Chapitre 3

D'abord sortilège avec le professeur Flitwick -soit dit en passant, le directeur de leur maison, qui avait été plus qu'enclin à distribuer des « plus cinq points à Serdaigle » rattrapant largement ceux que Théa avait perdus hier- puis botanique avec le professeur Chourave, et la matinée s'était étirée en longueur. Enfin, le dernier cours de la journée était le tant attendu cours de transplanage, que les Serdaigles ne partageaient avec aucune autre maison pour une fois.

Elliott en sautillait déjà de joie. Il les baratinait avec ce mode de déplacement depuis que son frère aîné l'avait appris et s'amusait à transplaner dans sa chambre au beau milieu de la nuit ou juste derrière le rideau de douche, juste pour lui faire peur. Il avait hâte d'apprendre à le faire pour pouvoir lui rendre la pareille.

Nouvelle matière voulait également dire nouveau prof, ou plutôt nouveau moniteur. Le ministère de la Magie avait envoyé pour l'occasion Wilkie Tycross, un tout nouveau moniteur qui paraissait à peine plus âgé que ses élèves. Plusieurs filles rougirent ou partirent d'un petit rire stupide en le voyant, agaçant déjà les garçons. Ils pensaient pourtant que n'étaient envoyés à Serdaigle que les « sages et réfléchis ». Apparemment, cela ne s'appliquait plus aux filles dès lors qu'un garçon mignon se trouvait dans les parages.

Le moniteur se présenta ainsi que sa matière. Ils n'allaient avoir que quelques séances ensemble, et il espérait fortement que, d'ici là, tout le monde maîtriserait parfaitement l'art de transplaner. Il leur demanda de faire des binômes et Théa se mit avec Elliott. Elle espérait que, comme il était impatient d'apprendre, il apprendrait vite. Tycross leur donna quelque consigne : visualiser un endroit du grand jardin -comme il faisait encore beau, le cours avait lieu dehors- dans sa tête, s'y accrocher très fort puis s'imaginer là-bas. Un élève par binôme devait s'essayer à la tâche, le deuxième était là pour s'assurer que tout allait bien. Que personne n'avait laissé derrière lui une jambe par exemple.

Elliott s'y essaya le premier. Il lui fallut plusieurs minutes avant de réussir à disparaître dans un grand « PLOC »... pour réapparaître un mètre plus loin à peine.

- Hé, au moins tu as réussi à partir et revenir en entier, le félicita Théa face à la mine dépitée du blond. On ne peut pas en dire autant de Cornelia, pouffa-t-elle en jetant un coup d'œil à une de leur camarade qui avait laissé derrière elle sa botte en cuir.

Elliott ne tint pas et pouffa à son tour, vite rejoint par Holly qui, même à cinq mètres d'eux, réussissait toujours à être au courant de tout.

Théa essaya à son tour de transplaner. Elle sentit une drôle de secousse au niveau de son nombril avant d'être aspirée. Le résultat ne fut pas très fructueux non plus. Elle atterrit à peine plus loin qu'Elliott. Quelqu'un plaqua ses mains sur ses yeux, la faisant sursauter.

- Devine qui c'eeeeest ! s'exclama Holly.

Tu sais que je pourrais reconnaître ta voix même en plein milieu de la place bondée du Chemin de Traverse le jour des fournitures scolaires ! rit Théa en se retournant vers son amie.

- J'ai transplané jusqu'ici ! sautilla-t-elle de joie.

- C'est super ! Tu vas progresser hyper vite ! Euh, ne te vante pas trop devant Elliott, si tu ne veux pas …

Mais Théa parlait dans le vide, la blonde étant déjà partie se pavaner devant ledit Elliott, qui essayait tant bien que mal de contenir son élan de jalousie.

À la fin du cours, tout le monde avait plus ou moins réussi à transplaner, au moins sur quelques mètres. Certains avaient réussi à réaliser l'exploit de rester entier lors du processus, beaucoup y avait laissé un bras -et pas qu'au sens figuré. Madame Pomfresh, l'infirmière, allait avoir du pain sur la planche ce soir pour rattacher tous ces membres à leur propriétaire. Mais globalement, Tycross, le moniteur, était fier d'eux et il n'en fallait pas plus aux Serdaigles pour être à leur tour fiers d'eux-mêmes. Ce fut donc dans une ambiance festive qu'ils rejoignirent leur salle commune pour s'atteler à leurs devoirs pendant les deux heures qu'il leur restait avant d'aller manger.

