Bonjour tout le monde ! Me revoilà pour ce premier chapitre qui vous permettra de rentrer davantage dans l'histoire. C'est avec grand plaisir que je vous présente mes chers OCs, les premiers qui soient travaillés correctement... Je stresse un peu, mais j'ai hâte de vous les faire rencontrer.

Aucun avertissement aujourd'hui.

Bonne lecture !


Chapitre 1 : Eveil

Dans l'ombre, une forme vaguement humaine était blottie contre elle-même dans la chaleur d'un tissu épais, sommeillant paisiblement. Les murs, douloureusement blancs, ne protégeaient qu'à peine du bruit des appartements alentour, mais cela n'avait pas l'air de gêner la forme outre-mesure. En fait, la forme s'en fichait royalement. Il était très, très difficile de la réveiller.

D'un côté, une voisine un peu libertine, et de l'autre, des fêtards du jeudi soir. La forme ne voyait là que des sources de bruits avec lesquelles elle avait appris à vivre au bout d'un certain temps. Alors là, tout de suite, le bruit que les voisins pouvaient faire, ça ne l'effleurait pas trop. Elle comptait bien terminer de dormir et savourer les dernières minutes de sommeil auxquelles elle avait droit.

Soudain, sa respiration jusque-là profonde se fit saccadée et paniquée. Elle resserra la couverture sur elle dans un demi-sommeil angoissé et se roula davantage sur elle-même. Etroitement blottie au fond du lit, elle avait chaud, très chaud – son front était moite de sueur, et pourtant elle se mit à grelotter. Elle rêvait, elle rêvait profondément et en l'état actuel des choses, elle détestait la tournure que son beau rêve venait de prendre. Elle voulait profiter de ses dernières minutes de sommeil, c'était vrai, mais pourtant, elle priait désormais ardemment pour que la sonnerie du réveil retentisse. Dans son esprit, les visions d'horreur se firent de plus en plus précises, cherchant désespérément à s'engouffrer par tous les pores de sa peau – elle avait du mal à respirer, elle pouvait presque sentir le poids de chaînes autour de sa gorge, la morsure froide du métal…

Enfin, la sonnerie du téléphone posé sur la table de nuit se fit entendre, entre plusieurs canettes de sodas depuis longtemps oubliées et trois livres de chevets entassés les uns sur les autres. La forme grogna – le son était presque dénué de tout aspect humain. La couette bougea, et sans prévenir, un bras fin jaillit des draps trempés de sueur et s'écrasa sur l'écran tactile du smartphone. Aussitôt, la sonnerie stridente se tut. La forme soupira, autant de soulagement que d'ennui. Elle ne rêvait plus, mais elle ne dormait plus non plus.

D'un ample mouvement de jambe, elle repoussa la couette qui tomba au pied du lit. Toujours en position fœtale jusqu'à présent, la forme, qui apparaissait à présent comme étant une jeune fille menue aux cheveux châtains, étendit tout son corps sur le matelas, attendant patiemment que la fraîcheur du matin la gagne et chasse le feu de son rêve.

Elle se mordit la lèvre inférieure. Au fur et à mesure que le froid la gagnait et qu'elle se mettait à frissonner, les souvenirs de son sommeil s'estompaient, et elle se rendait compte que la nuit avait été tout sauf réparatrice. Elle soupira lourdement, souhaitant pouvoir se rendormir, oublier son réveil qui allait se remettre à sonner si elle ne l'éteignait pas définitivement, et passer la journée chez elle, dans son lit, les volets fermés.

Mais non. Aujourd'hui n'était pas un de ces jours.

- Fait chier…

Tous les matins, la jeune étudiante jurait pour se donner la force de commencer la journée.

Elle bascula en avant, se redressant d'un seul coup, s'assit en tailleurs, et attendit que les étoiles devant ses yeux disparaissent. Avec difficulté, elle força ses jambes à passer par-dessus son lit, contraignit ses pieds à adopter un équilibre à peu près correct sur le sol, obligea ses mains à pousser sur le matelas, et se leva.

