Salut salut !

Me revoilà pour ce nouveau chapitre qui, je l'espère, va vous plaire, puisqu'il commence à faire le lien (ténu, pour le moment, mais tout vient à point à qui sait attendre) entre nos trois personnages favoris et Yliana et sa bande de potes. J'offre des chocolats à qui le trouve et me le poste en reviews !

(Comment ça, j'invente n'importe quoi pour recevoir des reviews ? J'vois pas d'quoi vous parlez. Shh-shhhhhhhhh, lisez plutôt !)

Je ne blague qu'à moitié, cela dit : un petit commentaire n'a jamais fait de mal à personne, et je sais très bien que vous lisez, puisque je peux savoir le nombre de vues sur chaque chapitre. Alors s'il vous plaît, lâchez-vous (surtout que ce chapitre risque de vous faire cogiter un peu...)

Without further ado, je vous lance dans ce chapitre. On se retrouve tout de suite. Zerikya out!

Warning : description implicite de violence, description implicite de scène de sexe, description graphique de blessures.


Chapitre 6 : Consentement

La sensation du corps de Castiel contre le sien manqua terriblement à Dean lorsqu'il se réveilla. Sa main chercha longtemps l'ange à sa gauche avant qu'il ne se rende compte qu'il était sûrement parti quelque part où sa présence était demandée. Même après cela, il laissa sa main sur les draps vides, comme s'il voulait encore sentir la chaleur de son compagnon, comme s'il voulait ouvrir les yeux et se rendre compte que la nuit n'avait pas passé si vite, que la veille était toujours là, et qu'ils avaient encore du temps devant eux.

Mais Cas était parti. Et les draps du côté droit du lit de Dean étaient cruellement froids.

Il se leva, en essayant de se dire que ce n'était pas une si mauvaise journée que ça. Castiel allait bien. Il était peut-être en danger, mais peut-être ne l'était-il pas non plus. Pour le moment, personne n'avait fait de mal à personne. Tout allait bien. Tout allait bien.

Dean passa une main dans ses cheveux. Il essaya de sentir le contact de Castiel contre son cuir chevelu, essaya de se souvenir de la sensation, de l'odeur, du fin tiraillement. De sa propre mâchoire qui se crispait sous la petite douleur.

Comme il l'avait prévu la veille, ses jambes le faisaient souffrir. L'arrière de ses cuisses était couvert de bleus, il pouvait le sentir lorsqu'il passait la main et se touchait là où Cas l'avait touché. Il pouvait presque, s'il cherchait bien, retrouver l'endroit exact où les doigts de l'ange avaient appuyé le plus. Là où la flexion de ses jambes vers lui lui avait demandé le plus d'effort, là, sans doute, où il avait grimacé de douleur et Cas l'avait embrassé à l'intérieur du cou, confondant sa peine au plaisir, jusqu'à ce que Dean oublie la différence entre les deux.

Dean frissonna et sortit de sa chambre, laissant tous ses sentiments de la veille et de la nuit à l'intérieur, cachés sous la couette, à l'abri dans la chaleur des souvenirs. Il était debout avant Sam. C'était sûrement à son tour de préparer des pancakes. En fait, Dean ne savait pas préparer des pancakes – il avait besoin des pancakes tout faits, achetés dans une supérette, ceux qu'il devait juste mettre dans une poêle beurrée et attendre – mais il trouverait bien quelque chose. Il avait toujours trouvé quelque chose.

Et il trouva. Il trouva des œufs et du bacon dans la porte de leur frigidaire. Il fit très attention à la date – il ne voulait pas empoisonner son frère – et quand il fut certain de la validité des produits, il cuisina le petit-déjeuner salé qu'il présenterait à Sam lorsque celui-ci, encore à moitié ensommeillé, se présenterait à la porte de la cuisine.

Mais bien évidemment, Sam ne se montra pas à moitié ensommeillé. Lorsqu'il prit place sur sa chaise habituelle dans la cuisine en saluant son frère, il était déjà habillé, lavé, coiffé, souriant et bien réveillé. Ce qui, naturellement, mit Dean en rogne. Il lui servit son œuf au bacon avec une grimace qui ressemblait très vaguement, et de très loin, à un sourire. Mais son petit frère ne le remarqua pas. Au lieu de cela, Sam pointa un doigt sur un article du journal qu'il avait entre les mains :

- Tu as vu ça ? Ils font une JDI, pas loin d'ici, à la fac.

Dean haussa un sourcil.

- Une JDI ? S'enquit-il, pas sûr de bien comprendre – en fait, sûr de ne rien comprendre du tout.

- Une journée d'intégration, fit Sam, passionné. C'est quand les étudiants plus âgés prennent les nouveaux étudiants tout juste sorti du lycée pour leur faire faire tout ce qu'ils veulent. C'est comme un rite de passage.

Dean manqua de hausser les épaules, avant de se rendre compte à quel point cela comptait énormément pour son petit frère.

- Oh, fit-il en essayant du mieux qu'il pouvait de se montrer intéressé, ça a l'air sympa. Tu veux y aller ?

