15.

Holly et Théa bavardaient alors qu'elles se rendaient à leur premier cours de potion de ce nouveau semestre. C'était l'anniversaire de Holly, aujourd'hui. C'était également un vendredi 13. Ce qui ne réjouissait pas la jeune fille, qui était persuadée que cela allait lui porter malheur, d'une façon ou d'une autre, et ce malgré le petit déjeuner surprise contenant tout ce qu'elle aimait le plus et que Théa, Elliott et Robbie avaient réussi à lui préparer en s'arrangeant avec les elfes de Maison la veille.

- J'ai tellement hâte de me débarrasser de Rosier ! cria Holly, faisant se retourner sur son passage plusieurs troisièmes années interloqués. Quoi, on n'a plus le droit de s'exprimer ? leur lança-t-elle.

- Mais qu'est-ce qu'il t'arrive, ce matin à la fin ? Tu ne vas pas laisser une superstition gâcher ta journée !

- Sauf que ce n'est pas qu'une simple superstition. Regarde, ce matin, il n'y avait plus d'eau chaude. J'ai dû prendre une douche froide, pesta la blonde. Ensuite j'ai trébuché dans les escaliers, j'ai failli descendre deux étages sur les fesses. Et ça ne fait que commencer. Mais, et toi alors, c'est quoi ton excuse pour cette mine affreuse ?

- Je te remercie ! s'offusqua la brune. J'ai juste mal dormi.

- Tu étais triste de savoir que tu n'allais plus avoir Regugu comme partenaire, c'est pour ça que tu as mal dormi.

Holly et ses psychanalyses toujours très fines. Elle ne perdait jamais le Nord.

- Au contraire, si ça n'avait été que ça, j'aurais dormi comme un bébé. À mon avis, il y a de grandes chances pour que Slughorn s'amuse à refaire des binômes ça a eu l'air de lui plaire. Ce n'est pas cette année qu'on va pouvoir refaire des potions ensemble.

- C'est un tel gâchis, empêcher un partenariat tel que le nôtre ! On faisait des merveilles, ensemble. Quoi qu'il en soit, ne m'en veux pas mais je prendrais n'importe quel partenaire, tant que je n'ai plus à être avec ce psychopathe de Rosier. Ce sera mon cadeau d'anniversaire !

En entrant dans la salle, les filles virent qu'un attroupement d'élèves s'était fait au milieu de la salle, personne ne savait si le professeur allait reformer lui-même les groupes ou s'ils étaient cette fois libre de choisir. Slughorn ne laissa pas la place au suspense. À peine entré dans la salle, il regarda avec étonnement les élèves avant de se taper la tête d'une main et d'énoncer:

- On reprend exactement les mêmes groupes qu'au premier semestre. Ils avaient si bien marché !

Des soupirs de déception s'élevèrent du centre de la salle et les élèves rejoignirent, en traînant des pieds, la place qu'ils avaient occupés pendant la première partie de l'année scolaire.

- Joyeux anniversaire Holly ! s'exclama la blonde, dépitée. Qu'est-ce que je t'avais dit : vendredi 13 !

Théa adressa une moue désolée à son amie et se rendit à sa paillasse à reculons. Elle aurait aimé pouvoir prouver à Holly que cette journée allait bien se passer mais finalement, c'était Holly qui avait finit par la convaincre qu'elle avait certainement raison de croire en ces superstitions. Après tout, elle allait encore avoir à faire à Regulus tout un semestre. Et, au vu des récents événements, elle cherchait plutôt à l'éviter. Quand il arriva à hauteur de leur place, elle ne releva pas la tête.

- Tu vas m'en vouloir longtemps ? Tu ne peux pas continuer à bouder comme ça.

- Ah oui ? Regarde bien.

Et elle ne lui décrocha pas un mot pendant les deux heures de cours.

...