Elle bâilla longuement tout en s'étirant jusqu'à ce qu'elle sente ses os craquer. Sa vision n'était pas encore tout à fait claire. Elle referma les yeux. Elle ne voulait pas les ouvrir encore, mais elle se rendit compte que si elle voulait arriver saine et sauve jusqu'au coin cuisine de son studio afin de préparer ce qui lui servait de petit déjeuner, elle allait devoir se réveiller pour de bon.

- Bordel, grommela-t-elle en songeant à la douceur des draps qu'elle venait de quitter.

Elle fit papillonner ses paupières un instant. Elle y voyait, mais ce n'était pas encore tout à fait ça. Elle tendit la main vers le coin de la pièce où trônait son micro-onde, ustensile de cuisine favori de la jeune fille – bien sûr que si, c'était tout à fait valable – et suivit ses doigts tendus jusqu'à ce que ses pieds heurtent le bord de l'unique table de son appartement. Cela déclencha une volée d'insultes plus ou moins folkloriques, impliquant la table en elle-même, le pied de la table, sa stupidité, et l'idée complètement idiote de l'avoir mise en plein milieu de la pièce.

Quelques minutes plus tard, elle était de nouveau assise sur son lit, une tasse de café brûlant à la main, se massant le petit orteil de l'autre. Elle tourna la tête brièvement pour vérifier que son téléphone ne s'allumait pas, mais non, elle n'avait pas encore reçu de message de qui que ce soit. Un autre coup d'œil lui indiqua qu'elle était pile à l'heure sur son programme de réveil quotidien, et que peut-être, pour la première fois depuis un certain temps, elle allait arriver avant que tout le monde ne soit assis et qu'elle n'aurait pas à remercier mille fois ses amis de lui avoir gardé une place de choix.

- Bordel, ça fait du bien… ronronna-t-elle à propos de la chaleur de la tasse dans sa main.

Soudain, alors que tout allait bien, que pour une fois elle était dans les temps, qu'elle n'avait pas trop mal dormi, un éclair de génie la frappa. Sans trop savoir comment elle n'avait pas renversé son café, elle se jeta sur son téléphone, le débloqua, regarda la date, se frotta les yeux, regarda la date de nouveau, considéra l'heure, et releva la tête.

Ah, il lui semblait bien qu'elle oubliait quelque chose.

- Putain, j'suis à la bourre ! Cria-t-elle pour elle-même en sautant dans un pantalon.


Comme tous les matins, aux alentours de huit heure, le campus de la fac grouillait de monde. Des centaines et des centaines d'élèves tentaient de se frayer un chemin jusqu'à leur amphithéâtre, sans aucune logique de groupe. En effet, si les fourmis migraient par groupes d'individus, les étudiants, eux, n'avaient aucun instinct de communauté, ou si peu qu'il leur était quasiment impossible de s'accorder quant à la direction vers laquelle marcher. Se rendre dans une salle de cours était donc un exploit.

Pourtant, aujourd'hui n'était pas un matin habituel – il y avait une logique. Un petit groupe d'étudiants, un peu moins d'une centaine environ, avançait comme un seul homme vers l'entrée du campus ou d'autres étudiants plus âgés les attendaient.

Le campus en lui-même n'était pas désagréable, si l'on parvenait à faire abstraction de la foule. Il y avait d'immenses jardins, des arbres, des fleurs, de l'ombre et du soleil, et l'herbe était étincelante de rosée. Même si l'extérieur de l'établissement était entouré de barrières, de grandes piques pointues s'élevant vers le ciel, l'endroit était loin d'être désagréable, et on avait rarement l'impression d'être enfermé. Ca et là se trouvaient les bâtiments de salles de classes, des amphithéâtres ou des laboratoires, mais la verdure prédominait tout de même. En ce matin de Novembre, la rosée de l'herbe n'avait pas encore gelée, mais elle scintillait joliment.

