C'est déjà mercredi, que le temps passe vite :O Je suis à une semaine de mon concours mais ça ne m'empêche pas de vous donner le 5ème (déjà ?) chapitre des Soldats de Marbre.
Vous avez été si nombreux à commenter, que ça me fait chaud au cœur, surtout en ces périodes de révisions où j'ai le moral à 0, je suis ravie de vous lire, chacun de vos commentaires est un petit rayon de soleil entre mes révisions de linguistiques et de littérature anglophone. So.. Thanks a lot !
Keloush : Merci ! Et merci de me corriger dans des délais records.
Madison2220 : Merci d'être toujours au rendez-vous ! Je suis contente que ça te plaise toujours autant, et que ma description olfactive t'aie plu !
PouleauPotter : Aaah je suis contente que Drago te plaise haha. Et oui Crabbe est définitivement un gros porc ! Merci d'être toujours là pour commenter :)
ValarMorghulis : Je suis ravie que que la Couleur de l'E. t'ai plu ! Et ravie aussi de te retrouver ici ! Je poste tous les mercredis ! Oui Crabbe et Goyle sont des gros cons, on peut le dire :D Merci pour ton commentaire et en effet, vive les dramiones haha.
Magoo : Je suis enchantée que ça te plaise ! Voici la suite !
Nadra : Oui je sais, je sais, mais au fond, vous m'aimez comme ça ! Quant aux non-selectionnés… je te laisse découvrir ça !
Leolili : Ahah oui, en ce moment j'en ai besoin, je l'avoue, je plaide coupable. Ton commentaire me va droit au cœur, et j'avoue que Divergente était peut être bien dans ma tête à l'instant de la rédaction du chapitre ! C'est la première fois qu'un auteur te répond ? C'est bien dommage, car c'est grâce à vous que les sites comme ff existent, alors mille merci !
Mearwyn : Aaaah merci, je suis ravie que tu ne trouves pas ça ni trop lent ni trop rapide ! Merci d'avoir pris le temps de laisser un mot !
Nayra : Ahah, yes une esclave ! Ok, j'ai la pression à mort maintenant, je suis contente que tu me suives ici, et j'espère que la suite te plaira tout autant !
Lilou : Merci ! Oulala autant de review que ça ? haha, c'est adorable, et j'avoue que j'adorerai aussi, mais je n'ai pas à me plaindre j'ai des lectrices géniales :D
Mariadora : Je ne sais pas qui est cette amie, mais remercie là de ma part de me faire de la pub ahah. La vie est une chienne est plus dure je pense, mais j'espère que ça te plaira ! C'est vrai qu'on peut se demander ce que pense hermione, mais j'ai pris le parti de faire du point de vue de Drago, donc il y aura forcément des « manques ». Merci d'avoir commenté, à très vite !
Elorah : Oui ils sont insupportables au possible n'est-ce pas ? Je vois que tu comprends Drago à merveille :D Voici la suite !
Christycallum : Alors merci, mais tu as eu un petit soucis de review non ? mdr
Jasmine : Oh merci, ça me fait toujours plaisir quand un guest poste parce qu'il prend le temps de commenter alors qu'il n'est pas inscrit ! Ca me fait rougir ce que tu me dis, merci merci merci, vraiment ! J'espère que les papillons dans le ventre seront au rdv alors haha. Bisous !
Deborah : Exactement, Drago se fourre le doigt dans l'œil mdr. Merci pour ce commentaire, et je suis ravie d'avoir été celle qui t'a donné l'envie de commenter, en espérant te recroiser bientôt !
Passion Fugace : Oh merci d'avoir pris le temps quand même c'est adorable ! Merci pour ton petit mot qui me va droit au cœur. Voici la suite !
Bonne lecture
(et Merci à Keloush qui a fait en sorte qu'il n'y ait pas d'erreurs dans ce chapitre !)
Quand toutes les recrues furent passées, et que la Grande Salle eut retrouvé sa disposition habituelle, Drago et les trois autres formateurs s'attablèrent à leur ancienne place : la table des Serpentards. Devant eux, de nombreuses feuilles de papiers, une pour chaque recrue avec les commentaires, les observations et les notes qu'elles avaient obtenu pour chacune des épreuves de sélection. Sur les cent cinquante recrues, cinquante seraient envoyées à Bellatrix - Drago ne voulait même pas savoir ce qui leur arriverait ensuite.
