19.
À peine Théa avait-elle mis les pieds dans leur chambre la veille qu'Holly lui était tombée dessus :
- Dites donc, vous rentrez bien tard, miss. Qu'avez-vous fait ? C'était bien ? Raconte moi tout !
Théa s'était alors lancé dans un rapide récit de son après midi, insistant bien sur l'étrange attitude de Mr et Mrs Black. Puis, à la fin seulement, elle confia à Holly que Regulus l'avait embrassé –en lui répétant quinze fois que ce n'était qu'un leurre, pour éviter de croiser quelqu'un.
- Mouais tu ne me feras pas avaler ça, fit la blonde. Moi je dis que s'il t'a embrassé c'est qu'il en avait bien envie ! La diversion, ce n'était qu'une excuse bidon pour se défiler.
- Tu dis ça parce que c'est ce que tu as envie de croire.
- Parce que tu n'as pas envie de croire à ça, toi, peut être ? Sûrement même plus que moi. Allez, on ne me la fait pas à moi. Ça fait longtemps que je sais que tu craques pour lui. Je le savais bien avant que tu ne t'en rende compte toi même.
- Parce que tu me connais par cœur ?
- Exactement. Bon alors. Quelle va être notre stratégie à partir de là ?
- Notre stratégie ? ria la brune.
- Ben oui, je suis ton capitaine d'équipe. On travaille ensemble sur les plans d'action et tu t'occupes de les exécuter, expliqua Holly avec un clin d'œil.
- Il n'y a pas de plan d'action, je vais faire comme s'il ne s'était rien passé et laisser le temps effacer ça.
- Ah non, il est hors de question qu'on accepte un plan aussi nul !
- Holly, s'il te plaît. Regulus ne sortira jamais avec moi.
- Et pourquoi ça ?
- Je vois plusieurs raisons évidentes. Primo, c'est un Serpentard, je suis une Serdaigle.
- Roméo était un Montaigu et Juliette une Capulet et pourtant ça ne les a pas empêché d'être ensemble.
- C'est bien de me citer cette œuvre qui, tu le sais mieux que moi, finit très mal pour les deux protagonistes. Tu étayes ma thèse. Secundo, ajouta Théa après qu'Holly eut levé les yeux au ciel, Regulus est un Black. Il ne pourra être qu'avec quelqu'un au sang pur. Je ne te rappelle pas mes origines plus qu'incertaines ?
- Mais il tient à toi, ça se voit.
- Peut être bien, admit Théa. Mais malheureusement, parfois, ce n'est pas suffisant.
- Je veux juste que tu sois heureuse, soupira Holly avec une moue triste.
- Et je t'aime pour ça.
Théa étreignit son amie, avant de se glisser sous la couette. Holly comprit que la conversation n'irait pas plus loin ce soir. Après s'être à son tour lovée sous les couvertures, elle éteignit la lumière.
...
- Il faut absolument trouver quelque chose pour qu'ils se mettent ensemble ! fit Holly alors qu'Elijah se penchait pour l'embrasser.
- Bonjour à toi aussi, ria le jeune homme, qui commençait à s'habituer aux excentricités de sa petite amie. De qui parles-tu ?
- De Théa et Regugu, évidemment !
- Oh.
- Oh, c'est tout ce que tu trouves à dire ? Ils ont des sentiments l'un pour l'autre, c'est évident.
- Holly, tu es sûre que tu devrais t'en mêler ? Je ne crois pas que Théa…
- Bien sûr que je dois m'en mêler ! Théa est comme ma sœur. Elle n'hésiterait pas pour moi.
Elijah fit les gros yeux et détourna la tête ce qui, évidemment, éveilla les soupçons de la sorcière. Elle le dévisagea, ses yeux gris plissés.
- Elijah, mon chou. Que me caches-tu ?
- Moi ? Mais rien.
- Tu sais, on avait établit –il me semble- que tu étais un piètre menteur le jour où tu as dit à mon frère que tu étais gay pour couvrir le fait qu'on sortait ensemble.
