Et voilà le 15ème chapitre. Comme promis, j'essaie de poster un chapitre par semaine, à savoir le mercredi ! Pour l'instant je suis en vacances et j'ai (un peu) d'avance dans mes chapitres, donc j'espère pouvoir tenir la distance. Je suis ravie de voir que vous répondiez présents à l'appel, et que vous n'aviez pas oublié cette fiction.

Nombreux ont été ceux qui m'ont écrit des petits mots d'encouragements, des demandes de poursuite au cours de ces 2 dernières années. Et je suis ravie, et fière, de continuer (enfin) cette fiction. J'avais bien dit que je ne l'abandonnerai pas, mais il me fallait du temps pour voir ce que je voulais qu'elle devienne !

Je remercie ceux qui ont pris le temps de me laisser un petit commentaire, vous êtes des amours et vous avez été bien plus nombreux encore que je ne l'espérai.

Lili orya : Je crois que ton commentaire à bugué haha mais je suis ravie de voir que tu es là !

Firenze-Snape : Je suis désolée de vous avoir fait attendre, mais promis j'essaie de me rattraper !

Guest : Ahah, c'est sur que Pansy est maintenant un nouvel élément déclencheur de peur. Je vais essayer de ne pas lâcher cette fois !

LilyP. Wooz : Oh merci, tu vas me faire rougir hihi.

Kailiana : Ca me touche, je suis ravie que tu aies aimé celle-ci aussi Généralement, les lecteurs de noël ne sont pas les mêmes que pour mes autres fic longues (et plutôt sombres)

Swangranger : Oui je suis revenue ! Pansy a été retrouvée, mais on aurait préféré qu'elle reste cachée héhé.

Guest 2 : Merci !

Acide'nette : Merci, je suis aussi très heureuse de te retrouver ici ! Je vois que tu as bien réfléchi au prochain chapitre, je n'en dis pas plus, et je te laisse le découvrir.

Dajou : Merci ! Voici la suite.

Harryliada : Oh, et pourtant ce n'est que le début hahah. Merci pour ton commentaire

Bonne lecture !


La nuit était tombée bien plus vite que prévue sur la petite cellule d'Hermione. A présent qu'elle avait le ventre plein et que sa soif s'était atténuée, le sommeil pointait le bout de son nez. Ce n'était pas un endroit confortable, c'était vétuste et poussiéreux, mais quand Morphée jette sur vous les paillettes de l'endormissement, il n'est guère aisé de résister. Ainsi, les paupières d'Hermione, d'abord papillonnantes, puis trop lourdes pour s'ouvrir à nouveau, se fermèrent délicatement, la laissant sombrer dans les méandres brumeux de rêves dépourvus de sens. Elle ne dormit pas du sommeil du Juste. Trop agitée, trop grelottante sous l'assaut des courants d'air, Hermione ne connut pas, cette nuit-là, le sommeil réparateur tant espéré.

Habités de longs couloirs interminables, de chaudrons qui explosent et d'éclairs de lumières, Hermione vagabondait dans ses rêves dans une pâle imitation de Poudlard : des longues tables bavardes aux dortoirs silencieux, tout rappelait à Hermione le château de son adolescence. Comme classificateur de souvenirs, son cerveau n'avait gardé que l'Ecole qu'avait été Poudlard et non pas le camp de recrutement militaire qu'en avait fait Voldemort. Au milieu des rêves peuplés de créatures magiques, de sabliers rouges et ors ou encore de cohue sur un terrain de Quidditch, Hermione subissait des flashs incertains sur lesquels elle ne mettait aucun sens. C'était comme si elle revoyait les souvenirs de quelqu'un d'autre, d'une vie qui n'était pas la sienne. A chaque fois qu'elle tentait d'en extraire le sens, cependant, ces morceaux d'histoire lui filaient entre les doigts, ne lui laissant jamais le temps d'en ôter quelques bribes.

Elle revoyait des lèvres fines et gonflées de désir, qui flottaient au-dessus d'elle. Un souffle chaud et court qui caressait son visage, tandis que des yeux gris la regardaient comme si elle était la personne la plus importante au monde. Il y avait ce sourire, charmeur, et les frissons qui parcouraient le corps d'Hermione, son cœur qui tambourinait alors qu'elle n'aspirait plus qu'à parcourir les quelques centimètres qui séparaient leur bouche. Et avant qu'elle n'ait eu le temps de s'emparer de ce souvenir ou de ce rêve fantôme, Hermione en oublia le sens pour mieux sombrer dans d'autres souvenirs plus nets, plus lumineux.

