Bonjour ! Oui, après plusieurs mois, je poste enfin le deuxième chapitre. Excusez-moi pour ce retard. Vous avez le droit de me jeter des tomates pourries.
Disclaimer : Himaruya
Rating : T pour ce chapitre
Personnages : Liliane/2pNyoFrance , Bazile/2pNormandie , João/2pMadère , Verrazano (un capitaine italien) , Oliver/2pAngleterre , Diego/2pCastille (Espagne) , David/2pPortugal , François 1er (roi de France) , Hildegard/2pSaint Empire romain germanique , Giacomo/2pEtats pontificaux (je crois que j'ai cité tout le monde…)
Couple : Ils se rencontrent, mais rien de plus…
Note de l'auteur : Quelqu'un m'a dit que ce serait préférable si je donnait plus de précisions sur la localisations des états aujourd'hui disparus. Donc : Castille et Aragon sont deux États situé dans la péninsule ibérique, qui, avec leur unification, ont créé l'Espagne actuel. Pour moi, Castille est représenté par Antonio (ou Diego pour sa version 2p) et Aragon par mon OC qui n'existe que en 2p, Leokares. Je suppose que d'une manière, Antonio à tué Aragon et a commencé à gouverner les deux royaumes en même temps. Quant aux États pontificaux (ou États de l'Eglise), c'était un royaume qui était au centre de l'Italie et était gouverné par les Papes. (un peu comme le Vatican)
Sinon, je ne pense pas que j'ai été clair dans mon chapitre, mais c'est en Amérique qu'ils vont. Vers New York (qui n'existait pas à cette époque) et plus haut, au Canada. D'ailleurs, c'est là que Liliane le rencontre.
Sur ce, bonne lecture.
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Chapitre II : Alejandro
She's got both hands in her pocket
And she won't look at you
Won't look at you
She hides through love en su bolsillo
She got a halo around her finger
Around you
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Alejandro
Liliane leva ses yeux. Le bateau lui faisait face de toute sa splendeur.
Une caraque normande, un très beau voilier à trois-mâts.
Il lui semblait majestueux alors que les dernières caisses étaient montées à son bord pour le voyage qu'il allait effectuer pendant des mois et des mois. On pouvait voir ses voiles claquer aux vents matinaux alors qu'il se tenait droitement, fier d'aller traverser un océan dans quelques heures. Cette baraque s'imposait au milieu des autres et était totalement ensorcelante. Mais malgré son apparence majestueuse, ce n'était pas ce bateau qui allait empêcher France de réaliser ses ambitions.
Personne ne pouvait arrêter Liliane quand celle-ci avait quelque chose en tête.
Après avoir longuement regarder les alentours, elle aperçut le capitaine de la caraque en train de lire des papiers et s'avança d'un pas décidé vers lui, prête à lui parler. Juste une petite discussion, ou peut-être avec un peu de chance, que quelques mots échangés, seulement pour le prévenir de sa présence sur son bateau.
Après tout, il ne pouvait pas contredire sa décision. Il n'en avait aucunement le droit.
— Bonjour Verrazano, fit-elle en se postant juste à côté de l'homme.
Pas besoin de forme de politesse.
Ce dernier sursauta à l'entente d'une voix juste à quelques doigts de son oreille et mit sa main sur son cœur pour apaiser les battements de celui-ci. Puis il se retourna et écarquilla ses yeux lorsqu'il vit celle qui l'appelait.
— Mademoiselle Bonnefoy!
— Je viens avec vous.
— Comment?
— Je viens avec vous, répéta la jeune fille.
— Quoi? Mais comment?
— Le roi a décidé que ce serait très instructif pour moi de venir avec vous. Je pourrais apprendre des choses très intéressantes et utiles pour le royaume.
C'était un mensonge. Son roi ne savait rien de son départ pour ce voyage. En effet, Liliane fuguait, comme le faisaient les enfants de nobles cherchant l'aventure à chaque coin de rue, lassés de leur vie trop calme.
— Mais… ce…
— Contrariez-vous la décision du roi, Verrazano?
— Non! fit avec hâte l'homme. Non, mais j'avoue que c'est surprenant et…
— Je ne vous demande pas de me dire ce que vous en pensez, mais de me donner une place dans votre bateau.
Tranchant et net. France préférait ne pas tourner autour du pot dans des cas pareils.
— Bien, vous aurez une place avec les hommes…
— Je veux votre cabine.
Les yeux du marin s'écarquillèrent.
— Verrazano, je suis une jeune fille et tu veux que je dorme dans une pièce close avec une cinquantaine d'hommes qui resteront sans femme pendant des mois? Es-tu sérieux?
Plus de vouvoiement. Pas besoin. Quand on voulait ordonner quelque chose à quelqu'un, on ne le faisait pas avec des tournures de politesse, sinon la domination qu'on exerçait sur cette personne diminuait.
— Je…
— As-tu au moins une idée de ce qui pourrait t'arriver si le roi de France entendait qu'on avait osé toucher à la représentante de son royaume?
Le capitaine avala sa salive, alors que Liliane ancrait intensivement son regard violet dans celui de l'Italien.
— On te décapiterait.
Les yeux du marin s'écarquillèrent et une goutte de sueur traça un chemin le long de sa tempe gauche.
Bon signe. Il avait peur. Ce n'était l'histoire que de quelques secondes avant qu'il n'accepte de partager avec lui sa cabine.
— Dois-je préciser que la mise à mort s'effectuerait dans d'atroces souffrances?