- Merci de me rappeler ce douloureux moment, plaisanta le métisse. Bon, si je disais qu'il se pourrait que Théa soit, d'une façon ou d'une autre, intervenue en ta faveur auprès de moi, là je ne mentirais plus vraiment.
- Vraiment ? Quand ça ? Comment ?
Elijah raconta à sa copine comment Théa était venu le voir, un jour, pour lui parler de cette belle blonde sur qui il avait déjà craqué mais qu'il n'aurait jamais osé approcher sans l'assurance que lui avait donné la sorcière brune. Holly paraissait émue du geste de sa meilleure amie.
- Tu vois, ce qu'elle a fait pour moi sans jamais venir s'en attribuer le mérite, c'est à ça qu'on reconnaît les vrais amis. C'est pour ça que je voudrais pouvoir lui rendre la pareille. Mais avec Regulus, c'est tellement compliqué !
- À qui le dis-tu !
Les deux jeunes gens, qui venaient d'arriver dans la Grande Salle pour le déjeuner, se turent. Il y avait à présent trop d'oreilles indiscrètes pour qu'ils poursuivent leur conversation tranquillement. Ils se dirigèrent vers la table des Serdaigles où étaient déjà installés leur comparses de toujours : Robbie, Elliott et Théa. Holly, qui se sentait mal d'accaparer à ce point Elijah au dépend de son meilleur ami, alla chercher Caleb pour l'inviter à se joindre à eux. Ils n'étaient pas assis depuis plus de cinq minutes que la blonde leur sortit une de ses phrases Hollypiennes.
- C'est fou ça ! Vous les garçons, pas besoin de Wingardium Leviosa pour faire lever votre baguette !
Chacun de ses camarades suspendit son geste Elliott arrêta sa fourchette à quelques centimètres de sa bouche, Robbie en fit tomber sa cuillère, Elijah la fixa avec des yeux ronds comme des Gallions tandis que Caleb s'étouffait. Théa, quoique habituée aux phrases improbables de son amie, ne s'y était certainement pas attendue. Elle se mordait les lèvres pour ne pas pleurer de rire.
- Holly, vraiment, on admire ton sens poétique ! Quelle fut donc la source d'inspiration de ce trait d'esprit si… raffiné ? fit finalement Elliott, contenant mal le rire qui secouait sa cage thoracique.
- Jugez par vous même, s'amusa la blonde en coulant un regard vers un garçon qui se tenait debout, de l'autre côté de la table.
Le garçon en question semblait perdu dans ses pensées et, en effet, son pantalon présentait une protubérance inhabituelle à un endroit clef.
- Oh mon Dieu, Holly ! pleura de rire Théa.
- Chérie, susurra Elijah. Je peux savoir pourquoi tu t'amuse à regarder l'entrejambe des garçons, à table de surcroît ?
- Oh, je t'en prie, je faisais tout sauf mater. J'ai largement mieux ici. Mais il se trouve qu'il était dans mon champ de vision. Je ne pouvais pas ne pas voir ! S'il vous plaît, faites-moi publier, ma phrase était géante ! Je suis tellement géniale parfois, je m'épate moi-même !
- Et c'est reparti, on l'a de nouveau perdue, dit Robbie en faisant semblant de lâcher un soupir exaspéré alors que des larmes de son fou rire coulaient encore sur ses joues.
- Mais qu'est-ce que je vais faire d'elle, rigola Elijah, dont les épaules tremblaient de son rire silencieux.
- Ah ça mec, tu t'es embarqué là-dedans tout seul, fit Théa en lui tapotant le dos.
- Justement à ce propos. Pas tellement tout seul, d'après ce que j'ai cru comprendre, souligna Holly, mine de rien.
Théa fit les gros yeux à Elijah, qui haussa les épaules comme pour s'excuser. Elle avait tout de même finit par être grillée. Mais, comme cela faisait déjà plusieurs mois qu'Elijah et elle étaient ensemble, elle n'avait pas l'air de mal prendre l'intervention de Théa. Tout était donc pour le mieux.