Quand elle se réveilla au milieu de la nuit, Hermione n'avait plus aucun souvenir de ces yeux gris dévorants, ni de cette bouche désirée et de ces mains conquérantes. Elle ne se rappelait plus qu'elle avait vécu ce moment si intenses avec quelqu'un qui comptait, mais dont elle avait oublié l'identité. Quelqu'un qui était à des lieues d'ici, et qui rêvait d'elle, lui aussi. Le sort de Bellatrix avait fait son œuvre, et Hermione n'en était pas consciente. Pourtant, son subconscient, puissant et vif, tentait de la ramener peu à peu vers la réalité qui devait être la sienne. Et peut-être qu'à force de rêves mélangés à des souvenirs enterrés, les yeux gris de Drago Malefoy retrouvaient leur place chérie dans le cœur de la belle endormie.

x.x.x

L'odeur délicate, florale de Pansy chatouillait le nez de Drago tandis qu'il posait sa joue contre le sommet du crâne de la jeune femme. Ils s'étaient assis contre le mur, et Pansy avait tout naturellement trouvé sa place dans les bras de Drago, cherchant la chaleur réconfortante d'un ami qu'elle n'avait jamais oublié. D'abord, il y eut le silence. Rassurant, serein. Loin de la lourdeur et de l'inquiétude qu'on pouvait lui attribuer parfois, le silence était entre eux réparateur et gardien d'une amitié clandestine et d'un amour sincère. Pas de ces amours lubriques, charnels et un peu trop passionnés, cependant. Non, d'un amour profondément pur volé à Platon, qui ne souffrait aucune caresse concupiscente ni baiser érotique. L'amour qui unissait Drago à Pansy était sans doute le sentiment le plus instinctif et le plus éthéré que deux âmes puissent ressentir.

Parce qu'il n'y tenait plus, et parce que le silence ne lui donnait plus les réponses satisfaisantes qu'il attendait, Drago brisa le mutisme ambiant d'une voix rendue rauque par l'émotion.

─ Je croyais … Je pensais que je ne te reverrai plus. J'espérai que je ne te reverrai plus.

Ces mots auraient pu être la lame pénétrante d'une dague traitresse entre ses lèvres perfides, mais Pansy le connaissait si bien qu'elle accueillit ces paroles avec un sourire tendre et une main réconfortante posée sur celle de Drago. Bien sûr qu'il avait espéré ne plus jamais la revoir. Car cela aurait signifié la victoire. La victoire de Pansy face au Lord des Ténèbres, sa fuite en avant, éreintante sûrement, mais glorieuse avant tout. Pansy se redressa doucement et darda son regard assuré dans celui, triste, de Drago. Elle souriait. Nul n'aurait pensé qu'elle allait être battue dès l'aube et punie pour sa traitrise non avérée. Elle avait cet air serein qui la caractérisait tant, et qui apaisait Drago bien plus que n'importe quel discours réconfortant.

─ Ça ne pouvait pas durer éternellement, finit-elle par murmurer.

Elle porta une main frêle et douce sur la joue de Drago et caressa tendrement de son pouce la barbe naissant sur sa mâchoire. Ce contact inattendu, et pourtant tellement chaleureux, fut merveilleusement bien accueilli par Drago qui ne put s'empêcher d'appuyer plus encore sa joue contre la paume de son amie. Il ferma les yeux un bref instant, juste assez pour savourer ce contact qu'il pensait ne plus jamais revivre, assez pour réaliser qu'elle était bel et bien là. Un soupir libérateur et empli d'émotions s'échappa des lèvres blêmes de Drago. Il n'y avait qu'avec elle qu'il pouvait se laisser aller aux sentiments. Déjà, ses yeux brillaient d'une émotion difficilement contenue.

─ Il faut être fort, Drago, murmura Pansy d'un ton qui ne souffrait aucune réplique.