À la vue des pupilles qui oscillaient, France compris qu'il allait accepter. Encore une fois, elle avait eu ce qu'elle voulait. Elle se retint d'afficher un sourire, celui qu'elle avait quand elle était victorieuse.
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Liliane lisait attentivement des cartes maritimes à la lumière d'une bougie, installée confortablement au bureau de la cabine.
Ils avaient levé l'ancre au port de Dieppe mais avaient dû se réfugier en Bretagne à la suite d'une tempête. Ils n'avaient pu faire qu'un petit trajet de Normandie chez son voisin Breton.
France se demandait si partir alors que son royaume faisait la sixième des guerres de l'Italie était une bonne idée. L'an passé, à la bataille de la Bicoque, elle avait perdu totalement le duché de Milan et le reconquérir lui semblait impossible. Le mieux était de faire une croix sur ce territoire. On n'avait pas toujours ce qu'on voulait dans la vie, la preuve: elle ne régnait pas sur la Terre.
Mais un côté de son esprit lui criait de s'enfuir loin de tout cela, d'aller voyager comme elle le souhaitait et de s'en moquer totalement de ce qui arrivait. France était fatiguée. Fatiguée de faire des guerres, lassée d'aller sur les champs de bataille, mais… mais on devait combattre pour avoir ce qu'on voulait. Si on ne se battait pas, les autres nous marchaient dessus et on devenait insignifiant à leur yeux. On les laissait nous transformer en petit pantin, or pour Liliane, c'était tout le contraire: elle voulait manipuler les autres. Sans exception. Dans son idéologie, même ses frères devaient se soumettre à ses moindres caprices. Pourquoi les aurait-elle épargnés? Après tout ce qu'elle avait vécu à cause d'eux…
Non.
Ne plus penser au temps jadis.
C'était malsain pour son équilibre mental.
Mais juste le simple fait se rappeler de quelques petits souvenirs suffisait à faire bouillir son sang et lui donner l'envie de démembrer toutes personnes se trouvant dans son entourage.
Toutes ces douleurs… tous ces cris…
Tout ce sang…
Liliane mit ses mains sur ses oreilles et ferma les yeux. Elle commença à inspirer et expirer lentement pour se calmer.
Ne plus y penser.
Si on fouillait son passé, on ne se souvenait jamais des bons moments, mais des mauvais, de ceux qui nous avaient marqués. Et seule la douleur nous marquait. Le bonheur était éphémère mais pas la tristesse. Essayez de vous souvenir d'un moment heureux, vous chercherez dans votre mémoire pendant un temps. Mais essayez de trouver un souvenir douloureux, et il vous viendra à l'esprit à la seconde même.
Si on restait constamment tourné vers le passé, on retournait notre dos au futur et on le ratait.
Il fallait toujours regarder devant soi et ne plus penser à ce qu'on avait vécu.
Doucement, France rouvrit ses yeux et son regard se posa sur une des feuilles qui traînait sur le bureau. Elle put y lire «La Dauphine».
La caraque qui commandait la flotte était nommée ainsi et ce nom plaisait bien à Liliane. Ça collait parfaitement à l'image de ce navire, parce qu'il avait une allure très noble. La Dauphine était calme et confortable pour France. Elle se sentait chez elle ici, sur l'eau, à voyager ainsi. C'était totalement charmant. En y repensant, Liliane aimait naviguer.
C'était décidé, elle allait recommencer ces trajets une fois celui-ci fini.
Elle fit promener son regard dans la pièce à peine éclairée par les bougies et remarqua la veste de Verrazano.
La Française partageait la cabine du capitaine avec ce dernier. C'était elle bien-sûr qui dormait sur le lit, elle représentait la France après tout et ce n'était pas un simple humain qui allait mettre en péril son confort personnel. Pour des raisons de sécurité, Liliane avait accepté de se déguiser en garçon pour voyager. Si les matelots apprenaient qu'elle était une fille, cela pouvait devenir dangereux pour elle. La présence d'une femme à bord d'un bateau était mal vu.
Soudain le bruit d'une porte qui claque fit détacher le regard de Liliane de la veste. Verrazano entra dans la pièce et referma le battant de son pied. Le second claquement, encore plus fort que le premier, fit sursauter France.
— Alors? demanda-t-elle.
— Deux des bateaux sont beaucoup trop endommagés. Nous partirons avec La Dauphine et La Normande une fois ces deux derniers réparés.
— Et les deux autres?
— Va falloir qu'on parte sans eux. La tempête n'a pas du tout été clémente avec nous. Nous avons perdu la moitié de la flotte à cause d'elle.
— On avancera plus vite avec deux bateaux, déclara Liliane.
— Oui, mais il ne faut pas oublier que des pirates sillonnent les mers et les océans. Nous étions mieux équipés contre eux avec quatre bâtiments que deux.
— Qu'allons-nous faire? Rester ici pendant des mois et attendre que les caraques soient réparées pour repartir?
— Non. Je ne le peux pas. Nous avons assez perdu de temps en nous arrêtant ici. Mon contrat avec sa majesté le roi de France ne me permet pas une tel loisir.
— Alors partons.
— Mais que vois-je! Mademoiselle Bonnefoy est très enthousiasmée à l'idée de lever l'ancre. Pourquoi une telle envie? demanda l'Italien en souriant alors qu'il tirait une chaise vers lui pour s'y asseoir.
La Française se tut.
Comment lui dire gentiment que cette question l'horripilait extrêmement?
— Je ne suis en aucun cas obligée de vous dire quoi que ce soit.