...
Quelques jours plus tard, Théa remontait un des couloirs du château au pas de course. Son cours de métamorphose avait lieu dans un quart d'heure mais elle voulait passer à la bibliothèque avant pour rendre des livres qu'elle avait emprunt et pour lesquels elle atteignait la date limite de retour.
Concentrée sur la pile de bouquins qu'elle constituait en les sortant un par un de son sac, elle ne vit pas le garçon débouler devant elle et se le prit de plein fouet. Regulus la rattrapa d'une main ferme mais les livres s'étalèrent sur les pavés de pierre de l'école.
- C'est malin, grogna la jeune fille.
- Désolé. Je voulais te voir.
- Je suis sûre que si tu avais dit « Hé Théa ! » ça aurait tout aussi bien marché que de me foncer dessus.
- Je n'étais pas sûr que tu me répondes si je t'appelais.
- Et pourquoi ça ?
- Parce que ça fait un peu plus d'une semaine que tu ne m'as pas parlé.
De fait, la jeune fille n'avait pas vu le Serpentard depuis le samedi soir de leur sortie sur le chemin de Traverse. Non pas qu'elle eut spécialement chercher à l'éviter mais elle ne l'avait pas vraiment chercher non plus.
- Je ne savais pas si tu me faisais la tête ou pas.
- J'ai une raison de faire la tête ? demanda innocemment la sorcière, le regardant par dessous ses cils.
- Non. Bien que, ajouta-t-il en souriant, après ce qu'il s'est passé…
- Oh, ça. C'est déjà oublié. Je ne m'en souviens même plus. De quoi parle-t-on, au fait ?
- Du truc qui c'est passé et auquel je n'arrête pas de penser. Enfin, je pense surtout à quel point j'ai envie de recommencer.
Théa prit une rapide inspiration avant que l'air ne se bloque dans ses poumons, sous le coup du choc. Elle regarda le sorcier, les yeux écarquillés : il avait l'air extrêmement sérieux, tout à coup. Regulus la fixait de ses magnifiques yeux bleus-gris, avec une telle intensité qu'elle en avait des palpitations. Ils étaient si près l'un de l'autre qu'en faisant un pas –un tout petit- elle se retrouverait suffisamment près de lui pour l'embrasser.
- Euh, fit la Serdaigle. Tu ne devrais peut-être… Enfin, ce n'est peut être pas une bonne idée.
- Qu'ils aillent tous se faire voir. J'en ai marre de toujours faire tout ce qu'on attend de moi.
Il franchit l'espace qui les séparait et, doucement, pencha la tête vers elle. Il posa d'abord ses lèvres à la commissure droite des siennes avant d'attraper sa lèvre inférieure. Finalement, les barrages de Théa cédèrent et elle se leva légèrement sur demi-pointe pour se rapprocher de lui. Leur baiser prit plus de profondeur Regulus posa ses mains sur ses flancs et elle s'accrocha aux pans de sa robe de sorcier.
Après avoir mit fin à leur échange, Regulus continua à fixer la jeune fille, le souffle court. Pour essayer de diminuer la tension qui régnait, elle baissa les yeux vers le sol et se rendit compte que ses livres gisaient encore par terre.
- Mer…lin !
Elle s'agenouilla et entreprit de réunir les livres. Deux mains supplémentaires vinrent l'aider et la pile fut reconstituée en un rien de temps. En se redressant, elle évita le regard bleu-gris ou elle risquerait à nouveau d'en faire tomber ses bouquins.
- Il faut que je… Que j'aille rendre ça à la bibliothèque.
- Tu ne serais pas en train d'essayer de fuir, par hasard ?
- Moi ? Fuir ? Et puis quoi encore. Disons que, continua-t-elle en relevant les yeux et en le défiant du regard, que ce n'est que partie remise.
- Je te prends au mot.
