Holà! Regardez qui est de retours et qui arrive à vous pondre un chapitre sans vous faire attendre pendant un an! (J'admets totalement que j'ai le syndrome d'Antoine Daniel)
Je vous conseille d'écouter la chanson du chapitre (en boucle si vous le voulez) pendant votre lecture. C'est « Fire meet gasoline » de Sia. Après, moi je dis ça, je dis rien, vous faites comme vous le voulez!
Disclaimers : Tous droits sur les personnages reviennent à Himaruya et la chanson utilisée au début à ses auteurs respectifs.
Rating: M
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Chapitre VI : It's dangerous to fall in love
It's dangerous to fall in love, but I
Wanna burn with you tonight
You hurt me
There's two of us
We're bristling with desire
The pleasure's pain and fire, burn me
So come on now
I'll take you on
Take you on,
I ache for love, ache for us
Why don't you come, don't you come a little closer?
So come on now
Strike the match
Strike the match now
We're a perfect match
Perfect somehow
We were meant for one another
Come a little closer
Flame and candle meet
Fire meet gasoline
Fire meet gasoline
I'm burning alive
I can barely breathe
When you're here loving me
Fire meet gasoline
Fire meet gasoline
And I can barely breathe
When you came back for me
Fire meet gasoline
I'm burning alive
And I can barely breathe
And you're in love with me
Fire meet gasoline
Burn with me tonight
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Fire meet gasoline
C'était une nuit de début d'été. Alors qu'Alejandro dépoussiérait le sol de sa cabane d'un petit balai fait de roseaux, quelqu'un toqua à la porte. Il se redressa, alla ouvrir et fut médusé pour quelques secondes. Devant lui se tenait Liliane, couverte de bleus et sa tunique en sang vers l'abdomen. Après avoir longuement analysé dans quel état elle était, deux mots réussirent à franchir ses lèvres:
— Ça va?
Liliane tremblait et tenait fermement son ventre, essayant d'arrêter un saignement. Ses beaux cheveux blonds étaient entremêlés, salis par la poussière et différents fluides corporels. Son œil gauche avait enflé, ne permettant de voir la pupil violette. Son visage avait été griffé et sa lèvre coupée; le sang y avait coagulé. Alejandro vit qu'elle se cambrait, de honte, de tristesse, de rage ou de douleur, il n'en savait rien, mais sur le moment, elle paraissait si petite et fragile, telle une fleur qui aurait tenu tête à une tempête.
Il se décala du seuil sans un bruit. Liliane entra et se dirigea tout droit vers le feu pour s'assoir devant. Alejandro arriva tout doucement de derrière et posa un draps sur les épaules de la Française.
— Je saigne, dit-elle doucement, en remontant sa tunique pour montrer une plaie béante au Native.
Une profonde coupure commençait du haut de son estomac pour tracer un chemin jusqu'en bas du foie, et la blessure n'arrêtait pas de cracher du sang.
o
Une des plus grandes déceptions de Liliane fut d'apprendre qu'elle n'était pas crainte en tant que pirate.
Non, en fait, c'était le courroux de quelqu'un d'autre que craignait tout le monde.
Celui du British.
Liliane était dans une taverne. Un homme avait tenté de s'approcher d'elle mais la Française l'avait envoyé bouler. Des types qui puaient l'alcool ne l'avait jamais intéressée. C'est à ce moment qu'il avait sorti les paroles qui avait glacé le sang de Liliane. C'est ainsi que la Française avait appris qu'elle n'était rien sans son Brit qui s'occupait d'elle. Il avait continué son explication en affirmant que les autres marins la laissait tranquille seulement parce qu'un certain pirate anglais la réclamait en tant que son dû et avait juré de trancher la gorge de tous ceux qui osait même penser à la toucher.
Liliane prit cher dans son ego. Ce fut comme un coup de poing tout droit dans son abdomen. Elle commença à trembler de rage et de tristesse alors que le pauvre type devant elle continuait de parler.
— Il te saute bien, au moins?
