Étant en week end je vous poste rapidement ce chapitre et répondrai à vos commentaires dès demain ! N'oubliez pas de laisser une trace de votre passage si le coeur vous en dit je vous souhaite un bon week end de trois jours à mercredi pour la suite !
Drago était adossé contre un mur, un verre à moitié vide à la main. Il ne parlait pas, ne bougeait pas. Il donnait l'impression d'une véritable statue. Seul son souffle lent et profond témoignait de sa vie. S'il avait tout l'air d'un homme calme et serein, cette quiétude diffuse n'était cependant qu'un leurre, car ses yeux d'argent s'étaient rivés à la manière de deux flèches sur le couple qui évoluait au milieu de la piste de danse. Ses doigts s'étaient crispés sur son verre, et ses yeux n'avaient pas lâché leur cible de longues minutes durant. Les quelques rares personnes qui s'étaient aventurées à lui adresser la parole s'était vue ignorées, et pour les plus tenaces, éconduites sans ménagement. Quiconque se dressait dans son champ de vision n'était rien d'autre qu'un parasite dans sa rétine perçante et attentive.
Crabbe avait posé fermement deux mains grasses et sales sur les hanches d'Hermione, et tentait de la faire danser maladroitement. Chacun de ses pas provoquait une grimace chez sa cavalière qui se faisait piétiner les pieds allègrement, mais qui avait tout de même eu l'idée brillante de se terre et de faire comme si elle passait un agréable moment. Drago en était certain, si d'aventure, elle se mettait à parler, Crabbe, aussi bête qu'il était, ne tarderait pas à découvrir le pot-aux-roses.
Malgré toute sa volonté à oublier ce qui s'était passé - ou ce qui aurait pu se passer entre Hermione lui, Drago ne put s'empêcher de sentir son cœur se serrer dans sa poitrine. Il aurait aimé pouvoir danser avec elle de manière plus intime, humer son doux parfum dans le creux de son cou, caresser ses cheveux, effleurer ses lèvres rouges. Dans une autre vie, il aurait aimé la voler au monde pour l'entraîner à l'abri des regards indiscrets, et plonger avec elle dans une romance passionnée.
Dans une autre vie, songea-t-il avec amertume.
Dans cette vie, la sienne, il était totalement impensable qu'il put ne serait que ressentir quelques émotions à l'égard d'une sang-de-bourbe. De Granger qui plus est. Elle était tout ce que le Seigneur des ténèbres arborait, l'impureté du sang, un esprit libre penseur, une rebelle. Elle représentait la tolérance et la bienveillance, l'amour de son prochain, la protectrice de la veuve et l'orphelin. Tous ces bons sentiments qui donnaient de l'urticaire à Lord Voldemort.
— Qu'est-ce que tu regardes comme ça ? Demanda Blaise qui s'était approché sans un bruit.
Drago donna un coup de tête en direction de Crabbe et Granger qui dansaient toujours sur la piste de danse. Était- ce son imagination ou Crabbe s'était rapproché un peu plus du corps d'Hermione, dans l'espoir vain de lui faire ressentir des choses, de la faire frissonner ?
— Crabbe s'est trouvé une cavalière, on dirait, dit Blaise avec un sourire moqueur.
Il sirotait son verre d'un air absent, se moquant silencieusement des tentatives de Crabbe pour se rendre plus désirable encore.
— C'est Granger, souffla Drago en avalant l'ultime gorgée de son whisky.
Blaise, qui était aussi un train de boire, manqua de s'étouffer et recracha une partie de son breuvage d'une manière peu élégante. Il toussa de longues secondes avant de jeter un œil à Granger et de se retourner vers Drago. Il avait pâli.
—Granger, tu dis ? Comme dans Hermione Granger ?
— T'en connais d'autres, des filles qui arrivent à s'incruster à une soirée où elles ne sont pas conviées, à se faire remarquer par leur beauté, et à se mettre dans le pétrin en dansant avec Vincent Crabbe ? Demanda Drago sombrement, en se passant une main nerveuse dans sa perruque poudrée.
— Non, reconnut Blaise en levant les yeux au ciel.
Tous deux restèrent silencieux un moment, observant cet étrange couple qui dansait de manière éclectique. Quand l'un tentait désespérément de se rapprocher davantage, l'autre fuyait autant que possible et s'éloignait à chaque pas un peu plus.
— Il ne l'a pas reconnue ?