Il était facile de laisser son esprit vagabonder, dans le domaine des études supérieures. Après tout, chaque prétexte était bon pour échapper à l'éternel souci des révisions. Un esprit ouvert et imaginatif pouvait voir un jardin mystérieux là où les élèves terre à terre voyait leur campus habituel. C'était ce à quoi Alice, étudiante en première année depuis un peu plus d'un mois, major de sa promotion malgré son jeune âge, songeait chaque matin en arrivant. Une nouvelle histoire se faufilait devant ses yeux à chaque nouvel élément sur lequel elle posait son regard, et un simple détail du décor pouvait étayer toute folle théorie qui venait effleurer son esprit. Son talent d'abstraction n'avait aucune limite, mais sa logique non plus. C'était peut-être pour cela qu'elle étudiait les mathématiques théoriques avec sa meilleure amie, Eléonore.

Eléonore, elle, était plutôt du genre pratique et concret. Sa principale préoccupation était… eh bien, il fallait le dire, elle adorait les garçons. Elle affectionnait tous les aspects du sexe opposé, et la plupart du temps, on le lui rendait bien. Plutôt coquette, elle aimait se maquiller et prenait soin de son apparence, déclenchant la plus grande incompréhension d'Alice, pour qui ce n'était clairement pas une priorité. La plus jeune nouait quotidiennement ses longs cheveux blonds en une queue de cheval sur la nuque, et ne pensait jamais à souligner ses yeux bleu clair d'un trait de liner, alors qu'Eléonore avait la faculté presque surhumaine, de l'avis d'Alice, de passer des heures dans la salle de bain à prendre soi n de ses cheveux bruns et lisses qui lui arrivaient juste en dessous des épaules.

Eléonore ne cessait de piailler, imaginant déjà comme les garçons de seconde année seraient séduisants et charmeurs, lors de cette journée spéciale. Alice, elle, gardait son calme. Elle n'avait pas autant hâte qu'Eléonore de rencontrer les élèves plus âgés qu'elle, mais elle songeait que si elle trouvait quelqu'un qui regardait les mêmes séries et lisait les mêmes livres qu'elle, elle pourrait se lier d'amitié facilement, peut-être même sans l'aide de sa meilleure amie.

A côté d'elles marchait un garçon immensément grand de leur âge, qu'elles avaient rencontré l'année dernière dans leur classe de terminale. Il se faisait appeler Alex, portait ses cheveux longs en queue de cheval basse, un pantalon large confortable, et un sweatshirt qui flottait sur son corps. A droite d'Eléonore, il marchait au même rythme qu'elle et hochait la tête à chaque nouveau commentaire de la brune. Il espérait secrètement qu'au lieu de raconter inepties sur inepties à propos des seconde année, Eléonore se rende enfin compte que ces garçons n'étaient peut-être pas aussi intéressant qu'un certain grand barbu qui passait littéralement ses journées avec elle. Il avait davantage l'impression qu'Eléonore le considérait comme un ami, et il respectait cela, mais son désir était tout autre.

Un peu en retrait, mais alimentant tout de même la conversation – c'est-à-dire en hochant la tête à ce que disait Eléonore, celle-ci étant la seule à parler – marchait Morgane. Silencieuse comme une ombre, gracieuse, grande, rayonnante, c'était une belle jeune femme aux yeux bleu océan dont la peau blanche formait un étonnant contraste avec la noirceur de ses cheveux. Bruns, très bruns, ils descendaient en cascade de boucles sur ses épaules et dans son dos jusqu'à sa fine taille. Mais si elle était belle – et beaucoup auraient pu en témoigner – elle n'en profitait jamais. Ca n'était pas dans sa nature. Elle n'en avait pas envie, et de toute façon, elle n'aurait pas su comment faire.

Elle savait très bien qu'elle n'échapperait pas aux regards des seconde année, mais elle ne s'en inquiétait pas. En fait, elle ne se préoccupait pas de la conversation qu'Eléonore essayait d'avoir avec eux non plus – elle laissait cela à Alice et Alex. Il n'y avait qu'une seule personne qui occupait son esprit en ce moment, et elle n'était pas encore arrivée.