La jeune sorcière s'était rendue directement à la bibliothèque après son cours. Elle s'était enfin décidée à faire des recherches sur les significations des rêves et comment décrypter les siens. Elle parcourut les rayons, ne sachant pas exactement où chercher. Dans le doute, elle prit plusieurs livres, dont certains même concernant les serpents et le monde magique. Elle avait décidé de ratisser large. Elle s'installa à une table puis commença à feuilleter les bouquins.

Elle ne trouva pas grand-chose dans les premiers. Beaucoup comportait des analyses de professeurs de divination qui devaient être à peu près aussi perchés que leur professeur, Mrs Jackleski. Elle ne se découragea pas et continua ses recherches. Finalement, faute de mieux, elle dériva sur la communication entre les animaux et les humains. Elle trouva quelques passages abordant les Animagi, ces sorciers capables de se transformer en un animal spécifique et qui pourraient (ou ne pourraient pas, l'article était assez flou) communiquer avec d'autres animaux. En s'intéressant plus particulièrement aux serpents, elle tomba sur un petit passage qui abordait le Fourchelang c'était le nom qui avait été donné pour désigner la langue des serpents.

« Ce fut le grand potioniste Paracelse qui, au Moyen-Âge, découvrit ce qu'il nomma par la suite le Fourchelang : le langage des serpents quelque chose qui, à l'oreille, s'apparenterait à un sifflement continu. Il lui fallut plusieurs années de recherches pour se rendre compte que certains sorciers étaient doués de cette capacité étrange de communiquer avec les serpents. Il nomma alors également ces sorciers Fourchelangs, le mot désignant ainsi la langue et les sorciers la parlant. Mais la capacité de parler fourchelang est extrêmement rare. Si rare que, selon lui, ce serait une capacité héréditaire. »

Théa reposa sans conviction le livre. Pouvait-on considérer qu'une phrase prononcée par un serpent une fois dans un rêve pouvait faire d'elle une Fourchelang ? Elle rit intérieurement. Probablement que non. Et puis, une capacité héréditaire ? Comment pourrait-elle savoir un jour si les Prescott avaient compté parmi leurs membres des Fourchelang, étant tous décédés ?

Elle soupira. Plus elle réfléchissait à sa famille biologique et plus elle se persuadait que son père avait dû être un Moldu. Ce schéma lui paraissait logique : sa mère venait d'une grande famille de Sang Pur, elle en était même l'unique héritière. Malheureusement pour eux, elle était tombée amoureuse d'un Moldu, ce que sa famille avait dû fortement sanctionner, la forçant à se séparer de son père et à abandonner le bébé. Elle s'était rejoué ce film tellement de fois depuis l'annonce de Regulus sur les Prescott qu'elle finissait par croire que c'était vrai.

Théa soupira et abandonna l'idée de décrypter son rêve. Pour aujourd'hui, du moins. Mais tant qu'elle était là, et si elle voulait des réponses sur sa famille, elle allait devoir se pencher plus en avant sur les Prescott. Mais où chercher ? Par où commencer ?

Elle alla ranger les livres qu'elle avait sorti puis repartit en vadrouille dans les étales de la bibliothèque. Elle revint à sa table avec un livre ou deux et quelques anciens exemplaires de la Gazette du Sorcier, tous ceux où elle avait trouvé le nom Prescott. Elle sortit une feuille de parchemin et sa plume et entreprit de dessiner un arbre généalogique. Elle inscrivit à la génération une les noms que lui avait donné Regulus : Graham Prescott et Gina Prescott. Elle relia les deux noms d'un trait horizontal puis traça un trait vertical avant d'écrire dessous Mariann Prescott. Elle répéta le même schéma, inscrivant un point d'interrogation à l'endroit où devait figurer le nom de son père, puis son nom à elle en dessous. Si elle voulait trouver quelque chose, il fallait certes qu'elle cherche des informations sur les Prescott mais, pour être vraiment complète, il lui aurait aussi fallu chercher des informations sur la famille d'où venait sa grand-mère. Or, sans son nom de jeune fille, c'était une mission impossible. Elle soupira et feuilleta les journaux. De vieux articles sur des bals caritatifs organisés par la famille Prescott. Leur nom dans la rubrique nécrologique. Mais oui ! Il y avait une rubrique pour les décès mais aussi pour les naissances et les mariages. Peut être qu'elle trouverait le nom de jeune fille de sa grand-mère de cette façon.

