18.

Le professeur Slughorn venait d'avoir une idée. Il n'irait pas jusqu'à dire que c'était l'idée de sa carrière mais ça s'en approchait. En réfléchissant aux cours de ses sixièmes années, il s'était dit qu'il pouvait leur corser légèrement la tâche, en les incitant, par exemple, à être plus autonomes. Il attira l'attention des élèves à la fin de son cours, avant que ces derniers ne se précipitent vers la sortie :

- S'il vous plaît !

Le brouhaha s'estompa petit à petit et les élèves s'immobilisèrent. Il reprit, une fois sûr que tout le monde l'écoutait :

- Comme vous le savez sûrement –si vous avez prêté attention à ce que je racontais en début d'année- à votre niveau, vous devez être capable de préparer un philtre de mort vivante. Vous préparerez cette potion à notre prochain cours, qui aura lieu la semaine prochaine.

Comme il faisait une pause au milieu de sa phrase, les élèves reprirent leur conversation et certains se préparèrent même à quitter la salle.

- Attendez, je n'ai pas fini ! Pour cette potion, l'école ne vous fournira aucun des ingrédients nécessaires.

- Comment est-ce qu'on va faire pour préparer la potion si on n'a pas d'ingrédients, se plaignit un Gryffondor –un des seuls de sa maison à participer à ce cours d'ailleurs.

- Eh bien vous devrez aller les acheter, pardi ! Il est temps que vous vous preniez un peu en main. Soyez débrouillard, dans un an et demi, Poudlard ne sera plus là pour vous tenir la main. Vous allez donc devoir vous débrouiller avec votre binôme.

- Et Dumbledore va nous autoriser à quitter Poudlard comme ça, sans surveillance ? Quand on va à Préaulard, un prof n'est jamais très loin.

- Bien sûr qu'il vous y autorise. J'ai tout vu avec lui et il a approuvé. Tant que vous vous y rendez sur le week-end.

- Et vous m'en voyez fort étonnée, marmonna Théa, si bas que seule Holly, qui se tenait à côté d'elle, entendit sa remarque.

- Maintenant, filez. Et surtout n'oubliez pas mardi de venir avec vos ingrédients ou alors ça comptera comme une potion ratée dans votre note finale.

Les élèves le prirent au mot et se dépêchèrent de sortir de la salle de classe. Une fois dans le couloir, le brouhaha qui régnait dans le cachot quelques minutes plus tôt se réinstalla bien vite. Chaque élève y allait de son petit commentaire quant à la nouvelle règle que leur imposait Slughorn. Les avis étaient partagés mais l'excitation emportait la grande majorité. Habituellement, les élèves restaient sur Poudlard le week-end, sauf de rares exceptions pour une urgence familiale ou bien les fameuses sorties à Préaulard. Les élèves étaient donc particulièrement excités d'être autorisés à aller seuls acheter les fournitures nécessaires à leur potion. Évidemment, chaque binôme comptait se rendre sur le Chemin de Traverse, où ils étaient sûrs de trouver ce qu'ils chercheraient. Et puis, ils pourraient en profiter pour se balader, manger dans un restaurant ou bien boire un coup au Chaudron Baveur. Beaucoup faisait déjà leur plan.

Théa se tourna vers son binôme, avec qui elle allait devoir aller chercher les ingrédients. Le brun avait une mine contrariée. La jeune fille plissa les yeux pour le dévisager.

- Ça a contrarié tes plans pour le week-end ?

- Un peu. Enfin, c'est juste que je n'étais pas censé être à Poudlard ce week-end. Pour une raison qu'eux seuls connaissent, mes parents m'ont demandé de rentrer à la maison, vendredi soir. Mais ça ne nous empêchera pas d'y aller, ce n'est pas comme s'ils allaient avoir besoin de moi le week-end entier.