Il n'était pas loin de vingt-trois heures lorsque Théa arriva devant la gargouille gardant l'entrée du bureau de Dumbledore. Le directeur de l'école avait élu domicile tout en haut d'une tour. Théa donna le mot de passe à la gargouille de pierre -Dragée surprise, les friandises préférées d'Albus- et celle-ci s'abaissa, le mur pivota laissant apercevoir un petit escalier à trois marche. Théa s'installa sur la deuxième et elle sentit le petit édifice se mettre en branle et s'élever. Il la laissa sur un parvis, devant une lourde porte en bois massif. La jeune sorcière toqua, histoire de signaler sa présence, puis entra. Le bureau du directeur de Poudlard était une large pièce ovale, remplie d'un tas de bric-à-brac inutile mais dans lequel Théa adorait fouiller quand elle était plus jeune. Sur les murs étaient exposés des tableaux de tous les anciens directeurs de la très célèbre école de magie. Ceux qui ne dormaient pas encore la saluèrent. Eux aussi connaissaient bien la jeune fille : pendant ses périodes d'insomnie, il lui arrivait de venir papoter avec certains anciens directeurs qui souffraient du même problème qu'elle. Bien sûr, ils se faisaient toujours réprimander par ceux qui essayaient de dormir, mais cela ne les avait jamais arrêté.

Sur un perchoir dans le coin droit, Théa aperçut Fumseck, le phénix aux plumes rouges et or de Dumbledore. L'oiseau immortel avait donné naissance à un unique oisillon aux plume bleues et or dont Théa avait hérité : Ambroise, dont elle était folle.

Elle s'approcha finalement du bureau de l'homme qui l'avait élevée. Lors du repas, il lui avait fait comprendre qu'il souhaitait qu'elle passe le voir plus tard dans la soirée. Elle espérait que ce n'était rien de grave. Lors de son entrée en première année, Albus avait établi quelques règles à respecter pour ne pas que les autres élèves se rendent compte du lien qui les unissait. Tout d'abord, elle devait évidemment l'appeler Dumbledore ou Monsieur et non plus Papa, comme elle avait l'habitude de le faire. Ensuite, elle devait limiter ses visites ici, ou alors quelqu'un finirait par suspecter quelque chose. Mais le plus dur avait certainement été pour certains professeurs, qui devaient prétendre ne pas la connaître alors qu'ils avaient vu grandir la fillette. Flitwick avait d'ailleurs failli à cette règles lorsque le Choixpeau l'avait envoyé à Serdaigle et qu'un « Oui ! » aigu avait fusé, heureusement couvert par les applaudissements des élèves de sa future maison.

La jeune fille prit place dans le fauteuil en chintz rouge que Dumbledore venait de faire apparaître d'un mouvement de baguette. Il la fixa un instant de son regard bleu bienveillant avant de prendre la parole :

- Alors Théa, comment se passe cette rentrée ?

- Pour l'instant, très bien.

- Et les cours de potion ?

- Horace nous m'a mise en binôme avec un Serpentard, c'était vraiment pas cool de sa part. Mais bon, on fera avec, ce n'est pas comme si on avait le choix.

- J'ai entendu parler d'un petit … incident, d'ailleurs, avec ton camarade, commença Albus.

Les yeux de Théa s'arrondirent sous la surprise. Elle n'avait pas pensé que Dumbledore serait au courant mais, après tout, c'était le directeur, il était toujours au courant de tout dans cette école. Elle se fit toute petite sur sa chaise, comme une enfant qui s'apprêtait à se faire gronder.

- Je ne voulais pas le frapper, je te le jure.

- Je m'en doute bien.

- J'étais juste... frustrée parce qu'il ne faisait rien et que...

- Théa, la coupa Albus. Je sais que tu n'es pas quelqu'un de violent -pas sans raison. Je voudrais juste que tu fasse attention avec Regulus Black.

- D'accord.

En vérité, la jeune fille voulait demander pourquoi. Mais elle se doutait un peu de la réponse. Il était peut-être (extrêmement) beau et jusque-là anormalement gentil avec elle, il se dégageait de Regulus Black une aura quelque peu menaçante, très mystérieuse. Ce qui évidemment le rendait dix fois plus intéressant.

- Tu ferais mieux de rejoindre ta Salle Commune, il est tard. Fais attention aux rondes des préfets.

- Comme toujours. Bonne nuit p'pa.

- Bonne nuit Théa.

Elle n'avait pas remonté trois couloirs qu'elle entendit des bruits de pas venir dans sa direction. Elle se dissimula à l'angle d'un mur, profitant de la pénombre pour mieux disparaître. Deux personnes, apparemment des préfets Poufsouffles vu leur cravate jaune visible malgré l'éclairage faiblard, passèrent devant elle sans s'arrêter. Ouf, ils ne l'avaient pas vu. Théa réajusta sa robe de sorcier, pour que le noir du tissu recouvre bien le blanc éclatant de sa chemise. Voilà qui était plus discret. Elle jeta un œil dans le couloir pour s'assurer que la voie était libre. Un courant d'air froid passa sur sa nuque et elle frissonna.

