Bonjour à tous, bienvenue sur cette histoire toute neuve, intitulée La Volonté de l'Ange. Vous voilà face au prologue qui, je l'espère, vous donnera envie de me lire davantage. A la différence de mes autres fanfictions, je ne m'attarderai pas en pavés démesurés en entrée de chapitre, ni à la fin, mais serai plus encline à répondre personnellement aux reviews que vous me laissez.
Une petite note cependant : ce sera dans cette zone que j'annoncerai si le chapitre peut être choquant ou non. De toute évidence, la fic est déjà Rated M, vous savez donc plus ou moins à quoi vous attendre, mais les trigger warnings n'ont jamais fait de mal à personne.
Prologue : Alcôves
C'était un lieu sombre, humide, silencieux. L'obscurité formait une enveloppe opaque à toute ouverture des sens. Comme des chaînes glaciales autour du poignet, comme un nœud coulant à la corde abimée autour du coup, l'obscurité immobilisait, empêchait, et détruisait. L'endroit n'était que néant, engloutissant tout ce qui avait été, un jour, sentiments et chaleur, ne laissant rien aux résidents des alcôves de part et d'autre du chemin arpenté par leurs hôtes chaque jour, à chaque instant. La solitude était telle que, même en étant si proche les uns des autres, même après la visite quotidienne des geôliers, les moitiés d'humain qui croupissaient là n'avaient pas la force de tendre la main – pour peu qu'il leur en restât – pour atteindre l'autre. Une solitude qui n'avait plus d'espoir, et que rien ni personne ne pouvait aider.
Mais ce n'était pas tout. Le silence, lui, était assourdissant. L'imagination, nature même de l'esprit humain, jouait des tours à tous ces êtres, et ils écoutaient attentivement, persuadés d'entendre la voix de ceux qu'ils se souvenaient difficilement être des proches aimés et aimant, de deviner les pas de leurs geôliers qui revenaient alors même que l'intention n'avait même pas effleuré ces derniers, de souffrir le crissement des ongles longs et durs sur les barreaux de fers qui les empêchaient de partir. Mais pour partir où ? Ils ne se souvenaient même plus de la raison pour laquelle ils voulaient partir. C'était il y a si longtemps. S'enfuir semblait non seulement impossible, encore moins probable, et surtout sans but. Ils ne connaissaient que leur alcôve. Hommes, femmes, enfants, créatures magiques, peu importait – ils étaient tous là, attendant un moment qui ne venait jamais, la vermine se mélangeant à leur crasse et à leurs habitudes, leurs ongles dégoulinant de leur propre sang.
L'humidité les rendait fous. L'eau gouttait des pierres au-dessus de leurs têtes sur les pierres sur lesquels ils rampaient, à moins que l'eau ne soit du sang. Rien n'avait d'importance. Au début, certains d'entre eux se jetaient sur les gouttes, priant pour qu'elles épanchent un minimum leur soif, mais ils renonçaient vite. Ils survivaient dans les Enfers. Il n'y avait pas d'échappatoire, et encore moins d'espoir d'avoir de l'espoir. Ils n'avaient rien, leur propre corps ne leur appartenait plus.
Pour les Démons qui avaient élu résidence à temps complet, le plaisir était de voir ces âmes évoluer, passant d'un état pleinement humain, emplis d'espoir et d'envie de combattre, certaines essayant même de pactiser avec eux, à un amas de chair difforme dans lequel ne subsistait plus une once d'humanité, leurs yeux réduits à deux fentes malades où le vide était la seule chose qui se reflétait. Et rien d'autre. Ils n'étaient plus rien. Et c'était toujours une agréable surprise de voir que malgré tout ce que les Démons avaient pu faire, il restait encore quelque chose à arracher. Il y avait toujours un élément sur lequel travailler. Pour la plupart des Démons, c'était impulsif et irréfléchi. Pour certains d'entre eux, c'était une science, il fallait trouver la meilleure méthode pour infliger plus de souffrance que la veille, il fallait sans cesse explorer davantage une âme afin d'extorquer ne serait-ce que le plus petit des souvenirs de souvenir de sentiment, et le réduire en miette. Pour le Roi des Enfers, c'était presque cela. Mais pas tout à fait.
Pour Crowley, la torture était un art. Il était facile de trouver une manière toujours plus miraculeuse de faire du mal – il avait ses propres méthodes, ses favorites. Mais le plaisir de la torture n'était pas d'entendre les cris de sa victime et de se dire que ce son lui était dû. Il fallait faire en sorte que les cris deviennent musique. Que les tâches sanglantes de leurs blessures deviennent peintures. Que leurs organes deviennent des sculptures sanguinolentes et que leurs pensées confuses se transforment en de magnifiques tissages aux couleurs de la folie.