- J'espère bien ! Parce qu'il est hors de question que j'y aille toute seule –ce qui reviendrait à faire le boulot toute seule- et il est évidemment encore plus hors de question qu'on n'achète pas ces ingrédients. On aura qu'à se retrouver là-bas.

- Je préférerais qu'on parte de chez moi. On utilisera la poudre de cheminette et puis au moins, on sera sûr de se retrouver. Je sais que tu ne sors pas souvent d'ici mais le chemin de Traverse à tendance à être noir de monde à toutes heures de la journée.

La dernière phrase du garçon lui valut une claque sur le bras. Il regarda Théa avec un air de défi. Mais, contrairement à avant, il n'y avait aucune méfiance ni aucune méchanceté dans ses yeux gris. La jeune fille ne s'en était pas forcément rendu compte mais, depuis la fois où Callum l'avait agressée, l'attitude de Regulus à son égard avait imperceptiblement changée, il était devenu légèrement protecteur. Holly était la seule qui avait noté ce changement mais n'en avait touché mot à sa meilleure amie de peur qu'elle aille confronter Black à ce sujet et qu'il reprenne à nouveau ses distances. Elle aimait bien voir les deux jeunes gens se rapprocher –enfin !

- Donc, on dit samedi à quinze heures chez moi ? Je t'enverrai un hibou si je dois changer l'heure.

Le garçon n'attendit même pas la réponse et prit la direction de son prochain cours. Théa le regarda s'éloigner, l'air sidéré.

- J'ai le droit de donner mon avis ou je dois juste obéir ?

- À mon avis, ce n'était pas ouvert à la discussion, s'amusa Holly derrière elle.

- Dans quel monde Regulus donne des ordres et Théa obéit sans broncher ? rétorqua la brune.

- Dans un monde où Théa est une élève sérieuse et fera ce qu'il a dit parce qu'elle ne veut pas rater cette potion et avoir une mauvaise note.

- Parfois, ça craint d'être une Serdaigle, rigola-t-elle, passant bien vite sa pointe de mauvaise humeur qu'elle ne voulait surtout pas déverser sur Holly.

- À qui le dis-tu ! La dernière fois, j'ai préféré faire –et finir !- un devoir que de passer la soirée avec Elijah.

- Qu'est-ce que je disais, une Serdaiglite aiguë.

...

Le samedi suivant, Théa et Dumbledore transplanèrent à quelques rues du manoir des Black, à l'abri des regards indiscrets. Son père avait tenu à la déposer, la jeune fille n'étant pas encore officiellement autorisée à transplaner et ne le serait qu'à ses dix sept ans, quand elle deviendrait majeure.

- Bon, surtout tu fais bien attention à toi.

- Ne t'en fais pas, ça va aller. Ce n'est pas la première fois que je vais sur le Chemin de Traverse.

- En fait, je voulais dire « fais attention à toi chez les Black ». Je n'aime pas tellement l'idée que tu puisse rencontrer Walburga Black. Cette femme est vraiment… particulière.

Théa sourit. Son père ne disait jamais du mal de quelqu'un, pas de façon directe en tout cas.

- Avec un peu de chance, je ne croiserais pas ses parents. Allez, j'y vais sinon je vais être en retard. Rappelle toi que je rentre par la poudre de cheminette, comme je ne sais pas trop vers quelle heure on va finir. Ça t'évitera d'avoir à m'attendre des heures.

- Surtout s'il y a quoi que ce soit tu n'hésites pas à m'envoyer un hibou.

- Papa ! Ça va aller, s'amusa la jeune sorcière. À ce soir.

Elle n'attendit pas sa réponse et s'élança dans la rue, avant qu'il ne la retint. Elle se retrouva bien vite dans le square Grimmaurd et se mit à détailler les numéros des maisons, se rappelant que Regulus lui avait précisé qu'il habitait au numéro 12. Elle trouva rapidement et fit face au manoir. Il s'étalait sur plusieurs étages et avait de larges fenêtres d'où ne filtrait aucune lumière. La maison était imposante et peu accueillante. Elle ne donnait, en tout cas, pas l'impression d'être habitée. Théa prit une grande inspiration et monta les quatre marches du perron puis, avant de se dégonfler, leva la main et toqua. Elle ferma les yeux et se mit à réciter, comme un mantra : « S'il vous plaît, faîtes que ce soit Regulus qui ouvre, s'il vous plaît, faîtes que ce soit Regulus qui ouvre ».