La soirée s'annonçait longue, car chaque formateur défendait ses recrues, et Crabbe et Goyle ne semblaient pas capables de faire le moindre compromis. De plus, Drago n'était pas certain que leurs critères étaient les mêmes que les siens et ceux de Blaise.
Ils commencèrent donc par faire la liste de ceux qu'ils se devaient de sélectionner : ceux qui avaient eu de bons résultats pour toutes les épreuves. Ces recrues-là étaient au nombre de soixante, il restait donc quarante places à remplir avec celles qui avaient fait leurs preuves malgré quelques petites faiblesses. Là, la liste se gonfla bien plus rapidement. Quarante places c'était peu, et il fallait faire attention à ne pas en oublier.
Il ne restait plus que dix places quand ils en arrivèrent à Hermione Granger. C'est Crabbe qui lança les hostilités:
—Étant donné qu'elle est à l'infirmerie, elle est automatiquement disqualifiée, décréta-t-il.
Drago leva les yeux de son parchemin et scruta Crabbe de ses yeux pâles.
—C'est une nouvelle règle ? demanda-t-il sèchement. Si c'est le cas, il aurait été bon de m'en tenir informé.
Crabbe ne détourna pas les yeux, mais sembla perdre de son assurance. Heureusement que son valeureux laquais, ce bon vieux Goyle, vint à sa rescousse.
—Granger s'est fait exploser l'arcade, une vraie mauviette, elle n'a pas sa place dans l'armée du Maître, grogna-t-il avec mauvaise humeur.
—Moi je trouve qu'elle a bien encaissé, répliqua Blaise. Elle s'est faite exploser l'arcade sans rien dire, même toi Goyle, tu aurais pleuré dans les jupons de ta mère.
Si la remarque de Blaise fit sourire Drago, en revanche Crabbe et Goyle n'eurent pas l'air de trouver cela amusant. En fait, cela eut pour effet de les rendre encore plus féroces à l'égard de Granger.
—C'était la copine de Potter, le Lord ne veut pas d'elle dans ses rangs.
—Alors pourquoi elle a été prise dès le début ? remarqua Drago d'une voix calme.
—Aucune idée, mais il ne nous en voudra sûrement pas si on vire la Sang-de-Bourbe.
—En attendant elle a eu d'excellentes notes dans les autres matières. En résistance psychologique et même en Magie Noire, ajouta Blaise en jetant un coup d'œil à la fiche qui portait pour titre le nom d'Hermione Granger. Et je ne parle même pas du duel, terminé en trente-et-une secondes.
Crabbe se rembrunit.
Le duel de Granger avait été spectaculaire, même si Drago ne l'aurait avoué pour rien au monde. S'il y avait bien une chose qu'il ne pouvait nier en ce qui la concernait, c'était qu'elle maniait la baguette à la perfection - même quand la baguette en question n'était pas la sienne. Elle avait maîtrisé son adversaire avec souplesse et une facilité non feinte. Elle n'avait d'ailleurs pas caché son amusement quand sa pauvre victime était retombée sur son derrière - Blaise avait ri aux éclats, sans aucune retenue.
—Elle était contre l'autre idiot de Goodman, ça ne compte pas.
—Si on devait virer tous ceux qui avaient un mauvais binôme, il ne resterait pas grand monde.
Ni Crabbe ni Goyle ne trouvèrent à redire. Et Drago se sentit soulagé.
C'était une étrange sensation. Comme s'il avait retenu son souffle pendant de longues minutes dans l'attente de la sentence. Mais qu'est-ce qui lui arrivait ? Qu'est-ce que cela pouvait-il bien lui faire que Granger retourne en prison ? Et pourtant, il y avait ce poids qui avait subitement déserté sa poitrine quand il avait écrit le nom de Granger dans la colonne des 'sélectionnés'.
Deux heures plus tard, ils avaient la liste officielle des recrues sélectionnées. Blaise se proposa d'aller à la volière pour la faire porter au Ministère par son hibou, et bientôt, Drago se retrouva seul avec les deux autres, à son plus grand malheur.