Elle commença par fouiller et lire chacune des rubriques mariage de la Gazette du Sorcier mais elle ne tarda pas à loucher, voir flou et inverser des lettres. Elle jeta un œil autour d'elle pour s'assurer que personne ne la regardait, sortit sa baguette et récita un sort. Un journal s'agita dans une des piles puis réussit à s'extirper pour venir dans ses mains. Elle regarda avidement la page concernée et les trouva : Union de Graham Prescott et Gina Parkinson. Elle avait enfin trouvé quelque chose par elle-même. Elle retourna à son parchemin et, au dessus du nom de sa grand-mère, inscrivit Famille Parkinson. Elle fixait son parchemin quand quelqu'un derrière elle trébucha sur un livre qu'elle avait oublié de ranger et grogna : « C'est quoi ce bordel ! ». En découvrant Callum Yaxley derrière elle, elle se dépêcha de rouler le parchemin et le rangea dans la poche de sa robe de sorcier.

- À quoi tu joues, McArthur ? Tu cherches papa et maman ?

- Je ne vois pas en quoi ça te regarde, lâcha-t-elle, amère, en rassemblant les journaux éparpillés sur la table.

Elle se leva, les rangea et, après un regard de défit au Serpentard, se dirigea vers la sortie. Mais Yaxley l'avait vu ranger précipitamment le parchemin sur lequel elle écrivait, il était donc très curieux de savoir ce qu'elle avait bien pu y noter. Il le vit dépasser légèrement de sa poche et sortit sa baguette. Un simple petit sortilège d'Accio et il le tenait entre ses mains, sans que la Serdaigle ne remarqua quoi que ce soit. Il eut un petit sourire suffisant, fier de lui et attendit qu'elle eut quitté la bibliothèque pour dérouler le morceau de papier. Il savait qu'elle n'avait pas pu s'empêcher d'aller faire des recherches sur ses parents –il avait remarqué que c'était un sujet sensible pour elle- et fronça les sourcils en découvrant les noms : Prescott, Parkinson. C'étaient des noms qu'il connaissait car c'étaient tous deux des familles de Sangs Purs. Il fourra le parchemin dans sa poche juste au moment où la brune revint en courant dans la bibliothèque, l'air paniqué. Il passa à côté d'elle sans même un regard et reprit tranquillement le chemin de la Salle Commune des Serpentards.

...

- Vous ne devinerez jamais ce que je viens d'apprendre ! fit Callum à Regulus et Evan, à peine arrivé dans la salle.

- Qu'as-tu trouvé ? soupira Regulus, sans levé les yeux de son livre.

- McArthur, l'orpheline. Elle pense qu'elle aurait des liens de parenté avec les Prescott !

Black releva la tête d'un coup et planta son regard dans les yeux gris de Yaxley. Comment pouvait-il être au courant ? Il garda son ton blasé, pour répondre, sarcastique :

- Et bien sûr, elle a simplement décidé de venir se confier à toi, son meilleur ami ?

- Non, elle l'a écrit, répondit-il en agitant un morceau de parchemin roulé sous leur nez.

- Mais les Prescott étaient une grande famille de Sang Pur ! souleva inutilement Evan.

- D'où mon visage incrédule, rétorqua Callum.

- Où as-tu trouvé ça ? les coupa Regulus.

- À la bibliothèque. Enfin, je le lui ai volé.

Regulus se leva du canapé, le visage dur. Qu'elle lui fasse encore la tête ou pas, il allait devoir parler avec Théa. Il s'approcha de Callum, qui tenait toujours le papier tendu, comme un trophée et le lui arracha des mains.