Et les rouvrit d'un coup en entendant le verrou tourner. Son souhait n'avait en tout cas pas été exhaussé. Elle chercha des yeux qui lui avait ouvert avant qu'un petit raclement de gorge ne lui fit baisser le regard. Un elfe de maison lui tenait la porte, attendant visiblement qu'elle se décida à entrer. Elle le salua puis mit un pied dans le manoir, hésitante.

- Qui est-ce, Kreattur ?

- Une jeune fille, maîtresse.

Une femme d'une quarantaine d'années, les traits durs et les cheveux bruns retenus par un chignon strict, apparu dans l'entrée et s'arrêta pour détailler la sorcière. Elle fit courir sur elle son regard gris acier, de la tête aux pieds puis des pieds à la tête. Théa se retint de se dandiner sur place, mal à l'aise.

- Euh, bonjour, Mrs Black. Je suis … une camarade de classe de Regulus.

- Il est dans sa chambre.

Elle dit cela d'un ton froid d'où ne perçait aucune émotion puis n'ajouta rien d'autre. Elle continua à la fixer intensément, les yeux légèrement plissés. Elle avait l'air en intense réflexion. De plus en plus gênée, Théa désigna l'escalier :

- C'est, euh… ?

- Là-haut. Montez.

Elle ne se fit pas prier et monta presque les marches deux par deux pour échapper au plus vite au regard inquisiteur de la maîtresse des lieux. Arrivée sur le palier, elle s'arrêta un instant pour calmer les battements désordonnés de son cœur. Elle entendit la mère de Regulus crier, en bas : « ORION ! ». Sa voix perdit en intensité au milieu du nom, comme si elle s'était éloignée en le prononçant, sûrement était-elle retournée dans le salon ou peu importait la pièce dans laquelle elle se trouvait.

Théa se rendit compte que les poils de ses avant-bras étaient hérissés. Pourquoi avait-elle accepté de le rejoindre chez lui, au fait ? Walburga Black faisait froid dans le dos. Elle avait l'impression d'un peu plus comprendre Regulus, maintenant qu'elle l'avait rencontré. Elle se secoua et avança le long du grand couloir qui s'étendait devant elle. De l'extérieur, le manoir ne paraissait pas aussi grand, les Black avaient sûrement fait appel à un sort pour agrandir la maison sans que cela ne se vit de l'extérieur. Elle détailla les huit portes de bois foncés qui débouchaient chacune sur une pièce à la fonction inconnue de la jeune fille. Toutes fermées, plongeant le couloir dans une semi pénombre inquiétante. Elle avança jusqu'au bout du couloir. Walburga lui avait dit « là-haut ». Avait-elle oublié qu'il y avait trois étages à son manoir ? Était-ce « là-haut, premier étage » ou « là-haut, deuxième étage » ? De la lumière filtrait sous trois des huit portes. Mais une seule des trois portait les initiales R.A.B sur le bois dur. Pour Regulus A. Black.

« Tiens, quel nom accompagne cette initiale ? » s'interrogea la sorcière, avant de se décider à toquer. Un « Quoi encore ? » blasé fusa, à peine audible à travers le bois épais de la porte. Théa hésita un quart de secondes. Devait-elle lui préciser que c'était elle ou tout simplement entrer ? Elle opta pour la deuxième option et ouvrit doucement la porte. Regulus était allongé sur son lit, et tenait un livre à bout de bras. Il était également –et surtout !- torse nu. Théa se stoppa net sur le seuil et avala sa salive de travers, ce qui la fit tousser, attirant l'attention du garçon. Il se redressa en position assise et lui sourit.