Le ton qu'avait employé Liliane était agressif. Elle haïssait les personnes qui fourraient leur nez là où il ne le fallait pas.
La vérité était qu'elle avait envie d'aller visiter ces terres lointaines, car, tout simplement, elle voulait posséder des colonies, comme Castille et Aragon. Oh, elle pouvait bien en avoir sans y aller elle-même, mais elle préférait être sur place. Bien sûr, si elle s'absentait du continent européen, il y avait de fortes chances que les batailles menées sur le territoire italien se vouent en échec. Déjà qu'elle avait perdu le duché de Milan alors qu'elle l'avait regagné après beaucoup d'efforts…
France se demandait vraiment si partir était un bon choix. Elle avait encore la chance de changer d'avis et d'arrêter ce voyage alors qu'elle était en Bretagne.
Mais il n'y avait pas que des colonies qui intéressaient Liliane.
En effet, elle voulait rencontrer «l'homme aux yeux rouges», comme elle avait prise l'habitude de l'appeler. Depuis que Thomas Aubert avait parlé de cette personne à la Française, cette dernière n'arrêtait pas de penser à elle. La nuit, dans son sommeil, elle voyait une paire de prunelles rougeoyantes la fixer. Parfois, elles étaient remplies de bienveillance et puis d'autres fois, elles contenaient toute la haine du monde à son égard. France ne pouvait jamais déchiffrer le mystérieux reflet que ces yeux abritaient. Ils étaient… énigmatiques. Oui, voilà, énigmatiques. C'était le mot qui correspondait le mieux. Liliane voyait ces iris, mais pas leur propriétaire. Lui restait dans l'ombre. Elle ne pouvait seulement discerner que quelques traits d'un corps d'homme musclé sous une source de lumière dont elle ne savait même pas d'où venait la provenance. Et depuis des années, chaque nuit, sans exception, elle voyait ce rêve. Liliane savait que vouloir connaître cette personne était devenu une obsession chez elle. Une obsession à la hauteur (ou gravité) de celle qu'avait Oliver à son égard. Et l'envie de savoir à tout prix qui était cet homme était un simple caprice de sa part, qui passait avant plusieurs choses bien plus importantes, telles que le duché de Milan.
Mais Liliane était égoïste.
Et parfois, elle se demandait si elle n'était pas aussi la représentante du pur et simple égoïsme, celui encore en état brute.
— Pas la peine de vous énerver mademoiselle. Je ne faisait que de plaisanter.
Que de plaisanter? Il n'était pas sérieux?… Si?
On pouvait lire dans ses yeux l'envie qu'il avait pour apprendre la raison de sa présence sur ce bateau.
La curiosité… c'était une vertu… qui pouvait nous porter à notre fin.
Être curieux, d'accord, mais trop, non. Il ne fallait jamais être trop curieux. Mais ne l'était-elle pas en voulant à tout prix connaître cet «homme aux yeux rouge»? À trop être curieuse, France pouvait creuser sa propre tombe. Mais Liliane n'appliquait pas les conseils qu'elle donnait. Pour une fois, elle aimait l'adrénaline que lui procurait la curiosité. Pour une fois, elle avait envie de s'aventurer et de faire ce qui lui plaisait.
Pour une fois, elle voulait être libre.
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France se tenait à la proue du bateau. Le vent qui soufflait contre son dos faisait virevolter ses longs cheveux blonds autour de son visage. Ses yeux violacés scrutaient l'horizon à la recherche de terres. Partis de Bretagne, ils avaient navigué au Sud et longé la côte Nord de la péninsule Ibérique pour mettre le cap sur Madère et dans cinq heures environs, ils devaient accoster un des ports de cette archipels du Portugal. La flotte devait se ravitailler en nourriture et en eau. Et surtout, ils devaient se reposer un peu, parce qu'après cet arrêt, ils allaient faire un voyage d'environ huit mois.
Liliane délaissa le paysage et se retourna pour traverser le pont principal en direction de la cabine. Une fois dedans, elle alla se jeter sur le lit pour dormir. Un matelot allait sûrement venir pour la réveiller une fois arrivé.
Quelques heures plus tard, le capitaine lui-même vint la sortir de son sommeil pour lui annoncer leur arrivée. Il lui dit qu'elle pouvait se balader sur l'île à son aise et mettre ses vêtements féminins -sans se faire remarquer par les matelots pour autant, mais qu'elle devait revenir sur le bateau avant le couché du soleil. France acquiesça et alla au marché du port.
La Française essayait de ne pas trop se faire remarquer car elle n'était guère enchantée de rencontrer Madère. Pourtant, elle savait qu'il devait sentir son aura de nation, donc était au courant de sa présence. Liliane n'aimait pas le représentant de ces îles. C'était un jeune homme pas plus âgé qu'elle mais qui se plaisait beaucoup à regarder les autres de haut avec dédain. En somme, lui et elle n'étaient pas si différents. Lui était même plus honorable que France, car il ne cachait pas ses vrais ressentiments derrière un masque de duplicité comme elle. Et malgré cette vérité qu'elle ne connaissait que trop bien, ça n'empêchait pas la Française de ne pas aimer ses gestes.
Mais malheureusement pour Liliane, João avait aussi décidé de se promener au marché, le même jour, à la même heure et rue.
— Mais qui vois-je! fit-il comme s'il était surpris, alors qu'il avait depuis longtemps senti la présence de la Française sur son territoire.
Il fit un baise main très galant à la jeune fille et fixa ses yeux ambrés dans ceux violets de son interlocutrice.
