Bonjour ! Treizième chapitre, déjà... Dommage que ce soit pas celui-là que j'ai posté la semaine dernière, le 13, ça aurait été rigolo x)
Dernière cassette de Gaara, la fin est proche... En espérant que ça vous plaira !
Cassette 7, Face A
Avant d'entamer l'écoute de la dernière cassette, Naruto se leva pour se dégourdir un peu les jambes. Cela ne faisait pas longtemps qu'il était assis, mais il lui semblait que c'était une éternité.
Il appréhendait cette écoute. Car c'était la dernière, et elle était probablement déterminante. Et puis il allait se pencher enfin plus précisément sur sa réponse ; il lui était inenvisageable d'attendre de revoir Gaara pour lui parler.
Mais plus il approchait de la fin, plus il avait la sensation que répondre à Gaara ne serait pas aussi facile que ce qu'il pensait.
Il se rassit.
« Re-bonjour, Naruto.
Il s'est écoulé environ deux semaines depuis que j'ai fini d'enregistrer les six premières cassettes. Je n'avais pas prévu d'en faire plus, mais comme tu l'as compris, j'ai changé de plan.
Je suis à présent chez Temari. J'ai racheté une cassette et j'ai emporté mon petit matériel avec moi. J'avais prévu de t'envoyer le paquet de là-bas, de toute façon. Je profite du fait que ma sœur soit sortie pour la soirée.
Lorsque je suis arrivé à la fin de la dernière cassette, j'ai eu un nouveau déclic. Qu'est-ce que j'allais bien pouvoir faire après t'avoir envoyé mes enregistrements ? Que tu les aies écoutés ou pas ? J'avais déjà cette interrogation ; c'était d'ailleurs ce dont je m'apprêtais à parler avant de m'arrêter brusquement. »
C'était ce que Naruto avait supposé.
« Mais j'ai réalisé qu'il fallait en effet que je fasse quelque chose immédiatement. Que je sois actif.
Sauf que je ne savais pas quoi faire.
En stoppant l'enregistrement, j'ai pris peur. Parce que j'ai vite fini par comprendre qu'en vérité, je savais très bien ce qu'il fallait que je fasse.
Si je voulais tourner la page, je devais faire face au passé. C'est bien pour ça que j'ai fait ces cassettes, à la base. Afin de raconter ce que je voulais enterrer six pieds sous terre pour faire comme si ça n'était jamais arrivé. Et je l'ai fait, j'ai parlé, et j'en éprouve du soulagement. J'ai l'impression d'avoir fait un grand pas en avant.
Mais il me restait des choses à affronter. »
Allait-il parler de son ex ? Ou bien d'autre chose ? Ne lui avait-il pas déjà tout dit ?
« J'ai regardé les cassettes que j'avais déjà mises dans la boîte à chaussures que tu as reçues. Elles représentaient le poids dont je venais de me débarrasser. Physiquement. J'avais devant moi la preuve que je pouvais faire quelque chose, qu'affronter ce que je fuyais ne m'avait pas détruit comme je le pensais. Je n'irai pas jusqu'à dire que ça m'a rendu plus fort.
Mais ça m'a montré que, peut-être, j'étais prêt. »
C'était une très bonne nouvelle.
« Quelques jours après, j'ai profité d'un élan de courage, et j'ai envoyé un message à Kankuro pour lui dire que j'avais changé d'avis, et qu'il pouvait donner mon adresse mail à mon ex-copain. »
Oh… C'était donc bien ça.
« J'ai préféré ranger mon téléphone loin de moi pour m'empêcher de lui renvoyer un autre message pour lui dire d'oublier le précédent.
Le soir même, j'ai reçu un mail. »
Il n'avait pas perdu de temps.
« Je n'y ai pas touché tout de suite, comme tu peux l'imaginer. J'avais terriblement peur de ce que j'allais y lire. Et puis un soir, j'ai regardé une nouvelle fois les cassettes, que je n'avais pas encore emballées, comme pour me donner du courage, et j'ai ouvert le mail.