- Tu es déjà là ? Tu es en avance, non ?

- Techniquement, j'ai même cinq minutes de retard, mais ce n'est pas grave.

- Qui t'a fait entrer ? s'inquiéta Regulus en se levant, une ombre passant rapidement sur son visage.

- Votre elfe de maison. Puis ta mère m'a dit de monter. Enfin, j'espère que ça ne te dérange pas.

- Pourquoi est-ce que ça me dérangerait ?

- Ben, parce que…

Les yeux de la jeune fille glissèrent sur le torse nu de son ami, malgré tous les efforts qu'elle faisait pour ne pas le reluquer mais le regarder dans les yeux. Ses abdominaux étaient finement dessinés, ainsi que ses épaules et… Théa se mordit la langue et releva vite les yeux. Qui s'ouvrirent tout ronds quand elle surprit le sourire narquois du brun, qui l'avait surprise en train de le mater. Elle sentit ses joues chauffer, signe que ces dernières devaient avoir viré cramoisies.

- Tu as fait une liste ? questionna-t-il, l'air de rien.

- Euh, oui. Mais je… (elle fouilla ses poches avant de se rendre compte qu'elle ne l'avait pas sur elle.) Je l'ai oublié.

- Ce n'est pas grave, on va la refaire.

Il se retourna pour attraper une plume sur son bureau et un morceau de parchemin, avant de se pencher vers le sol pour récupérer son manuel avancé de potion qui traînait là. De cette façon, Théa pouvait apprécier les muscles de son dos elle avait le plus grand mal à ne pas suivre chacun de ses mouvements. Et elle savait qu'il le faisait exprès et que la situation l'amusait même beaucoup. Ce qui énervait la jeune fille.

- Bon, tu ne voudrais pas mettre un T-shirt, finit-elle par exploser.

- Mais il fait chaud, ici, protesta-t-il mollement.

- Mets ça ! ordonna-t-elle en lui lançant un T-shirt noir qu'elle avait trouvé au pied de son lit.

- À vos ordres, miss !

Il prit tout de même tout son temps pour passer le tissu par dessus sa tête. Dès qu'elle ne vit plus que ses bras, Théa soupira de soulagement.

- Je ne vous savais pas si prude, Princesse.

- Ne m'appelle pas comme ça, se plaignit-elle.

- Pourquoi ? Moi, j'aime bien.

- Écris cette fichue liste pour qu'on puisse y aller, répondit-elle en l'ignorant. On est déjà en retard.

Maintenant que le garçon avait passé un T-shirt, Théa pu observer librement la chambre du Serpentard. Elle devait admettre qu'elle ne s'attendait pas du tout à cela : comparée à ce qui lui avait été donné de voir de la maison, la pièce était claire, propre et plutôt bien rangée, si ce n'était pour quelques livres qui s'entassaient en pile par terre à côté du bureau et quelques vêtements qui traînaient au bout du lit. La décoration restait cependant sobre : aucune photo de famille n'était accrochée sur les murs. Il y avait seulement une affiche de la dernière coupe du monde de Quidditch agrafée derrière la porte.

La sorcière reporta son attention sur son camarade, qui feuilletait tranquillement son livre de potion. Elle leva les yeux au ciel avant de lui prendre la plume des mains et d'écrire, en se penchant sur le parchemin :

« Racine de Valériane, fèves soporifiques, asphodèles, armoise ».

- Bien sûr, pourquoi chercher dans le livre alors que tu les connais par cœur ?

- Quand tu auras fini de râler, on pourra se mettre en route.

Elle lui tira la langue avant de lui adresser un large sourire de petite fille hypocrite, le faisant soupirer et lever les yeux au ciel. Il alla chercher un pull dans son armoire, se contorsionna ensuite pour récupérer ses chaussures sous son lit puis les enfila d'un tour de main et se planta sur le seuil de la porte, et prit un air exaspéré, comme s'il attendait là depuis un moment.