— La plus belle femme de l'Europe est venue chez moi. Vous auriez dû me prévenir, j'aurais préparé un festin à votre honneur!
— Oh, João! La plus belle femme? Vous me flattez! Mais comment ce fait-il que votre si grand orgueil vous permette de dire des éloges pour moi?
— Ma chère menina Liliane, il est vrai que j'ai un peu plus d'amour-propre que les autres personnes, et je ne fais des louanges que très rarement aux autres que moi-même, mais pour autant, je sais reconnaître une vraie beauté quand elle se présente à moi et je ne me retient jamais de lui dire à quel point je la trouve splendide.
— Tout ceci me flatte beaucoup, João! Mais ne nous voilons pas la face mon chère. Vous savez autant que moi que ces flatteries ne sont que remplies de sarcasme.
— Menina Liliane, il est très vrai que souvent mes arguments sont très rabaissants, je vous l'accorde, mais pour cette fois, je voudrais vraiment que vous croyiez en la sincérité de mes propos en votre égard.
Cette phrase avait été dite d'une telle voix que douter n'était pas permis. Mais France avait de l'expérience et savait à quel point les représentants étaient devenus de bons acteurs avec le temps.
— C'est assez difficile, répondit-elle.
«Vous êtes connu pour péter plus haut que votre cul.», avait-elle voulu rajouter.
— Me traitez-vous de menteur?
«Oui.»
— Je n'ai jamais dit cela, João, fit Liliane avec sérieux. Je vais paraître très vaniteuse, mais oui, le fait que je suis belle est très vrai. Mais pour autant, quand vous me le dites, le croyez-vous vraiment? Croyez-vous vraiment que je suis la plus belle femme de toute l'Europe? Voyons, s'il vous plaît, je veux discuter avec vous sincèrement, sans qu'il y ait une une once de sarcasme ou d'hypocrisie entre nous.
— Votre désir est partagé, menina Liliane. Sachez que je me ferais un plaisir de vous héberger le temps de votre séjour ici. Je pense seulement, comme je vous l'ai déjà dit, que vous auriez dû me prévenir d'avance de votre arrivée. J'aurais tellement voulu préparer un festin pour vous!
— Voyons, João, pas besoin de cela!
— D'accord. Mais j'insiste pour que je vous héberge! Et je n'accepte aucun refus!
— Je vois que je n'ai pas d'autre choix, fit la Française en s'avouant vaincue devant l'insistance de João.
Le jeune homme lui présenta son bras et proposa de lui offrir une boisson chez lui.
Il y eu une hésitation de la part de Liliane. Mais se rappelant qu'il y avait encore du temps devant elle avant que le soleil ne se couche, France accepta. Ils marchèrent pendant un moment, traversant tout le marché où les vendeurs criaient autant que leur gosier leur permettaient, espérant attirer des clients par cette façon. Ils arrivèrent rapidement chez le Madérois, sa maison se trouvant sur une colline à moins d'un lieu du marché. Une fois dedans, il l'invita au petit salon et lui offrit un verre de vin. Bien que Liliane trouva que le goût était un peu étrange et pas aussi bon que ses vins à elle, elle ne dit rien. Ils parlèrent du temps, de la fabrication du vin et de la chasse et pêche; en somme que de banalités. Mais il vint un moment où la conversation dériva sur les autres nations et tout de suite, Liliane fit attention à ses propos et tourna sept fois sa langue dans sa bouche avant de parler. João ne disait que des choses sans importance sur eux, mais France voyait que discrètement, il essayait de lui faire avouer ses pensées intimes qu'elle avait sur les autres. La Française remarqua qu'elle ne se tenait plus droite comme un i… que ses muscle s'étaient détendus… et surtout… qu'elle avait les idées moins claires…
Merde.
Il y avait quelque chose dans le vin.
Pourquoi ne l'avait-elle pas remarqué?
Comment n'avait-elle pas vu le piège?
Merde! Merde! Merde!
Elle avait senti qu'il était un peu trop sucré. Pourquoi, bon sang, n'avait-elle pas fait attention à ce détail ?
Merde !
João avait dû mettre un produit dans son verre pour tirer d'elle des informations plus facilement. Mais il y avait quelque chose d'autre de bien plus important, outre que le fait qu'elle aurait pu révéler des choses – mais comme elle avait remarqué l'entourloupe, à la seconde même, elle avait pris les mesures nécessaires pour faire attention à ses propos. Si Madère était en train d'essayer de lui faire avouer des vérités (d'ailleurs, c'était le cas), pour qui le faisait-il ? João mettait de côté son orgueil pour ce boulot. Depuis le début, les éloges, la gentillesse… tout avait été faux. Et malgré le fait que Liliane savait très bien qu'elle n'aurait pas dû lui faire confiance… Elle l'avait fait.
Et comme une idiote, elle s'était fait avoir. Elle aurait dû remarquer que Madère ne se comportait pas comme d'habitude. Malgré qu'elle ne le connaissait pas intimement, elle savait qu'il possédait un orgueil monstrueusement immense. Et dire des compliments à autre que soi-même n'était pas de son genre.
— Menina Bonnefoy ?
La voix de João la sortit de ses pensées. France remarqua qu'elle avait commencé à fixer le sol. Elle releva son visage et ancra son regard dans les yeux ambrés de son interlocuteur.
— Vous sentez-vous bien ? Vous regardez le sol depuis quelques minutes.
Maintenant que Liliane savait ce qui se passait, elle allait faire attention à tout.