- Je peux t'aider ? susurra une voix sortie de nulle part.

Théa sursauta violemment et ouvrit la bouche pour hurler mais quelqu'un plaqua sa main dessus et son cri fut étouffé.

- Chut ! Ce n'est que moi !

La jeune sorcière essayait tant bien que mal de calmer les battements fous de son cœur, qui menaçait de s'évader de sa cage thoracique. De la lumière apparu au bout d'une baguette et elle put distinguer clairement les traits lisses et parfaits du visage de Regulus. Le jeune homme tenait sa baguette de la main gauche, sa main droite toujours sur la bouche de sa camarade.

- Si je retire ma main, tu me promets de ne pas hurler ?

Théa hocha très vite la tête et, dès qu'il l'eut libéré, elle débita, tout en lui tapant fortement l'épaule :

- Tu es complètement malade ! J'aurais pu faire une crise cardiaque ! Ça ne va pas de te faufiler en douce derrière les gens et de leur foutre des peurs pareilles !

- À ce que je sache, c'est toi qui te balade dans les couloirs après le couvre-feu.

- Et toi alors, qu'est-ce que tu … mais elle s'interrompit en voyant l'insigne de préfet sur la robe noire de Regulus.

Évidemment, il fallait qu'il soit préfet. Et évidemment, il fallait qu'il la trouve. Toutes ses années à se faufiler en douce la nuit dans le château sans jamais se faire prendre et voilà qu'arrivait Monsieur et qu'il la grillait dès sa première ronde.

- Tu sais que je vais devoir enlever cinq points à Serdaigle, ce sont les règles.

- Torturer et manquer de tuer ses camarades, ça fait aussi parti des règles ?

- Torturer ? s'amusa le jeune homme.

- Tout à fait, répondit Théa en croisant ses bras sur sa poitrine. Et pour ta gouverne, j'étais avec Dumbledore, il m'avait convoqué pour euh... un truc. Urgent.

- Tu étais avec Dumbledore à vingt-trois heures passées ?

- Si tu ne me crois pas, on a qu'à aller lui demander.

- Non, ça va, je te crois.

- Mais tu enlèves quand même cinq point à Serdaigle.

- Mais j'enlève quand même cinq points à Serdaigle.

- Mais pourquoi ? J'avais une raison valable d'être ici !

- Le couvre-feu est quand même passé.

- Mais je... Tu... Ah ! Tu m'énerves !

Sur cette phrase d'une cohérence inouïe, Théa tourna les talons et repartit d'un pas rageur en direction de la tour des Serdaigles. À son grand désarroi, Regulus lui emboîta le pas.

- Je te raccompagne.

- Merci, mais je n'ai pas besoin de toi, je connais le chemin, je suis capable de rentrer toute seule.

- Je ne doute pas une seconde de ta capacité à retrouver ton chemin mais un élève ne peut pas se balader seul la nuit sans être accompagné d'un préfet.

- Je suis sûre que tu viens d'inventer cette règle.

- Juste pour t'embêter, c'est ça ?

- Apparemment, ça semble être ton nouveau passe-temps favori.

- Alors, je n'ai pas fini de m'amuser.

Théa se stoppa net, les joues échauffées par la colère et la frustration de ne plus savoir quoi dire face à cet énergumène qui avait réponse à tout -et pas forcément des réponses qui lui plaisait. Regulus appuya sa main dans le creux de ses reins et poussa légèrement en avant, forçant la jeune sorcière à faire un pas.

- Allez, avance ou on est parti pour la nuit.

Même si elle avait décidé du contraire, elle fut obligée d'avancer, Black ayant beaucoup plus de force qu'elle. Ils se retrouvèrent bien vite devant la tour Serdaigle. Le heurtoir en forme d'aigle posa une question à Théa qui y répondit sans mal, ouvrant une porte sur un couloir qui donnait vers la Salle Commune. Avant de pénétrer dans le couloir, elle se retourna vers Regulus. Le jeune homme avait les sourcils froncés, et semblait plongé dans d'intenses réflexions : il essayait de comprendre la question-réponse de l'échange entre Théa et l'aigle.

- Ne cogite pas trop ou tu risque de griller les quelques neurones dont tu disposes. Si tu pouvais comprendre ça, ce n'est pas chez Serpentard que tu serais, s'amusa-t-elle à le titiller.

Avant que la porte ne se fut refermé, elle put voir le regard noir que le garçon lui jetait. Apparemment, il n'aimait pas qu'on remit en doute ses capacités intellectuelles. Théa prit note de ce fait dans un coin de sa tête. S'il voulait s'amuser, alors il n'allait pas être le seul. Les jeux étaient ouverts.