Une dizaine d'hommes les entouraient mais personne ne faisait rien et Liliane eut un instant l'envie de pleurer à chaudes larmes. Non. Pleurer aurait été une grave erreur. Non, non et non. Pas de larmes. Mais les rires qui s'élevait de la foule qui les encerclait prenait de l'ampleur au fil des secondes. Alors Liliane comprit qu'elle devait agir rapidement.
— T'veux que je te tranche la gorge ou quoi? dit-elle en tirant sa dague de son fourreau.
Ses mains suaient de rage.
— Capitaine... souffla Orphée. Ne vous emportez pas s'il-vous...
Mais c'était déjà trop tard. Liliane avait sauté au coup du marin et l'avait tranché d'un geste précis et net. Elle avait la dextérité d'un chasseur de longue date. L'homme tomba au sol, du sang giclant de son cou. En voyant leur amis tué, ses coéquipiers tirèrent à leur tour leurs couteaux et ils commencèrent à se battre avec la capitaine du Jeanne d'Arc et l'équipe même de ce bateau.
Liliane perdit dans ce combat deux hommes et sa confiance en soi. Elle avait été gravement amochée; lèvre pétée, œil gauche au beurre noir, des bleus et des coupures un peu partout sur le corps. Le pire c'était son ventre taillé en deux.
Le combat prit fin quand ils tuèrent tous les hommes et que le propriétaire de la baraque puisse se rassembler assez de courage pour dire à l'équipe du Jeanne d'Arc de foutre le camp.
En sortant de l'auberge, Liliane ordonna à ses hommes de rentrer au bateau. Pendant ce temps-là, elle commença à marcher vers un endroit qu'elle connaissait assez bien.
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— Si tu bouges trop, je vais pas pouvoir mettre la pommade correctement, fit Alejandro alors qu'il étalait une pâte à base de plantes sur la blessure de la Française.
— J'y peux rien, souffla doucement Liliane. Fait trop mal.
Elle était adossée contre le ventre de Kumanira qui dormait paisiblement. Au loin, Mimo, le serpent à sonnette d'Alejandro, scrutait la scène d'un œil impassible. Il n'attaquait plus la Française mais la perdait jamais de vue. Il se tient toujours à quelques mètres de moi sans jamais ciller, se dit Liliane. Puis elle se mit une claque mentale. Les serpents n'ont pas de paupières, idiote!
Mais une vive douleur l'empêcha de continuer de s'insulter mentalement. Un petit cris franchit ses lèvres et cela n'échappa pas à Alejandro.
— C'est bientôt fini, je te jure, consola-t-il. Il ne me reste plus que de tout bander.
Il se leva et se dirigea vers un panier en roseaux, s'agenouilla devant et fouilla à l'intérieur. Liliane put détailler le dos du Native à la lumière du feu. Il ne portait pas de haut. Ses muscles saillants bougeaient, roulaient au fil de ses mouvement fluides, sous sa peau hâlée que la sueur faisait briller. Les forts ombres projetées sur son corps ressortaient les longues cicatrices qui sillonnait tout le dos et lui donnaient un côté inexploré. Liliane voulut parcourir de ses doigts cette surface: dessiner le contour de chacune des blessures refermées, sentir le relief des scarifications et le mouvement des muscles. Elle se demanda quelle texture avait sa peau; si elle était sèche comme les feuilles en automne ou au contraire grasse comme le beurre. Ses omoplates ressortaient de la peau et la colonne vertébrale qui devait sûrement aussi ressortir était cachée par une longue tresse noire décoré d'un ruban rouge.