— Je suis désolée si je vous ai fait peur, dit-elle en s'efforçant de sourire. Je n'ai fait qu'un malaise, sûrement du à la fatigue du voyage.
— Je vais faire immédiatement préparer votre chambre!
— Non, pas besoin. Je veux continuer à vous parler.
Madère acquiesça et leur conversation continua. Liliane pouvait maintenant remarquer facilement que, secrètement, João essayait de lui tirer les vers du nez. Bien sûr, elle ne dit rien qui pouvait être une information capitale. Mais il vint un moment où João lui posa une question assez dérangeante :
— Que pensez-vous de monsieur Kirkland ?
Malheureusement, Liliane ne pouvait pas l'envoyer sur les roses comme elle l'avait fait plusieurs fois avec Verrazano au cours de son voyage avec celui-ci. Elle décida de faire comme si elle n'avait pas compris la question.
— Duquel parlez-vous ?
— Bien sûr de monsieur Oliver Kirkland.
— Oh ! De lui ? dit-elle, puis prenant un air songeur, elle répondit : C'est un bon adversaire.
— Rien de plus sur lui?
— Que voulez-vous que je dise de plus ?
— Je ne sais pas… Oh ! Pourquoi pas vos pensées sur l'amour qu'il porte en votre égard ?
— L'amour ?
Liliane aimait vraiment faire semblant de ne rien savoir.
— Voyons, toute la Terre en est au courant ! Ne me faites pas croire que vous ne le savez pas.
— Si, si… mais que voulez-vous que je vous dise ?
João reposa sa question en appuyant bien sur chaque syllabe :
— Que pensez-vous de l'amour qu'il vous porte ?
— Il a le droit de m'aimer.
— Un peu plus d'informations ?
— Je vous trouve un peu trop curieux…
— Oh, je demandais juste comme ça…
Et hop, encore un curieux ! Qu'est-ce qu'ils avaient, les gens, pour être si curieux ?! Et lui, ce curieux de João, elle devait le supporter jusqu'à la fin de son séjour.
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— Comment ça, vous reportez la date de départ ?! Elle a déjà été reportée à deux reprises !
Ce n'était pas une question mais un reproche.
— Je le dois ! Nous ne sommes pas assez fournis encore, dit Verrazano.
Liliane se tut. Elle ne pouvait pas trop se rebeller contre les décisions du capitaine italien.
— Et quand c'est, le départ?
— Le 17 janvier.
— De l'an 1524, j'espère, parce que plus tard… Je ne pense pas que je puisse accepter.
— Bien sûr.
— Mais quant même. C'est trop tard.
— Nous ne pouvons pas lever l'ancre avant.
Liliane accrocha ses deux mains au col du vêtement de Verrazano et le tira vers elle. Leur visage n'était séparé que par quelques centimètres.
— Écoutez-moi bien, cher capitaine, vous avez intérêt à reporter le départ à une date plus proche.
L'Italien se dégagea de la poigne de Liliane et réajusta ses vêtements.
— Je ne crois pas que je puisse faire cela. Excusez-moi mademoiselle Bonnefoy.
La jeune fille reste quelques secondes débout, ne sachant quoi dire. Puis elle sortit de la chambre de l'auberge où ils se trouvaient, claquant le porte derrière elle. La Française descendit rapidement les escaliers et sortit du bâtiment. Elle marcha d'un pas rythmé, voulant atteindre la maison de João le plus vite possible. Elle ne voulait pas traîner dans les rues à une heure aussi tardive de la nuit. Quelques hommes ivres essayèrent de l'aborder, croyant qu'elle était une prostituée (et même si ce n'était pas le cas, ça leur importait peu), mais avant qu'ils ne puissent finir leur première phrase, Liliane s'éloignait d'eux. Liliane avait peur. Peur que…
Non! Il ne fallait plus jamais penser au passé!
France escalada la colline tant bien que mal et arriva enfin à la maison. La porte s'ouvrit avant qu'elle ne toque et elle comprit qu'un serviteur attendait sa venue. Elle entra et donna à l'homme son survêtement. Le serviteur lui dit quelque chose et avec le peu de portugais qu'elle savait, elle comprit les mots «monsieur» et «bibliothèque». Liliane monta les escaliers et toqua à une porte. Après avoir reçu la permission d'entrer, elle pénétra dans la pièce. João l'y attendait, le dos tourné à elle et un verre de vin à la main, regardant à travers la fenêtre alors que la lumière de la lune l'éclairait dans cette bibliothèque ayant seulement comme éclairage quelques bougies posées ici et là. Toute cette atmosphère paraissait romantique. Beaucoup trop romantique pour être innocente. Sur ses gardes, France s'avança vers le Madérois et se plaça à côté de lui. Le paysage nocturne était magnifique et quand elle regarda João, elle ne put s'empêcher de le trouver beau. Ce dernier se tourna vers elle et lui sourit.
— Alors, menina Liliane, que vous a-t-il dit ?
— Le départ est reporté.
— Et pour quand…
— Le 17 janvier, le coupa-t-elle.
— Vous fâcherez-vous si je vous dis que cela me fait plaisir ?
— Vous devrez trouver une bonne excuse.
— Je vais pouvoir avoir droit à un peu plus votre compagnie.
C'était bien ça qui embêtait France. João essayait tout le temps de lui retirer des informations. Plusieurs fois, il avait tenté de la droguer avec son vin bizarre. Mais à chaque fois, il échouait, car Liliane faisait très attention. La plupart du temps, alors qu'il était retourné, elle balançait le contenu de son verre par la fenêtre ou le versait dans les pots des plantes.