Même des années après, Drago se demandait toujours comment il avait fait pour les supporter durant ses sept années à Poudlard. Il n'avait pas souvenir qu'ils avaient été aussi pénibles durant leur adolescence - ou peut être Drago avait-il la mémoire sélective - mais le fait était qu'à présent, ils étaient tous les deux devenus de véritables monstres assoiffés de pouvoir et de sang. Sur les quatre formateurs, Crabbe et Goyle étaient les deux seuls à user de la torture et des geôles d'isolement dans les cachots pour punir leurs recrues.
C'était une bien mauvaise réputation qu'ils se faisaient là, mais ils n'y prêtaient guère attention et oubliaient vite, le nez dans un verre de whisky. Deux gros porcs, voilà ce qu'ils étaient. Bien incapables de supporter la moitié de l'entraînement qu'ils infligeaient à leurs recrues. Pourtant, le Seigneur des Ténèbres leur avait recommandé de se joindre à leurs recrues pour les entraînements physiques, c'était un moyen comme un autre de garder la forme - et de surveiller les troupes. Ils ne le faisaient pas, et préféraient se gaver de friandises pendant que les autres courraient des kilomètres et faisaient des pompes à ne plus pouvoir les compter.
x
Le lendemain matin.
Drago poussa la porte de l'infirmerie d'une main ferme. L'endroit était resté intact, exactement la même infirmerie que dans son souvenir. De grandes fenêtres laissaient entrer paresseusement la lumière, tandis que des lits aux lignes d'un blanc immaculé étaient disséminés en deux rangées le long des murs. Il n'y avait plus d'infirmière cependant, seuls les elfes de maison guérisseurs étaient autorisés à soigner les Recrues.
D'ailleurs, quand l'un d'entre eux vit Drago arriver, il se précipita vers lui et s'inclina si bas que son nez en forme de groin toucha le sol.
—Comment puis-je aider Maître Drago ?
—Où est le lit d'Hermione Granger ? demanda Drago à voix basse.
Autour d'eux, quatre lits étaient occupés, mais des rideaux étaient tirés autour d'eux pour préserver le calme et l'intimité des malades. Quatre recrues qui n'avaient pas supporté les entraînements ou qui avaient été blessées. Quatre, dont trois qui ne resteraient pas à Poudlard très longtemps.
L'elfe conduisit Drago jusqu'au dernier lit et écarta légèrement le rideau pour le laisser passer. Granger était allongée dans son lit, les yeux clos. Son souffle était calme mais pas assez régulier pour lui faire croire qu'elle dormait réellement. Quand l'elfe fut reparti, elle ouvrit un œil. Drago était prêt à parier sa baguette qu'elle ne s'attendait pas à le voir ici.
Passé le moment de la surprise néanmoins, elle ne se démonta pas et prit la parole :
—Tu es venu m'annoncer qu'on me renvoyait à Azkaban ?
Sa voix était douce, sans aucune rancœur. C'était bien la première fois qu'elle lui adressait la parole de la sorte. Elle était comme résignée, comme asservie par la fatalité. Pis encore, plus aucun espoir ne brillait dans ses iris noisettes. Drago s'assit sur la chaise à côté de son lit et la regarda de longues secondes avant de briser le silence.
—Non, tu restes.
Granger ouvrit de grands yeux surpris avant de se rembrunir et d'afficher un air méfiant.
—Mais ?
Drago l'observa sans comprendre.
—Mais quoi ? Il n'y a aucun mais. Tu fais partie des cent recrues qui restent à Poudlard.
Granger se redressa sur son oreiller de manière à ce que son visage soit à la même hauteur que celui de Drago. Ils se toisèrent de longues secondes en silence, comme jaugeant de la sincérité de l'autre. Elle était sérieusement amochée. Deux coquards ornaient chacun de ses yeux, tandis que son arcade droite avait été recousue mais était bien plus boursouflée que l'autre. Sa lèvre fendue avait l'air de la faire souffrir car elle s'appliquait à ne pas trop étirer la bouche lorsqu'elle parlait, du reste, des bleus et des égratignures parsemaient son corps de part et d'autre - ou du moins les parties de son corps que Drago pouvait bien entrevoir.
