Partie 2 : La colère et le pardon.

Elle reprit sa phrase, la modifiant quelque peu.

« Ce n'est pas en paniquant ainsi que tu… que nous allons arriver à nous en sortir. »

Javotte éclata de rire.

« Parce que tu crois sincèrement que j'ai la moindre envie de t'aider, mère ? Si oui, tu te trompes.

- Écoutes… toi et moi nous ne sommes pas en très bon termes (Raiponce le savait, elle venait de gagner le prix de l'euphémisme de l'année), mais nous avons un ennemi et un but commun. Gothel d'un côté, Anastasie de l'autre. Je sais que tu me hais, et cette malédiction le prouve bien, c'est toi et elle qui l'avez lancée, je le sais à présent.

- Qu'est-ce que tu proposes ? Lui demanda sa fille, semblant toujours aussi amère.

- Il faut qu'on essaye de sortir de ce puits, et qu'on aille chercher Anastasie, à nous deux, on pourra la convaincre de fuir Gothel le plus vite possible, et on pourra l'éloigner d'elle. »

Javotte eut un sourire ironique, et elle hocha la tête d'un air sarcastique.

« Et après quoi mère ? C'est tout ? On s'allie, on travaille ensemble, et puis plus rien ? Sans vouloir être égocentrique, mère, quand est-ce qu'on en parle au juste, de ma souffrance ? De tout ce que tu m'as fait ?

- Javotte, tu es en colère contre moi, et je le comprends, mais nous n'avons pas le temps pour cela. Nous le ferons plus tard, je te le promets. Il faut que nous allions sauver Anastasie maintenant, elle est avec Gothel et elle est en danger, et je ne veux même pas imaginer ce que Gothel peut être en train de lui faire.

- Tu sais, j'ai passé des années aux côtés de cette femme, et je vais bien. »

Sa mère la regarda longuement, lisant à travers les lignes, et voyant ce que Javotte essayait désespérément de cacher. Qu'elle était toujours la petite fille qui ne voulait que l'amour de sa mère, et ce, quoi qu'elle en dise.

Et son cœur de mère, qui était si longtemps fermé à Javotte, focalisé uniquement sur Anastasie (mais Ana allait bien, elle était éveillée, et oui, Lucy était endormie, et allait peut-être mourir, mais sa fille allait bien, et ça, ça importait plus que tout le reste. Savoir que sa fille aînée, sa petite héroïne allait bien. Maintenant, il était temps pour elle de s'occuper de Javotte.) se brisa alors.

Encore une fois Javotte, je suis désolée.

Mais elle n'arrivait pas encore à dire les mots qui auraient pu tout changer quelques années auparavant, et qui auraient permis que sa fille ne sombre pas, les mots qu'elle attendait désespérément depuis tout ce temps, même encore aujourd'hui.

Sauf qu'ils n'étaient jamais venus.

Et ça, Javotte, cela ne la surprenait même pas.

« Non Javotte, lui rétorqua sa mère, et pour la première fois, la jeune femme vit une autre émotion envers elle que du dédain, tu ne vas manifestement pas bien. Et c'est de ma faute. »

Mais ça ne lui suffisait pas, bien sûr, et Javotte envoya un regard empli de mépris à sa mère.

« Dis-moi, maman (ça faisait des années qu'elle ne l'avait pas appelée comme ça, et cela fit encore plus mal à Raiponce), sais-tu ce que ça fait ? Que de devoir se taire pendant des années ? Ne rien dire ? Garder la tête baissée, de peur de dire ou faire quelque de mal, qui ne serait pas approprié ? Sais-tu ce que ça fait que de sentir qu'on est rien, qu'on est pas suffisant, qu'on ne sera jamais suffisant ?

- Javotte, s'il te plaît… l'implora sa mère. Pense à Ana.

- Ne t'en fait pas, mère. Elle va bien, j'en suis sure. Gothel a besoin d'elle, elle ne la tuera pas. Quant à savoir ce qu'elle fera d'elle, en revanche. En voyant la lueur de peur jaillir dans les yeux de sa mère, elle sourit à nouveau, malgré ses larmes. Tu vois ? À nouveau, tu n'en as que pour Anastasie. Ta précieuse fille. Tellement précieuse et parfaite, qu'elle t'as faite oublier que tu avais une autre fille. Ça ne t'as pas dérangée, à l'époque, que j'aille avec Gothel, pas vrai ?

- Bien sûr que si ! Rugit Raiponce, et pour la première fois depuis des années, son masque sembla réellement se fissurer, face à sa fille. Qu'est-ce que tu crois ? Que cela ne m'a rien fait de voir que ma pire ennemie, celle qui avait autrefois ruiné ma vie, allait faire de même avec mon autre fille ? Qu'elle allait me l'enlever et la changer, la modeler à son image ? Bien sûr que ça m'a fait mal Javotte ! Mais je t'avais déjà perdue à l'époque, par ma propre faute, et il était trop tard ! Je ne me suis pas battue à l'époque pour toi Javotte, et j'en suis sincèrement désolée.

- Réellement mère ? Demanda Javotte, et on aurait dit qu'elle voulait vraiment y croire. Ou bien, n'est-ce que pour avoir la possibilité de retrouver Anastasie ?

- Tu es ma fille Javotte, et je t'aime. Alors, va-y, parle-moi, dis-moi ce que tu n'as jamais pu me dire. »

Javotte hocha la tête, et elle s'essuya les yeux, repensant alors à ce qu'il y avait pu y avoir de bien pour elle, là-bas, dans la Forêt Enchantée.

Oui, il y avait bien une chose qu'elle n'avait jamais dit à sa mère, et de toute façon, elle ne pouvait pas dire grand-chose, vu qu'elle avait raison. Il fallait qu'elles partent sauver Anastasie.

« J'aime les femmes ! Lança-t-elle alors d'une voix forte à sa mère, estomaquée. Oh, et avant que tu dises quoi que ce soit d'autre, j'étais heureuse, dans la forêt enchantée, pour un temps. Avec Regina ! »

Et, à la manière dont elle le dit, on dirait presque une petite fille rebelle qui cherche à choquer sa mère, et Raiponce ne put s'empêcher de trouver cela adorable, d'une certaine manière.

Oh, et cette révélation ne lui fit rien, bien sûr.

Elle osa alors enfin serrer sa fille dans ses bras, et, si Javotte fut incertaine tout d'abord, elle répondit à l'étreinte, tandis que Raiponce souriait.

Et, maintenant que Ana était éveillée, elle sut enfin trouver les mots pour réconforter Javotte.

« Peu importe. Tu seras toujours ma fille. Je t'aime Javotte, et je suis désolée pour tout ce que je t'ai fait. »

Et ce fut comme si la blessure que Javotte portait en elle depuis des années commençait un peu à guérir.

« Merci maman, murmura-t-elle à sa mère, en larmes. »

Mais cette fois-ci, c'était des larmes de soulagement.