Surtout France avait une idée pour qui il travaillait : soit Portugal, soit Castille, soit Angleterre ; mais pour un de ces trois là. João pouvait bosser pour David, après tout, il était sa région. Oliver était une option dû au fait qu'il était l'allié du Portugal et qu'il était obsédé par elle. Il était capable de charger João de demander à Liliane ce qu'elle pensait de l'Anglais. La troisième option était Diego. Son frère Castillan était trop protecteur avec elle et voulait la protéger de tous les hommes, au grand dam de Liliane. Il pouvait bien payer João pour qu'il lui demande si elle avait des amants.
Mais ce qui tracassait France c'était comment Madère connaissait sa venue, parce que dès le premier jour, il avait commencé à exécuter sa mission, de ce fait, il devait forcément savoir qu'elle était sur la Dauphine. Mais comment avait-il parvenu à avoir cette information ? Personne à part elle et Normandie ne savait son départ. Et Bazile n'était pas du genre à relever des choses aux autres. On pouvait lui faire confiance. Et il y avait aussi Bretagne qui savait ce qu'elle faisait. Quand ils s'étaient arrêtés suite à une tempête, il l'avait hébergée et elle lui avait parlé de son voyage…
Bretagne ! Mais oui, Bretagne ! Bretagne l'haïssait ! Bretagne avait toutes les raisons de lui faire du mal. Bretagne avait toutes les raisons d'aller dire à Oliver le voyage qu'elle effectuait. Bretagne adorait Angleterre. Il vouait un culte aux frères Britanniques. Pour avoir les bonnes grâces de son cher idole anglais, ce Breton était capable de tout faire. D'une certaine manière, il se vengeait d'elle. Mais qu'est-ce qu'elles avaient, ses régions, pour vouloir à chaque minutes se venger d'elle ? L'un l'envoyait chez sa voisine de furie, l'autre déballait des informations sur son emplacement actuel à un maniaque qui voulait à tous prix se marier avec elle…
Liliane en était sûre, ce Breton avait tout dit à Oliver et ce dernier était sûrement allé demander à João la faveur de soustraire des informations d'elle sur l'élu de son cœur. Élu qui n'existait pas, car France ne tombait pas amoureuse. Mais Oliver était têtu. Depuis qu'elle s'était occupé de ce gamin pendant leur enfance, il ne la lâchait plus. Au tout début, Liliane s'était dit que comme il n'avait personne, il voyait en elle la seule amie qu'il puisse avoir, mais bien vite, son attachement pour elle avait commencé à l'agacer. Et quand il avait parlé d'un possible mariage, cela avait été la goutte d'eau qui avait fait déborder le verre. S'il voulait se balader avec elle, d'accord, mais pas de mariage ! Ce mot tout seul faisait frissonner Liliane. Un mariage n'était qu'idiotie. Ça ne servait seulement à enchaîner une femme à un homme. La femme perdait le minime liberté qu'elle possédait et devenait un esclave sans valeurs.
Un mariage était la plus grande idiotie (pour ne pas dire connerie) qu'une femme pouvait faire dans sa vie. Et malheureusement, beaucoup de femmes le faisaient.
— Menina Bonnefoy ?
Encore une fois, France s'était perdue dans ses pensées.
— Oui, fit-elle.
— Vous aviez l'air songeuse. Quelque chose va mal ?
Oui, tout allait mal ! Elle voulait quitter ces îles rapidement mais Verrazano avait l'air de bien aimer cet endroit et de ne pas vouloir partir.
— Non, tout va très bien, affirma-t-elle en souriant pour être crédible. Que disiez-vous déjà ?
— Je disais que je suis heureux car vous allez rester ici plus longtemps que prévu.
Il posa sa main sur la joue de Liliane, puis tout doucement, il pencha sa tête vers la sienne. Le regard de Liliane ne cilla pas. Alors João déposa ses lèvres sur celles de la jeune femme. Elle ne recula pas, mais ne répondit pas non plus au baiser. Puis cette douce pression sur sa bouche disparût et Liliane reouvrit ses yeux (elle ne s'était pas rendue compte qu'elle les avait fermés) et les planta dans les orbes ambrés du Madérois.
— Puis-je vous avouer quelque chose ? dit-il, puis continua en acceptant le mutisme de la Française comme une autorisation. Je… Vous me plaisez… beaucoup.
C'était un mensonge. Ça ne pouvait pas être la vérité. Les hommes ne la regardait jamais comment une femme, mais plutôt comme un objet qu'ils pouvaient exploiter.
— Oh, taisez-vous, fit-elle en l'embrassant.
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Liliane marchait, sans but, dans le noir. En effet, il ne faisait pas totalement noir, puisque elle arrivait à discerner les silhouettes des arbres et des buissons qui l'entouraient. Elle sentait l'herbes chatouiller ses pieds nus. Elle portait une simple robe blanche. Elle avançait doucement, puis elle vit une personne devant elle. Liliane ne voyait rien de lui. Rien, sauf deux yeux de braise. Ils étaient tellement glaciaux que la propre température corporelle de la jeune femme chuta. C'était drôle. Le rouge était une couleur chaude, mais ces iris étaient d'une froideur extrême. Liliane ne voyait pas le visage de cette personne, mais elle savait de qui il s'agissait : l'homme aux yeux rouges. Doucement, il pointa un doigt vers elle et France entendit une voix grave. Tout de suite, il l'accusa de libertinage et lui conseilla d'arrêter cela. C'était ce qu'elle voulait aussi faire, mais elle ne le pouvait pas. Pour contrôler les hommes, il fallait coucher avec eux. La majorité des représentants étaient de sexe masculin et Liliane voulait tous les avoir sous ses ordres. Mais malgré les arguments qu'elle avançait pour justifier ses actes misérables et puérils, la voix la jugeait de plus en plus sévèrement. L'homme commença à hurler (car oui, elle savait que la voix qu'elle entendait était celle de la personne qui se tenait devant elle) et Liliane se défendit du mieux qu'elle le pouvait. Mais tout ce qu'il lui disait était vrai et cela la blessait car elle ne pouvait rien faire pour tous les péchés qu'elle avait commis, commettait et allait commettre. Les branches des arbres commencèrent à la fouetter en plein visage, comme si ces plantes voulaient la punir pour ses crimes.