- Certaines connexion neuronales n'ont pas dû être établies chez toi, soupira la brune en passant devant lui.

Regulus ouvrit la bouche pour riposter mais finalement ne dit rien. Au lieu de quoi, il la conduisit jusqu'en haut de l'escalier et, se tournant vers elle dans la pénombre du couloir, lui dit comme s'il s'excusait :

- La cheminée est dans le salon, on risque sûrement de croiser mes parents.

- Oh, ce n'est pas grave, fit-elle même si au fond, elle priait pour ne pas retomber sur Walburga Black.

Elle suivit Regulus qui dévala l'escalier puis, une fois en bas, prit le couloir à droite. Ils passèrent devant plusieurs pièces avant d'arriver dans ce qui devait être le salon : une pièce assez sombre, très simplement meublée. Théa retint le soupir de soulagement qu'elle sentit monter en elle en découvrant que la pièce était vide. Elle s'approcha de la cheminée, que Regulus préparait pour leur voyage. Un léger craquement retentit derrière elle et la Serdaigle se retourna pour voir d'où il venait. Elle fit un bond en arrière en se retrouvant nez à nez avec un homme qui devait bien avoir 45-50 ans ses cheveux noirs étaient légèrement poivre et sel et il avait de petites rides en pattes d'oie au coin des yeux. Malgré son âge, il était encore séduisant et Théa n'avait aucun mal à l'imaginer plus jeune : Sirius et Regulus lui ressemblaient énormément.

La jeune fille plaça une main sur sa poitrine, dans un geste vain pour tenter de calmer les battements affolés de son cœur. Orion Black pencha légèrement la tête de côté, comme s'il évaluait la jeune fillen exactement comme l'avait fait sa femme un quart d'heure plus tôt. Il fit une moue, comme s'il n'avait pas trouvé ce qu'il cherchait et la salua tout de même d'un laconique « Bonjour », avant de tourner les talons et de s'éclipser dans la pièce d'à côté. La confusion de la jeune fille devait fortement transparaître sur son visage. Elle se doutait que les parents Black étaient bizarres, mais elle ne s'était certainement pas figuré un tel niveau. Regulus avait stoppé son geste et lui lança un regard d'excuse. Il y avait longtemps qu'il avait arrêté d'essayer de comprendre ses parents.

- Viens, tu vas passer la première.

Théa se mit au centre de l'âtre, prit une poignée de poudre de cheminette dans le bocal que lui tendait le Serpentard puis, tout en récitant « Chemin de Traverse », lança la poudre dans le feu. Des flammes vertes ne tardèrent pas à tourbillonner autour d'elle et elle se sentit aspirer. Les échos de la maison des Black la suivirent dans son voyage. Elle distingua, indistinctement, des voix :

- Alors, qu'est-ce que tu en penses ? Tu as trouvé à qui elle ressemble ?

- Non, Walburga, je n'ai pas…

La fin fut inaudible. Quelques secondes plus tard, Théa arrivait dans la grande gare des cheminées du chemin de Traverse. Elle se dépêcha de sortir de l'âtre, pour laisser la voie libre pour Regulus. En l'attendant, elle ne put s'empêcher de se repasser le bout de conversation volée aux Black. C'était certainement pour cela que Walburga l'avait fixé de cette manière la jeune fille lui rappelait quelqu'un mais elle n'arrivait pas à se souvenir de qui. Peut être avait-elle connu sa mère quand elle était adolescente. Mais, avec le temps qui s'était écoulé, et Mariann ayant disparu de la surface de la terre, probablement morte, il était normal que la mère de Regulus l'eut oublié.