Drago resta de marbre. Fort ? Pourquoi ? Pour qui ? Ne se rendait-elle pas compte de la situation délicate dans laquelle elle se trouvait ? D'ici quelques heures, Voldemort reviendrait et pointerait sur elle sa baguette infernale. Sous les yeux impuissants de Drago, il la torturerait. Et qui sait jusqu'où il irait ? Nul n'avait oublié la folie dans laquelle avait sombré le couple Londubat. Le cœur serré, Drago se demanda si la mort n'était pas préférable à un tel sort.

Son regard se durcit, tandis que Pansy l'observait d'un œil tout aussi vif. Elle savait ce qu'il pensait, mais elle ne voulait pas l'entendre. Pourtant, Drago savait qu'il était de son devoir de la préparer à ce qui l'attendait. Parce que lui-même aurait voulu savoir. Elle était forte, sa Pansy, intransigeante, puissante, intelligente… Mais que resterait-il d'elle quand Voldemort se serait occupé de son sort ?

─ Ils vont te détruire, Pans'.

─ Ne dis pas ça, répliqua Pansy d'une voix forte qui résonna dans le cachot humide. Je suis forte.

─ Il faudrait être fou pour en douter. Mais il est plus fort encore.

Pansy haussa les épaules avec désinvolture, et retira sa main de la joue de Drago, laissant derrière elle la brûlure de son épiderme. Elle détourna les yeux avec condescendance. Sans doute la plus grande qualité de Pansy : sa confiance en elle. Son plus grand défaut aussi. Et Drago craignait que cela ne la perde.

─ Tu es folle au point de te croire toute puissante.

─ Non, ce qui me rend folle, c'est de voir ce qu'il a fait de toi.

Drago la regarda, surpris. S'il avait dû imaginer leurs retrouvailles, jamais il n'aurait pensé qu'une telle conversation puisse avoir lieu entre eux. Il aurait plutôt cru à des mots réconfortants, des mots sincères et tendres. Des caresses douces, rassurantes. Certainement pas à ce ton si dur et ce regard outrecuidant. Drago recula doucement pour mieux la regarder. Sa mâchoire s'était crispée, et l'émotion vive avait déserté ses yeux, ne laissant place qu'à la dureté de son âme.

─ Je t'en prie, va jusqu'au bout de ta pensée, grinça-t-il.

Et comme il s'y attendait, Pansy ne se démonta pas. Elle se redressa, se leva pour se mettre debout et mieux le surplomber de sa silhouette longiligne. Il connaissait son petit manège, il savait qu'en le regardant de haut, elle aurait plus d'impact sur lui. Aussi se leva-t-il à son tour, et bientôt, les deux amis se firent face, leurs yeux se lançant réciproquement des éclairs.

─ J'ai entendu les rumeurs. Ils disent tous que tu es son poulain, son Lieutenant.

─ Je l'étais avant que tu ne t'en ailles.

─ Non. Tu étais un mangemort, prometteur et ambitieux, un leader. Tu n'es rien d'autre que son larbin, à présent, cracha Pansy d'un air furieux.

Drago serra les poings, et se détourna d'elle en grognant. A quoi jouait-elle ? Pourquoi Diable tentait-elle de le sortir de ses gongs ? Drago se força à respirer profondément. Il ferma les yeux quelques secondes, avant de les poser à nouveau sur Pansy d'un air qu'il voulait plus apaisé.

─ Je n'ai pas eu ton cran, souffla-t-il finalement.

─ Tu as choisi une autre voie. Ce n'était pas celle que j'espérai pour toi.

Malgré son air rude, Pansy s'était légèrement radoucie.

─ Tu sais que je n'ai pas eu le choix.

─ Tu ne t'es pas laissé le choix. C'était un choix difficile, mais je l'ai fait moi.

Drago eut un rire sans joie. Il passa une main nerveuse dans ses cheveux déjà en bataille et s'approcha de Pansy d'un pas lent, presqu'inquiétant.

─ Tes parents, bien que partisans, n'étaient pas mangemorts. Et ils ne t'ont jamais demandé d'entrer dans les rangs.

─ En effet. Mais quand le Seigneur des Ténèbres me l'a demandé, j'ai refusé.

─ Tu as pris la fuite.

─ Pour être sûre qu'il ne prenne jamais le pouvoir sur moi.

─Et maintenant, il va te torturer.