Il lui adressa un clin d'œil avant de s'éclipser. Théa poussa un énorme soupir. Elle avait déjà établit qu'elle avait des sentiments pour Regulus. Et ce qui était en train de se passer ne faisait que la conforter dans cette idée. Mais une partie de son cerveau lui criait de s'éloigner, maintenant, car il était sûr que cela ne mènerait nulle part. Mais c'était aussi tellement bon que l'autre partie de son cerveau (clairement en majorité) envoyait l'autre voir ailleurs. Autant en profiter, peut importerait le temps que ça durerait. Avec un petit sourire satisfait, Théa rejoignit la bibliothèque.
...
En sortant de son cours de sortilège, Théa remontait l'aile gauche du château en direction du réfectoire quand elle se sentit happée sur sa droite, derrière une des nombreuses armures qui s'étiraient le long du couloir. Elle retint de justesse un cri de surprise et fit les gros yeux à Regulus, qui s'amusait beaucoup de la situation. Dès que la jeune fille fut hors de vue, il l'attira à lui et l'embrassa.
Ils n'avaient pas vraiment parlé de leur ébauche de relation, mais le Serpentard avait assumé que ce serait sûrement mieux s'ils gardaient cela pour eux. Et comme Théa n'avait pas l'air de se plaindre de ces rencontres secrètes et furtives, il pensait qu'elle devait être du même avis. Comme si elle lisait dans ses pensées, la sorcière évoqua justement le sujet :
- Je sais que c'est mieux qu'on garde notre… (elle se tut avant de prononcer un mot traître comme « relation » ou « couple », Regulus et elle n'ayant jamais rien officialisé). Enfin, ça secret. Mais je vais forcément le dire à Holly. Et je voulais savoir si tu étais OK avec ça ?
Le Serpentard l'écoutait à moitié, trop occupé à embrasser le cou de la brune. La jeune fille, les yeux mi-clos, poussa un grognement avant de glisser sa main dans la tignasse brune de Regulus et de doucement tirer sa tête en arrière dans une tentative de capter son attention (et de recentrer la sienne). Le sorcier poussa un long soupir et fit la moue –ce que tenta d'ignorer Théa, pour ne pas se laisser avoir.
- Oui, soupira-t-il à nouveau.
- Oui, tu es d'accord ? Est-ce que tu as écouté ce que je t'ai dit, au moins ? fit-elle, suspicieuse.
- Oui, tu peux le dire à Holly. À condition qu'elle soit discrète.
Théa partit d'un petit rire. Holly, discrète ? Ces deux mots étaient des antagonistes ! Mais peut-être que sa meilleure amie ferait un effort, si elle le lui demandait. Elle avait le droit d'espérer, non ? La jeune fille sourit à Regulus.
- Je vais être en retard, il faut que j'y aille !
Avant qu'il n'ait eu le temps de répondre, elle déposa un rapide baiser sur ses lèvres. Il la regarda, abasourdi.
- Comment tu peux être en retard, c'est l'heure du repas ?
- Justement, il y a une horloge là-dedans, l'informa-t-elle en tapotant son estomac de son index. Et puis, si mes amis ne me voient pas débarquer bientôt, ils risquent de lancer Rusard à ma recherche.
- On se voit plus tard, alors.
- Au détour d'un autre couloir.
- Ou alors, tu seras peut être une fille chanceuse et tu auras le droit à la salle de classe vide le grand luxe !
- Mais une princesse n'en attend pas moins, susurra-t-elle en lui adressant un clin d'œil avant de s'éclipser.
Quand elle s'installa sur le banc des Serdaigles dans la Grande Salle, ses amis ne manquèrent pas de lui faire remarquer son retard.
- Problème de vessie, que voulez-vous que je vous dise !
- Si tu pouvais nous épargner les détails, certains d'entre nous ont déjà commencé à manger, la taquina Elliott, auquel elle répondit en faisant mine de lui envoyer un baiser bien baveux.