—Pourquoi ? finit-elle par lâcher.
—Parce qu'il y avait plus mauvais que toi.
—Non, je veux dire... Pourquoi tu m'as donné des conseils avant que j'aille me battre ?
Drago ne répondit pas. Il la regarda sans vraiment la voir, se remémorant ses mots avant qu'elle ne monte sur le ring. Oui, il avait essayé de l'aider. Pourquoi ? Il n'en savait rien, ça lui était venu, comme ça. Peut être parce que malgré tout, il n'aimait pas tellement voir des combats déloyaux tels que celui auquel il avait assisté. Peut être qu'il n'était pas près à ramasser l'une de ses recrues à la petite cuillère. Ou peut être parce que c'était Granger ?
—Tu n'es qu'un con, Malefoy.
—Un Merci aurait suffit.
—Merci ? Te remercier pourquoi ? Pour m'enfermer à Poudlard et faire de moi l'un des pions de Voldemort ? Si cette vie te convient, grand bien t'en fasse, mais moi, je ne suis pas sa marionnette.
—Moi non plus, grogna Drago avec mauvaise foi.
—Alors si tu es ici de ton plein gré, c'est pire, cracha Granger dont les pupilles étaient désormais animées par la rage. J'ai bien vu que tu avais changé. Quand j'ai su que tu étais mon formateur, j'ai cru que ça ne pouvait pas être pire. Mais j'avais tort, tu n'es plus que l'ombre de toi même, le chien de Voldemort, le parfait petit exécuteur de ses ordres.
Drago se leva, le dos raide, et la regarda de toute sa hauteur. Comme il s'y était attendu, elle n'avait pas cillé, ni bougé d'un pouce. Elle s'était contentée de le regarder droit dans les yeux et de le défier impunément.
—Méfie toi Granger, je peux encore te retirer de la liste des sélectionnées.
—Mais ne te gêne pas, Malefoy. Au moins à Azkaban, j'étais entourée d'amis.
—Crois-tu vraiment qu'on te renverra en prison ? J'avais souvenir que tu étais plus intelligente que la moyenne. Tu en sais trop pour qu'on te laisse retrouver tous tes petits copains de l'Ordre du Phénix et leur raconter ce qui se passe à Poudlard.
C'eut le mérite de faire taire Granger, car celle-ci ouvrit la bouche deux fois avant de la refermer et de se calmer immédiatement. Quand elle reprit la parole, sa voix était tremblante.
—Qu'allez-vous faire des recrues qui n'ont pas été sélectionnées ?
Et pour la première fois depuis longtemps, Drago fit tomber le masque. Une demi-seconde, juste assez longtemps pour que Granger comprenne que c'était sans appel :
—Le nécessaire pour que rien de ce qui se passe ici ne fuite dans le reste du monde magique.
En d'autres termes, les éliminer sans préavis.
Le teint déjà pâle de Granger blêmit, tandis que Drago détournait les yeux. Ce n'était pas faute d'avoir essayé de convaincre le Seigneur des Ténèbres. A quoi servait d'éliminer des recrues qui ne s'étaient jamais rebellées ? Un sort d'Oubliette aurait pu faire l'affaire. Mais Voldemort ne voulait laisser aucune chance au monde magique de savoir ce qui se passait réellement entre les murs de Poudlard. Après tout, avait-il dit à Drago, les sorts d'amnésie peuvent se défaire, et alors, qui sait comment réagira la population magique ?
En effet, qui sait ? songea Drago. Peut être qu'au fond, il espérait, secrètement, inconsciemment, que le monde se réveille enfin de cette torpeur inquiétante dans laquelle Voldemort l'avait plongé. Mais lui, Drago Malefoy était soumis à la volonté du Lord. Et quand bien même une révolte s'était mise en route, sa place n'aurait jamais été ailleurs qu'à la droite du nouveau Ministre de la Magie.
Quand Drago reposa enfin ses iris pâles sur Granger, celle-ci fixait résolument un point dans le vague – un point aussi loin que possible de Drago. Terrée dans son silence, elle ne semblait pas vouloir continuer. Drago se leva tout aussi silencieusement. De toute façon, il avait à faire, et veiller l'une de ses recrues ne faisait pas partie de son rôle de formateur.