Un silence s'abattit sur eux. C'était un silence bien différent de celui qui avait précédé. Il était lourd de tension, plein de reproches, de non-dits. Parce que chacun aimait l'autre profondément, mais parce qu'ils étaient trop pudiques, aucun des deux ne baissa les armes. Ils se défiaient, chaque seconde un peu plus. Quand Drago tentait désespérément de lui faire ouvrir les yeux sur ce qui l'attendait, Pansy essayait de lui démontrer combien son propre sort était enviable à côté de celui de son ami.

─ Je ne veux pas me disputer, Pans' …

─ Moi non plus, soupira Pansy en levant les mains en signe d'absolution.

Drago ne put se retenir de lui adresser un petit sourire en coin. Il ne passa d'ailleurs pas inaperçu.

─ Quoi ? grogna-t-elle en levant les yeux vers Drago alors qu'il s'approchait de plus en plus d'elle.

Drago ne répondit pas immédiatement, il s'approcha jusqu'à ce que son torse ne frôle la poitrine de Pansy et que ses bras l'encerclent d'un air protecteur. Elle resta d'abord immobile, mais ne résista pas longtemps et bientôt, elle se laissa aller contre lui en soupira d'un air las.

─ Quand je vais raconter ça à Blaise, murmura Drago avec un petit sourire.

─ Raconter quoi ?

─ Que tu n'as pas réussi à tenir une heure sans me faire de reproche et sans me disputer.

Pansy eut un petit grognement contre Drago, tandis que ce dernier se laissait aller à un petit rire.

─ Sept ans, murmura-t-il. Sept sans se voir, et quand on se retrouve enfin, tu me traites de larbin.

─ Et je ne m'excuserai pas pour ça, répliqua Pansy en levant son petit nez pointu en direction de Drago.

─ Je n'en attendais pas moins de toi. Je ne crois pas t'avoir déjà entendu t'excuser pour quoi que ce soit.

─ C'est parce que je n'ai jamais eu à le faire, rétorqua-t-elle d'une voix royale.

x.x.x

─ Tu n'avais pas le droit de lui donner à manger sans mon autorisation, vociféra Crabbe en tapant du poing sur le bureau de Blaise.

Ce dernier était calme et avait joint ses doigts devant lui en écoutant d'un air distrait les hurlements de goret de son collègue. Il regardait par la fenêtre sans vraiment saisir les mots de Crabbe, subitement très intéressé par les gros flocons qui tombaient mollement sur le sol du parc. Mais Crabbe ne l'entendait pas ainsi et était bien décidé à se faire entendre. Tapant une énième fois son gros poing potelé sur le bureau, il parvint à faire trembler la tasse de thé fumant qui trônait devant Blaise et à en renverser quelques gouttes.

─ Pardon, tu me parlais ? dit finalement Blaise en relevant les yeux vers son interlocuteur. Je n'ai pas bien entendu, quelqu'un criait dans mes oreilles.

Et Crabbe de se décomposer. Il passa d'abord du rouge, au blanc, et enfin au verdâtre avant d'enfin ouvrir la bouche pour se mettre, une fois de plus, à hurler de rage.

─ Granger est ma recrue, jusqu'au retour de Malefoy, alors tu n'as pas intérêt à te mêler de ce qui ne te regarde pas.

─ Sinon quoi ? demanda Blaise, de sa voix basse et calme.

─ Sinon, je… je…

Mais visiblement, Crabbe n'était pas allé assez loin dans sa réflexion pour proposer une menace digne de ce nom. Blaise le regarda avec un petit air amusé, avant de se moquer délibérément de lui.

─ Tu… Tu … ? Un boursoufflet serait plus effrayant, mon pauvre Vincent.

Crabbe n'avait jamais aimé Blaise. Et celui-ci le lui rendait très bien. En effet, depuis le début de leur scolarité à Poudlard, Crabbe n'avait jamais vu d'un très bon œil la relation que Blaise et Drago entretenaient. Très fraternelle, très complice, une relation pure et sincère qu'il ne supportait pas. Lui qui avait été élevé comme enfant unique solitaire ne comprenait pas les liens qui pouvaient unir deux frères, même si ceux-ci n'étaient pas reliés par le sang.