- Yli est en retard, lâcha-t-elle doucement entre deux répliques d'Eléonore.

Aussitôt, Alex, qui commençait à en avoir assez de ne pas pouvoir en placer une, sauta sur l'occasion.

- Tim est toujours à la bourre, répondit-il en se voulant rassurant. T'inquiète pas, elle va arriver. T'as aucune nouvelle ?

Morgane jeta un coup d'œil vers son téléphone et afficha une petite moue déçue. Alex entoura ses épaules d'un bras et lui servit un grand sourire, une de ses spécialités, pour l'égayer.

- Tu imagines si elle a oublié ? S'inquiéta davantage Morgane, insensible aux pitreries de son ami. Qu'est-ce que je vais faire, sans elle ?

Convaincu que rien de ce qu'il pourrait dire ne serait en mesure de rassurer la belle, Alex lui adressa un sourire compatissant et la laissa se faire du souci toute seule pour rejoindre Eléonore. L'amour qui liait Morgane et Tim se révélait chaque jour plus puissant et ne cessait de l'étonner. Lui qui pensait, au tout début, devoir se contrôler pour s'empêcher de dire des choses inappropriées, il ne se posait plus de question aujourd'hui. Il se laissait surprendre et il les adorait toutes les deux également.

- Au moins, Vincent ne te tournera pas autour, aujourd'hui, lança Alice à la cantonade d'une voix sage, élevant un peu la voix afin de couvrir les exclamations enthousiastes d'Eléonore.

Vincent était un lycéen d'un an leur cadet qui s'était entiché de Morgane – et surtout de son physique – sans comprendre qu'elle n'était évidemment pas intéressée. Il était gentil en soi et tout le monde l'aimait bien, mais à la longue, il frôlait la lourdeur, et lorsqu'il devait quitter leur groupe de mathématiciens, ce n'était au déplaisir de personne.

- Pas faux, fit Morgane d'une voix chantante, souriant à la pensée d'une journée sans aucune avance de la part de Vincent.

Ils avaient presque atteint leurs aînés lorsqu'Eléonore pointa vaguement dans une direction, toute excitée. Alex était sur le point de lever les yeux au ciel, s'attendant à apercevoir un énième « beau gosse », mais il se reprit :

- Eh, regardez qui arrive !

Au loin, une silhouette petite et mince se pressait dans leur direction. Elle était encore éloignée, mais Morgane songea avec soulagement qu'au moins, elle n'avait pas oublié. Alors qu'elle se rapprochait, courant maladroitement tout en s'assurant que son sac de cours ne lui tombait pas de l'épaule, leur groupe d'amis put distinguer une chevelure désorganisée – Eléonore aurait argumenté sur le fait qu'elle ne s'était, en fait, pas même passé une brosse dans les cheveux avant de venir – une chaussure encore délacée que Morgane jaugeait avec inquiétude, et des feuilles volantes dépassant de son sac mais ne tombant pas, par une quelconque action miraculeuse de la gravité.

- Voilà notre Yliana internationale ! Lança Eléonore à son attention. Avec – presque – aucun retard !

Ils pouffèrent tous alors qu'Yliana arrivait, pantelante, à leur hauteur. Essoufflée, elle leur adressa un vague geste de la main avant de se baisser et de s'appuyer sur ses genoux pour récupérer son souffle. Alice lui rendit son signe de la main avec un petit sourire. Alex, lui, chercha le regard d'Eléonore dans leur groupe pour continuer à rire de l'apparence d'Yliana – qui ressemblait étonnamment à un perroquet tout droit sorti d'une machine à laver le linge, et il aurait aimé partager cette comparaison – mais ne la trouva pas. En levant les yeux, ou plutôt en balayant la promotion du regard, il constata qu'elle s'était déjà éclipsée et parlait en ce moment même avec un groupe d'étudiants d'un an plus âgés qu'elle. Alex soupçonna qu'elle n'attendait que l'arrivée de leur amie avant de faire plus ample connaissance avec tout le monde.