Tiens, quand il a changé de couleur de cheveux? Mais elle ne s'attarda pas sur la question. Liliane avait envie de défaire cette tresse et de jouer avec ces longs cheveux ébènes qui brillaient malicieusement à la lumière jaune et rouge des flammes. Elle voulut tendre son bras pour toucher ce dos et cette chevelure mais Alejandro était beaucoup trop loin et Liliane n'avait pas la force même pour bouger d'un centimètre. Ses cheveux noirs rappelait à la jeune femme ceux de sa familles. Elle était la seule à être blonde et c'était une des raisons pour laquelle elle avait été maltraité par ses frères. Elle était trop différente d'eux sur le plan physique. Ses frères se ressemblaient entre eux mais Liliane ressortait du tas. Une envie de pleurer la prit mais elle refoula ses larmes et secoua avec le peu de force qu'elle avait sa petite tête qui lui faisait un mal de chien. Elle se concentra une nouvelle fois sur Alejandro et soudain, elle se demanda comment cela aurait été de coucher avec lui; s'il était plutôt du genre sauvage ou passionné, où les deux en même temps. Elle essaya de se remémorer de ses expériences passées avec les hommes et de deviner comment il aurait fait l'amour. Sûrement doux, se dit-elle, mais avec passion et quelques touches de piquants. Elle tenta de l'imaginer tout nu, et sans cette fichue tresse, les cheveux relâchés aux quarte vents, elle essaya de se remémorer de la formes de ses abdominaux, de ses pectoraux et de ses biceps.
Il faisait chaud dans la cabane et la jeune femme sentit sa température monter encore plus. Était-ce dû à sa blessure ou à l'exposition érotique du dos d'Alejandro, Liliane n'aurait su y répondre.
Mais l'observation — à la limite du voyeurisme — de la Française dut prendre fin quand le jeune homme se releva et revint sur ses pas, ayant trouvé les bandes de tissus blancs.
Elle couina de douleur et de déception, ayant voulu pouvoir mater encore plus mais dut se rendre à l'évidence qu'elle n'était pas bien, qu'elle n'avait plus toute sa tête et qu'elle commençait à délirer.
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Liliane s'ennuyait à mort. Dans un coin de la cabane d'Alejandro, elle était couché sur un petit lit de roseaux et avait pour ordre de ne pas trop bouger. Cela faisait déjà une semaine depuis qu'on lui avait fait la blessure à son abdomen. Le Native était occupé à faire bouillir de nouveaux bandages qui étaient plus des morceaux de tissus d'anciens vêtements. Les yeux de la Française se baladèrent de ses mains à ses bras musclés. Il était assis en tailleur devant un chaudron dans lequel l'eau et les bandages bouillaient. De temps en temps, dû à ses mouvements, sa tresse tombait par dessus son épaule devant lui et il était obligé de la rejeter en arrière par un petit geste de la main.
— Quand t'as changé de couleur de cheveux?
— De quoi? fit Alejandro.
Liliane se releva sur ses coudes dans son petit lit de fortune et tenta de se mettre dans une position assise lui permettant de parler avec le Native sans gêne et sans que sa blessure ne lui fasse trop mal.
— Quand je t'ai rencontré, tes cheveux avait une couleur brune, presque rouge. Maintenant, ils sont noirs.
— C'était de la teinture.
— Ah.
Liliane fut déçue de la courte réponse. Elle avait attendu une explication un peu plus longue.
— Je la fabrique à partir d'une plante. Si tu veux je peux aussi en appliquer sur tes cheveux.
La Française essaya de s'imaginer avec une chevelure rouge et l'image mentale qu'elle vit lui déplue énormément.
— Je crois que je vais passer mon tour.
Elle se recoucha et regarda le plafond. Quelques minutes, qui parurent interminables à Liliane, passèrent et elle décida de se rassoir, la position couchée étant inconfortable. Elle regarda le jeune homme travailler sans se déconcentrer une seule seconde, même avec la tresse qui retombait de temps en temps.
— Tu vas pas me demander comment c'est arrivé, ma blessure?
Alejandro ne répondit pas. Elle serra les dents et ferma les yeux. La douleur était à la limite du supportable.
— J'en voie pas l'intérêt, fit-il de façon las.
Liliane sentit un pincement dans son cœur. Elle aurait attendu un petit peu de curiosité de la part du Native. Elle était encore une fois déçue.
— Laisse-moi deviner: quelqu'un t'as dit quelque chose qui ne t'a pas plu et du coup tu t'es bagarrée avec cette personne. Je me trompe?
Ce fut le ton qu'il employa qui ne plut aucunement à la Française. C'était un ton hautain, un ton de « monsieur-je-sais-tout ».