Il s'autorisa un petit sourire satisfait alors qu'il prêtait une attention toute particulière à faire résonner ses pas sur le sol à un intervalle régulier. Il ne se trouvait pas dans le tunnel le mieux entretenu, ni dans celui dans lequel leurs invités étaient traités de manière la plus artistique, mais cela ne lui retirait en rien le plaisir qu'il éprouvait à sentir les souffles de vie s'éteindre autour de lui. Alors ses pas mesurés sur la roche humide, claquant dans ce silence glacial et résonnant sur les parois arrondies des alcôves ? Une musique. Une douce, belle, fatale musique de l'esprit.
Tranquillement, il s'approcha des barreaux à droites, de ceux à gauche, observant attentivement ses chers Damnés, à la recherche de cette curiosité morbide qui le faisait frissonner, celui qui le poussait à inviter une âme dans ses propres appartements. A la restreindre dans ses propres chaînes. A la couper et la découper de ses propres instruments. Dans ce couloir, il pensait pouvoir isoler une âme sur laquelle son travail se révélerait glorieusement artistique. Les sous-fifres qui s'amusaient ici n'étaient pas spécialement réfléchis, et ne possédaient pas vraiment de sens commun, il fallait le dire – Crowley caressait l'espoir de trouver un travail si immonde, si répugnant, que le changer en œuvre d'art lui procurerait la plus grande des satisfactions.
Aujourd'hui était un jour spécial. Par conséquent, il voulait une victime spéciale.
Mais en jetant un coup d'œil à sa montre, et en poussant sa perception des Damnés jusqu'au bout du tunnel, il se rendit compte qu'il ne trouverait pas ce qu'il cherchait ici. Il n'avait pas le temps. S'il voulait que tout se passe selon ses bons termes, il fallait qu'il mette son plan en marche, et ce dès maintenant.
Avec un long soupir de faux ennui, qui laissa, à son plus grand plaisir, des frissons sur l'échine de ses Damnés, il se dématérialisa instantanément.
Il traversa encore rapidement quelques alcôves par la pensée, sondant quelques âmes au hasard, leur laissant une impression de douche glacée au milieu d'un Enfer brûlant, dénichant quelques éléments intéressants. Il manqua de s'arrêter, mais non, il n'avait pas le temps, pas le temps, c'était maintenant qu'il fallait qu'il travaille. C'était maintenant qu'il devait lancer la machine infernale.
Il regagna finalement la salle où était disposé son trône, et se matérialisa immédiatement assis, les jambes croisées, le poing fermé soutenant son menton. Avec un très grand plaisir, ainsi qu'une souveraine impression de puissance, il constata que tous les Démons qu'il avait convoqués attendaient déjà son arrivée depuis un certain temps. Ils ne connaissaient pas leur nom. Il les avait choisi au hasard, avec la seule volonté d'engager des brutes dont le nom ne l'intéressait pas. Qu'était un nom, si celui-ci ne devait pas être cité plusieurs fois dans une conversation ?
Crowley ricana intérieurement, laissant sa propre voix envahir son esprit, savourant ses nuances de cruauté. Il était vraiment satisfait de lui-même. Il se félicitait chaque jour d'avoir trouvé de tels renseignements, d'une importance capitale. Chaque jour, il tendait un peu plus vers la réussite et sa récompense, et il n'attendait, en fait, que cela.
- Votre Majesté…
Un brusque changement dans son expression et dans les rides entre ses sourcils fit sursauter quatre des cinq Démons qui attendaient qu'il prenne la parole. C'était le cinquième qui avait parlé.
Très fin, voire menu, il mesurait presque le double de la taille du Roi des Enfers, ce qui énervait passablement ce dernier. Les bras croisés sur la poitrine, le Démon n'hésitait pas à profiter de sa taille pour toiser Crowley d'aussi haut qu'il le pouvait. Malgré son manque de respect profond, il attendit patiemment que le Roi lui accorde la parole.
- Avec tout mon respect (Crowley était à deux doigts de lui cracher au visage), je ne comprends pas pourquoi vous avez convoqué ces… mécréants, fit-il en effectuant un vague geste dédaigneux et méprisant en direction des autres Démons.
Crowley constata avec un haussement de sourcil que celui qui venait de parler se tenait légèrement à l'écart des autres. De plus, son apparence était totalement différente. Là où les quatre autres étaient de simples brutes qui ne fonctionnaient que par l'usage de la force, lui était presque… distingué. Elevé. Ah, le dégoût l'envahit pour penser une chose pareille, mais le mot « royal » s'imposa à l'esprit de Crowley.