Bah, ça les faisait tous rire, de toute manière.

- Eh Tim ! Salua-t-il lorsque la jeune fille, bien plus petite que lui, eut parfaitement récupéré son souffle. Comment ça va ?

- Plutôt bien, répondit-elle, habituée au surnom d'Alex comme si on l'appelait ainsi depuis sa naissance. Réveil un peu brusque, mais bon, comme d'hab'.

Mais son attention n'était pas entièrement dirigée vers son ami. Non, c'était tout autre chose, qu'elle regardait. Elle avait beau parler à Alex, elle n'avait d'yeux que pour Morgane.

Un grand, très grand sourire effaça toute la peine de sa course matinale. Les yeux pétillants, elle regarda Morgane s'approcher d'elle, et quand la grande brune la prit dans ses bras, elle ferma les yeux pour savourer son parfum.

- Hey, Yli, fit Morgane d'une voix chaude. Je commençais à m'inquiéter.

- Désolée, M, répondit l'interpelée, légèrement anxieuse. J'voulais pas…

- Je m'en fiche, que tu sois en retard, espèce d'andouille, taquina Morgane. J'attendais juste ça.

Alex et Alice détournèrent la tête et entamèrent une nouvelle conversation entre eux. Morgane se détacha légèrement d'Yli qui bascula sa tête en arrière, frissonnant au contact de la main de la belle sur sa nuque. Leurs lèvres se rencontrèrent paisiblement, elles échangèrent un baiser rapide, furtif, pas secret mais pudique, avant de se détacher l'une de l'autre.

A chaque fois qu'Yli voyait Morgane, ou qu'elle la touchait, ou qu'elle lui parlait, elle tombait amoureuse de nouveau. Tous ses problèmes, toutes ses angoisses s'envolaient, elle n'en avait pas et n'en avait même jamais eu. Peu importait ce qu'elle était en train de dire ou de faire, Morgane avait le don de lui donner l'assurance dont elle avait besoin.

La grande brune, accompagnée des piques d'Alex et de petits hochements de tête enthousiastes d'Alice, expliqua à Yli ce qu'elle avait manqué, à savoir que les seconde année les amenait sur le sommet de la colline, que pour le moment, tout allait bien, mais qu'ils ne savaient pas vraiment ce qui allait se produire. Après tout, c'était une journée d'intégration – le but même était de surprendre les nouveaux.

L'éternelle retardataire leva un regard découragé vers la pente sévère qu'ils allaient devoir emprunter pour arriver au sommet.

- Sérieux ? Fut sa première réaction. Putain, mais c'est super haut !

- Ah, ça y est, Tim est réveillée ! Rit Alex. Premier juron de la journée.

Yliana lui adressa un clin d'œil :

- C'est loin d'être le premier, Al.

Durant leur montée, ils parlèrent de tout et de rien, mais surtout de rien. Au bout d'un certain temps, Yli demanda des nouvelles d'Eléonore. Alex se contenta de la désigner du menton, un peu plus loin devant eux dans la foule. Le fait qu'Alex était intéressé par Eléonore n'était un secret pour personne, mais Yliana, comme tous les autres, regrettait amèrement que la brune populaire ne lève pas les yeux des autres garçons de la fac. Elle aurait pu facilement se rendre compte que l'un des hommes les plus gentils et attentionnés était juste là, à ses côtés, et l'attendait. Elle ne désespérait tout de même pas et était sûre qu'un jour, Eléonore se rendrait compte que leur complicité pouvait mener à tout autre chose qu'une relation amicale.

Alice, pour qui le cœur d'artichaut d'Eléonore était depuis très longtemps une habitude et pas un sujet d'inquiétude, demanda plutôt à ses amies si elles avaient réussi à faire ce devoir d'algèbre qu'ils devaient rendre d'ici la semaine prochaine. Elle ne posa pas la question à Alex. Elle savait que c'était inutile.

- Alice, on l'a même pas regardé, soupira Morgane. Essaie de t'accorder du repos, de temps en temps, hein ?