Il voulait savoir ce que je devenais, comment j'allais. Mais surtout… »
La voix de Gaara s'étranglait de nouveau.
« Surtout, il voulait me dire qu'il était désolé. Parce qu'il était parti sans me dire quoi que ce soit, sans essayer de me contacter ou de me revoir. Parce qu'il avait mis beaucoup trop de temps avant d'essayer de me retrouver. Il aurait voulu être avec moi et me soutenir face à mon père.
Tu te rends compte ? Il a dû s'éloigner à cause de moi, il s'est retrouvé dans le coma parce qu'il m'a fréquenté, et c'est lui qui est désolé… Il y a quelque chose que j'ai raté ? »
Gaara riait nerveusement. « Tu as raté le fait que ça n'était pas de ta faute, » murmura Naruto. Il regrettait de ne pas avoir son ami près de lui pour le lui dire droit dans les yeux, afin qu'il le comprenne une bonne fois pour toutes.
« Je m'attendais à des reproches, à ce qu'il me dise que je lui avais gâché la vie, ou je ne sais quoi. Mais certainement pas à ça. J'ai beaucoup souffert quand il est parti et qu'il a changé de numéro, mais je n'étais pas étonné. Je ne lui en ai même pas voulu. Je suis soulagé, vraiment soulagé, parce que je pensais qu'il me détestait, et en même temps, je ne comprends pas… »
Il s'était pris tellement d'accusations en pleine face qu'on aurait dit qu'il ne savait pas comment réagir quand on lui montrait que ces accusations étaient infondées.
« Il m'a dit que si je le voulais, on pouvait se voir pour en parler plus longuement et de vive voix. Je ne le veux pas. Pas pour l'instant. Je ne me sens pas encore prêt à le revoir. Je ne lui ai pas encore répondu non plus, c'est un peu trop tôt.
Mais je suis content d'avoir accepté qu'il m'écrive. Je lui répondrai, mais pas immédiatement. »
Bien. Aller de l'avant était une chose, mais c'était bien qu'il respecte aussi son propre rythme pour ne pas se laisser submerger. Un pas après l'autre.
« Il y a maintenant une deuxième chose que je dois affronter. Et si tu me le permets, j'aimerais le faire avec toi, sur cette cassette. Ça me donne l'impression que je ne suis pas tout seul pour le faire. »
Naruto redressa son dos, comme pour mieux se concentrer. La voix de Gaara était incertaine, il avait l'air inquiet de ce qu'il s'apprêtait à faire.
« Ça va peut-être te sembler sortir de nulle part… Mais il y a un détail dont je ne t'ai pas encore parlé. Je n'en ai pas parlé, parce que je n'en voyais pas l'intérêt. Et puis cela faisait partie des choses que je préférais oublier, je ne voulais pas me souvenir que ce détail existait. Mais autant continuer sur cette lancée positive, n'est-ce pas ? »
Il ne semblait pas parfaitement convaincu.
« Quand Temari a atteint 18 ans, un notaire ami de la famille est venu chez nous pour lui remettre un petit paquet et discuter avec elle. Elle ne nous a pas dit tout de suite de quoi il s'agissait.
Un jour, elle est venue me trouver dans ma chambre. Elle m'a expliqué que ce petit paquet qu'elle avait reçu environ deux ans plus tôt contenait trois lettres.
Des lettres de la part de notre mère. »
« Wow ! » Lâcha Naruto, surpris.
« Le notaire lui avait expliqué que, lorsque notre mère avait compris qu'elle ne survivrait probablement pas à sa grossesse, elle avait écrit plusieurs lettres, dont une pour chacun de nous trois, Temari, Kankuro et moi. Elle les avait confiées à son frère jumeau pour qu'il nous les donne à notre majorité, mais lorsqu'il a… Lorsqu'il a commis le geste que tu sais, il les a confiées à son tour à cet ami notaire. »
Il n'avait pas utilisé le mot « suicide » cette fois-ci. Comme si avoir parlé de sa propre expérience sur le sujet l'avait rendu plus difficile à dire.