Comme à leur habitude, la conversation partit dans tous les sens et leurs voisins de table leur jetaient parfois des regards soit désemparés, soit dépités, soit amusé. Mais les gens de leur maison les connaissaient bien, depuis le temps, et plus rien venant d'eux ne pouvait encore les étonnés.
- Oh Théa, tu feras attention, tu as dû te faire piquer par un insecte ou quelque chose. Tu as une grosse trace rouge dans le cou, remarqua Robbie, très observant.
- Ah bon ? s'étonna la jeune fille en se tâtant le cou.
Puis elle se souvint des lèvres de Regulus contre sa peau. Exactement à l'endroit de la soit disant piqûre d'insecte. Il n'avait tout de même pas… « Oh, l'enflure ! Et c'est lui qui parlait de discrétion ?! » pesta Théa. Elle pria Merlin et tous les grands sorciers défunts pour ne pas devenir rouge pivoine et se trahir. Holly regarda le cou de son amie avec attention, avant de plisser les yeux, suspicieuse. Mais elle ne dit rien.
Théa pensait s'en être tirée, mais, dès qu'ils furent sortis de la Grande Salle, une tornade blonde fondit sur elle et l'attira à l'écart dans les toilettes des filles. Après avoir vérifié en dessous de chaque porte qu'il n'y avait personne, elle se tourna vers la brune :
- Théa McArthur. Cette trace rouge dans votre cou n'est pas une piqûre d'insecte mais un suçon ! Les garçons sont peut être dupes mais moi pas. On ne me la fait pas à moi.
- Holly Oeil de Lynx. On ne peut rien te cacher.
- AH ! J'en étais SÛRE ! QUI ?
- Alors, euh… commença Théa en regardant ses index qu'elle tapotait nerveusement l'un contre l'autre. Ça tombe bien que tu demandes parce que j'allais justement t'en parler.
- Oh, si tu me dis Regulus, je vais défaillir. Je ferais mieux de m'asseoir, ajouta-t-elle en cherchant partout autour d'elle quelque chose qui pourrait lui faire office de siège avant d'opter pour un lavabo.
- Heureusement que tu es assise, alors, parce que c'est lui.
Théa adressa une moue à sa meilleure amie, qui bondit sur ses jambes et se mit à sauter à pieds joints en cercle autour d'elle, faisant rire la brune qui avait l'impression d'être le centre d'un étrange rite sacrificiel.
- AAAAH ! AAAAH, je suis TROP contente ! C'est vrai ?! AAAH !
- Holly, chut ! tenta désespérément Théa de bâillonner son amie. Tu ne dois le dire à personne, d'accord ?
- Même pas à Robbie, Elliott et Elijah ?
La brune fit une moue contrite. Elle voulait le leur dire, mais elle préférait attendre et ne pas précipiter les choses. Au cas où ces choses, justement, n'iraient pas plus loin que ça. Même si elle espérait le contraire. Comme disait souvent Albus : « Ne mets pas la charrue avant les bœufs, Théa ».
- Oui, bien sûr, je comprends, ajouta précipitamment Holly. Oh, je suis tellement contente. Viens-là !
Elle ouvrit grands les bras et étreignit son amie.
- Holly, fit la voix étouffée de Théa. Tu m'étouffes.
- Oh oui, pardon.
Les deux filles restèrent à se fixer quelques secondes avant de partir dans un grand et incontrôlable rire. Des larmes coulaient toujours sur leurs joues quand elles rejoignirent les garçons pour leur cours de métamorphose. Cours durant lequel Holly, étonnement discrète, voulut savoir tout ce qu'il s'était passé entre Regulus et elle ces derniers jours.
...
Les deux jeunes sorciers continuaient à se voir en cachette, bien que faisant un peu moins d'efforts pour rester aussi discrets qu'avant. Pendant les cours de potion, certains Serpentards comme Evan Rosier les observaient du coin de l'œil, comme s'ils suspectaient quelque chose. Mais Regulus étant un Black, personne n'osait lui faire de remarque –ou tout du moins, pas en face.