— J'ai appris que les autres marins, en dehors de mes hommes bien sûr, ne me respectaient pas en tant que pirate.
— Lilia...
Mais la Française le coupa:
— La seule raison pour laquelle...
— Liliane je t'en supplie...
— ...on me laissait tranquille était Angle...
— Liliane!
Alejandro avait hurlé et la jeune femme stoppa net. Ils se regardèrent et elle essaya de comprendre ce changement drastique dans le caractère du Native. Il ne lui avait jamais crié dessus jusqu'à maintenant.
La pièce était devenue tellement silencieuse que l'on pouvait entendre les crépitements du bois et les petites bulles que faisait l'eau du chaudron dans laquelle Alejandro faisait bouillir les bandages. C'était un silence malaisant et la Française ne sût que dire.
— Liliane... reprit-il de façon plus doux. Liliane... Je n'ai pas envie d'écouter ce qui s'est passé ou ce qu'il a bien pu faire pour que tu viennes chez moi en pleine nuit avec une plaie béante à l'estomac. Je veux dire... d'après toi, c'est pas quelqu'un de bien...
Liliane attendit avant de répondre:
— C'était quoi cette réaction? Je t'ai parlé de lui qu'une seule fois et c'était pour te dire qu'il est mon voisin du nord! Je t'ai jamais dit qu'il était un connard!
— Mais tes yeux l'ont dit.
Un second silence prit place. Liliane resta médusée. Et elle comprit que ce type lisait en lui comme dans un grand livre ouvert. Quel mimique ou quel geste avait-elle pu faire quand elle avait parlé de l'Anglais pour qu'Alejandro saisisse sa haine envers ce premier? Elle qui avait pris comme habitude de ne jamais montrer ses émotions! Liliane se dit que le Native était très perspicace et peut-être pas si simple et basique qu'elle l'avait imaginé. Il avait toujours agit de façon douce envers elle, et Liliane pensait que cela venait de la gentillesse naturelle d'Alejandro. Mais maintenant, elle songeait au fait que peut-être, Alejandro avait déjà déchiffré son passé entier — ce qui expliqua pourquoi il était si gentil envers elle. Cela eu le don de l'énerver et la Française ne fit rien pour calmer sa colère.
— De quoi est-ce que tu parles, putain?
Ce fut au tour d'Alejandro d'être médusé. Il commença à tripoter le bâton qu'il utilisait pour mélanger le chaudron.
— Non... je veux dire...
— Non, quoi? Mes yeux, tu dis? Ils ont quoi, mes yeux?
— C'est juste que... que tu paraissais triste et... en colère? Quand tu as parlé de lui...
Liliane essaya de se reprendre et de se calmer. Son énervement ne servait à rien. Elle se dit qu'il y avait quelque chose de bien plus importante:
— Qu'est-ce qui m'a trahi? Qu'est-ce qui t'a fait dire « elle n'aime pas Angleterre »?
Son regard était fuyant; au moment où Liliane aurait voulu le plus voir ses orbes rouges. Il paraissait soudain très nerveux.
— Tes yeux... Je veux dire... Il y a dans tes yeux... ah, comment le formuler... une flamme! Oui, voilà, dans tes yeux, il y a une flamme et quand tu as parlé de lui... elle s'est éteinte.
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— Non, mon capitaine, je vous jure, il n'y a pas de flammes dans vos yeux.
— Mais il l'a dit!
Orphée avait ouvert l'œil gauche de Liliane de deux doigt et le contrôlait d'une loupe. Quelques minutes plus tard il reposa l'objet qu'il tenait et relâcha l'œil de la Française.
— Contrôle l'autre.
Orphée soupira.
— Mon capitaine, j'ai regardé les deux à plusieurs reprises. Il n'y a rien dans vos yeux.
— Mais quelques choses m'a trahi et il m'a dit que c'était une flamme!
— Peut-être qu'il a menti? suggéra le jeune homme. Peut-être que c'était autre chose?