« Et Temari a voulu me donner la lettre qui m'était destinée. Notre mère avait souhaité qu'on les lise à notre majorité, mais sachant que je traversais une période difficile, ma sœur me l'a présentée alors que j'avais encore 17 ans. Je l'ai refusée. C'était peu après les événements de l'histoire numéro 11, alors je ne voulais pas entendre parler de cette lettre. Toute ma vie, mon père m'a fait comprendre que j'avais tué ma mère, alors je ne voulais même pas imaginer ce qu'elle avait voulu me dire… »
C'était logique. D'autant plus qu'il s'était déjà retranché très loin à ce moment-là. Et cela expliquait pourquoi il n'avait même pas voulu en parler à Naruto sur les cassettes.
« Temari m'a dit que cela me ferait peut-être du bien de savoir quels ont été ses mots pour moi, mais je lui ai dit que je ne voulais pas savoir. La vérité, c'était que ça me faisait bien trop peur, alors je lui ai sèchement dit d'éloigner cette lettre de moi, et j'ai fait comme si elle n'avait jamais existé, comme si ma sœur ne m'en avait jamais parlé. »
Cela expliquait peut-être aussi cette hésitation dans sa voix chaque fois qu'il parlait de sa mère. Comme si, malgré cette peur, il avait au fond de lui un peu d'espoir, mais que jusqu'à présent, il n'avait pas voulu prendre le risque d'y croire.
Et si cette cassette était parvenue jusqu'à Naruto, alors peut-être que ça signifiait que Gaara avait fini par prendre ce risque, et qu'il avait bien fait ?
Impatient, Naruto continua la lecture.
« Et puis… Après avoir lu le mail de mon ex… Je me suis dit : 'Et si ?' Et si ça n'était pas ce à quoi je m'attendais, là non plus ? »
Naruto sourit. Gaara avait fait tellement de progrès ! Au vu de tout ce qu'il avait raconté, il n'aurait jamais pris cette décision quelques mois plus tôt à peine.
« Alors quand je suis arrivé chez Temari, je lui ai demandé si elle avait toujours ma lettre. Elle m'a dit : 'Bien sûr', et elle me l'a donnée. Elle l'avait toujours conservée, au cas où je change d'avis un jour. Je lui ai demandé si notre mère parlait de moi dans les lettres qu'elle et Kankuro ont reçues, mais elle m'a répondu, 'Non, elle nous demande simplement de veiller sur toi et de ne pas t'en vouloir.'
C'était rassurant et angoissant en même temps. »
La mère de Naruto ne lui avait pas laissé de lettre, mais en plus des nombreuses photos qu'elle avait prises, elle avait aussi fait des cassettes vidéo d'elle et lui. Elle les avait léguées à Iruka qui, à la demande de Naruto, les lui avait toutes montrées ; et sur chacune d'elles, Kushina inondait son fils d'amour. Il avait donc eu la chance de grandir en sachant que sa mère l'avait aimé.
Mais Gaara, lui, avait grandi avec un père qui le détestait et qui ne lui avait rien dit de sa mère, sauf pour le culpabiliser. Impossible pour lui de vraiment savoir à quoi s'attendre.
« Cela fait quelques jours que je l'ai en ma possession, mais je ne l'ai pas encore ouverte. Tu veux bien la découvrir avec moi ?
Ecoute-moi donc, en train de te parler comme si tu étais à côté de moi… »
Naruto rit. Il aurait été mal placé pour juger Gaara, lui qui répondait régulièrement à voix haute aux cassettes, comme s'il dialoguait avec son ami.