Le brun débarqua quelques secondes après et frotta ses vêtements en sortant de la cheminée. Il était en train de pester à voix basse sur Merlin savait quoi. Apparemment, il n'était pas un grand fan de la poudre de cheminette. Les deux jeunes gens débarquèrent sur le chemin de Traverse qui était, comme toujours et à toutes heures, noir de monde. Théa s'engagea dans la foule, Regulus sur ses talons. Elle le sentit attraper la manche de son manteau, pour ne pas la perdre au milieu de tous ces sorciers. Ils se rendirent tout d'abord à la Bonne Potion, où ils trouvèrent en un rien de temps tout ce qu'il leur fallait pour réaliser un philtre de mort vivante. Après une énième recommandation de la vendeuse –qui n'avait pas l'air d'avoir compris qu'ils n'étaient encore que des étudiants et qu'un professeur allait surveiller la réalisation de leur potion- ils réussirent à s'extirper du magasin.

Ils remontèrent le chemin de Traverse et, en passant devant Chez Ollivander, Théa s'arrêta et prévint Regulus qu'elle allait faire un tour chez le fabriquant de baguette et, sans attendre, entra. Le propriétaire de la boutique sortit la tête de derrière l'étagère sur laquelle il farfouillait. Quand il reconnut la jeune fille, son regard s'illumina et il vint à sa rencontre.

- Miss McArthur, que me vaut l'honneur ?

- Je me trouvais sur le Chemin de Traverse pour faire une course, alors j'en profite pour passer vous saluer.

- J'apprécie qu'une jeune fille comme vous trouve le temps de passer voir le vieillard que je suis. Comment se passent vos cours ? Et qu'ont donné vos BUSE ?

- Les cours se passent plutôt bien. Et j'ai validé toutes mes BUSE, avec presque que des Optimaux !

- C'est bien, c'est très bien ! Vous aspirez toujours à faire de la fabrique de baguette votre métier ? Ce serait vraiment bien d'avoir une sorcière aussi douée dans nos minces rangs.

- C'est toujours ce que je veux faire, oui.

- Si vous avez encore des questions, n'hésitez pas… Monsieur Black, fit Ollivander en entendant la clochette de la porte sonner. Enfin décidé à changer cette baguette ?

- Désolé, Mr Ollivander, mais toujours pas.

- Ce n'est pas faute de lui avoir dit et répété qu'il gagnerait en puissance en prenant une baguette qui l'aurait choisi mais ces Black, ils ont toujours été têtus et bornés, dit Ollivander à Théa.

- En fait, je venais chercher Théa. On y va ? ajouta-t-il à son intention.

- Au revoir, Mr Ollivander. À bientôt, peut être.

- À une prochaine, Miss McArthur.

Une fois dehors, Regulus se tourna vers la Serdaigle, un sourcil levé.

- Qu'est-ce que tu faisais chez Ollivander, si tu ne compte pas acheter de baguette ?

- Je n'ai pas besoin d'acheter de baguette, j'ai déjà la mienne et elle me convient parfaitement. Mais j'aime bien Ollivander et sa boutique. Il m'a toujours donné des conseils sur la fabrication des baguettes, sur les matières que je dois travailler en priorité pour réussir plus tard.

- Tu veux devenir fabricante de baguette magique ?

- Oui.

- C'est original.

- Pourquoi il voulait que tu changes ta baguette pour une autre qui t'aurais choisi ? Celle-ci ne l'a pas fait ?

- Non, c'est la baguette de mon grand-père. J'en ai hérité d'office à sa mort, c'est une sorte de vieille tradition.

- Que tu préfères perpétuer plutôt que d'avoir ta baguette à toi, qui révélerait toute ta puissance.

- Vu ce que j'arrive à faire avec celle-ci, je dois être vraiment fort alors.

- Et le champion du monde du lancé de fleurs, toute catégorie confondue, est : Regulus Black !

- Je t'en prie, tu vas embarrasser mon ego.