Liliane se frotta les yeux, et se coucha sur son lit. Orphée avait peut-être raison, peut-être que c'était quelque chose d'autre qui lui avait indiqué que Liliane haïssait l'Anglais. Mais Alejandro avait eu l'air si sincère quand il lui avait parlé de cette histoire de flamme. Il avait semblé si franc quand il avait dit ces paroles que douter de lui ne venait pas à l'esprit. Liliane fut encore une fois tiraillée de l'intérieur. C'est un bon menteur ou juste un type trop sincère?
— Faudrait que j'aille le revoir une fois, soupira-t-elle. (Elle se tourna sur le ventre, le visage enfoui dans les oreillers et se retint de crier de douleur.) Comment faire pour que j'y aille sans que ça soit bizarre?
Elle se tourna puis se retourna, faisant craqueler le matelas et se faisant ainsi encore plus mal.
— Je veux dire; quand il m'a expliqué cette histoire de flamme, je suis juste sortie de la cabane sans rien dire. (Elle se redressa — non sans lâcher un petit cri de douleur — pour regarder Orphée.) Ça va juste être trop bizarre si je me pointe chez lui, sans aucune raison!
Elle se recoucha et se mit en boule. Son abdomen lui faisait un mal de chien mais Liliane s'en foutait sur le moment.
— Je le pige pas, ce mec! Je te jure! Orphée, trouve-moi une raison pour que je puisse aller chez lui sans que ce soit chelou.
De son côté, le second de la Française avait commencé à préparer quelque chose. Il tenait une petite fiole dans laquelle il mettait une substance dorée et visqueuse d'une bouteille de couleur brune. Quand la fiole fut rempli jusqu'à la moitié du liquide jaunâtre, il rangea la bouteille dans l'armoire d'où il l'avait sorti et prit une autre bouteille, celle-ci était verte et contenait du vin. Il l'a posa sur la petite table et sorti une deuxième bouteille, bleue cette fois, de l'armoire.
Il versa le contenue de la troisième dans la fiole jusqu'à y laisser une marge de deux centimètre. Il le boucha de son indexe et l'agita fermement. La substance devint huileuse.
— Orphée, s'impatienta Liliane, je t'ai demandé de me trouver une raison pour pouvoir me pointer chez lui, pas de me fabriquer la pierre philosophale.
— Mais je viens de vous préparer votre prétexte, mon capitaine, affirma-t-il joyeusement en attrapant la bouteille de vin et en s'avançant vers le lit. L'huile que j'ai préparée va empirer l'état de votre blessure, alors que le vin va vous rendre encore plus fragile et l'air malade.
— Orphée... fit-elle doucement, j'ai pas envie de mourir bon sang de Dieu.
— On sait tout les deux ici que la mort adore vous épargner.
— Mais ça veut pas dire que je ne souffre pas!
— Écoutez, je ne vous oblige strictement à rien. Vous pouvez aussi aller chez lui avec une autre raison. Mais je me suis dit que la meilleure était celle-ci.
Liliane se tourna encore une fois dans ses draps, essaya de ne pas prendre note de la douleur qui lui semblait être comme un poulpe. Sa tête était dans l'abdomen et ses tentacules essayaient d'aller le plus loin possible dans son corps, se répandre dans tous ses membres.
— Vous devez appliquer l'huile sur votre blessure, ne le buvez pas, fit-il en posant les objets de verre sur la table de nuit.
— C'est compris, c'est compris, dit-elle. J'applique le vin, je bois l'huile. (Un sourire apparut sur les lèvres de Liliane.) Tu vois, j'ai tout retenu.
Orphée sourit à son tour et se dirigea vers la porte.
— Je vous laisse alors. Je viendrai vous cherchez dans trente minutes, puis vous emmènerai chez lui.
Il allait tourner la poignée mais se ravisa, refit face à son capitaine et dit doucement:
— Mais. (Sa voix mélodieuse s'éleva dans la cabine comme celle d'un chanteur dans un amphithéâtre.) À propos de cette histoire de flamme. Peut-être que lui seul arrive à la voir?
La jeune femme se redressa difficilement sur son lit et tira ses vêtements. Elle commença à jouer avec la dentelle de sa chemise bouffantes.