On pouvait entendre Gaara ouvrir une enveloppe et déplier une feuille de papier.
« Elle a… Avait une jolie écriture. »
Cela devait lui faire bizarre d'avoir entre les mains une lettre de sa mère écrite vingt ans plus tôt.
Il s'éclaircit la voix avant de commencer la lecture.
« 'Gaara,
Si tu lis ceci, alors cela signifie que le début de ta vie aura été la fin de la mienne.
Ce n'est pas une façon très joyeuse de commencer cette lettre, et j'en suis désolée. J'espère cependant que cela ne sonne pas comme un reproche, car jamais je ne te reprocherais une telle chose.' »
Après ces quelques lignes seulement, il était déjà très ému, et Naruto lui-même eut du mal à contenir sa propre émotion.
« 'Cela fait partie des aléas de la vie, et ni toi, ni moi ne pouvons y faire quoi que ce soit. Toi encore moins. Les médecins qui s'occupent de moi font de leur mieux, je le sais. Mais je ne suis pas optimiste en ce qui me concerne. Ce qui m'inquiète le plus à présent, c'est toi. Tu n'as pas encore totalement fini de te former dans mon ventre, et j'ai peur que, si on te fait sortir trop tôt, tu ne survives pas.
Peut-être qu'ainsi, nous serions ensemble dans l'au-delà s'il y en a un, mais ce n'est pas ce que je veux. Je veux que tu vives. Je veux que tu découvres le monde, que tu découvres ta famille, ton grand frère et ta grande sœur, qui me demandent tout le temps si leur petit frère arrive bientôt. Je sais qu'ils veilleront bien sur toi.' »
Il souriait.
« 'Lorsque j'ai commencé à avoir des problèmes liés à cette grossesse, ton père a voulu qu'on l'interrompe, il avait trop peur pour moi. Mais j'ai refusé, car j'avais bon espoir que tout se termine bien, et je voulais te garder.
Il s'avère que je me suis trompée, et que cette erreur me sera très probablement fatale, j'en suis malheureusement consciente. Je ne peux pas revenir en arrière ; quoi qu'il arrive, la fin est déjà écrite pour moi, je le sens.
Mais ce n'est pas le cas pour toi. Alors j'assumerai ma décision jusqu'au bout. J'ai choisi de t'avoir et de te mettre au monde, et si je peux le faire, alors je le ferai.' »
Il s'arrêtait de temps en temps pour respirer un peu avant de continuer à lire.
« 'Au moment où j'écris ces mots, tu es en train de gigoter, je sens tes petits pieds me donner des coups. Ce n'est pas toujours agréable, mais c'est ce que je préfère dans la grossesse : sentir la présence de mon enfant, le sentir prendre vie, petit à petit. Toi, tu es très présent, je crois que tu as hâte de sortir ! Parfois, lorsque tu t'agites un peu trop, je te chante une berceuse, et tu te rendors presque instantanément.' »
Gaara souriait de nouveau, et Naruto sourit avec lui, ému par ce passage.
« 'J'aurais voulu pouvoir te connaître. J'aurais voulu être là pour toi. S'il y a bien une chose que je regrette, c'est que je ne vous verrai pas grandir, tous les trois. Je vous demande pardon. Et je ne serai peut-être même pas là pour te voir naître, entendre ton premier cri. Je ne pourrai pas entendre tes premiers mots, t'aider dans tes premiers pas. Mon souhait le plus cher serait de pouvoir te prendre au moins une fois dans mes bras.
J'aurais voulu pouvoir te protéger et te rassurer lorsque tu feras des cauchemars, que tu seras malade, ou lorsque la vie sera injuste avec toi.' »
Il ne put retenir un sanglot. Naruto lui-même prit conscience que quelques larmes coulaient sur ses joues. Il les essuya distraitement.