- Hé ! protesta le Serpentard. C'est à moi.

- Ça n'a jamais été à toi, tu l'as volé. Et pour ce qui est des Prescott, c'est juste des spéculations, il n'y a aucune preuve. Je n'y croirais pas trop, si j'étais vous.

Il sortit de la Salle Commune des Serpentards, laissant derrière lui un Yaxley plutôt déçu. Il allait attendre l'heure du repas pour trouver Théa et lui parler.

...

Elliott, Holly, Robbie et Théa étaient installés à la table des Serdaigles pour le dîner. Théa était préoccupée car elle n'avait toujours pas réussi à remettre la main sur son arbre généalogique. Il n'avait quand même pas pu s'évaporer, il devait forcément se trouver quelque part ! Elle se força néanmoins à mettre ses préoccupation de côté, pour Holly. Après tout, c'était sa journée, celle de sa majorité. La jeune fille semblait d'ailleurs s'être un peu calmée et semblait même avoir apprécié son après midi (on devait certainement remercier Elijah pour cela). Elle avait été ravie par le cadeau de ses amis : un ensemble de livres traitant des Aurores, le métier qu'elle rêvait de faire.

- Black vient dans ta direction, fit Robbie, surpris.

- Je suppose que si je me cachais maintenant sous la table, il me verrait quand même, soupira-t-elle.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé entre vous pour que tu l'évites comme ça, tout à coup ? questionna Holly.

- J'ai juste cru qu'il pourrait être différent mais au final, il reste un Serpentard.

- Je ne l'ai jamais vraiment aimé, fit Robbie.

- Il n'est pas si terrible, le défendit Elliott.

- Oh, tu ne savais pas qu'ils étaient cousins ? lâcha Théa face au regard surpris que Robbie lançait à Elliott.

- Son cousin ? Comment ça se fait que j'ai loupé ça ? Finalement, je vais peut être devoir réévaluer notre amitié, ria le brun, ce qui lui valut un coup dans l'épaule de la part du blond.

- Holly sort avec un Gryffondor et pourtant je ne lui en ai pas tenu rigueur. Pire que ça, je suis même devenu ami avec des Gryffondors à cause d'elle.

Holly posa sa main sur le dos de celle d'Elliott et fit une moue compatissante.

- Je sais à quel point ça a dû être dur. Ça signifie énormément pour moi.

Même si elle se moquait de lui, Théa sentit qu'il y avait tout de même une part de vérité derrière.

- Si Elliott a pu le faire, ça devrait aller pour toi Robbie.

- Théa, je peux te parler ? fit la voix de Regulus qui venait d'arriver derrière elle.

- La dernière fois que j'ai vérifié, je te faisais toujours la tête donc, non, tu ne peux pas me parler. Enfin, si, techniquement, tu peux mais je ne peux pas te promettre que j'écouterais.

Elle jeta un regard noir à Elliott qui avait levé les yeux au ciel et se retint de lui balancer également un coup de pied dans le genou. Regulus abattit bruyamment sa main sur la table, faisant sursauter les quatre amis. Robbie s'était à moitié levé sur son banc, prêt à en découdre mais d'une main sur l'épaule, Elliott freina son élan. Théa vit que Black avait déposé quelque chose sur la table. Un morceau de parchemin qu'elle reconnaissait bien. Son arbre généalogique. Elle ouvrit la bouche, outrée.

- Et maintenant ? demanda-t-il, la voix dure.

- Où as-tu trouvé ça ?

Elle le dévisagea et, pour toute réponse, il indiqua la porte d'un léger signe de tête. La brune rangea le parchemin dans sa poche sans attendre et se leva. Elle jeta un regard vers Holly, qui comprit que Théa ne voulait pas la laisser mais elle l'encouragea d'un signe de tête.