— Tant qu'elle ne parlera pas, tout ira bien. Si elle ouvre sa bouche de Miss Parfaite...
Drago se sentit frissonner. Il n'osait même pas imaginer ce qui lui arriverait. Crabbe serait furieux de s'être fait berner, et il se vengerait d'une manière sans doute terrible. Quant à Drago, il serait impuissant, puis que censé s'être fait berner lui aussi.
C'était une drôle d'impression que celle de sombrer dans un silence lourd et pesant, alors que la pièce était baignée de rires, de voix élevées et de musique dansante. Pourtant, à cet instant précis, Drago avait la désagréable sensation de tenir sur une corde, retenant son souffle afin de ne pas sombrer dans le vide.
— Il faut aller lui demander une danse, murmura Blaise à Drago. Pour la sortir des bras de ce crétin.
— J'ai déjà dansé avec elle, il estime qu'il a mis son véto, grogna Drago en grimaçant.
Blaise aussi les épaules.
— Ce n'est pas un objet que je sache.
— Crabbe n'est pas au courant, je crois.
Blaise soupira et tendit son verre vide à Drago. Il ajusta sa veste et sa perruque, puis se dirigea d'un pas léger et sûr de lui vers la piste de danse. À l'instant où la musique s'arrêtait, il avait déjà une main faussement amicale sur le bras de Crabbe.
— Je suis bien tenté par une danse moi aussi, dit-il avec un sourire charmeur à l'encontre d'Hermione. Si tu permets, Crabbe, je te l'emprunte.
Crabbe grogna et tenta de s'interposer, mais Hermione, soulagée avait déjà pris le bras que Blaise lui tendait. Gentleman, celui-ci l'entraîna un peu plus loin, posant une main pudique dans le bas de son dos, et s'emparant des doigts longs et fins d'Hermione de son autre main. Drago ignorait s'il l'avait fait exprès, mais Blaise et sa cavalière s'étaient rapprochés de l'endroit où il se trouvait, si bien qu'il put parfaitement entendre le dialogue qui prit place entre eux.
— On a été une méchante fille, soupira Blaise avec un sourire en coin à Hermione.
Celle-ci ne sembla pas surprise de voir qu'il était au courant de son identité. Elle jeta un bref coup d'œil en direction de Drago avant d'hausser les épaules.
— Si vous pensiez que j'allais me laisser faire et devenir un soldat de votre maître sans rien dire, vous vous fourriez le doigt dans l'œil.
— En fait, on se doutait bien que tu serais le vilain petit canard du groupe.
Hermione le regarda l'air méfiant.
— Alors tu dois comprendre que tant que je resterai ici, je ne pourrai pas me transformer en le merveilleux cygne que je suis censée être.
Blaise laissa échapper un petit rire rauque, devant la métaphore.
— Les cygnes sont des animaux très agressifs, il paraît, murmura-t-il.
— Il parait, répéta Hermione d'une voix mystérieuse.
Drago ne put s'empêcher de sourire à son tour. Cette fille était une catastrophe ambulante. Elle ne faisait rien pour sauver sa peau, au contraire, elle se mettait perpétuellement en danger, pour sortir de ce qu'elle appelait une prison. Et Drago ne pouvait pas l'en blâmer, car lui-même aurait donné cher pour quitter ce château et mener une autre vie, une vie qu'il aurait pris le temps de choisir.
Hermione était bien plus détendue avec Blaise qu'avec Crabbe, quelques minutes plus tôt. Trop détendue, peut-être. Assez pour s'autoriser à parler avec Blaise. Ce fut d'ailleurs là son erreur, car bientôt, sans qu'elle ne s'en rende vraiment compte, ni Blaise, ni Drago d'ailleurs, son murmura se transforma en une voix claire. Si claire qu'elle parvintjusqu'aux oreilles de Goyle, qui, aussi bête qu'il pouvait l'être, ne tarda pas à reconnaitre la voix d'Hermione Granger.
Celui-ci s'approcha de Drago de sa démarche de bovin.
— C'est Granger, gronda-t-il en donnant un coup de tête en direction de Blaise et d'Hermione.
Drago sentit son cœur s'arrêter de battre assez longtemps pour lui faire tourner la tête. Il se tourna lentement vers Goyle.
— Qu'est-ce que tu as dit ? Gronda-t-il.
— Blaise danse avec Granger ! J'ai reconnu sa voix ! S'exclama-t-il.
Drago lui donna un coup de pied dans le tibia.
— Moins fort, imbécile.