- Je n'ai pas spécialement besoin de plus de repos, répondit-elle. En plus, je n'ai plus aucune série à regarder. J'ai fini toutes les saisons de Doctor Who, celles de Sherlock, et aussi Buffy l'autre jour. A propos, vous saviez que Joss Whedon –

- Est une génie, répondirent les deux filles en chœur. Oui, on sait, Alice !

- … Et clairement pas assez reconnu, ajouta Alice pour elle-même.

Morgane lui adressa un regard sceptique mais hilare.

- Bref, fit-elle après quelques instants en se retournant vers Yliana, leurs mains soudées ensemble. Bien dormi, puce ?

- Ca peut aller, répondit l'intéressée. J'ai pas trop mal dormi, mais j'ai fait un rêve super bizarre. Mais c'était pas une scène de la vraie vie ou quoi, c'était plutôt, mh, comme des impressions. En fait. Une seconde, j'étais très bien, et la seconde après, j'ai eu très froid, et c'était tout noir, et j'ai eu l'impression d'avaler de travers, tu sais, quand tu veux recracher quelque chose mais que t'y arrives pas. Je me suis réveillée avec l'impression d'avoir été étranglée. Bizarre, non ?

La grande brune hocha la tête avec une moue perplexe.

- Au moins, tu as dormi. C'est le principal.

Plus personne ne parla, trop occupés qu'ils étaient à essayer de respirer correctement dans l'effort. La pente était encore plus rude que dans leurs prédictions.

Soudain, et contre tout attente, Yliana s'arrêta. Morgane, qui la tenait par la main, manqua de tomber en avant. Elles étaient les deux dernières de la file, aussi, personne ne remarqua leur arrêt.

La brune, soudain très inquiète, passa devant Yli et resta coite devant son visage. Les yeux écarquillés, la bouche béante, la peau blafarde et le regard vide de son amie la fit perdre ses réflexes habituels. Elle ne l'avait jamais vue ainsi, pas aussi perdue, pas aussi… vulnérable. Les crises d'angoisse arrivaient de temps à autre, parfois même sans raison apparente, mais là, c'était différent. C'est comme si Yli était absente mentalement. Morgane joignit ses deux mains et chercha son regard :

- Puce ? Qu'est-ce qu'il se passe ? Parle-moi !

Yliana, elle, se sentait sur le point de mourir. Son cœur tambourinait contre sa cage thoracique, manquant de sauter de sa poitrine. Le sang pulsait à ses tempes et derrière ses yeux, brûlant et rapide. Ses poumons semblaient avoir du mal à filtrer l'air, elle ne parvenait pas à respirer correctement. Mais c'était ce qui se trouvait à l'intérieur de sa tête, dans son esprit, qui la figeait d'incompréhension. Une voix lui parlait. Une voix, qui n'était pas celle de sa conscience, ni la sienne, lui adressait la parole à l'intérieur d'elle-même. C'était un sentiment étrange que de sentir son âme cesser d'être privée.

Mais cette voix… cette voix n'était pas humaine. Etait-ce seulement une voix ? Pourquoi pensait-elle que c'était une voix ? Non, non, c'était un son suraigu, comme un ultrason, comme une petite fille hurlant à une centaine de mètres d'elle, et elle ne pouvait rien faire pour la faire taire. Mais ça lui parlait. Ca lui parlait, et elle avait envie d'écouter attentivement, elle avait envie de se laisser glisser, et de…

Brusquement, le silence s'imposa. C'était brutal. Sans aucune transition. Comme si quelque chose de vital avait été sectionné, Yliana n'entendit plus du tout la voix, le cri, le son.

- Tu… Tu as entendu ? Demanda-t-elle à Morgane, tout en sachant très bien que ça ne pouvait pas être le cas. Comment pouvait-elle avoir entendu quelque chose aussi clairement que si on lui avait parlé en face, et pourtant savoir pertinemment que c'était dans sa tête ?