Cependant, avant que Drago ne passe le rideau, un murmure s'éleva derrière lui.
—Tu es un monstre.
Drago se tourna légèrement, juste assez pour apercevoir Granger dans son angle de vue.
—Il ne t'est jamais venu à l'esprit que je n'avais pas le choix ?
Et sans attendre de répondre, Drago écarta les rideaux d'un coup sec et s'extirpa de cette sphère d'intimité.
Drago n'était plus celui qu'il avait été autrefois. Devenir le poulain de Voldemort l'avait fait réfléchir sur sa condition. Parce qu'avant cela, Drago avait toujours été un meneur. A Poudlard, il s'était constitué une cour, un trône et même une couronne. Il s'était prélassé dans le luxe et la luxure, avait fait de ses concurrents des laquais et de ses amis des Seigneurs. Blaise avait toujours été son bras droit, et Pansy sa confidente. Pansy… Ne serait-ce que penser à elle lui était douloureux.
Quand Drago avait quitté Poudlard, il était officiellement entré dans les rangs des Mangemorts. Blaise avait suivi, peut-être par loyauté envers Voldemort, ou bien par amitié pour Drago. Mais Pansy elle… Pansy avait refusé de se voir apposer la marque. Parce qu'elle trouvait ça laid – du moins c'était ce qu'elle avait dit. En réalité, Drago était persuadé qu'elle n'adhérait pas à l'idéologie mangemort. Non pas qu'elle trouvait les moldus égaux aux sorciers, non. Mais Pansy n'était pas de ces femmes futiles et silencieuses qui se soumettent. Plus que racial, son combat était celui d'une féministe. Drago avait tenté de la convaincre, si Pansy était devenue Mangemort, Drago aurait pu être à ses côtés quotidiennement pour s'assurer qu'il ne lui arrive rien. Mais elle avait refusé.
—Je ne suis pas une meneuse Drago, lui avait-elle dit. Mais je suis loin d'être une suiveuse. Et encore moins la femme soumise et malheureuse qu'a pu être ma mère. Ou la tienne.
Et elle avait raison, bien sûr. Pansy était une femme forte et impétueuse, plus impératrice que concubine. Malgré la douleur de savoir qu'il ne la reverrait jamais – car on ne refuse pas l'offre du Lord, on l'accepte ou on fuit - Drago avait ressenti une certaine fierté de voir son amie suivre sa propre voie. Peut être aussi un peu de jalousie, lui qui n'avait pas ce cran.
Jamais Pansy ne s'était tue devant Drago. Hautaine, parfois méprisante, elle disait ce qu'elle pensait avec fougue et panache. Toujours le mot qui blesse, et sa langue acérée à la manière d'une flèche savait trouver sa cible. Drago avait toujours pensé que la place de Pansy aurait tout aussi bien pu être chez les Gryffondors, car téméraire, elle ne l'était pas qu'à moitié. Mais Pansy ne partageait pas la stupidité des Gryffondors, et si son érudition pouvait la rallier aux Serdaigles, sa ruse et ses fourberies avaient su lui trouver une place parmi les Serpents.
Pansy était le contre-pouvoir de Drago. Celle qui équilibrait ses folies, quand il se laissait emporter. Comme Granger.
Enfin, Drago comprenait. Il comprenait cette fascination, cette patience qu'il avait pour Granger, lui qui ne l'avait jamais supporté. Granger était devenue son nouveau contre-pouvoir. Celle qui l'empêchait de sombrer dans la folie destructrice de l'idéologie mangemort. Celle qui lui rappelait qu'il n'était pas comme Crabbe et Goyle. Parce que Granger était la seule à se rebeller un peu, et qu'elle lui rappelait qu'il n'était pas suiveur, mais bien meneur, avec ses propres idées. Pourquoi avait-il fallu que ce fusse-t-elle ? Sans doute parce qu'elle lui rappelait qui il avait été, parce qu'elle était le lien entre ce nouveau lui et son adolescence.
x
Après sa visite à l'infirmerie, Drago s'était enfermé dans sa chambre pour organiser les emplois du temps des semaines qui suivraient. Le matin-même, la liste des recrues sélectionnées avait été rendue publique, toutes celles qui n'avaient pas eu la chance d'être assez bonnes avaient été mises dans le Poudlard Express, direction Londres, où Bellatrix les accueillerait à bras ouvert… Une baguette à la main.