Puis soudain deux mains s'accrochèrent à sa gorge et plantèrent leurs ongles dans la peau tendre. Elles essayaient de l'egorger et le souffle commençait à manquer à Liliane. Elle gigota sur place, essayant vainement de se soustraire à l'emprise de la poigne de l'homme aux yeux rouges, car c'était bien lui qui tentait de la tuer. Il lui criait en boucle qu'elle lui avait été infidèle.
Oui, infidèle.
Infidèle, parce qu'elle était obsédée par ces yeux et chez chaque homme avec qui elle était ensemble, elle cherchait en lui ces yeux écarlates. Et elle ne les trouvait jamais.
France sentit sa peau la brûler et les blessures saigner. Un rire grave, presque malade, s'éleva et Liliane sut qu'elle allait mourir. Sa vie défila devant ses yeux et elle vit à quel point celle-ci avait été misérable. Soudain la terre s'ecroula sous ses pieds et Liliane tomba.
France se réveilla en sursaut. Son corps était couvert de sueur et sa poitrine se levait et descendait à une vitesse affolante. Elle jetta un regard à côté d'elle ; João dormait paisiblement. Liliane essaya de se souvenir de ce qui s'était bien pu passer. Les seules choses qui remontèrent à la surface dans son esprit brumeux fut les souvenirs de verres de vin, d'un baiser… bon, de plusieurs baisers chauds et… en fait, non, elle ne voulait pas se souvenir de la suite. Le seul fait d'être dans le même lit que ce Madérois expliquait tout, surtout ce qu'ils avaient bien pu y faire.
Remarquant qu'elle était dans la chambre de son hôte et non dans la sienne, Liliane se releva, mit une tunique qui traînait par là et s'avança vers la porte pour rejoindre sa chambre à couché. Mais juste avant de sortir, elle ne pu s'empêcher de regarder à travers la fenêtre, la lune qui brillait de milles feu. C'était une lune-rouge. Aussi rouge que ces yeux écarlates qu'elle connaissait si bien sans vraiment les connaître.
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Elle était enfin arrivée.
Oui, après plusieurs tempêtes, orages et autres malheurs, ils étaient enfin arrivés.
Sans perdre une seconde de plus, Liliane traversa la plage (sans se soucier des matelots qui travaillaient et de Verrazano qui lui criait de revenir) et pénétra dans la forêt. Elle marcha pendant un moment, un long moment, s'engouffrant de plus en plus dans la forêt. Puis elle arriva dans une clairière, où au centre se trouvait un gros rocher de deux mètres de hauteur, et c'est là qu'elle remarqua que le soleil se couchait. Alors Liliane décida de retourner au bateau, sauf qu'elle comprit qu'elle s'était perdue. Après un soupir las, elle commença à tourner en rond autour du rocher, ne sachant pas quoi faire.
— Bonjour.
France s'arrêta net.
— Allez-vous bien ?
Elle regarda autour d'elle, mais il n'y avait personne.
— Je suis en haut.
Liliane leva ses yeux et aperçut une silhouette qui se tenait au-dessus du rocher. Elle la regarda, voulant discerner ses traits. Soudain, cette personne sauta à terre et la Française put la voir. C'était un jeune homme, sûrement entre dix-huit et dix-neuf ans. Il était grand, musclé et beau. Il portait à ses pieds des chaussures ressamblant à des chaussons. Son pantalon en cuir aux multiples décorations enveloppait ses jambes élancées et son bassin. Il était torse nu et on pouvait voir des ombres jouer avec les lignes de ses muscles saillants de l'abdomen et du buste. Sa peau hâlée avait des arabesques de cicatrices, certaines anciennes, d'autres récentes, mais ce n'était pas laid, au contraire, ça lui donnait un air sauvage. Ses bras musclés étaient la preuve de sa force et ses épaules larges accentuaient sa virilité. Les yeux de Liliane défilèrent du cou robuste vers le visage. Il avait de longs cheveux lisses d'un brun tirant au rouge qui lui tomabaient en cascade sur le dos et les épaules larges. Il avait un visage carré, avec une mâchoire forte et robuste, un beau nez et des pommettes saillantes. Une cicatrice traversait en diagonale son visage, passant par son nez. Et il y avait ses yeux.
Quand Liliane les vit, elle en fut médusée. C'était des yeux en amande avec deux rubis comme iris. Ils avaient de longs cils noirs qui mettaient en valeur leur rouge écarlate. Ces yeux étaient ceux qui l'obsedaient depuis des années. C'étaient eux. Il n'y avait pas de doute possible.
— C'est toi…
— Pardon ?
— C'est toi… fit France, tu es l'homme aux yeux rouges !
— Comment ?
— Si, c'est toi ! Je t'ai enfin trouvé !
