Un petit mot pour m'excuser du délai immense qu'il m'a fallut pour mettre la suite.
On approche de la fin (3 chapitres avec celui-ci) et certain d'entre vous ont certainement déjà deviné l'identité du père de Théa. Je sais bien que je ne vais pas faire l'unanimité et que beaucoup vont être déçu. Pour ma part, je ne cherchais pas à surprendre ou quoi que ce soit d'autre, j'avais simplement une idée d'histoire en tête qui se déroulait exactement de cette façon et que j'avais envie de partager avec vous. Merci d'avoir lu jusqu'ici, merci d'avoir pris le temps de laisser des commentaires sur ce que vous avez pensé de l'histoire, c'est toujours très constructif.
J'espère que vous aurez aimé les aventures de Théa & Co et que, si suite il y a, vous les retrouverez comme moi avec plaisir.
Sur ce, bonne (fin de) lecture.
23.
A vingt-deux heures précises, on toqua à la porte du bureau de Dumbledore. Théa se hâta d'aller ouvrir à Regulus -d'abord, parce qu'elle était pressée de commencer et ensuite parce qu'elle avait peur que quelqu'un le surprenne. Si McGonagall décidait de venir faire un tour dans le bureau du directeur, les deux sorciers étaient mal. Ils devraient alors inventer une bonne excuse, rapidement.
Le Serpentard fit un tour sur lui-même pour embrasser du regard l'immense pièce aux murs chargés de diverses bricoles -certaines beaucoup plus inutiles que d'autres. Il aperçut les phœnix qui se reposaient paisiblement, perchés sur leur mangeoire, et s'approcha en tendant délicatement un doigt pour effleurer leur plumage.
- Ce sont des oiseaux si rares que ça fait tout drôle d'en voir deux d'un coup, fit-il. (Puis, se tournant vers la jeune fille:) Alors, elle est où cette Pensine ?
Théa se retourna vers le mur de droite et posa sa main sur les pierres. Tout en faisant glisser sa main dessus, elle les compta dans sa tête puis s'arrêta soudain. D'une pression de la main, elle enfonça une des pierres et un mécanisme se mit en route : le mur s'ouvrit en deux, les pans glissèrent à gauche et à droite, dévoilant un arrière-fond. Une fois les dernières pierres disparues, le mur de l'arrière-fond s'avança vers eux, leur amenant par la même occasion, un récipient en pierre de la taille d'une bassine perché sur un pied, également en pierre. La Pensine. Derrière se trouvaient de larges étagères où s'alignaient tout un tas de petites fioles remplies d'un nuage blanchâtre, mi-liquide, mi-gazeux. La plupart des flacons étaient étiquetés.
- Ne me dis pas que tout ça, ce sont les souvenirs de Dumbledore, soupira Black.
- À qui d'autre ?
- D'accord. Et je suppose que tu n'as pas prévu de tous les regarder alors comment vas-tu cibler ceux à visionner en priorité ?
- La date. J'ai passé un temps fou à chercher les dates de naissance et de scolarisation de ma mère, expliqua-t-elle face à l'incompréhension du jeune homme. Avec un peu de chance, mon père était de la même promotion qu'elle et on le trouvera comme ça. J'ai pensé qu'on pourrait commencer par ses trois dernières années à Poudlard, qui ont dû être, si je ne me suis pas trompée, entre 1941 et 1944.
- Ça nous fait quand même quatre ans à couvrir. On a plutôt intérêt à s'y mettre rapidement.
- Je cherche sur les étagères de gauche, tu prends celles de droite.
Au bout de cinq minutes, Théa réussit à dénicher l'année 1941. Elle remercia intérieurement son père d'être si organisé, à la limite de la maniaquerie sans quoi ils auraient pu passer des années à visionner tout un tas de souvenirs sans rapport avec leur recherche. Elle ouvrit la première fiole de l'année 1941 puis la versa délicatement dans le réservoir de la Pensine. Puis elle attrapa la main de Regulus et, ensemble, ils plongèrent tête la première dans la mémoire de Dumbledore.