Il était en colère. En colère que Blaise sape son autorité, en apportant à manger aux recrues qui n'étaient pas les siennes. Crabbe était ravi du pouvoir qui lui était accordé, et ravi de pouvoir punir autant qu'il le souhaitait ceux qui le méritaient à ses yeux. Les priver de nourriture, d'eau, de confort, de dignité … Voilà où se trouvait le bonheur de ce bon vieux Vincent. Aussi, quand il s'était rendu dans les cachots pour y enfermer une autre recrue de Drago, il avait été surpris de voir un plateau dans la cellule de Granger. Un plateau vide, certes, mais qui promettait un joyeux festin.

Quand il avait demandé à Granger qui lui avait apporté ce plateau, elle avait catégoriquement refusé de répondre. Cela lui avait valu deux jours supplémentaires au cachot, mais, Crabbe était reparti bredouille, et fou de rage. C'était finalement une des recrues de Goyle qui lui avait confié avoir vu Blaise Zabini entrer dans les cachots, un plateau à la main. Même s'il n'était pas réputé pour sa vivacité d'esprit, il n'avait guère fallu de temps à Crabbe pour comprendre ce qui s'était passé.

─ Tu n'as pas le droit de te mêler de ma relation avec mes recrues, éructa Crabbe.

─ Ce ne sont pas tes recrues, ce sont celles de Drago.

Crabbe tiqua et serra à nouveau les poings.

─ Jusqu'à son retour, c'est les miennes. Et je les traître comme je veux.

Blaise haussa les épaules et ne répondit pas. Quoi que pouvait lui dire Crabbe, il ne parviendrait pas à le convaincre. Car Blaise avait fait une promesse, celle de s'occuper de Granger en l'absence de Drago. Et il s'y tiendrait, même si cela devait lui coûter le peu de relation cordiale qu'il entretenait avec les deux autres formateurs. Et Crabbe de continuer à déblatérer sur les droits et devoirs des formateurs.

─ Tu crois que je suis aveugle ? murmura-t-il soudainement.

Le changement brutal de ton de Crabbe eut le mérite d'attirer l'attention de Blaise dont les pensées s'envolaient jusqu'alors très loin de ce bureau. Blaise cligna des paupières plusieurs fois avant de recouvrir le fil de la conversation. Impatient, il tendit l'oreille et adressa à Crabbe un regard plein de défi. Non, il ne le croyait certainement pas aveugle. Stupide, peut-être, mais pas aveugle, songea Blaise avec un petit rictus.

─ J'ai bien vu que Malefoy avait un … faible pour cette sang-de-bourbe.

A en croire la grimace qu'il venait de faire en prononçant la fin de sa phrase, Crabbe avait du terriblement souffrir pour dire ces quelques mots. Le cœur de Blaise loupa un battement.

─ On se demande ce qu'il lui trouve, à cette petite traitresse, cette petite salope …

Crabbe semblait prendre beaucoup de plaisir à insulter Granger en son absence.

─ Il est tombé bien bas, le Lieutenant du Seigneur des ténèbres, cracha-t-il, ses yeux porcins brillants d'animosité.

Blaise sentit tous ses muscles se crisper dans son corps. Qu'est-ce qui le retenait de lui abattre son poing dans la figure ? Il ne le savait pas. Peut-être le fait qu'il était le dernier formateur humain de ce château et qu'il ne voulait pas prendre le risque de se faire rappeler au Manoir Jedusor. Il ne pouvait pas laisser Granger toute seule, ni Thaïs. Blaise se leva lentement, en silence et s'approcha de Crabbe. Quand il fut en face de lui et que leurs yeux furent à la même hauteur pour lui lancer des éclairs, il croisa les bras sur sa poitrine. Une façon comme une autre de s'empêcher de le cogner une bonne fois pour toute.

─ Et toi, Crabbe ? Tu te crois au-dessus des autres, toi qui as besoin de faire boire les filles pour qu'elles tombent dans tes bras ? Sans parler de celles que tu essaies de tripoter dans les douches.

─ Je ne vois pas de quoi tu parles, grinça Crabbe qui perdait de sa superbe.

─ Je crois que si. Alors je propose que tu quittes ce bureau et que l'on oublie cette conversation. Je continuerai à rendre visite à qui je veux dans les cachots, et toi tu continueras à … être insupportable.