« 'Ton père est déjà injuste, et cela me brise le cœur. Il ne supporte pas l'idée que cette grossesse soit en train d'avoir raison de moi, et il semble avoir besoin de reporter la faute sur quelqu'un. Comme pour avoir une raison légitime d'être en colère. J'essaie de le raisonner, et je lui dis de prendre soin de toi s'il m'arrive malheur. Il m'a répondu qu'il le ferait, mais j'ai peur que, malgré tout, il t'en veuille. Je garde tout de même l'espoir qu'en voyant son enfant, il changera d'avis. Tu es son fils, après tout.' »
Un silence.
Là aussi, la mère de Gaara s'était malheureusement trompée.
« 'L'amour n'est pas toujours un long fleuve tranquille. Mais il en vaut la peine. Je te souhaite de trouver un jour une personne qui te rendra heureux, avec qui tu t'épanouiras.' »
Gaara fit une nouvelle pause.
« Elle a dit 'une personne'. Elle n'a pas dit 'une femme', elle a dit 'une personne'… Qui aurait cru que ce simple choix de mots me rendrait aussi heureux ? »
Naruto repensa à la réaction de Sakura lorsqu'il avait évoqué la possibilité qu'elle puisse se trouver une copine tout autant qu'un copain.
Parfois, un simple choix de mots pouvait faire toute la différence.
« 'Je ne peux pas te promettre que la vie sera facile… Le monde est parfois cruel et dangereux. Mais je te promets que cela vaut le coup, là encore. Profites-en autant que tu le peux. Chaque instant de bonheur est précieux, même s'il peut sembler insignifiant au premier abord, comme un bon livre que tu as hâte de lire ou un bon repas que tu auras dégusté.'
J'aime bien ses exemples. »
Il rit doucement.
« 'Je te souhaite d'être le plus heureux possible. Je te souhaite d'aimer et d'être aimé, d'avoir des passions et de beaux projets. Vis ta vie comme tu le souhaites, n'aie pas de regrets, sois ouvert et défends tes valeurs. Et si quelqu'un te rend malheureux, éloigne-toi, comme tu le peux, autant que tu le peux. Une personne qui n'est pas capable de te donner de l'amour ne mérite pas le tien.' »
Il y eut un nouveau silence. Naruto n'avait pas trop de mal à imaginer à qui Gaara pensait.
« 'Surtout, n'oublie jamais une chose, mon Gaara : je t'ai aimé dès l'instant où j'ai su que je te portais. Et rien de ce qui peut m'arriver n'y changera quoi que ce soit. Tu es mon fils, tu es un enfant que j'ai désiré de tout mon cœur, et j'aurais voulu pouvoir te transmettre tout l'amour que j'ai pour toi.
Tu vas me manquer. Enormément. Ne pense jamais que ta naissance fut un événement malheureux, car pour moi, il ne le sera pas, même s'il doit malheureusement signifier la fin. J'ai trois précieux trésors dans ma vie, et tu es l'un d'eux. Pour toujours.
Je t'aime.
Maman.' »
En prononçant ce dernier mot, Gaara se mit à pleurer à chaudes larmes, incapable de les contenir plus longtemps. Cela fendait le cœur de Naruto, et il regrettait d'autant plus, en cet instant, de ne rien pouvoir faire.
Gaara avait fini par mettre l'enregistrement en pause. A la reprise, il tentait de retrouver le contrôle de sa respiration.
« Je suis désolé d'avoir pleuré comme ça… »
« C'est comme tout le reste, il fallait que ça sorte… »
« Yashamaru m'avait dit que ma mère m'aimait… Mais quand mon père a commencé à me reprocher ouvertement la mort de ma mère, j'ai fini par me dire que mon oncle m'avait menti, comme il m'avait menti quand il m'avait promis qu'il serait toujours là pour moi… »
Il avait évoqué plusieurs fois son oncle, mais sans jamais s'attarder sur le sujet, ni sur ce qu'il avait ressenti quand il l'avait perdu. Cet homme avait l'air d'avoir été la seule vraie figure parentale de Gaara durant son enfance, et sa mort avait dû terriblement l'affecter. Surtout si son père avait fini par la lui mettre sur le dos.