...
Ils débarquèrent en plein milieu de la Grande Salle, le jour de la rentrée scolaire et de la répartition des petits nouveaux par le Choixpeau Magique. Instinctivement, Théa se tourna vers la table des Serdaigles, où elle avait l'habitude de prendre tous ses repas. La salle n'avait pas beaucoup changé en trente-sept ans : les tables étaient les mêmes, ainsi que les longs tabourets et les plats qui se remplissaient automatiquement chaque fois qu'un élève venait de piocher dedans. Seules les têtes et les vêtements de sorciers des élèves rappelaient l'année dans laquelle ils étaient tombés. Au fond de la salle, présidant les quatre blocs de tables correspondant aux quatre Maisons, la table des enseignants. Théa ne reconnut qu'Albus qui, à l'époque, était encore professeur de Métamorphose, et Armando Dippet, l'ancien directeur de Poudlard auquel Dumbledore avait succédé et qu'elle avait déjà vu sur des portraits dans le bureau de son père.
Théa chercha du regard sa mère. Elle avait compris que ce souvenir ne leur serait pas utile dans la quête de son père alors elle voulait au moins apercevoir sa mère, pour ne pas être venue pour rien. Elle longea les rangs des Serdaigles qui, tournés vers le Choixpeau, applaudissaient poliment alors qu'un Première Année était envoyé chez Gryffondor. Elle pensait ne pas réussir à la retrouver, parmi toutes ces filles aux cheveux bruns cachés sous leur chapeau noir. Mais, quand elle la vit enfin, elle se figea. Son cœur battait la chamade contre sa poitrine alors qu'elle observait sa mère autre part que sur une photo, pour la première fois. Le souvenir lui paraissait tellement réel qu'elle s'attendait presque à ce que Mariann la voit et la reconnaisse.
Regulus était derrière la Serdaigle et l'observait avec un air inquiet. Théa n'avait pas bougé un cil depuis qu'elle avait repéré Mariann Prescott dans les rangs des protégés de Rowena Serdaigle. Les deux jeunes filles avaient, à un an ou deux ans près, le même âge. Elles se ressemblaient tellement que c'en était déroutant, il avait presque l'impression de voir double : les mêmes cheveux bruns qui cascadaient en boucles sur leurs épaules et dans leur dos, la même forme de visage, la même posture. Ce n'était pas une exagération que de dire que Théa était le portrait craché de sa mère. La seule différence notable entre elles étaient la couleur de leurs yeux. Là où Théa avait deux émeraudes en guise d'iris, Mariann avait un regard très clair, gris anthracite. La Serdaigle avait donc hérité de la couleur des yeux de son père, un détail qui allait leur être plutôt utile pour la suite. Juste quand Regulus s'apprêtait à dire quelque chose, le souvenir perdit de ses couleurs et s'estompa, laissant place à une nouvelle scène vécu par Albus une trentaine d'année plus tôt. Là encore, ils ne trouvèrent rien d'utile. Et c'en fut de même jusqu'à la fin définitive de la fiole.
...
Trois fioles plus tard, Regulus et Théa furent projetés dans un des couloirs du château. Ils marchaient derrière Dumbledore, qui remontait à pas vif le long corridor. Arrivé au bout du couloir, alors qu'il s'apprêtait à tourner à gauche, il se ravisa et fit quelque pas en arrière -comme s'il essayait de se dissimuler à la vue de quelqu'un. Intrigués, les deux jeunes gens franchirent la distance qui les séparait d'une vision dégagée du couloir d'en face.
Mariann était là, ainsi qu'un jeune homme qui devait avoir son âge. Ils paraissaient être en grande conversation. Ils se rapprochèrent pour mieux entendre.
- Je n'avais pas le choix, disait le garçon.