- Ne m'attendez pas, prévint-elle alors ses amis avant d'emboîter le pas à Black, qui avait déjà avancé.

- Qu'est-ce qu'il vient de se passer, au juste ? fit Robbie, interdit.

- Des histoires entre eux, ne cherche pas, répondit Holly.

La blonde savait qu'elle aurait des explications dès que son amie mettrait les pieds dans leur chambre, ce soir.

...

Regulus entraîna la jeune fille vers des escaliers qui descendaient. Elle se stoppa nette et protesta :

- Tu compte aller où, là ?

- Dans un endroit où on ne sera pas dérangé.

- Pas besoin d'aller dans les cachots pour ça. J'y vais pour le cours de potion parce que je n'ai pas le choix mais en dehors de ça, c'est hors de question que j'y mette les pieds.

- Où veux-tu aller, alors ? soupira le brun, exaspéré.

- Suis moi.

Théa conduisit le Serpentard jusqu'au septième étage du château. Elle l'entendait râler derrière elle, ce qui la fit sourire : tant mieux s'il n'était pas content. Elle s'arrêta devant une tapisserie immonde qui représentait Barnabas le Follet essayant d'apprendre la danse classique à des trolls.

- Théa, qu'est-ce qu'on fait ici ?

- Chut !

Elle visualisa dans sa tête une pièce neutre, où ils pourraient « parler tranquillement » (si tant était que les deux sorciers en furent capables) et passa trois fois devant la tapisserie. Une porte apparut dans le mur opposé, faisant sursauter le garçon, qui fit deux pas en arrière.

- Ho ! C'est quoi ça ?

- La Salle sur Demande.

- Mais c'est quoi exactement ? Il n'y avait pas de porte ici.

- C'est une pièce magique qui n'apparaît que quand on en a besoin. Et si on sait qu'elle existe, évidemment. Je n'ai pas besoin de te demander de garder son existence secrète, n'est-ce pas ?

Il secoua la tête et suivit Théa à l'intérieur. C'était presque exactement ce que la fille avait visualisé dans sa tête. Elle observa du coin de l'œil la réaction de son camarade. Son visage dépeignait un mélange de surprise et d'étonnement. Il semblait aussi un peu admiratif et elle apprécia de le voir comme cela : il perdait alors son air dur qu'il arborait toujours et ses traits se détendaient. Mais cela ne dura pas. Dès qu'il eut fini d'inspecter les lieux et décrété qu'ils seraient au calme ici, il reprit son air froid et remonté.

- À quoi tu pensais en écrivant sur ce parchemin ? commença-t-il, la voix sourde.

- Je faisais juste des recherches.

- Tu aurais pu mentionner le Fourchelang dessus aussi pendant que tu y étais !

- Je ne vois pas ce... Et d'abord, comment tu...

Elle cria d'exaspération. Pourquoi fallait-il qu'elle se mette à bégayer et à ne plus trouver ses mots maintenant ? Elle préféra recentrer vers un sujet qui l'intéressait d'autant plus.

- D'ailleurs, tu ne m'as pas dit où tu l'avais trouvé.

- Ce n'est pas la question, Théa ! Ça, entre de mauvaises mains, et ça pourrait être dangereux pour toi.

- Je ne vois pas pourquoi.

- C'est bien ça le problème ! s'énerva Regulus. Ton ignorance et ton innocence sont relativement mignonnes en règle générale mais là, ça ne l'est plus. Ta famille était une des plus grandes familles de sorciers. Ils ont laissé derrière eux un héritage que, faute d'héritiers vivants, se sont partagés les familles de Sangs Purs. Un héritage qui t'appartient. Tu deviendrais un objet de convoitise sans même que tu ne t'en rende compte.

- Je ferais plus attention, la prochaine fois. Je n'en veux même pas, de cet héritage. Ce n'est pas si grave.