« Mais il ne m'avait pas menti… Je l'ai détesté parce que j'étais sûr qu'il m'avait menti, parce que ma mère n'avait pas pu aimer l'enfant qui avait causé sa mort…
Je voudrais pouvoir leur dire à tous les deux que je suis désolé… »
Naruto entendit Gaara enclencher à nouveau le bouton pause. Il en profita lui aussi pour appuyer sur stop sur son propre walkman, le temps de respirer un peu.
Cela faisait beaucoup d'émotions d'un seul coup. Néanmoins, il était heureux pour Gaara. Son ami avait enfin pu avoir des réponses à des questions qu'il avait laissées en suspens sans même vraiment le savoir. Il avait fait tellement de chemin depuis que Naruto l'avait abordé pour la première fois au restaurant universitaire !
Et Naruto était bien content d'entendre un Gaara plus positif que sur la sixième cassette.
Il se leva de nouveau pour s'appuyer à la barrière du kiosque et regarder le ciel. Les lumières de la ville ne permettaient pas de voir beaucoup d'étoiles, mais c'était étrangement apaisant de plonger son regard dans l'immensité de ce bleu profond. Il savait que Gaara aimait bien la nuit, et il se demanda s'il était en ce moment en train de regarder le ciel, lui aussi.
Il n'avait pas envie de se rasseoir, alors il ramassa son walkman et le garda dans ses mains pour continuer.
« Je regrette de n'avoir pas lu cette lettre dès que Temari me l'a proposée. Peut-être que les choses auraient été différentes. Je me sens tellement soulagé… Mon père avait tort, c'est lui qui mentait, ma mère m'aimait… »
Son père avait toujours su que sa mère l'aimait, et il ne lui en avait jamais rien dit. Comment pouvait-il se regarder dans un miroir après ça ? Tout blessé qu'il ait pu être d'avoir perdu la femme qu'il aimait, ça ne justifierait jamais ses actes.
Heureusement, Gaara connaissait à présent la vérité. Il le méritait amplement.
« Je n'aurais jamais lu cette lettre, sans toi… Grâce à toi, j'ai pu trouver le courage pour dire tout ce que j'avais sur le cœur, et tourner la page sur beaucoup de choses, ou au moins en avoir la possibilité.
Il n'existe pas de mots assez puissants pour exprimer toute la gratitude que j'ai envers toi. Pour tout. J'allais encore dire, même si tu n'as pas écouté ces cassettes en entier, pour une raison ou pour une autre, mais je ne le veux pas. Je veux continuer sur ma lancée et te faire confiance. Je veux continuer à croire que tu ne vas pas m'abandonner. »
« Je ne t'aurais jamais fait cet affront. »
« Même si… Même si notre amitié change. »
… Comment ça ? Naruto arqua un sourcil.
« Je sais que j'ai pris un risque énorme en t'avouant mes sentiments pour toi. Et en vérité, maintenant que je t'ai tout dit, c'est ce qui me fait le plus peur. J'ai peur que notre relation ne soit plus jamais la même et qu'on ne puisse plus revenir en arrière. »
Non, leur relation ne serait plus la même, après toutes ces confessions. Mais ça ne voulait pas dire qu'elle allait changer pour le pire ! Au contraire, Naruto ne s'était jamais senti aussi proche de lui.
« Je sais très bien que c'est un amour sans retour. Je sais que tu n'es pas attiré par les hommes. Je voudrais te dire que ça ne fait rien, mais ça ne serait pas vraiment honnête. Je suppose que c'est ce qu'Hinata a ressenti quand je l'ai repoussée. »
Naruto eut besoin d'arrêter de regarder vers le ciel, car cela commençait à lui donner le vertige.
