne sais même plus ce que je raconte, j'ai l'impression que rien de ce que je dis n'a de sens. »

Cela semblait parfaitement sensé à Naruto. Mais c'était vrai que Gaara avait l'air de plus en plus fatigué.

« J'ai tout dit. J'ai vidé mon sac. Pourtant, je sens que c'est loin d'être fini. Je me sens plus léger, et l'idée que quelqu'un écoutera ces cassettes… Que tu écouteras ces cassettes, ça me rassure, c'est vrai. Cependant, je suis encore plein de doutes. »

Les doutes n'allaient pas s'envoler d'un seul coup.

« Il m'arrive encore de me dire que je n'aurais pas dû les faire. Ou que je ne devrais pas te les envoyer, que tu ne vas pas vouloir les écouter. Une petite partie de moi a toujours peur. Mais je refuse d'y céder. J'ai confiance en toi, et je ne regrette pas ce que je viens de faire. Tu m'as dit que tu serais là pour moi si j'avais besoin de parler, et j'ai décidé de t'écouter. Parce qu'il faut que je continue à te faire confiance. Si tu m'as dit ça, c'est que tu le penses. Parce que tu as le cœur sur la main et que les paroles en l'air, ce n'est pas ton style. »

« Merci… » Murmura Naruto. Il était sincèrement touché. Par ce que Gaara disait de lui, mais aussi parce qu'il avait choisi de lui faire confiance, et de se faire confiance à lui.

« Et tout ça, c'est très bien, tu as mes cassettes, j'ai fait ce que j'avais besoin de faire, mais maintenant… »

Il s'était interrompu brusquement, comme s'il avait été soudainement frappé d'une révélation. Naruto fronça les sourcils, intrigué.

« Maintenant…

Maintenant, quoi ? »

Quelques secondes de silence, suivies par le bruit de la fin de l'enregistrement.

Naruto se souvenait que Gaara avait initialement prévu six cassettes, mais qu'il avait dû se passer quelque chose d'imprévu, d'où la présence d'une septième cassette dans la boîte à chaussures. Visiblement, en terminant cette histoire, il s'était rendu compte qu'il manquait quelque chose.

Naruto avait pris la dernière cassette avec lui, toujours déterminé à les finir ce soir-là. Il avait attendu bien trop longtemps, et il était temps pour lui de commencer à songer à une réponse. Il avait déjà quelques idées, mais il devait les mettre en ordre, lui aussi.

Il sortit la sixième cassette du walkman et la remit dans sa petite boîte en plastique. Avant de la ranger dans son sac, il la regarda en soupirant. Elle avait été la plus dure à écouter. Mais c'était nécessaire.

Il prit la septième et dernière cassette. Il l'observa longuement avant de la sortir de sa boîte. Lorsqu'il le fit, il la retourna et vit qu'il n'y avait rien d'inscrit sur la face B. La prochaine écoute serait donc officiellement la dernière.