En parlant, ils s'étaient remis à marcher et étaient quasiment arrivés à un carrefour. Théa s'arrêta, elle ne savait pas où il voulait aller ensuite. La voie était plus dégagée de ce côté-ci. Regulus regardait au loin et, d'un coup, un grand pli barra son front.

- Merde, lâcha-t-il.

- Qu'est-ce qu'il y a ?

- Quelqu'un que je ne veux vraiment pas croiser.

- On n'a qu'à aller dans la direction opposée, proposa la jeune fille.

- On n'a pas le temps, il va me voir.

Regulus se tourna vers elle et l'attrapa par la main, l'attirant d'un coup vers lui. Sans prévenir, il approcha la tête de celle de la jeune fille et posa ses lèvres sur les siennes. Le cœur de Théa fit un vol plané dans sa cage thoracique, avant de se retrouver dans son estomac. Était-il vraiment en train de faire ce qu'elle croyait qu'il faisait ? Surprise, elle entrouvrit les lèvres et il l'embrassa. Vraiment. Profondément. Et elle l'embrassa en retour, agrippant le dos de son manteau. Au bout de ce qui lui sembla une éternité ou peut être seulement quelques secondes, il se détacha d'elle et jeta un regard autour d'eux.

- Il est parti, souffla-t-il.

- Hun-hun.

Théa essayait de revenir à la réalité. Si Regulus l'avait embrassé, ce n'était que pour servir de diversion. Mais si c'était simplement une diversion, il ne l'aurait tout de même pas embrassé comme ça, si ? Tout se bousculait dans la tête de la sorcière elle avait envie de le frapper pour s'être servi d'elle comme cela et d'un autre côté, elle avait simplement envie qu'il recommence. Elle sortit de ses pensées et vit qu'il avait avancé. Comme elle ne suivait pas, il se retourna et lui dit :

- Bah alors, tu viens ?

Apparemment, Monsieur avait décidé de faire comme s'il ne s'était rien passé. Très bien, elle pouvait faire cela aussi. Elle carra les épaules et le rejoignit, la dernière trace de rouge sur ses joues disparue.

- Je voudrais t'emmener quelque part, l'informa Regulus. Je profite que la Princesse est hors de son château.

- Où ça ?

- Tu verras, fit-il, avec un clin d'œil mystérieux.

Théa expira fort tout l'air de ses poumons. Décidément, cette journée était pire que les montagnes russes où avait un jour réussi à la traîner Holly.

...

- Une patinoire ? s'exclama Théa, dubitative, en arrivant devant une grande piste de glace ovale.

- Ta-dam, fit Regulus avec un geste exagéré de présentateur télé.

- Mais je n'en ai jamais fait, je ne suis même pas sûre de pouvoir tenir debout avec ça aux pieds, se plaignit la jeune fille en soulevant les patins blancs qu'elle tenait du bout des lacets.

- Il faut bien une première fois à tout. Allez, tu vas voir, c'est sympa.

Le Serpentard l'entraîna sur un banc et lui fit mettre les chaussures. Il avait l'air très enthousiaste, et Théa n'avait tellement pas l'habitude de le voir ainsi qu'elle devait bien avouer que c'était étrange. Mais elle pourrait s'accoutumer à ce Regulus là.

Une fois chaussée, elle se leva et tangua quelques secondes, le temps de retrouver son nouveau point d'équilibre. Puis elle suivit le brun, qui l'attendait déjà sur la glace. Théa fixa le sol gelé comme s'il allait la mordre. Ces Moldus avaient vraiment de drôles de passe-temps.

- Allez, viens. Tu vas voir, ce n'est pas sorcier.

Pendant qu'il parlait, la sorcière s'était lancée et avait posé un premier pied sur la glace, puis le deuxième et, avant que Regulus n'eut fini sa phrase, elle avait perdu l'équilibre et finit sur les fesses. Le garçon la regardait de là haut, réprimant mal un rire qui finit par éclater et retentir à travers toute la salle. Vexée, Théa n'accepta pas la main qu'il tendait pour l'aider et se releva tant bien que mal.

