Merci pour les commentaires, ça me motive pour écrire la suite. Vous avez finalement les raisons du mal-être de Shizuru.
« Oh mon dieu… Shizuru… non… »
Natsuki appela désespérément à l'aide dans les couloirs de l'institut psychiatrique, elle espérait qu'il ne fut pas trop tard, elle priait que ce soit réellement le cas. Elle n'allait pas être inactive comme par le passé, elle ne voulait plus voir une autre personne meurtrie, mourir devant ses yeux impuissants, elle ne s'était pas battue toutes ces années pour revivre les mêmes tourments. Shizuru n'allait pas finir comme sa pauvre mère Saeko, elle était jeune pour la secourir ou voir son mal intérieur. Aujourd'hui, ce schéma n'allait pas se reproduire. Elle ne l'accepterait pas.
La brune se précipita auprès de Fujino, elle était encore consciente, Kuga l'entendit gémir malgré que son visage se vidât rapidement de ses couleurs. Une chaise était renversée sous ses pieds ballants dans les airs. La psychologue posa la chaise sur ses quatre pieds et monta dessus. Elle attrapa les jambes de la beauté de Kyoto, elle ne devait pas être balancée de la sorte, l'étranglement serait irréparable, elle pourrait avoir des séquelles à vie. Elle était si jeune pour se retrouver tétraplégique dans un fauteuil roulant ou végétatif dans un lit d'hôpital.
La bluette eut des difficultés à garder une moindre stabilisation, elle titubait sur son support et son ancienne patiente ne l'aidait pas en bougeant, elle voulait réellement en finir au plus vite. Les secours prenaient leur temps à venir, elle devait à tout prix libérer la jeune patiente aux rubis.
Natsuki tenta de retirer le nœud qui liait ce cou frêle à sa potence. C'était un dur labeur, elle n'arrivait pas à extraire la corde de fortune de sa proie. Pourtant la thérapeute aux jades n'abandonna pas, si elle devait se déchirer les ongles ou utiliser ses dents pour libérer la pauvre captive, elle le ferait sans une once d'hésitation. Elle continua de se débattre contre cet ennemi de tissu, comment cette chose était-elle arrivée dans les mains de Shizuru ? Les patients n'avaient pas d'autres vêtements que ceux du centre, ils en étaient privés lorsqu'il entrée en ces lieux. Était-ce cette Miki qui lui avait donnée ?
« Shizuru… tu… n'as pas intérêt à mourir, je ne… te laisserais pas… mourir ! Il est hors de question que cela arrive ! Je sais que tu vas mal, que tu as souffert, et je suis désolée de t'avoir abandonnée comme tous les autres dans ta douleur alors que je t'avais promis le contraire, mais je ne ferais plus cette erreur ! Je suis là pour toi ! » Kuga parvient à délier la boucle, mais lorsque l'adolescente tomba à corps perdu dans ses bras, elle perdit l'équilibre, la chaise penchait vers l'arrière à en perdre sa position verticale. Voyant un potentiel danger, Natsuki garda de manière protectrice dans ses bras la châtaine, colla rapidement sa tête contre sa poitrine, et le médecin se prit violemment au niveau de l'arrière de sa tête, le mur.
Désarçonnée pendant quelques minutes, la brunette vit trouble, elle chercha à reprendre contrôle, mais en vain, elle entendit de loin des voix, elle tenta de reprendre ses esprits face à l'inconscience qui se profilait devant elle. Pourtant, elle ne put garder plus longuement les yeux ouverts, elle s'évanouit.
Trois jours plus tard.