Regulus ferma les yeux et serra les paupières, en expirant pour se calmer. Il se retenait d'attraper la sorcière par les épaules pour la secouer et lui remettre les idées en place. Il se retenait vraiment. Il savait qu'elle n'y était pour rien, mais ça l'énervait quand même. Elle avait grandi dans une bulle protectrice, à l'écart de tout ce que ce monde pouvait contenir de mal. Pour elle, il n'y avait pas de gris, juste du noir ou du blanc. Malheureusement, le Mage Noir et ses Mangemorts ne se situaient pas dans la partie blanche du monde. Tout comme le Fourchelang, et elle n'en avait aucune idée.

- Si, c'est grave. Qu'est-ce que tu sais sur le Fourchelang ? À part que c'est la langue des serpents ?

- Que c'est une habilité rare, répondit-elle en haussant les épaules. Mais pourquoi tu me demandes ça ? Et comment tu sais que j'ai fais des recherches dessus ?

- Parce que je te connais, lâcha-t-il et la jeune fille piqua un fard. Et que, depuis que tu as mentionné à la volée ce « rêve » que tu as fait, je n'ai pas arrêté d'y penser alors j'ai fait des recherches aussi, de mon côté.

- Vraiment ? Mais pourquoi ?

- Parce que... ça n'a beau être un rêve, ce n'est vraiment pas commun. Autant sur la signification que sur le fait que tu ai pu parler avec un serpent.

- Mais c'était un rêve ! Un rêve qui ne voulait certainement rien dire. Ça ne fait pas de moi une Fourchelang.

- Ça, on n'en sait rien. Tu as essayé de recommuniquer avec un serpent, depuis ?

- Eurk, certainement pas.

Regulus soupira.

- Si tu l'étais... c'est que, ce n'est pas seulement rare, Théa. C'est extrêmement rare. Un seul sorcier était connu pour l'être. Un seul. Salazar Serpentard.

Théa frissonna à l'entente du nom du quatrième fondateur de l'école Poudlard. Elle savait qu'avoir peur d'un nom était ridicule, mais tout ce qu'elle avait pu lire sur cet homme lui avait fait froid dans le dos.

- Comment tu sais ça ?

- Tu connais l'histoire de Rowena Serdaigle, je suppose ? Je connais celle de Salazar Serpentard. Tout le monde connais l'histoire du fondateur de sa maison.

- Et qu'est-ce que ça impliquerait, que Serpentard ait été Fourchelang ?

- Le Fourchelang est une capacité héréditaire. Si tu l'étais, on pourrait penser que tu es sa descendante.

Elle ne put retenir un éclat de rire, qui lui valut un regard courroucé du brun.

- Pardon, mais c'est ridicule. Tu ne crois pas que, si ça avait été le cas, je n'aurais pas plutôt été envoyé chez Serpentard ?

- Ce n'est pas faux mais... Regarde Sirius. Il a bien été envoyé chez Gryffondor. Alors que c'était une tradition familiale, chez les Black, d'aller chez Serpentard.

- Écoute, je ne sais pas quoi en penser. Ce ne sont que des spéculations basées sur une conversation dans un rêve.

Elle laissa passer un moment, pensive, puis reprit :

- En mettant que le rêve n'était pas un simple rêve -mais je préfère croire qu'il l'était car je n'ai pas l'intention de voir la fin du rêve se réaliser.

- Mais s'il disait vrai ? la poussa à poursuivre Regulus.

- S'il disait vrai, alors... ça pourrait peut être venir des Prescott. Peut être que, parmi leurs ancêtres, il y avait une ou plusieurs personnes capables de communiquer avec les serpents.

- Non. Il n'y avait aucun Fourchelang chez les Prescott. Vu la notoriété de la famille, ça se serait su si ça avait été le cas. Ça viendrait forcément du côté de ton père.

- Mon père était un Moldu.

- Ah oui ? Et comment tu saurais ça ?

- Je le sais par... déduction. Un pressentiment.

- Moi je suis plutôt d'avis que c'était un sorcier. Mais les sorciers Fourchelangs n'ont pas vraiment une bonne réputation...