Et sans ajouter quoi que ce soit, Blaise contourna Crabbe et quitta son bureau. Malgré ses efforts et sa volonté de sauver les apparences, il avait la mauvaise impression que cette histoire était loin d'être terminée. Il craignait aussi d'avoir attiré plus d'ennuis encore à Granger, mais se promit de l'avoir à l'œil. Tant qu'elle était dans les cachots, elle ne risquait pas grand-chose, excepté un rhume peut-être. Il suffisait qu'elle y reste jusqu'au retour de Drago. Ensuite, il la reprendrait parmi ses recrues, et elle n'aurait plus rien à craindre. Enfin, ça, c'était dans un monde idéal.

x.x.x

Les heures en compagnie de Pansy semblèrent trop courtes pour Drago. Malgré leurs chamailleries, malgré leurs reproches, ils avaient pu se remémorer les bons souvenirs. Drago avait questionné Pansy sur les sept dernières années de sa vie, mais elle était restée vague, pour ne pas dire secrète et avait gardé dans son giron les détails croustillants de ses aventures.

─ Et Poudlard ? demanda-t-elle finalement alors qu'il ne leur restait guère plus d'une heure avant le retour de Voldemort.

─ Poudlard… répéta Drago, songeur.

Il avait oublié, durant ces quelques heures, qu'une place l'attendait à Poudlard, et qu'il y retournerait bientôt. Il avait oublié Blaise, il avait oublié ses mésententes avec Crabbe et Goyle. Il avait oublié Granger… Comme elle l'avait oublié. Son estomac se noua à cette pensée coupable. Elle n'avait pas fait le choix de l'oublier, mais c'était trop douloureux de penser que tout était de sa faute, à lui.

─ Ce n'est plus celui que nous avons connu, murmura-t-il finalement.

Pansy posa une main réconfortante sur la jambe de Drago. Son regard pénétrant l'incitait à en dire davantage.

─ C'est devenu une véritable prison. Un camp de concentration.

─ J'ai entendu dire que Voldemort avait recruté tout un tas de jeunes gens dans la force de l'âge. Pour en faire une armée, j'imagine.

Elle était bien renseignée, mais Drago ne prit pas la peine de lui demander d'où elle tenait ces informations.

─ J'y suis formateur, avec Blaise, Crabbe et Goyle.

Une grimace théâtrale vint entraver le joli visage de Pansy. Sa tête eut le mérite de faire sourire Drago.

─ Crabbe et Goyle ? répéta-t-elle. Des véracrasses auraient été plus efficaces.

Drago éclata de rire. Elle n'avait pas de filtre. Depuis toujours, Pansy disait ce qu'elle pensait, comme elle le pensait. Pas de simagrées dans sa bouche pourtant bourgeoise et bien élevée. C'était ce qui faisait d'elle une femme entière, une amie fidèle. Ce genre d'ami qui vous dit que, vraiment, cette chemise ne va pas avec ce pantalon, et que vous avez un peu de salade coincée entre les dents. Un instant, Drago se demanda s'il devait lui parler de Granger. Mais quelque chose l'en dissuada. Blaise était déjà dans la confidence, et il l'avait mis en danger. Le sort de Pansy était encore incertain, alors il valait mieux pour elle qu'elle ne sache rien. Et puis, Drago savait déjà ce qu'elle allait lui dire. Qu'il ferait mieux de mettre les voiles et de tourner le dos à Voldemort une bonne fois pour toutes. Même s'il fallait que ce soit avec Granger.

─ Plus que quelques minutes, murmura Pansy en posant doucement sa tête contre l'épaule de Drago.

Ils étaient toujours assis sur le sol, dos au mur.

Drago sentit son cœur se serrer. Quelques minutes, et ils seraient à nouveau séparés. Pour combien de temps ? Ce pouvait-il que cela soit pour toujours ? Drago ne préférait pas y songer. Il passa un bras autour de ses épaules et la serra un peu plus contre lui. Il était décidé.

─ Je ne le laisserai pas te faire du mal, Pans'.

─ Ne dis pas de bêtise.

─ Je vais m'opposer à lui. Et tant pis si je dois mou…

─ Tais-toi, gronda Pansy en se tournant subitement vers lui.

Drago resta silencieux quelques secondes.

─ Tu n'en feras rien.

