Shizuru se laissa sagement suffoquer par le déchainement brut de Tomoe, elle n'avait pas l'intention de riposter de quelque façon. Ça n'avait jamais été son intention, elle attendit silencieusement et patiemment; qu'on mette terme à son existence. Elle n'avait pas trouvé d'alternatives jusqu'à aujourd'hui afin d'y parvenir par ses propres moyens.
Oui, elle avait prémédité la colère foudroyante de son ennemie; cette jalousie et possessivité exclusives envers sa thérapeute. Elle avait conscience qu'elle prenait la même voix obscure que cette femme, elle avait les mêmes répugnantes déviances que cette Marguerite. Le besoin de posséder cette belle brunette aux yeux verts, de vouloir son attention tout entière et pour finalement : la détruire. Elles ne savaient que faire cela. Tomoe et elle se ressemblaient plus qu'elle ne le souhaitait, les meurtrissures qu'elles portaient ne pouvaient s'effacer par des sessions de paroles, ce mal rongeait profondément leurs êtres. Non, elle lui correspondait … c'était elle qui avait fait d'elle cette personne perturbée et totalement détruite de l'intérieure… qui voulait répandre cette souffrance qu'elle lui avait fait endurer, comme une victime qui devient à son ton tour un bourreau… elle reproduisait exactement son même schéma, cette défiance à l'encontre des hommes qu'elle jouait de leur faiblesse, cette manière de séduire les autres par ses faux sourires, cette innocence qui n'était qu'une façade, car en réalité, elle était un monstre. Mais personne ne voulait le voir ou n'avait pas conscience de sa perversion dissimulée.
La buveuse de thé observa le regard brumeux par les larmes, et au-dessus d'elle, des yeux s'assombrirent, et ce rictus si familier, comme un démon qui allait dévorer son âme et elle. Cette ombre semblait la recouvrir entièrement comme par le passé, elle ne pouvait se réchapper à ses assauts, la porte était fermée à clé, personne ne pouvait l'entendre, la secourir. Elle était piégée dans ce lit, comme chaque soir, elle redoutait ce moment qui allait arriver. Cette main qui se mit en travers de sa bouche afin de faire taire ses plaintes et pleures.
« Tu ne peux pas t'échapper Shizuru… appelle à l'aide et personne ne viendra te secourir… jamais… »
C'était véridique, elle n'en avait été jamais été capable d'être sauvé. Fujino les larmes aux yeux, était comme tétanisée par la peur, son corps entier se mit à interagir, à convulsionner en secousse incontrôlable, puis elle se débattit.
« Non, non, arrête ! Non ! NON ! Pitié ! Ne me fait de mal Miki !» Le poids qui était en train de l'étrangler s'évapora. Shizuru étonnée de ce regain de liberté, elle se roula sur le côté et se mit à tousser fortement. Ensuite, elle reprit doucement conscience, elle vit que Tomoe était en train de se débattre, quelqu'un la tenait fermement par la taille, ce fut Kuga celle-ci elle était à terre.
« Non, non, lâchez-moi ! Je dois la tuer ! Elle ne me prendra jamais Natsuki ! Elle est à moi ! Elle est à moi ! Personne ne me la prendra ! Personne ! »
« Tomoe ! Ça suffit ! Calme-toi ! » Implora la bluette qui remarquait que ses paroles n'arrivaient plus à atteindre l'esprit complètement égaré de sa patiente.
« Miss Maria ! Miss Maria ! » Hurla la psychologue alors que les autres patientes étaient venues voir ce qu'il se tramait, elles étaient toutes choquées par la scène.
« Natsuki ! » La directrice voulait intervenir dans cette bagarre, éloigner Tomoe de sa fille.
« Ne t'approche pas surtout pas ! C'est dangereux ! Appelle les infirmiers, on doit donner un puissamment calmant à Tomoe, elle a perdu la tête, on doit aussi éloigner Shizuru d'ici, elle a été agressée par Tomoe, elle doit voir un médecin. Il faut les séparer de l'une et l'autre. » La dite, avec les émotions intenses qu'elle avait eues, elle ne put garder plus longuement. Ses paupières se closent contre sa volonté.
Une heure plus tard.
Natsuki se mit à grimacer lorsqu'on lui mit une pommade à ses côtes, Marguerite n'avait pas été de main morte avec ses coups. La lèvre inférieure fendue, l'arcade sourcilière ensanglantée, un bel hématome à ses côtés, et des lacérations sanguinolentes le long de ses avant-bras.
« Est-ce que ça va Natsuki ? » Questionna soucieuse la directrice du centre alors qu'elle venait de rentrer dans le bureau de son employée, celle-ci fut soignée par une infirmière de l'hôpital. Ayant terminé son travail, elle s'en alla, laissant le duo en privé.
« Ça aurait pu être pire, c'est juste superficiel ces petites blessures, j'ai connu pire, je vais rapidement guérir. Comment vont Shizuru et Tomoe ? » Miss Maria s'approcha de sa fille, elle avait les larmes aux yeux, elle détestait la voir dans un tel état, cela lui rappela des douloureux souvenirs du passé, lorsque la jeune femme, en période de rébellion et autodestruction buvait et se battait, elle rentrait très tard dans la nuit ou dans la matinée, la faisant mourir d'inquiétude. Elle ne put s'empêcher de la serrer dans ses bras.
« Natsuki, j'ai eu si peur… »
« Je vais bien, je te le jure maman. Je suis aussi forte que toi. Ne te fais pas de souci. » Miss Maria redoubla de pleur, elle n'avait souhaité qu'une seule chose dans sa vie, protéger la femme de sa vie et leur enfant. Elle avait déjà échoué une fois, elle ne voulait pas renouveler cette tragédie. Elle repoussa doucement la beauté sombre et attrapa dans sa main ce visage qui lui tenait tant à cœur, elle avait fait un choix difficile, Shizuru et Tomoe étaient dangereuses toutes les deux, soit l'une ou l'autre allait faire du mal à Natsuki. Elles l'avaient déjà fait. Elle devait se montrer impitoyable et ferme bien que cela lui brisait déjà le cœur.
« Natsuki, je veux que tu partes du centre. Non, tu es virée. Je ne veux plus te voir en ces lieux. Tu n'as déclenché que des ennuis dans mon établissement, je ne peux me permettre que ce genre d'événement se reproduise de nouveau. Tu as vingt-quatre heures pour prendre tes affaires et partir d'ici. Je peux t'écrire une lettre de recommandation si tu veux. » Miss Maria s'éloigna de sa fille et partit du bureau sans se retourner alors que la louve était sans voix.