- Alors quoi, maintenant ? Toute cette conversation parce que tu voudrais me faire croire que mon père pratiquait la magie noire ?

La colère était montée en elle d'un coup mais ce furent des larmes qui jaillirent de ses yeux verts. Elle se laissa tomber sur un canapé en tissu rouge, à bout de force. Regulus soupira en la voyant avachie. Il avait l'air encore remonté, bien qu'il se garda de lui crier dessus.

- Pourquoi tu pleures ?

- Parce que. J'en ai marre ! Tout ce que j'ai découvert, ça ne m'a rien apporté du tout ! Je n'aurais jamais dû chercher... je pensais que ça m'aiderait à découvrir qui je suis mais c'est tout le contraire.

- Tu ne pense pas ce que tu dis. Tu es toujours la même, ça n'a pas changé. D'accord, tu n'apprécie peut être pas ce que tu découvre mais d'une certaine façon, c'est un mal pour un bien.

- Qu'est-ce que tu entends par là ?

- J'entends que tu as vécu dans ta tour d'ivoire pendant presque dix-sept ans, Théa et qu'il serait temps que tu en descendes ! Je suis désolé d'être celui qui te ramène à la réalité mais le monde du dehors ne ressemble pas à ça !

Il écarta les bras pour englober la pièce, et le château dans son ensemble.

- Tu penses que je ne suis qu'une petite princesse qui a été trop dorlotée.

- Je ne l'aurais pas dit comme ça, mais c'est l'idée, oui.

La poitrine de la jeune fille se soulevait très vite sous le coup de la colère. Elle avait très envie de frapper Regulus mais se força à se calmer. Elle se redressa, passa ses mains sur ses joues puis se dirigea vers la porte.

- Où tu vas, comme ça ?

- J'ai finis de parler avec toi j'en ai assez entendu. Je n'ai pas bes…

- Tu refuses de voir la vérité !

- Non, je la vois la vérité, Regulus. La vérité c'est que, oui, j'ai grandi dans une bulle protectrice. Mais devine quoi ? Comme la quasi totalité des enfants. C'est normal pour des parents de protéger l'innocence de leurs enfants. Je ne pense pas avoir été plus protégée que d'autres juste parce que je ne savais pas ce qu'était un Fourchelang.

- Le problème, c'est qu'arrivé un certain âge et surtout par les temps qui courent, ce n'est plus de l'innocence mais de l'ignorance. Ça te met en danger, et tu ne t'en rends même pas compte. Tu me trouves dur, mais moi au moins je veille sur toi.

- Tu n'as pas besoin de le faire.

- Je crois que si, au contraire. Si je n'avais pas récupéré ton parchemin, à l'heure qu'il est, toute l'école serait au courant.

- Alors c'est ça, tu m'en veux parce que je ne t'ai pas remercié ?

- Putain !

Le sorcier perdit son sang froid et, attrapant les bras de la jeune fille, la plaqua le dos au mur. Il avait l'impression de parler dans le vide depuis tout à l'heure. C'était comme si elle faisait exprès de ne pas comprendre.

- Regulus, lâche-moi, tu me fais mal.

Ses mains étaient serrées autour de ses biceps et il dut inspirer et expirer plusieurs fois avant de réussir à desserrer son étreinte. Quelque chose céda dans son regard et il soupira :

- Tu rends ça tellement difficile de tenir à toi.

- Tu tiens à moi ? souffla-t-elle, surprise.

Il la lâcha et s'écarta d'elle. Il lui désigna la porte, en lui disant, comme s'il lui disait au revoir :

- Ne parle de tout ça à personne.

Elle resta figée quelque instant, à le fixer. Les mots avaient du mal à faire leur chemin dans son cerveau. Finalement, elle réussit à bouger et, doucement, quitta la salle comme elle quittait un rêve après un sommeil agité. Que venait-il de se passer ?