Shizuru avait réussi à s'échapper discrètement de sa chambre, elle allait rejoindre celle de sa sauveuse. Elle ouvrit doucement la porte et elle fut engouffrée dans la froideur et les bips des moniteurs des appareils environnants. Cette image bouleversa Fujino qui referma la porte derrière elle. Natsuki avait eu un traumatisme crânien en la sauvant, cela faisait trois jours qu'elle était dans le coma. La châtaine s'approcha en titubant, elle tenait avec sa main droite une béquille pour se maintenir debout. Elle avait échappé de peu à la paralysie totale de son corps, mais elle avait perdue l'usage de sa jambe droite, c'était comme si on lui avait coupée. Elle se traina vers la brunette. Elle vit que celle-ci avait la tête couverte d'un bandage, on l'avait opéré d'urgence d'une hémorragie. Les larmes aux yeux, la beauté de Kyoto laissèrent finalement ses émotions s'échapper, elle ne pouvait plus garder sa souffrance en elle. D'une voix cassée et abimée par son étranglement, elle déclara :
« Natsuki… pourquoi m'as-tu sauvée ? Je ne comprends toujours pas, je croyais que tu me détestais… non, tu es si gentille pour ressentir de telles émotions négatives… je pensais que tu ne tenais pas à moi, que ma mort… ce serait le mieux pour tout le monde… que personne ne s'en soucierait… Je ne voulais pas qu'on me secoure, je voulais ne pas vivre… et de nouveau, tu as été là pour me secourir alors que je croyais que personne ne se souciait de moi… tu es si différente des autres… tu ne me vois pas comme un objet de désir, une simple manipulatrice… je… commence à te faire confiance alors que ce mot est étranger dans mon vocabulaire… tu es la seule que je pourrais… aimer véritablement… enfin… je sais que je suis incapable de donner cet amour à quelqu'un d'autre… il faut savoir ce que signifie le mot aimer et… ma sœur…elle est la responsable de tous mes malheurs… elle semble si parfaite non ? Je ne suis pas une Fujino, mon père n'est pas mon véritable père, tout comme ma mère… j'ai été abandonnée enfant… et ces gens m'ont adopté. Ils ne pouvaient plus concevoir d'enfant à part Miki. Le pire, c'est que je me demande pourquoi ils me voulaient, ils ne s'étaient jamais occupés de moi, j'étais continuellement avec une baby-sitter. Ils me mettaient continuellement la pression en me comparant à leur prodigieuse et véritable fille, je n'étais pas aussi douée qu'elle, intelligente et parfaite. Je n'avais pas ma propre identité, j'étais la petite sœur de Miki et rien d'autre. » Shizuru reprit son souffle alors que sa voix tremblait, elle n'avait jamais avoué à personne de sa situation, c'était plus éprouvant qu'elle ne le croyait. « Puis, mes parents m'ont dit que ma sœur allait vivre dans la maison familiale pour un moment, j'avais à peu près dix ans… je n'ai vu aucun problème, je n'étais pas rancunière, ce n'était pas sa faute si on me rabaissait, et je me rappelais que par le passé, elle avait été toujours gentille avec moi… mais avec le temps, j'ai vu un autre visage, une autre personnalité. Cette histoire de belle-mère que je t'ai racontée, une partie est en réalité la vérité. Ma sœur, si je peux la nommer ainsi, elle était très tactile avec moi, elle me volait des baisers, elle me serrait souvent dans ses bras, elle me touchait longuement dans le dos ou caressait ma cuisse. Étant enfant, je ne vis aucun sens caché dans ses actes, j'ai cru que c'était une preuve d'affection. Et un jour, elle a amené son petit ami, je les ai surpris ensemble… en pleine action… je crois qu'elle savait que j'étais là pourtant elle continuait et j'ai fui, j'étais gênée. Et dans la nuit, elle est venue me voir… dans ma chambre… elle était nue et elle s'était allongée contre moi… elle s'est mise à m'embrasser dans le cou et ne cessait de dire qu'elle m'aimait… qu'elle n'aimait que moi… que j'étais sa précieuse petite sœur, qu'elle ne voulait me partager avec personne… et puis elle a abusé de moi… sur le moment, elle me disait que c'était ainsi que s'aimait véritablement les frères et sœurs, mais que je ne devais pas en parler à nos parents. Je l'ai cru et puis avec les mois qui passaient, je détestais ce qu'elle me faisait… je lui ai dit que je ne voulais plus… et elle s'est énervée, elle m'a enfermée dans ma chambre pendant plusieurs jours sans que je puisse manger ou sortir… Affaiblie, elle est revenue, et elle continua son jeu avec moi et après avec les années qui passaient, je n'en pouvais plus, je voulais en parler à quelqu'un… mais personne n'allait me croire, Miki était adulée par les gens, personne ne parlait en mal d'elle… alors, en parler à des parents qui privilégieraient leur véritable sang, je ne pus supporter et j'ai essayé de me suicider… voilà toute mon histoire Natsuki, elle n'est pas si terrible que cela, non ? » La buveuse de thé se mit à ricaner amèrement. « Natsuki, tu m'as fait réaliser une chose importante, pourquoi je devrais m'autodétruire alors que je n'ai rien fait de mal ? Je devrais plutôt me venger… j'ai un nouvel objectif, et ce n'est plus celui de mourir, mais de détruire les Fujino… j'aimerais tellement que tu ne sois pas au milieu de tous ces problèmes… je t'aime beaucoup Natsuki… » Shizuru embrassa doucement les lèvres glaciales de son ancienne thérapeute, elle caressa de sa main son visage.
« Tu m'as implorée de vivre et je le ferais… je te promets qu'on se retrouvera plus tard, un, cinq… dix ans… peu importe le temps, mon cœur ne changera pas d'avis, je sais que tu es la seule pour moi… je n'aimerais personne d'autre que toi, ou je serais à jamais seule. » La buveuse de thé s'en alla alors que ses rubis reprirent de la vigueur.