— Sans vouloir vous manquez de respect, j'espère que vous voyez où je veux en venir...
Liliane se laissa tomber sur son lit dans un grand boum. Elle regretta immédiatement son geste. Elle avait l'impression que l'os du bassin ainsi que toutes ses côtes avaient décidé de changer de place.
— Putain...
Mais malgré la douleur, un fin sourire apparut sur ses lèvres alors qu'elle portait ses bras à son visage pour le masquer.
— Je crois bien qu'il est le seul homme à pouvoir voir en moi cette foutue flamme.
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Alejandro défit les noeud des bandages de Liliane. Il les enleva doucement et à chaque fois que sa peau touchait celle de la Française, celle-ci recevait des décharges électriques.
— J'arrive vraiment pas à comprendre comment ta blessure est dans cette état.
— Moi non plus, souffla Liliane. Argh...
Alejandro retira ses mains et s'excusa. Il recommença sa tâche quelques secondes plus tard.
— Mais je comprend vraiment pas... comment? J'ai l'impression que c'est pire par rapport au tout début.
La Française sentait ses joues commencer à la brûler. Sa température montait.
— Bon, dit le Native une fois qu'il ait fini de retirer les bandages. Je vois que c'est pas très joli-joli. Va falloir remettre de la pommade. Et je crois que tu vas aussi devoir rester ici pendant au moins une semaine.
Au loin, Mimo commença à agiter sa queue. Kumanira, qui dormait, leva sa tête au son de sonnette produit, puis la reposa et se rendormit. Le serpent glissa sur le sol en formant des vagues et sortit de la cabane rapidement par un trou dans le sol. Quand il eut quitté la pièce, la grande ourse se leva, se dirigea vers la porte et gratta le bois. Alejandro alla la lui ouvrir et une fois que Kumanira fut sortie, le jeune homme referma le battant.
— Il ne veut pas de moi..., souffla la Française.
— Mais non, contredit Alejandro.
Il se leva et alla chercher l'eau de puit qu'il avait faite bouillir plus tôt. Il appliqua le liquide sur la blessure avec un chiffon propre pour la nettoyer. Puis il alla chercher de la pommade et de nouveaux bandages. Quand il s'agenouilla devant elle, seulement quelques centimètres les séparaient. Ils étaient trop proches. Liliane se souvint subitement de ce qu'elle avait pensé il y avait plus d'une semaine, quand elle avait détaillé le dos du Native. Ses joues s'empourprèrent; elle avait l'impression de brûler vive. Merde. Orphée, t'as mis quoi dans cette huile?
Sa tête commença à tourner tout doucement. Il lui sembla que soudain, Alejandro était plus près. Elle sentait de plus en plus le contacte de ses doigts sur sa peau, comme ci son sens du touché s'était tout d'un coup aiguisé. Elle commença à détaillé son visage. Il avait une forme rectangulaire avec une belle mâchoire carrée nouvellement rasée. Elle remarqua qu'il avait une petite cicatrice sur sa pommette droite, en plus de celle qui coupait en deux son visage en partant du haut de son oeil droit jusqu'à la commissure gauche de sa bouche en passant par le nez. Il avait de grands yeux aux orbes rouge sang avec de longs cils noirs.
— Alejandro... soupira-t-elle.
Sa voix lui parut plus fragile qu'elle ne l'aurait imaginé. Le dénommé leva la tête et la regarda. Son visage était neutre et elle le prit en coupe avec ses mains. Il eut une mine soucieuse et fronça les sourcils, puis colla son front contre celui de la Française. Elle prit cela pour une invitation et posa doucement ses lèvres sur celles du jeune homme. Elles avaient une texture douce, peut-être la plus douce que Liliane eut connut jusqu'à ce moment-là. Elle descendit ses mains à sa nuque et essaya d'approfondir le baiser, de mordre sa lèvres inférieur et trouver un accès à son palais.
Alejandro, qui était resté de marbre pendant tout le baiser, se retira tout un coup en sursaut. Ses yeux était grands ouverts de stupéfaction et il avait porté sa main à sa bouche.
