Deux mois plus tard.
Aujourd'hui c'était l'anniversaire de mariage du couple parfait et tant admiré des Fujino. Pour cette grande occasion, le couple avait invité tous leurs proches et amis. Il y aurait certainement plus d'une centaine de convives.
Shizuru était invitée tout comme sa grande sœur Miki. La beauté aux rubis s'observa dans le miroir, elle portait une longue robe argentée à décolleté et dévoilant une partie de la cambrure de son dos, fendue jusqu'au milieu de ses cuisses. Sa longue chevelure bouclée fit mise sur le côté. Elle portait un pendentif qui s'arrêtait à la vallée de sa poitrine, elle avait mis des boucles d'oreilles en perle de culture. Elle portait des talons mi-hauteur. Le maquillage fut léger, mais mit en valeur ses lèvres pulpeuses ainsi que son regard rouge sang, elle avait l'air d'une femme fatale, et pourtant elle n'avait pas encore atteint la vingtaine d'années, se profilait une évolution grandiose de sa beauté hors du commun. Shizuru observa l'heure, elle prit sa canne qui avait été faite sur mesure par son père et elle sortit de sa chambre pour se rendre à cette représentation qui allait être unique.
Les Fujino avaient loué un château en dehors de Kyoto pour glorifier à sa juste valeur cet événement. C'était en pleine campagne avec des hectares de bois, piscines, terrain de tennis et de nombreux garages.
Kiro Fujino salua amicalement tous ses invités, homme d'affaires, politiciens, homme de justice, tout le gratin de Kyoto. Shizuru accompagnée de son chauffeur attitré entra dans la salle, tous les regards se projetèrent en sa direction. Elle avait fait une entrée remarquée, elle pouvait entendre les compliments sur sa beauté. Elle ne s'attarda pas aux remarques, bien qu'elle sourît et saluait quelques invités par bienséance. La protagoniste se dirigea vers son père qui venait à sa rencontre, il la serrait dans ses bras, ce fut la première fois qu'il avait eu un geste affectueux envers elle. Elle était tellement abasourdie qu'elle ne savait comment réagir, alors elle mit une de ses mains dans son dos et la retira aussitôt. La créature à accent ne se berça pas de désillusion, cette famille savait jouer avec les apparences. Elle se contenta de suivre les directives silencieuses du patriarche.
« Shizuru, ma fille adorée, que je suis heureux que tu sois venue ce soir, tu es simplement magnifique. »
« Merci père, je suis ravie d'être en ces lieux auprès de notre famille. » L'homme vit une opportunité de bien se faire voir, il amena sa 'fille' auprès de ses amis, qui ne firent que complimenter Shizuru. Elle sut facilement imposer sa présence par sa prestance et délicatesse.
Après une dizaine de minutes de discussion inutile et inintéressante, la buveuse de thé s'échappa de ses tourments, elle arrêta un serveur et se prit une coupe de champagne, elle se mit à sourire doucement. Elle jeta un discret coup d'œil en direction de son père adoptif, celui était en galante compagnie d'une femme, il semblait comme paniqué. Il y avait une sorte de confrontation verbale, une gifle. Elle ria, c'était mieux qu'elle ne l'avait prévu. Il demanda à sa sécurité de faire partir cette intruse qui se débattit violemment. Voyant le spectacle qu'il donnait, il s'excusa auprès de ses convives qui reprient leur activité. Fujino but une gorgée de champagne et s'en lécha les lèvres de la saveur amère. Elle remarqua que sa 'mère' avait tout remarqué du manège avec son époux, Saya était en houleuse discussion avec son époux, ils devaient s'éloigner des convives pour qu'on n'entende pas leur sujet de conversation, bien que la châtaine sache parfaitement ce qui les mettait dans un tel état de frustration, elle avait en quelque sorte aidé à cette situation. Et cela ne faisait que commencer, ce n'était qu'un petit hors-d'œuvre pour mettre en appétit. Cependant malgré son enthousiasme, elle se raidit. Une sensation de mal-être parcourut son estomac, elle eut des frissons d'angoisse. Elle reconnaissait parfaitement la raison de ce malaise, cette odeur de parfum désagréable de muguet qui empiétait sur ses nerfs à fleur de peau.
« Bonsoir Shizuru. » La nommée ferma les yeux et pinça ses lèvres, elle inspira profondément et reprit de la contenance, elle se retourna et fit son plus faux des sourires.
« Bonsoir Miki. » La nommée se passa le bout de sa langue entre ses lèvres et dévisagea de haut en bas sa sœur comme si elle était un vulgaire bout de viande, cela rendit la protagoniste aux rubis nauséeuse qui se sentit comme entièrement nue face à ce prédateur. Intérieurement, elle avait cette folle envie de lui jeter le contenu de sa flute de champagne sur le visage de cette manipulatrice et de hurler à tout le monde quel monstre elle était réellement, mais cela se retournerait contre elle, et elle avait d'autres objectifs en tête. Toutefois, elle se calma. Elle ne l'avait pas revue depuis sa tentative de suicide. Elle lui avait dit tous ces mots qui furent enclenchés à sa déchéance, personne ne croirait qu'elle fut abusée par elle, c'était une menteuse doublée d'une folle, elle recommencerait à la gouter lorsqu'elle serait de nouveau libre, que quoi qu'elle fasse, elle ne pourrait lui échapper, qu'elle lui appartenait seulement…
« Tu es en beauté Zuru. Tu es si délicieuse avec l'âge, une vraie femme, et c'est en partie grâce à moi que tu es devenue une. » Miki s'approcha dangereusement du visage de sa proie qui ne cillait pas bien qu'elle se mordît jusqu'au sang l'intérieur de sa joue, elle détourna la tête sur le côté et ce fut un mauvais mouvement, ce souffle familier qui caressait sa peau la fit se figer encore plus qu'elle n'était capable de tenir. Elle ne devait pas s'emporter, elle ne devait pas fondre en larme. Elle devait penser à quelque chose qui la calmerait… le sourire doux et bienveillant de Natsuki apparut dans son esprit tourmenté ainsi que son regard profond et tendre. Shizuru se mit à sourire divinement malgré elle, son bourreau remarqua ce changement subit d'attitude. Elle fut étonnée de découvrir une telle image, jamais Shizuru n'avait montré un pareil visage jusqu'à aujourd'hui. Il y avait simplement de la terreur et de l'imploration. Qu'est-ce qui lui était arrivée ? La brune attrapa brutalement le menton de sa petite sœur qui la fixait avec intensité, son regard vin s'assombrit vers la couleur du pétrole. Il y avait cette haine qui ne semblait pas s'échapper de son être. La beauté à la chevelure auburn repoussa d'une claque adroite cette main envahissante d'elle et sourit de nouveau, mais Miki vit une différence entre les deux sourires, elle serra des dents.
La châtaine devait procéder à son autre projet de vengeance, elle vit sa proie entrer dans la salle de réception.