— Pardon mademoiselle, mais je ne comprends pas ce que vous essayez de m'expliquer…
À ces paroles, Liliane comprit soudain que les propos qu'elle tenait n'avaient pas de sens clair pour la personne qui se trouvait en face d'elle. Elle s'excusa et commença à bredouiller quand elle voulut lui expliquer pourquoi elle l'appelait «l'homme aux yeux rouges» et le cherchait. S'il y avait quelque chose de bien avec les nations, c'était que quelque soit la langue de leurs terres, il existait une langue universelle pour toutes les représentants. Ainsi, il n'y avait jamais de problème pour communiquer. France se calma, inspira fortement et dit :
— Je m'appelle Liliane Bonnefoy. Je représente le Royaume de France et je suis à votre recherche.
— Pourquoi êtes-vous à ma recherche ?
France ne s'attendait pas à cette question.
— Bah… parce que… je… enfin…, fit-elle en baissant son regard. Ces yeux rouges la mettaient mal à l'aise. Pour la première fois depuis longtemps, elle était intimidée par quelqu'un.
— C'est bon. Vous n'êtes pas obligée de me répondre.
La jeune femme releva ses yeux et fixa les orbes vermeils. Ils lui paraissaient si beaux… Ils étaient tels qu'il semblait aucunement possible qu'ils puissent un jour regarder méchamment quelqu'un ou quelque chose.
— Dîtes-moi… comment vous nommez-vous ? Je vous ai dit mon nom. À votre tour, dit-elle.
— Je n'ai pas de nom.
— Comment ?
— Je n'ai pas de nom. On ne m'en a pas donné.
Cette déclaration surpris beaucoup Liliane.
— Mais alors, comment vous appelle votre peuple ? demanda-t-elle.
— On m'appelle «Lui» ou «Il». Je ne vis pas avec mon peuple, et ils ne me parlent presque jamais. C'est pourquoi je n'ai pas de nom à proprement dire.
— Mais alors, comment vais-je faire quand il faudra que je vous appelle ?
— Je ne sais pas.
Liliane baissa les yeux. Ça commençait mal. Elle ne s'était pas du tout imaginer rencontrer quelqu'un sans nom. Soudain une main se posa sur son épaule et elle releva sa tête.
— Vous savez quoi, choisissez un prénom pour moi.
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— Comment ça, le roi est prisonnier ?
— Vous savez, mademoiselle Bonnefoy, vous avez disparue et… essaya de dire un des hommes.
— Attendez, je m'absente pour une année et à mon retour, la première chose que j'apprends, c'est que le roi est prisonnier ?! hurla Liliane en se tenant l'arrête du nez. Mais alors, à quoi vous servez, bande d'incapables ?! cria-t-elle en jetant un vase au sol sous la pulsion de la colère.
L'objet se brisa en miles morceaux sous les yeux effarés des hommes qui se trouvaient dans la pièces.
— Mademoiselle…
— Non ! fit-elle en levant sa main pour faire taire l'homme qui essayait de la faire raisonner. C'est bon. J'irai chercher le roi moi-même. Pour l'instant, essayez de ramasser le plus d'argent que vous le pouvez. S'il le faut, augmenter les impôts de dix pour cent. Il faut qu'on soit près à payer une rançon s'ils nous le demandent.
— À vos ordres !
— Maintenant, sortez ! cria-t-elle. Et envoyez quelqu'un pour qu'il nettoie ce vase.
Tout le monde sortit et une fois seule, Liliane soupira. Elle en avait marre. C'était son troisième roi qui se faisait enlever et fait prisonnier. La poisse…
France se dirigea vers la porte pour sortir à son tour et aller se préparer pour son voyage à Madrid. Elle devait personnellement négocier la liberté de son roi. Elle soupira une seconde fois, lasse de tout ce qui arrivait. Elle imaginait Hildegard rigoler sournoisement, heureux d'avoir capturer le souverain de la France.
Liliane se dit qu'après la libération de son roi, elle repartirait voir ces terres au loin qui l'attendaient. Elle y irait et passera du bon temps avec Lui. D'ailleurs, elle devait lui trouver un prénom (et un nom occasionnellement). Au détour d'un couloir, alors qu'elle réfléchissait à tout un tas de prénoms, elle vit un garde et engagea la conversation avec lui :
— Dis-moi le premier prénom qui te vient en tête, fit-elle.
— Comment ? demanda le garde.
— Dis moi un prénom.
— De femme ou d'homme ?
— D'homme.
— Jean ?
— Non, un autre.
— Louis ?
— Non plus. Un prénom un peu exotique.
— Giacomo ?
— Non ! Pas Giacomo !
Elle ne voulait surtout pas le nom de ce pontife pervers.
— Je sais pas…
Le garde sembla réfléchir puis son visage fut illuminé.
— Alejandro ? dit-il, fier de connaître un deuxième prénom étranger.
Liliane sourit. Elle venait de trouver le nom parfait.
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À suivre…
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Portugais : menina = mademoiselle
Note de l'auteur qui dit tout et n'importe quoi: Je ne suis pas très fière de mon chapitre. Et je ne peux pas vous garantir quand je vais poster mon 3eme chapitre. En tout cas, j'ai l'idée en tête. Vous allez revoir les anciens. Dans tous les cas, je peux vous garantir que je vais bien tourmenter notre chère Liliane au prochain chapitre. Attendez-vous à du lourd ! (Nan, je retire ce que j'ai dit. Je veux pas vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué.)
Bref.
Portez-vous bien jusqu'à la prochaine publication !