— Liliane... put-il seulement articuler. Que fais-tu?
La Française ne lui répondit que d'un gloussement peu élégant. Oh, Dieu, que faisait-elle? Mais le contacte de leur peau avait laissé une belle sensation et elle voulait regoûter à ces lèvres.
— Liliane... chuchota-t-il comme s'il avait peur que quelqu'un d'autre qu'eux ne l'entende.
— C'est ta faute, dit-elle en s'étouffant d'un nouveau gloussement. Ta faute.
La jeune femme se sentait ivre comme si elle avait bu une dizaine de tonneaux de vin. La douleur dans son abdomen avait disparut pour laisser place à des picotements dans ses jambes. Elle jeta sa tête de côté et un fou rire la prit. Ses bandages étaient devenus humides et collants d'une substance rouge qu'elle ne put identifier. Sa tête tournait et sa vision devint flou.
— Avoue, fut-elle capable d'articuler entre deux rires, avoue que tu le veux comme moi.
— De quoi parles-tu? J'essayais seulement de prendre ta température, et ça a recommencé à saigner. Laisse-moi te soigner.
Alejandro tentait de tenir droite la Française alors que celle-ci était prise de tics. Elle leva son index pour le poser sur la bouche du Native et commença à y tracer de petits cercles.
— Chuuuuuute...
Elle se pencha en avant, colla sa joue gauche contre celle d'Alejandro et murmura à son oreille:
— Viens, on baise.
Elle fut reprise de rires et de tics. Elle se jeta soudain sur lui et il l'attrapa.
— Bon sang, tu brûles!
— Allez, viens!
Elle essaya de se soustraire à sa prise et de l'embrasser à nouveau. Alejandro la maîtrisa tant bien que mal.
— Pourquoi tu veux pas? demanda-t-elle avec le visage le plus innocent au monde. Je suis belle, ça te donne pas envie?
Elle arrêta de glousser et commença à pleurer.
— Je suis moche, c'est ça? Je suis pas assez belle pour toi?
Des larmes roulaient sur ses joues alors qu'elle reniflait.
— Liliane tu as de la fièvre et tu délires. Il faut que tu te calmes pour que je puisse bander ta blessure.
Elle se calma, puis posa sa tête dans le creux de l'épaule du Native.
— Alors embrasse-moi.
— C'est non, coupa-t-il.
— Pourquoi?
Elle se redressa et le regarda dans les yeux, attendant une réponse.
— Liliane, tu n'es pas toi même. Tu as de la fièvre. Demain, tu regrettera tout, si bien sûr tu t'en souviens.
— Mais non, sourit-elle. Je suis juste triste que je ne sois pas le type de femme que t'aimes... Sinon on sera déjà sur le sol à faire des choses.
Et elle éclata de rire.
— Les hommes me veulent tout le temps. Pourquoi tu serais différent? Oh, c'est quoi, ça?
La Française tata son ventre et regarda sa paume; elle était couverte de sang.
— C'est rouge, dit-elle comme un petit enfant. Berk, j'aime pas le rouge! C'est la couleur d'Oliver.
Elle essuya sa main sur le bras d'Alejandro.
— Tu sais, il est méchant avec moi. Il fait toujours des choses que j'aime pas.
— Liliane, je t'en supplie, il faut que tu me laisses m'occuper de cette blessure, sinon t'en aura au moins pour trois mois de convalescence.
— Je serai avec toi pendant ces trois mois?
Le jeune homme hocha de la tête.
— Alors ne me guérit pas! hurla-t-elle soudainement. Je veux rester ici! Je veux pas rentrer en Europe! Ils me haïssent là-bas! Je suis qu'une putain à leurs yeux...
Elle recommença à pleurer. Alejandro ne répondit pas. Il eut l'air de réfléchir puis dit:
— Tu peux rester ici autant que tu veux. Liliane, reste, si tu es plus heureuse ici que là-bas.
— Vraiment?
Les pleurs et reniflements de la Française stoppèrent.
— Oui, mais en échange, laisse-moi te soigner.
Liliane eut l'air de penser, de peser le pour et le contre.