Le sorcier avait réussit à traîner Théa dans une salle de classe vide, après le repas du soir. Elle l'avait suivi tout en le prévenant qu'elle n'irait pas outre le couvre-feu. Il ne manquerait plus qu'ils se fassent surprendre et emmener dans le bureau du directeur –ce qui voudrait dire, devant son père ! Et elle aurait mis sa main à couper que Regulus tenait à éviter autant qu'elle un entretient aussi gênant.
La jeune fille était assise sur une table, les jambes enroulées autour de la taille de Regulus. Il avait commencé à lui raconter quelque chose mais n'avait pas réussit à finir son histoire, trop déconcentré par le sourire espiègle qui ne quittait pas le visage de la Serdaigle. Au lieu de quoi, il avait fini par écraser ses lèvres sur les siennes et prendre ainsi sa revanche sur ce sourire. Emporté dans son élan, il glissa ses mains sous le haut de Théa qui frissonna avant de s'emparer de ses poignets, arrêtant là leur progression. Elle recula un peu le buste, pour le considérer en entier et dit d'un ton indigné mais dissimulant mal un sourire :
- Regulus ! On est dans une salle de classe ! Un peu de tenue, voyons.
- C'est vrai que c'est une salle de classe, répondit-il en fronçant le nez. Viens.
- Où ça ? quémanda-t-elle, bien obligée de le suivre car il s'était emparé de son poignet.
- Tu verras, fit-il, mystérieux.
Il la conduisit jusqu'au septième étage de l'école et elle comprit immédiatement où il comptait se rendre : dans la salle sur demande. Elle le laissa visualiser un décor puis passer trois fois devant l'immonde tapisserie. Une fois la porte apparue, il se tourna vers elle avec un sourire en coin –celui qui la faisait fondre. Il lui tendit la main et elle le suivit à l'intérieur.
Elle s'arrêta après avoir fait à peine deux pas. Elle regarda autour d'elle, inspectant chaque recoin de la pièce que le Serpentard avait fait apparaître. Puis elle se tourna vers lui, les sourcils relevés et un sourire mi-gêné, mi-amusé.
- Sérieusement, Regulus ? Une chambre ?
- Au moins, ce n'est pas une salle de classe.
Tout à coup, la jeune fille ne savait plus ou se mettre. Regulus dut percevoir son trouble car il ajouta :
- Hé, tu sais, une chambre, ça ne veut pas forcément dire… enfin, tu vois. Allez, viens là.
Il la fit s'asseoir sur le lit, et s'installa à côté.
- Ici on peut parler. S'engueuler. S'embrasser.
- Si je me souviens bien, on s'est déjà engueulé ici. On pourrait donc… parler ?
- Ou alors s'embrasser.
Il attendit la réaction de Théa, pour ne pas l'effrayer comme il n'avait sûrement pas manqué de le faire plus tôt. Mais ce fut la jeune fille qui s'approcha de lui pour s'emparer de ses lèvres. Ils basculèrent sur le lit. Au bout de quelque instant, Regulus rompit leur étreinte. Il se releva sur les genoux, la mine contrite. La brune le dévisagea de ses grands yeux verts interrogateurs.
- Qu'est-ce qu'il y a ?
- C'est ma mère.
- Je ne suis pas sûre de comprendre, souffla Théa après avoir laissé passer un silence.
- Elle m'a posé pas mal de question sur toi.
- Ah bon ?
- Oui, elle... elle trouve que tu ressembles beaucoup à une fille qui était à Poudlard en même temps qu'elle. Une certaine Mariann Prescott. Elle voulait savoir si par hasard, tu n'avais pas des liens de parenté avec elle ou avec les Prescott en général.
- Oh. Ta mère a connu la mienne.
- On dirait bien. Je ne lui ai rien dit. Mais connaissant Walburga, elle ne va pas laisser tomber très facilement.
- Mais pourquoi ta mère s'intéresserait à ça ?