Au vu du vert et argent qui décoraient sa cravate, ils en déduisirent que c'était un Serpentard. Théa s'approcha encore pour mieux distinguer ses traits. C'était un très beau garçon, dont le visage ne manquait pas de charme. Ses yeux vert vif semblaient briller d'intelligence. Il regardait la jeune femme en face de lui avec intensité, comme s'il cherchait à la convaincre par la simple force de son regard.
- Quelqu'un est mort et ils menaçaient de fermer l'école. Je ne pouvais pas les laisser faire, Mariann.
- Je sais ça. Mais Hagrid n'est pas le responsable. Il ne peut pas l'être, il est inoffensif.
- Lui, peut-être. Mais pas sa passion pour les animaux sauvages. Il hébergeait une Acromentule, tu te rends compte ? fit-il en attrapant le poignet de la Serdaigle.
Mariann regarda la main du jeune homme sur son bras et jeta un regard à la ronde, comme pour s'assurer que personne ne les voyait.
- Je ne pouvais pas rester sans rien dire alors que d'autres personnes risquaient d'être blessées. Je ne pouvais pas risquer que tu sois blessée. Allez, on oublie tout ça et on le laisse derrière nous, d'accord ?
- D'accord.
Elle libéra son poignet de sa main libre et serra d'une pression la main du garçon.
- Il faut que j'aille en cours.
Mariann fit trois pas dans le couloir mais s'arrêta, regarda autour d'elle pour vérifier qu'ils étaient encore seuls puis retourna vers le garçon qui n'avait pas bougé. Arrivé à sa hauteur, se dressant sur la pointe des pieds, elle déposa un baiser sur ses lèvres. Un sourire passa sur le visage du Serpentard qui la retint pour l'embrasser avant de la laisser partir.
Théa était abasourdie. Ce pourrait-il qu'elle eût enfin retrouvé son père ou le jeune homme n'était-il qu'un amour d'adolescence ? Elle n'avait même pas réussi à obtenir son nom ! En se tournant vers le Dumbledore du souvenir, elle fut surprise de le voir plaqué le dos contre le mur, un air ébahi peint sur le visage. Elle chercha Regulus, pour le trouver avec un air similaire à son père de l'époque. Le jeune homme avait en plus les sourcils froncés, comme s'il réfléchissait sans parvenir à trouver la réponse qu'il cherchait. Le souvenir s'estompa et ils basculèrent dans une autre scène, sans aucun rapport avec la précédente.
De retour dans le présent, Théa voulut faire un point avec son ami, pour voir ce qu'il pensait et surtout, pour avoir une explication à cette drôle de tête qu'il avait tiré.
- Même s'ils n'étaient qu'en cinquième année, tu penses qu'ils auraient pu rester suffisamment longtemps ensemble pour avoir un enfant ? demanda-t-elle.
- Honnêtement, je ne sais pas. Mais il avait quand même la même couleur d'yeux que toi. Je ne pense pas que ce soit un détail.
- D. avait l'air un peu sonné. Pourquoi ? Et pourquoi ils avaient l'air de se cacher ?
- Tu te demandes vraiment pourquoi ? s'étonna le Serpentard, un sourire narquois aux lèvres. Ça ne te rappelle rien ? Un Serpentard, une Serdaigle.
- Parce que tu penses que c'était déjà comme ça à l'époque ? s'étonna la sorcière.
- Je ne pense pas, j'en suis sûr. Ça a toujours été comme ça, depuis la fondation des quatre maisons. En particulier avec Serpentard. Il n'a jamais été apprécié de ses trois collègues et c'est à croire que ça s'est transmis de générations en générations aux élèves.
- Ah oui, parce que vous êtes à plaindre, tiens.
- Et qu'est-ce que c'est supposé vouloir dire ?
- Comme si les élèves de Serpentards faisaient tout pour être apprécié ! On ne va pas dire que vous fassiez beaucoup d'effort !
- Ah, parce que vous, les Serdaigles, êtes un modèle de gentillesse et d'ouverture !