— Je peux te raconter quelque chose, dit-elle doucement. Je t'aime bien, parce que t'es gentil. T'es pas comme les autres. Les autres, ahhhh, les autres sont méchants. Maintenant, embrasse-moi.
Elle tenta de se pencher vers lui mais il l'arrêta.
— Ils t'ont fait de mauvaises choses, pas vrai? dit-il. Ils t'ont obligée à être avec eux.
Elle rit.
— Tu n'as pas idée le nombre de fois.
— Il n'y a jamais eu un moment où tu le voulais aussi?
La Française réfléchit.
— Très peu. C'est surtout arrivé quand j'étais petite. Tu sais, quand j'étais pas aussi forte que maintenant.
Des larmes commencèrent à pointer aux coins de ses yeux. Alejandro commença doucement à défaire le reste des bandages.
— Maintenant écoute-moi, Liliane. S'il devait arriver que nous fassions l'amour un jour, je veux que tu sois dans un état sobre et en bonne santé, sans une grosse blessure au ventre.
Elle hocha doucement la tête. Il finit d'enlever les derniers morceaux de tissus trempés de sang et commença à nettoyer avec l'eau de puit une seconde fois. De temps en temps, Liliane gloussait ou tentait de retenir ses larmes. Voyant que l'état de la coupure s'était détérioré, il se leva pour aller chercher quelque chose.
— Où vas-tu...? gémit la jeune femme.
— Je ne vais pas loin, ne t'inquiète pas, consola le Native en se défaisant à la prise de la Française.
Il alla mettre une aiguille et du fil, qu'il avait déniché d'une boîte, dans le chaudron, puis le remplit d'eau et jeta une nouvelle bûche au feu. Il revint sur ses pas et se rassit à sa place.
— Dis, fit la jeune femme, je comprends toujours pas, tu veux de moi ou pas? T'as même parlé de flamme. T'as une flamme dans ton cœur pour moi?
Alejandro resta muet.
— Flamme ou pas flamme, t'es bizarre. Je veux dire, pas dans le mauvais sens. Dans le bon sens! Normalement, continua-t-elle, les hommes ne réfléchissent pas trop quand il s'agit de moi. Il viennent vers moi et me dise qu'ils veulent coucher avec moi. Bien sûr, ils le disent pas directement, quoique parfois certains n'ont aucun tact. Souvent c'est des « T'es seule ce soir ? » ou des « Que fait une si jolie jeune femme seule? ». Alors à ces moments-là, j'ai envie de leur criez « Foutez le camp, bande de connards! ». Mais souvent j'ai pas le temps de le dire qu'ils ont commencé à me tirer vers quelque part.
— Et tu te laisses faire, n'est-ce pas?
— Plus trop maintenant, même plus du tout, mais avant j'étais pas forte, et avant...
Un silence s'installa entre eux. Liliane hoqueta.
— Mais toi, reprit-elle. T'es bien.
— Et les autres nations sont pareilles, je suppose. Ils te demandent pas ton avis.
— Y'en a, ils me donnent le choix, je veux dire, ils m'obligent pas, mais d'autres...
Elle se pencha de nouveau en avant et chuchota, comme si elle avait peur d'être entendue:
— Tu avais raison quand tu as dit qu'Oliver n'était pas bien, parce que lui ne m'a jamais donner le choix.
Puis elle repartit dans un fou rire espacé de hoquets.
.
À suivre...
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Le bla-bla de l'auteur qui dit tout et n'importe quoi:
Eh bien, que dire? J'ai écrit ce chapitre si rapidement! Je suis fière de moi! Et en plus, ça longueur n'est pas mal!
Petit anecdote: Alejandro allait s'appeler Gabrielle à la base, mais quand j'ai écrit le chapitre où il apparaissait pour la première fois, j'écoutais Alejandro de Lady Gaga et j'ai pas pu m'empêcher de changer son nom. Pour ceux/celles qui connaissent la chanson, essayez de deviner si des Roberto et des Fernando vont apparaître dans cette fic ;)
Voilà, voilà, à la prochaine!