« Mais s'il te plaît, la seule chose que je te demande… C'est de ne pas mettre fin à notre amitié. Je t'en supplie… »
« Mais c'est hors de question que je fasse ça ! » Cria-t-il presque.
« Peut-être qu'il faudra qu'on s'éloigne quelques temps, le temps que tout s'apaise, pour toi comme pour moi… Ça ira, je supporterai, je ne veux juste pas que ça s'arrête définitivement… »
La voix de Gaara était presque suppliante. « Moi non plus, je ne le veux pas… »
« Car tu viens d'écouter toutes les raisons pour lesquelles tu as chamboulé ma vie, de la meilleure façon que j'aurais pu espérer. Je pensais que je n'aurais jamais d'amitié durable, que je ne serais jamais accepté totalement par qui que ce soit, je pensais que je ne serais jamais rien de plus qu'une tête de turc dont on aime se moquer…
Je pensais que je ne serais plus jamais capable de ressentir un tel amour pour quelqu'un…
Et tu m'as prouvé que j'avais tort.
Tu m'as réconcilié avec beaucoup de choses positives dans ma vie. Tu m'aides à me réconcilier avec moi-même. »
Naruto n'aurait pas pu espérer mieux.
« Il me reste sûrement beaucoup de chemin à faire, je le sens bien. Je sais que je n'y arriverai pas tout seul, mais maintenant, je sais aussi que j'ai le droit d'être aidé. Tu m'en as convaincu. Je veux avancer. Maintenant que j'ai compris qu'avancer, ce n'est pas fuir son passé indéfiniment, mais accepter d'y faire face, pour pouvoir mieux s'en détacher ensuite. Et accepter l'aide des autres pour y arriver. »
Il n'aurait peut-être pas besoin d'autant d'aide que ce qu'il pensait. Il ne s'en rendait pas compte, mais il était fort.
« Nous sommes enfin arrivés à la fin de ces cassettes. La vraie fin, cette fois. Je n'aurais jamais pensé que ça me mènerait aussi loin. »
« Moi non plus. »
« Mais je suis content d'avoir fait tout ce chemin. Je suis soulagé de t'avoir dit tout ça. J'ai enfin l'impression de commencer à y voir clair, de voir le ciel se dégager un peu. Au début, je pensais que je ne finirais pas ces cassettes, ou bien que je te les enverrais pas. Mais aujourd'hui, je me sens prêt à le faire. J'ai peur, mais je ne veux plus laisser la peur me paralyser.
Merci.
Pour tout. »
Le bouton stop retentit pour la dernière fois.
Naruto lâcha un gros soupir. Il maintint son appui sur la barrière du kiosque, car la tête lui tournait. Beaucoup trop de choses se bousculaient dans son esprit, et il n'arrivait pas à les arrêter.
Une réponse. Il devait faire une réponse. Gaara lui avait dit ne pas en attendre, mais était-ce seulement vrai ? Est-ce qu'il n'était pas en ce moment même en train de se demander ce que Naruto pouvait bien faire, et ce qu'il pensait ?
C'était une bonne question, ça. Que pensait Naruto ? Déjà, pour commencer, que Gaara devait se défaire de cette culpabilité qui le rongeait et le freinait. Mais ça n'allait pas être facile.
Ensuite, il allait devoir apprendre à voir le positif en lui : Gaara était quelqu'un d'intelligent, de cultivé et très à l'écoute. Il était posé et sensé, et il pouvait même être drôle s'il s'en donnait la peine ! En plus, apparemment, il savait cuisiner, d'après ce qu'il avait dit sur la cassette précédente. Naruto allait devoir enquêter sur ce terrain.
Et enfin, il allait devoir comprendre que Naruto n'avait aucunement l'intention de mettre fin à leur amitié. Il y tenait bien trop. Il l'avait toujours considérée un peu à part, à construire avec plus de délicatesse et de patience, mais qui n'en serait que plus précieuse. Gaara n'était pas un ami comme les autres, pour lui. Il l'avait toujours su.