- Ce n'est pas ce que j'ai dit non plus. Et puis, ne commence pas à monter sur tes grands chevaux en impliquant ma maison alors que le sujet n'est pas là !
- Je pensais pourtant qu'on était en train de débattre sur les défauts des diverses maisons.
- Non, pas les défauts des diverses maisons. Juste ceux de Serpentard.
- Je t'en prie, éclaire donc ma lanterne puisque tu sembles incollable sur le sujet.
- J'ai eu de quoi étudier leur cas !
- Ah, parce que j'ai été ton sujet d'étude. La moindre des choses serait de m'informer du résultat de ton enquête !
- Premièrement, vous n'êtes jamais contents. Il suffit de regarder, les seuls élèves à ne jamais sourire, c'est vous. Ensuite, vous êtes méprisants. Vous regardez tout le monde de haut, vous vous pensez meilleurs sans aucune raison.
- Je ne savais pas que tu avais une si haute estime de ma personne, dis donc ! lâcha-t-il, sarcastique à souhait.
- Tu sais, pour s'améliorer, il faut accepter les critiques.
- Dans ce cas, adresse-toi ces mêmes critiques. Ton père était probablement un Serpentard ce qui expliquerait que tu ais hérité de certains de ces défauts.
- Ah oui ? Et lesquels ?
- Tu dis que nous sommes méprisants mais, flash info, tu l'es aussi.
- Je suis méprisante ?
- Oui ! Quand tu n'étais pas d'accord avec ça, lui rappela-t-il en soulevant sa manche de chemise droite pour découvrir sa marque en tête de mort. Ne m'as-tu pas jugé et méprisé parce que je ne rentrais pas dans ta vision des choses ?
- Ce n'est pas pareil, et tu le sais !
- Et en quoi ce n'est pas exactement la même chose ce que font les Serpentards et ce que vous faites ? Tu vas me dire que les autres maisons ne nous méprisent pas, peut-être ?
Théa ouvrit la bouche mais ne sut que répondre. Parce qu'elle se rendait compte, en effet, qu'il avait raison. Elle n'avait simplement jamais regardé les choses de ce point de vue. Elle se doutait qu'en grandissant, chacun abordait la même vision du monde que leur parent ou, dans le cas des élèves de Poudlard, de leur maison respective et qu'ils finissaient finalement par adopter un comportement stéréotypé.
- Je suis désolée, souffla-t-elle alors au bout de quelques minutes d'un silence gênant. Et puis, je ne te méprise pas, et tu le sais.
- Je ne sais rien du tout. Et je crois qu'il vaut mieux qu'on en reste là pour ce soir.
- Quoi ? Non ! s'écria-t-elle. Regulus, attends.
Il s'arrêta alors qu'il avait commencé à se diriger vers la lourde porte de bois. Sans se retourner, il attendit qu'elle continue.
- On dirait qu'on ne pourra jamais s'empêcher de s'engueuler comme ça…, de se balancer des trucs pas toujours très sympas à la figure. C'est comme ça qu'on est. Mais on avait avancé, enfin trouvé quelque chose. S'il te plaît, reste.
- Tu as bien avancé toute seule, pourquoi veux-tu que je reste ?
- Parce que. J'ai besoin de toi.
Il se retourna enfin et planta ses yeux gris orage dans les siens. Une vague de chaleur traversa la jeune fille, déclenché par ce regard incandescent. Elle se força à focaliser son attention sur autre chose, mais ses joues ne dérougirent pas.
- C'est faux, tu n'as pas besoin de moi.
- Je n'ai pas besoin de toi pour trouver mon père. J'ai besoin de toi pour... me soutenir. En tant qu'ami.
Ce mot fit sourire Black, qui, après quelque seconde de réflexion, finit par céder et revenir aux côtés de Théa qui tenta de ne pas afficher l'air trop réjouit de quelqu'un qui venait de gagner la partie.