- Euh, commença Regulus en se grattant l'arrière de la tête, gêné. Tu sais que ma mère est à la recherche de la belle fille idéale. Quelqu'un de Sang Pur, évidemment. Si possible, ayant fréquenté la maison Serpentard, bien qu'elle pourrait sous des conditions très spéciales, revenir sur ce point là tant que le premier est respecté. Si tu étais une Prescott…
- Ce que je suis.
- Tu serais pour ainsi dire, la candidate idéale.
- Mais juste parce que je suis une Prescott ne veut pas forcément dire que je suis une Sang Pur. J'ai plus de chance d'être une Sang Mêlée.
- Oui, sauf que pour ma mère, jamais un ou une sorcière venant d'une famille aussi prisée que celle des Prescott ne se réduirait à « souiller son sang et son héritage ».
- C'est complètement fou.
- Walburga Black est la définition de la folie.
- Pourquoi c'est si important ? Je veux dire, avoue que même toi tu as du être content d'apprendre que, au moins, je n'étais pas née Moldue. Cette histoire de statut du sang compte aussi pour toi.
- Je ne te l'ai jamais caché. Oui, ça compte. Et oui, j'étais soulagé. Je sais que tu ne comprends pas mais c'est parce que tu n'as pas été élevée comme ça. Moi, Rosier et pleins d'autres, on a été élevé là-dedans. Pense-y comme … à une tâche de naissance. Tu nais avec, tu ne le décides pas. Tu ne décides pas ni où elle est, ni sa forme, ni la place qu'elle prend. Au départ, tu peux trouver ça bizarre, parce que tout le monde n'a pas cette tâche ou alors en a une différente à un endroit différent. Mais le fait est qu'elle est là. Et tu grandis avec et éventuellement, tu t'y habitues. Pour toi, ça devient normal, banal. Et finalement, ce sont les autres, ceux qui n'ont pas de tâche de naissance, qui deviennent hors norme. Maintenant, dis toi que le Sang Pur, c'est la tâche de naissance. Et rajoute le fait qu'enfant, je côtoyais presque exclusivement d'autres familles de Sangs Purs, donc qui avaient aussi cette tâche de naissance. Pour moi, pour eux, ce mode de pensée, c'est normal.
- Je comprends. Mais tout le monde peut changer sa manière de penser, de voir les choses.
- Non, je ne crois pas que tout le monde puisse, Théa. C'est ancré trop profondément en nous, en nos ancêtres. Il y aura toujours la pression familiale. Regarde mon fr… Sirius. Il a cru que, du jour au lendemain, il pourrait changer. Mais tout ce qu'il a réussit à faire, c'est à être répudié de la famille Black et d'être mort aux yeux de nos parents.
- Alors, ce que tu es en train de dire, c'est que c'est une histoire sans fin ? Qu'on continuera à se faire la guerre sur des générations ? À quoi ça sert ?
- Si seulement on pouvait résoudre ça, Théa, on aurait résolu le mystère de l'être humain. Il faut y aller si tu ne veux pas dépasser le couvre-feu.
La sorcière pinça les lèvres mais secoua tout de même la tête. Regulus n'avait pas tort, on ne pouvait pas simplement changer les gens. Si c'était aussi simple, il n'y aurait jamais eu de conflits et tout le monde vivrait en paix. Elle était perdue dans ses pensées et ne vit pas passer le chemin du retour. Regulus l'avait raccompagné jusqu'à mi chemin mais avait dû la laisser pour aller troquer sa robe de sorcier contre l'uniforme de préfet.
Une fois dans la tour Serdaigle, Théa prit une longue douche bienvenue avant de se mettre au lit. Bien sûr, Holly ne l'entendait pas de cette oreille et réclama un récit de la soirée, dans les moindres détails. Quand la brune évoqua la dernière partie de sa conversation avec Regulus, les deux sorcières partirent dans un grand débat qui les occupa une bonne partie de la nuit. Pendant la seconde partie, elles s'occupèrent de refaire le monde dans leur rêve.