Quand l'heure du déjeuner sonna, Drago se rendit à la Grande Salle d'un pas nonchalant. Les recrues avaient été libérées pour le reste de la matinée, et en cette belle journée d'octobre, elles s'étaient pour la plupart réfugiées dans le parc pour profiter des derniers rayons de soleil de l'année – sous le regard bien entraîné des elfes de maison.
—Hey, Drago !
La voix de Blaise, chaude et calme, avait résonné dans le couloir désert. Drago se retourna et attendit que son ami le rejoigne pour se remettre en marche. Blaise avait cette façon bien à lui de marcher, une démarche légère et enthousiaste, qui lui donnait l'air d'un gamin. Pourtant, du haut de ses vingt-cinq ans, Blaise n'était plus un enfant. Sa peau mate, ses yeux chocolat et son sourire éclatant faisaient de Blaise quelqu'un de charismatique. Peu de personne savaient lui résister.
—Prêt pour la reprise ? demanda Blaise, en enfonçant les mains dans ses poches.
Après un week-end assez long et pénible, Drago n'était que trop heureux de revenir à sa routine et de retrouver ses recrues. Les siennes, pas celles de Crabbe ou de Goyle. Les siennes, celles qui savaient comment il fonctionnait et dont il connaissait les faiblesses mais aussi les points forts.
Drago acquiesça en direction de Blaise à l'instant même où ils passaient le seuil de la porte de la Grande Salle. Celle-ci était déjà pleine, mais comme toujours très silencieuse. Seuls quelques murmures s'élevaient de-ci, de-là, bien vite étouffés cependant, quand les deux formateurs parcoururent la salle pour rejoindre leur table attitrée. Crabbe n'était pas encore là, quant à Goyle, il se gavait déjà de pommes-frites particulièrement grasses.
—Bon appétit, dit Blaise d'un air moqueur.
Pour seule réponse, Goyle grogna à la manière d'un animal blessé et prit à deux mains sa côtelette de porc qu'il attaqua à pleines dents. Drago sentit un nœud se former dans son estomac. Toutes les 'bonnes' familles, aux yeux de Voldemort, ne se valaient pas. Chez les Malefoy, on apprenait à être poli et à se servir de couverts. Mais chez les Goyle, de toute évidence, avoir les doigts plein de gras et le menton luisant étaient une tradition.
Drago et Blaise s'installèrent et commencèrent à manger en silence. L'absence de Crabbe était particulièrement agréable, car celui-ci avait pour habitude de critiquer toutes les filles qui se trouvaient dans son champ de vision, de leur poitrine trop plate à leurs cuisses trop grosses. Cette manie qu'il avait coupait immanquablement l'appétit de Drago qui quittait généralement la salle sans avoir terminé son assiette.
Leur tranquillité fut malheureusement de courte durée.
Drago était en train d'avaler sa derrière bouchée de purée quand un vacarme se fit entendre dans le Hall d'entrée. Blaise et lui se regardèrent une demi-seconde avant de se lever d'un seul homme et de tendre le cou pour mieux comprendre ce qui se passait.
Crabbe entra dans la Grande Salle en traînant quelque chose derrière lui. Quelque chose, ou quelqu'un. Quand il eut passé le seuil de la porte, et qu'il fut assez près de la table des formateurs, Drago réalisa que la personne qui se faisait aussi lamentablement maltraitée par Crabbe n'était autre que Granger. Elle avait pour seul vêtement la chemise de nuit qui lui avait été fournie à l'infirmerie et était si pâle que Drago n'aurait pas été surpris de la voir défaillir.
—Lâche-moi, gémissait-elle d'une voix faible.
Mais Crabbe ne l'entendait pas et continuait de la traîner derrière lui avec force, lui sciant le poignet de ses doigts épais. Drago attendit que Crabbe soit assez près pour lui demander d'une voix froide :
—Qu'est-ce qui se passe ?