Sans surprise, les quatre autres se jetèrent sur lui, toutes griffes dehors, prêts à le déchiqueter en petits bouts de viande pourrissante pour avoir osé les insulter. La plupart n'avait, bien entendu, aucune idée de ce que « mécréant » voulait dire, mais la voix nasillarde et le ton employé par le Cinquième ne laissait aucun doute. Ils avaient beau manquer d'éducation, leurs instincts demeuraient intacts.
En jaugeant rapidement le physique du Cinquième, Crowley était persuadé que son arrogance lui coûterait la mort. Pourtant, les évènements furent tout autres – alors que tous les Démons se jetaient sur lui, le Cinquième tendit la main devant lui, ferma les yeux, et aussi vite que s'il ne s'était rien produit, tous les autres reculèrent. Même Crowley écarquilla – légèrement – les yeux de surprise.
A l'intérieur de la main du Cinquième, il n'y avait rien. Absolument rien. Pourtant, paume vers le haut, il semblait montrer quelque chose aux quatre autres, qui s'arrêtèrent net. Crowley haussa un sourcil.
- Je suis sûr que vous avez beaucoup d'autres sujets plus à même de vous servir, Altesse.
La manière dont il l'appelait donner envie de vomir à Crowley, mais il était intéressé. Il pencha imperceptiblement la tête sur le côté, recherchant ce qu'il pensait avoir compris…
Oui, c'était bien cela. En penchant légèrement le visage, en observant sa main sous un autre angle, Crowley pouvait distinguer de très rapides et subtiles fluctuations dimensionnelles autour de la main tendue du Cinquième. Il laissa échapper un faible ricanement. Il n'avait peut-être, finalement, pas choisi que des incapables. Il allait pouvoir faire quelque chose de celui-ci, après tout.
- Quel est ton nom ? S'enquit-il, parlant pour la toute première fois.
Les autres tournèrent vivement la tête vers lui, surpris que le Roi des Enfers accorde son attention à un Démon qui, somme toute, avait le même statut qu'eux. Leur jalousie emplit la pièce, mais Crowley s'en nourrit avidement tout en écoutant le nom du Cinquième.
- Je crains posséder plusieurs noms, acquis au fil des siècles. Mais on me connait sous le nom d'Urgo.
- Eh bien, Urgo, fit Crowley en tentant de masquer son agacement, j'ai peut-être changé d'avis.
Le sourire du Cinquième s'élargit, jusqu'à ce que ses lèvres ne soient plus qu'un fin trait sur son visage blafard et longiligne.
Le silence se fit immédiatement. Crowley ferma les yeux, réfléchissant prestement. Oui, il avait peut-être de meilleurs projets, quelque chose qui pouvait marcher encore mieux que ce qu'il avait prévu. Comment se faisait-il qu'il n'ait jamais entendu parler d'Urgo auparavant ? Il devait absolument l'utiliser. Rares étaient les démons qui maîtrisaient ce genre d'habilité, et pour le projet qu'il avait en tête… Oui, avoir Urgo dans sa manche était loin d'être un malus. Pour autant, il devait maintenant trouver une autre brute, un autre Démon dont les pensées étaient aussi vides que les quatre autres. Bah, peu importait, leur espèce peuplaient les Enfers comme une fourmilière, de toute façon.
- Toi, tu vas me trouver un autre Démon dont je peux disposer. Vas-y dès maintenant. Je t'informerai après. Vous autres, ronronna Crowley, approchez. Je vais vous expliquer ce que vous devez faire. Vous allez m'écouter très, très attentivement. N'est-ce pas ?
La question était rhétorique, pourtant les quatre individus patibulaires ressentirent le besoin de hocher la tête en chœur. Crowley leva les yeux au plafond sans s'en cacher.
Mais peu importait leur stupidité. De toute façon, ils ne survivraient pas longtemps. Il n'avait besoin d'eux que pour une tâche précise. Il avait du mal à se retenir de sourire tant il était excité. Bientôt. Très bientôt, il aurait ce qu'il désirait. Et il détruirait tout sur son passage.
Alors, comment avez-vous trouvé ce prologue ?
Ne vous inquiétez pas, vous aurez plus d'informations sur l'intrigue durant le premier chapitre. Je vous avoue que ce prologue était plus une manière d'explorer les enfers que de vraiment exploiter le début de l'intrigue.
Si vous êtes arrivés jusqu'ici, merci d'être passé, merci d'avoir lu, et n'oubliez pas de commenter ! Vos reviews sont ma nourriture.