Mais…
A quel point ?
Naruto n'avait jamais eu à s'interroger sur son orientation sexuelle. Et à vrai dire, ça n'avait pas spécialement changé, il ne se sentait pas attiré par les hommes, Gaara disait vrai sur ce point.
Mais est-ce que c'était vraiment la question ?
Est-ce qu'il ne devait pas plutôt s'interroger sur ce qu'il ressentait pour Gaara en particulier ?
C'était pour le moins complexe… Depuis qu'il avait entendu la confession de Gaara, il n'avait pas pris le temps de réfléchir une seule seconde à ce que lui-même ressentait. Son esprit avait préféré se concentrer sur ce que Gaara lui confiait, comme si, inconsciemment, il n'avait pas voulu se pencher sur le sujet. Mais il était maintenant temps pour lui de réfléchir sérieusement à la question, il n'allait pas pouvoir l'éluder indéfiniment.
Il l'aimait en tant qu'ami, voilà au moins une chose qui était sûre. Et en même temps, il semblait manquer quelque chose. Gaara n'était certes pas un ami de Naruto comme les autres, car leur amitié n'était pas comme les autres, mais était-ce tout ? Aujourd'hui, non, certainement pas. Car avec ce que Gaara venait de lui partager, leur lien s'était renforcé. C'était en tout cas ce que Naruto ressentait.
Il avait été mal à l'aise lorsque Gaara avait parlé de s'éloigner quelques temps. Naruto n'en avait aucune envie, même s'il savait que c'était nécessaire pour ne pas que Gaara souffre de devoir côtoyer celui qu'il aimait, tout en sachant qu'il ne pourrait rien y avoir entre eux. Mais est-ce qu'il ne pourrait vraiment rien y avoir entre eux ? Le simple fait qu'il ne veuille pas répondre « non » immédiatement ne voulait-il pas dire que cela méritait réflexion ?
Ou bien est-ce qu'il n'était pas en train de se monter la tête sur pas grand-chose, et qu'au final, il risquait de prendre une décision qui ferait plus de mal que de bien ? Ne ferait-il pas mieux d'y repenser à tête reposée, pour éviter de faire une énorme erreur qui ferait inutilement de la peine à Gaara ?
Il soupira de nouveau, excédé. Il aurait aimé que tout soit plus simple.
Mais rien n'avait jamais été simple avec Gaara.
Il sortit la cassette de son walkman pour la ranger. En la remettant dans sa boîte, il regarda la face vierge. Il réfléchit. « Ouais… Ça me paraît être une bonne idée, » se dit-il en refermant la boîte.
Il lui restait maintenant à savoir ce qu'il allait dire exactement.
Quelques jours plus tard, il téléphona à Shikamaru.
« Salut, Shika ! Tu vas bien ?
- Moi oui, et toi ? Tu as l'air stressé.
- Un peu. Dis, je voudrais te demander un service, hésita Naruto.
- Demande toujours.
- Est-ce que tu peux me donner l'adresse de Temari ?
- … Pardon ? S'étonna Shikamaru. Pourquoi faire ?
- J'ai… Quelque chose à envoyer à Gaara.
- Oh. Je vois. Prends de quoi noter, je vais te donner ça. »
Naruto écrivit l'adresse directement sur l'enveloppe qu'il allait envoyer. Il ne lui restait plus qu'à la peser et à la timbrer, puis elle serait prête à être postée.
Une fois qu'il se trouva devant la boîte aux lettres, il serra l'enveloppe dans ses mains, encore un peu hésitant. Est-ce qu'il avait fait ce qu'il fallait ? Il n'y avait qu'une seule façon de le savoir. Il inséra l'enveloppe dans la boîte aux lettres et la lâcha.
Les dés étaient jetés.