Il avait dit cela sans vraiment s'en rendre compte, mais c'était trop tard : il avait éveillé les soupçons de son collègue. Avant qu'il n'ait eu le temps de plisser ses petits yeux de surprise, puis de suspicion, Drago leva discrètement sa baguette et la pointa vers lui :
— Oubliette, souffla-t-il sans que personne ne l'entende.
Les yeux de Goyle se vidèrent - même si Drago dut convenir qu'ils n'avaient jamais été très vifs. Il cligna plusieurs fois des yeux, puis regarda Drago d'un air neutre, avant de tourner les talons et de retourner à ses occupations festives. Le rythme cardiaque de Drago retrouva peu à peu sa cadence d'origine, tandis que la colère montait en lui.
D'un pas décidé, il s'approcha de Blaise et d'Hermione, et saisit cette dernière par le bras. Sa poigne était plus forte qu'il ne l'aurait souhaité, mais il ne s'en formalisa pas et entraîna Hermione vers la porte d'entrée de la salle commune, Blaise sur leurs talons.
— Allez, tu t'en vas Granger. Je ne sais pas ce que tu cherchais en venant ici, mais j'espère que ça en valait la peine. Tu as manqué de te faire repérer par Goyle, ou pire, par Crabbe.
Sans plus d'explications il la poussa vers la sortie.
— Tu retires ton costume et ton masque, tu enlèves toute la poudre que tu as sur le nez et tu files te coucher, ordonna-t-il sèchement.
— Pour qui tu te prends ? Siffla Hermione, folle de rage.
— Pour le lieutenant de l'armée du Seigneur des Ténèbres. A ta place, j'éviterai de me faire encore remarquer, Granger, grogna Drago dont les yeux lançaient désormais des éclairs.
Sans ménagement, il la fit sortir de la pièce. Il sortit lui aussi dans le couloir, et l'entraîna au travers des sous-sols pour la ramener jusqu'au dortoir.
— Je ne sais pas ce que tu imagines, Granger, mais tu n'as pas de passe-droit ici. Tu es logée à la même enseigne, et si tu n'obéis pas aux ordres, tu seras châtiée.
— Logée à la même enseigne ? Répéta Hermione d'une voix douce et moqueuse.
Drago s'arrêta et tourna légèrement la tête dans sa direction. L'atmosphère avait changé subitement. Jusqu'alors électrique, elle était devenue soudainement plus pesante, plus tendue.
— Pourtant, depuis le début, tu es bien plus clément avec moi.
— Ne dis pas de bêtise, gronda Drago entre ses dents.
— Sans parler du baiser …
Drago s'arrêta soudainement. Il cligna plusieurs fois des yeux et inspira brutalement l'air ambiant. Le baiser ? Se pouvait-il qu'Hermione se souvienne de ce qu'ils avaient partagé avant son départ ? Est-ce qu'elle avait recouvert la mémoire ? L'espoir naissait déjà en son sein, quand Hermione le tua dans l'œuf.
— Celui que tu m'as volé quand j'étais inconsciente à l'infirmerie !
C'était comme une lame chauffée à blanc dans son cœur. Drago sentit son estomac se nouer, et il se remit en marche sans parler. Non, elle ne se souvenait de rien. Ce qu'elle mentionnait là, c'était le dernier baiser qu'il lui avait donné alors qu'il était sur le point de partir pour deux semaines au Manoir Jedusor. Baiser qu'elle avait pris comme une agression.
Drago ne dit plus rien jusqu'au Grand Hall.
— Va te changer dans la salle de bain, et va te coucher, finit-il par dire d'un ton résigner.
Et il tourna les talons sans plus attendre. Il ne la regarda même pas. C'était trop douloureux. Il préféra éviter son regard, passa devant elle, et regagna d'un pas pressé la fête qui battait son plein. Il n'avait pas remarqué que minuit avait sonné et qu'une année s'était achevée, tandis qu'un autre commençait. À quoi bon de toute façon, le temps n'avait plus le même sens depuis bien longtemps.
Quand il regagna la fête, il ne remarqua pas immédiatement l'absence de l'un de ces collègues. Ce ne fut que lorsqu'il vit Goyle, tout seul accoudé au bar, qu'il s'approcha de Blaise et demanda d'une voix alarmée :
— Où est Crabbe ?
— Je ne l'ai plus vu depuis...
Tous les deux se regardèrent avec des yeux ronds et murmurèrent :
— Granger !