La brune fut incapable de répondre quoi que ce soit. Les sourcils froncés, elle avait pris le visage d'Yliana entre ses mains, folle d'inquiétude, et n'avait cessé de lui parler, mais Yli ne l'avait pas entendue.

- Il y avait une voix… Continua-telle. Un cri. Quelque chose. J'avais envie de… envie de…

Mais avant que Morgane ait le loisir d'en écouter davantage, des cris, tout à fait vrais cette fois, leur parvinrent du sommet de la colline. Elles relevèrent la tête en chœur pour voir une masse d'élèves redescendre en courant, certains tenant leur téléphone dans une main, tapotant désespérément l'écran, d'autres courant mais se retournant frénétiquement pour filmer ce qu'il se passait. La plupart n'avait visiblement pas eu le temps de sortir un téléphone et dévalait la colline le plus vite possible sans se soucier du reste. Tous, sans exception, affichaient une expression terrifiée.

- Qu'est-ce que… ? Marmonna Yliana, pas encore tout à fait remise de son expérience.

Morgane ne prit pas le temps de répondre. Elle retrouvait des repères, et dans l'immédiat, elle savait exactement ce qui allait se passer. Tout le monde paniquait autour d'elles, et si personne ne se calmait rapidement… Elle voyait déjà l'angoisse se profiler dans le regard d'Yliana dont les yeux s'arrondissaient de seconde en seconde.

Un mouvement de foule.

C'était un mouvement de foule, et ça venait vers elles.

Yliana perdit toute notion de rationalité. A mesure que la vague humaine se rapprochait, dangereuse, menaçante, elle palissait à vue d'œil. Sa main se cramponna à celle de Morgane et y planta ses ongles, sans que cette dernière ne grimace. A la place, elle porta sa main libre sur la nuque d'Yli et rabattit sa tête contre son propre torse, cachant la vision cauchemardesque.

- Yli, tout va bien, d'accord ? Tout. Va. Bien. Ecoute-moi. Reste concentrée.

La cadette, un peu rassurée par les phrases courtes et simples de Morgane, se blottit davantage contre elle pour sentir les vibrations de ses cordes vocales. La brune n'attendit pas plus longtemps qu'Yliana se relâche : elle passa un bras sous ses genoux, et soutint précautionneusement sa nuque en soulevant tout le poids de son amie. Yli entoura le cou de la brune de ses bras tremblants.

Ce ne fut que lorsqu'Yliana fut en sécurité contre elle que Morgane se demanda enfin ce qu'il se passait. Elle essaya d'arrêter au passage certains élèves qui arrivaient à leur hauteur, mais aucun n'avait de propos cohérents. Elle retint sa frustration afin de ne pas perturber Yli qui écoutait attentivement le rythme de son cœur, et s'écarta de la route en constatant que le plus gros des étudiants arrivait vers elles.

Précautionneusement, elle assit Yliana à l'écart de tout le monde. Elle constata avec soulagement qu'elle semblait aller mieux. Elles avaient, visiblement, évité le pire. Elle chercha un visage familier dans la foule, mais Eléonore se présenta d'elle-même. Comme tous les autres, elle était terrifiée. C'est avec une voix abîmée par les cris qu'elle avait poussé qu'elle déclara, complètement paniquée :

- Il faut appeler la police ! Une ambulance ! Je sais pas, quelqu'un ! Il y a des morts sur la colline !


Me revoilà.

Comment avez-vous trouvé ce chapitre ? Vous avez envie de connaître la suite, ou bien est-ce que je ne manie pas bien le suspense ? N'hésitez pas à critiquer, que ce soit négatif ou positif. Vous pourriez m'aider énormément à m'améliorer avec simplement quelques lignes.

Sinon, un personnage préféré jusqu'à présent ? Je sais que vous n'avez pas vu grand-chose d'eux, mais... ce sont mes personnages. Ceux qui écrivent leurs propres personnages savent sûrement de quoi je parle.

Si vous êtes arrivés jusqu'ici, merci d'être passé, merci d'avoir lu, et n'oubliez pas de commenter ! A très vite.