- Ne boude pas, c'est normal. Tout le monde tombe au début.

- Si tu ne t'étais pas moqué de moi, alors peut être que je ne bouderais pas.

- Je ne me suis pas moqué. C'était juste… Ok, c'était vraiment drôle, je ne pouvais pas ne pas rire.

- Pour toute réponse, Théa lui assena un coup de poing sur l'épaule.

- Allez, donne moi la main pour ne plus tomber. Je vais te montrer comment faire.

La brunette regarda la main tendue avec méfiance mais finit par la saisir, la douleur dans son coccyx encore très vive. Regulus commença par aller doucement, lui montrant à chaque fois comment bien placer ses pieds et comment se tenir pour répartir le poids de son corps et ne pas tomber. Mais au fur et à mesure, le garçon prit de la vitesse et bientôt, Théa lâcha un cri aigu.

- Regulus ! Tu vas trop vite, ralentis, ralentis ! Tu sais quoi ? reprit-elle une fois qu'ils furent arrêtés. J'ai compris le truc donc avance devant et moi, je serais derrière.

- Tu es sûre ?

- Oui !

- D'accord.

Il ne se le fit pas dire deux fois et redémarra gracieusement. Théa, qui s'était cramponnée aux barrières qui faisaient le tour de la piste, se força à les lâcher pour avancer. Elle s'efforça d'appliquer les conseils du Serpentard et réussit enfin à trouver l'équilibre. Elle n'avait pas fait dix mètres que Regulus était déjà à sa hauteur, finissant son premier tour de piste. Après s'être assuré que ça allait, il était reparti.

Théa eu du mal à ne pas loucher sur le derrière de son camarade, finement mit en valeur par les mouvements requis pour avancer. Alors forcément, elle repensa au baiser qu'ils avaient échangé un peu plus tôt. Heureusement qu'à cause du froid, ses joues étaient déjà roses. Si avant cela, elle n'était sûre de rien, maintenant, elle pouvait l'affirmer : Regulus lui plaisait vraiment et elle avait des sentiments pour lui. Mais il n'en était certainement pas de même du côté du garçon, sinon il n'aurait pas mis le fait qu'il l'avait embrassé sur le simple compte d'une diversion. Tout de même, il n'avait pas pu ne rien ressentir…

Perdue dans ses pensées, Théa ne faisait pas attention à la direction qu'elle prenait et réalisa –trop tard- qu'elle n'avait pas prit le virage et fonçait dans le panneau en face. Elle leva les mains pour se protéger et essayer de se rattraper mais s'écrasa tout de même sur la barrière en fer. Quelqu'un arriva derrière elle et s'arrêta à sa hauteur dans un dérapage contrôlé. Elle sentit qu'on la saisissait par les bras et qu'on la relevait. En se retournant, elle croisa le regard d'un garçon d'une vingtaine d'années. Il était plutôt mignon avec son bonnet gris enfoncé jusqu'à ses yeux clairs. Il lui sourit avant de s'enquérir :

- Ça va miss ?

- Euh, oui. Merci.

- Je t'en prie.

- Théa ! Ça va ?

Regulus était arrivé précipitamment, faisant fuir le garçon qui avait aidé la Serdaigle plus rapidement qu'une souris devant un chat.

- Oui, ça va. J'ai juste… pas fait attention au virage.

- Allez viens, je vais rester à côté.

Théa pinça les lèvres et coula un regard vers son ami. Avait-il fait exprès de faire fuir Bonnet Gris ou était-ce simplement ce que la jeune fille avait envie de croire ? Elle secoua la tête pour se débarrasser de ses pensées et suivit Regulus. Ils continuèrent à patiner pendant presque une heure, alternant chute et fou rire. À la fin, sans dire qu'elle patinait bien, Théa s'était en tout cas bien améliorée. La nuit était déjà tombée lorsqu'ils rentrèrent sur Poudlard.