—Les entraînements reprennent cet après-midi, il fallait qu'elle sorte de son lit, répondit Crabbe avec un petit sourire en coin.
Drago était sur le point de lui dire de la lâcher quand il s'exécuta avant même qu'il n'ouvre la bouche. Il la regarda de haut en bas avec un petit sourire pervers et montra la table des recrues du groupe de Drago d'un geste de la tête.
—A table, Granger.
L'interpellée s'écarta lentement de son bourreau et s'avança d'un pas qu'elle aurait voulu digne en direction de sa table. Quand elle fut installée et qu'elle eut commencé à manger, Crabbe s'assit à son tour à la table des formateurs et commença à manger. Drago, silencieux, fulminait de rage. Il attendit de sentir la colère redescendre d'un cran pour prendre la parole d'une voix mesurée.
—Qu'est-ce qui t'a pris de te donner en spectacle comme ça ?
—Tu ne semblais pas avoir le temps de la sortir du lit, alors je l'ai fait pour toi.
—Je ne me souviens pas te l'avoir demandé Crabbe, cracha Drago qui se maîtrisait tant bien que mal. Et elle n'a pas eu le temps de s'habiller ?
Goyle gloussa à côté de lui.
—Ça te plaît pas, de la voir comme ça, Malefoy ? répliqua Crabbe.
—Contrairement à toi, je n'ai pas besoin de forcer les filles pour les mettre dans mon lit.
—T'as le béguin pour Granger, peut être ? J'ai entendu dire que tu lui avais rendu une petite visite à l'infirmerie.
Le sourire mauvais de Crabbe en disait long sur ce qu'il pensait. Drago le regarda droit dans les yeux. Son cœur battait la chamade : alors c'était ce qu'on pensait de lui ? Qu'il était amoureux de cette petite idiote de Granger ? C'était bien mal le connaître. Cependant, il réalisa qu'il prenait la chose un peu trop à cœur et se contenta de hausser les épaules.
—Je suis allé voir si elle allait bien, et contrairement à ce que tu crois, je lui ai fait comprendre qu'il fallait qu'elle soit à nouveau sur pied pour les entraînements de cet après-midi.
Crabbe ne répondit pas et plongea son nez dans son assiette de frites. L'affaire était close. Du moins, c'était ce que Drago pensait. Quand ils en arrivèrent au dessert – toujours accompagné d'une tasse de café – un bruit de verre brisé se fit entendre.
Les quatre formateurs levèrent les yeux. Granger venait de faire tomber son verre qui avait explosé en mille et un morceaux sur le sol lisse de la Grande Salle. Drago leva les yeux au ciel. N'en avait-elle pas marre de se faire remarquer de la sorte ? En tout cas, cela sembla faire la journée de Crabbe qui se leva prestement et pointa un doigt grassouillet sur Granger.
—Alors Granger, même pas capable de boire toute seule ? Tu veux une paille peut-être ?
Granger, qui s'était baissée pour ramasser les bouts de verre, releva la tête brusquement et planta ses yeux bruns dans ceux, petits et luisants, de Crabbe. Avant même qu'elle n'ouvre la bouche, Drago savait qu'elle allait le regretter.
—Plutôt des bouchons d'oreille pour ne plus entendre ta voix insupportable, Crabbe.
C'en était trop pour la patience déjà inexistante de Crabbe. Celui-ci descendit les marches de l'estrade à vive allure et se précipita sur Granger qu'il agrippa par les cheveux. Il tira dessus avec hargne pour la forcer à le regarder.
—Pour qui te prends-tu, sale Sang-de-Bourbe ? postillonna Crabbe fou de rage.
Granger ne put dire quoi que ce soit, tant elle semblait souffrir. Blaise et Drago se levèrent à leur tour, mais aucun des deux ne réagirent. Ils savaient ce qu'il en était. Ils savaient qu'ils ne pouvaient pas saper l'autorité de Crabbe devant tout le monde et que prendre le parti de Granger serait une grave erreur. Les recrues pourraient comprendre les discordes et les liens de mépris qui unissaient les formateurs et en profiter pour les monter les uns contre les autres.