─ Mais pourquoi tu ne veux pas que je…

─ Ecoute moi bien, Drago. On n'a que très peu de temps. Tu n'es pas celui que Voldemort croit que tu es. Tu es plus fort, tu es plus intelligent. Et plus que tout, tu n'es pas un sous-fifre. Tu es un meneur.

─ Où est-ce que tu veux en venir, Pans' ?

─ Tu dois briser tes chaînes. Tu dois retourner à Poudlard et faire en sorte que Lord Voldemort ne soit pas à la tête d'une des armées les plus puissantes du monde.

Drago la regarda comme si elle devenait folle. Il la scrutait dans les moindres détails, à la recherche d'un indice, une preuve que quelque chose ne tournait pas rond dans l'esprit de Pansy. Si elle n'avait jamais adhéré aux idéaux du Seigneur des Ténèbres, elle ne s'était jamais montrée aussi virulente à son égard. Elle avait le discours d'un… de…

─ On dirait un Rebel qui parle, souffla Drago, ahuri.

Pansy baissa les yeux et ses joues se mirent à rougir.

─ Pansy, qu'est-ce que tu me caches ?

─ On n'a pas le temps, Drago. Tu dois changer les choses, tu dois…

Mais elle n'eut pas le temps de terminer sa phrase. La porte du cachot s'ouvrit avec fracas, laissant entrer Voldemort et Bellatrix. Cette dernière marchait d'un air digne, comme si l'heure était venue de la couronner reine de Grande Bretagne. Drago et Pansy se relevèrent avec précipitation pour mieux leur faire face. Silencieux, Drago sentit une vague de frissons le parcourir tandis que son maître lui adressait un sourire mauvais.

─ Ces retrouvailles se sont bien passées ? demanda-t-il de sa voix lente et sifflante.

Ni Pansy ni Drago ne répondirent. A en juger par l'expression que Voldemort arborait, il n'attendait de toute façon pas de réponse. Derrière lui, Bellatrix se dandinait d'un air malicieux et impatient, comme si quelque chose qu'elle attendait depuis bien longtemps allait se produire. A coté de Drago, Pansy se tenait droite et fière, ses yeux ne quittaient pas ceux de Voldemort. Elle n'avait pas peur. Elle ne craignait rien, comme toujours.

─ Je vois que tu es prête, Pansy.

Elle haussa les épaules avec toute la provocation dont elle était capable.

─ Drago, voici ta baguette. C'est toi qui vas t'en charger.

Drago regarda alternativement son maître, sa propre baguette à la main, et Pansy. Elle avait l'air calme et paisible, et le regardait d'une lueur de défi, qui disait « Fais-le. Il faut que tu le fasses. Il faut que ce soit toi. » Et il comprit. Drago comprit qu'elle avait mis toute son énergie à le mettre hors de lui. Qu'elle savait, depuis le début, que ce serait à lui que reviendrait l'immense honneur de la torturer. Elle avait fait en sorte d'allumer sa haine, de répandre de l'huile sur son ressentiment pour que ce soit plus facile pour lui. Plus facile de la détester et de lui jeter des sorts plus terribles les uns que les autres. Mais elle avait échoué. Parce que Drago aurait donné sa vie pour elle, et que même s'il lui en avait voulu, il ne l'avait jamais détestée. On ne déteste pas une sœur. On la chamaille, on la querelle. Mais on l'aime. Inconditionnellement.


C'est tout pour aujourd'hui ! Comment avez-vous trouvé ce chapitre ? Hermione a des flashs de ses souvenirs quand elle dort, mais ne s'en souvient plus au réveil, Blaise et Crabbe ne sont toujours pas les meilleurs amis du monde, et voilà que Pansy est bien mystérieuse, à quelques heures de sa séance de torture.

L'une d'entre vous avez deviné le plan machiavélique de Voldemort qui consiste à faire torturer Pansy par Drago en personne. Alors, comment-va-t-il réagir, selon vous, le Lieutenant du seigneur des Ténèbres ? Va-t-il torturer Pansy ? Va-t-il s'y opposer ? La parole est à vous.

Dans le prochain chapitre, ce sera la fin du séjour de Drago à Voldemortland ! Les deux tourtereaux vont enfin se retrouver, pour le meilleur, et surtout pour le pire !

Je vous dis à mercredi prochain, en attendant, portez vous bien !