Drago serra les poings.
—Je vais t'apprendre à jouer les insolentes, Granger. Pour dire vrai, j'en ai toujours rêvé.
Il tira d'un coup sec sur les cheveux de Granger et sortit sa baguette d'une poche intérieure. Il la pointa sur sa victime de la journée et murmura :
—Incarcerem.
Deux cordes sortirent de l'extrémité de la baguette de Crabbe et vinrent s'enrouler autour des poignets de Granger. A la manière de deux serpents, ils s'enroulaient encore et toujours, et puis, lorsqu'il fut certain que Granger était convenablement ligotée, Crabbe pointa sa baguette vers le haut d'un geste brusque et soudain, Granger fut suspendue par les poignets dans le vide, à une demi-douzaine de mètres du sol.
—Une heure comme ça, et on verra si ta langue est toujours aussi bien pendue.
Granger se débattait comme une démente, mais la magie de Crabbe était trop puissante pour qu'elle puisse s'en échapper. Bientôt, il sembla évident qu'elle ne parviendrait pas à se détacher, et alors, elle abandonna toute idée de se défendre. Elle resta suspendue ainsi, sans que personne ne bouge le petit doigt pour elle.
Juste en dessous, Crabbe se délectait du spectacle. La chemise de nuit de Granger donnait une vue imprenable sur ses sous-vêtements, et peut être même plus – Drago ne voulait pas savoir. Toujours derrière la table des formateurs, Drago serrait les dents. Il n'avait aucun recours, et ne pouvait pas intervenir, car Granger s'en était prise directement à Crabbe et c'était donc à lui de choisir la sentence.
Drago jeta un coup d'œil à sa montre. Il ne restait plus que dix minutes avant que la cloche ne retentisse. Dix minutes et il pourrait parler à Crabbe sans que les autres recrues n'en sachent rien. Et qu'est-ce qu'étaient dix minutes dans une vie ?
Cela pouvait être l'éternité. Drago comptait les secondes, et sans s'en rendre compte, il se mit à retenir son souffle.
Ce ne fut que lorsque la cloche sonna qu'il reprit son souffle. Les recrues se précipitèrent toutes vers la sortie, peu envieuses de subir le même sort que Granger, tandis que Crabbe, toujours en dessous, se marrait comme un bien heureux. Quand la dernière recrue eut franchi le seuil de la porte, Drago et Blaise se précipitèrent sur Crabbe.
—Arrête ça, Crabbe, vociféra Drago.
—A tes ordres, Malefoy.
Et sans prévenir, Granger fut libre de ses liens. Mais aussi en chute libre. Elle tomba les six mètres qui la séparaient du sol si rapidement que ni Blaise, ni Drago n'eurent le temps de lever leur baguette pour amortir sa chute. Si bien que Granger tomba finalement sur Blaise qui se trouvait juste en dessous. Celui-ci eut le réflexe de tendre les bras et de la réceptionner du mieux qu'il le put.
Quand elle se retrouva dans les bras de Blaise, Granger eut l'air sonné et surprise de ne pas souffrir d'avantage. Quand elle réalisa où elle se trouvait, elle se dégagea rapidement, non sans lancer un regard reconnaissant à son sauveur.
Elle arrangea sa chemise de nuit qui dévoilait ses jambes fines et pâles, et se frotta doucement les poignets. Ceux-ci étaient enflés et rouges, tandis que ses mains bleues reprenaient peu à peu leur couleur d'origine. Privées de sang depuis trop longtemps, Drago était prêt à parier que Granger avait des fourmis dans les mains.
—Va te changer, lui intima Drago sans la regarder. Rejoins-nous dans le parc dans dix-minutes.
Et voilà pour cette semaine ! Un léger rapprochement mais surtout, le cheminement de pensée de Drago qui ne comprend pas pourquoi il fait une fixation, enfin si, il comprend peu à peu ! J'espère que ça vous a plus, la semaine prochaine, soirée détente chez les formateurs )
Comme je vous le disais, dans cette période sombre de mes révisions de CAPES, vous lire est toujours un réel plaisir alors n'hésitez pas à laisser une petite trace de votre passage :D