- Non, les adultes ne sont pas supposés y entrer.

- La plupart de ces gosses ont plus de –

- Oui, mais les étudiants ne sont pas des adultes, et vice versa.

Il sentit l'accent de regret dans la voix de Sam, aussi il essaya de ramener la conversation du bon côté avant de s'oublier :

- Je suis sûr que tu aurais fait un merveilleux petit bizuth, taquina Dean, sans cœur.

Il connaissait parfaitement le principe d'une journée d'intégration. Il avait juste oublié que le bizutage pratiquement légal de nouveaux élèves avait un nom.

Le regard de Sam s'assombrit brusquement.

- Peut-être, fit-il, mais en attendant, les années d'après, j'aurais traumatisé tout le monde.

Dean rit sincèrement, et sa main fit le chemin vers le sommet du crâne de son petit frère, comme il l'aurait fait lorsqu'ils étaient tous les deux plus jeunes, pour lui emmêler affectueusement les cheveux. Il se rendit compte un peu tard de ce qu'il venait de faire, et il essaya tant bien que mal de transformer son geste en du brassage d'air, ce qui ne le rendit pas spécialement plus crédible. Sam fit cette petite moue sceptique qui le caractérisait tant, et ils retournèrent chacun à leur petit déjeuner.

C'était un autre temps, pourtant, rien n'avait changé, à part le fait que Dean était désormais plus petit que son frère. Il protégeait toujours Sam et s'assurait que rien de mal ne lui arrivait, il faisait tout pour que le ventre de son petit frère ne grogne pas le soir, quand papa n'était pas là. Il se souvenait de la première fois qu'il avait volé une supérette, ce n'était rien, presque rien, mais au moins, Sam n'avait pas une faim cette nuit-là. Et tous les jours étaient les mêmes.

Aujourd'hui, même s'il ne volait plus les magasins pour de la nourriture, rien ne changeait. Et surtout pas le sentiment qu'il avait lorsqu'il voyait son petit frère, si grand, si réussi, manger ce que Dean, avait préparé tout spécialement pour lui.


- Et sinon, c'est quand, cette JDI, dans la fac d'à côté ? S'enquit Dean comme si de rien n'était.

L'affaire d'aujourd'hui avait été rapide, et le soleil n'avait même pas commencé à descendre vers l'horizon quand Dean avait tourné la clé dans le contact de l'Impala noire pour rentrer chez eux.

- Je n'en sais rien, répondit Sam en regardant par la fenêtre.

Mais Dean n'était pas dupe. Il sourit, et la vraie réponse de son jeune frère ne se fit pas attendre :

- Dans quelques mois. C'est le vendredi avant le deuxième week-end de Novembre.

Ils aimaient énormément les jours où ils se réveillaient dans leur lit, et se couchait au même endroit, tout en résolvant un cas dans la journée. Ils avaient presque l'impression d'être normaux. Comme si… comme s'ils rentraient du bureau, comme si leur patron les avait gardé un peu plus longtemps que d'habitude, et qu'ils allaient tout juste avoir le temps de manger avant d'aller se coucher. Ils faisaient semblants d'être exténué, d'avoir passé une journée épouvantable, et quand ils se retrouvaient chacun dans leur chambre, leur sourire était sincère et joyeux.

- On pourrait aller les voir, si tu veux.

Dean, mine de rien, monta le son de l'autoradio pour laisser à son frère l'occasion de réagir, faisant comme s'il avait proposé un café sur le bord de la route.

- C'est un truc pour étudiants. On n'est pas étudiants.

- Oh, allez, Sammy, t'en meurs d'envie, taquina Dean en bousculant son frère du coude. Et puis, concrètement, t'as été étudiant. Tu as été accepté.

Il sentit plus qu'il ne vit le sourire de Sam avant qu'il ne le cache et le considère avec son habituel regard sceptique.

- … Tu crois qu'on pourrait ?

- Bien sûr.

Cette fois-ci, Dean ne s'empêcha pas de secouer sa main dans les cheveux de Sam, qui se mit à rire. Pendant un très, très bref instant, ils se retrouvèrent, comme avant, comme quand Sam venait d'être accepté à l'université, que Dean avait fait éruption, que tout était si simple, c'était avant que papa ne soit en réel danger, c'était avant que Jess…

Au souvenir de Jess, et Dean vit le moment précis où l'image de sa petite amie passa devant les yeux de son frère, Sam cessa de rire.

- ATTENTION !

Dean sursauta, débraya et enfonça la pédale de frein comme si sa vie en dépendait, tout en essayant de garder la direction de sa voiture, tâche difficile alors que les pneus criaient sur l'asphalte.

- Encore ? C'est une blague ? S'écria Sam, cramponné au fauteuil et à la portière.

Dean ne fut pas vraiment surpris de voir une jeune personne, un garçon, cette fois, allongé sur la route, comme s'il s'était allongé là et s'était endormi.

Il sortit de la voiture en claquant la porte, énervé, mais la voix de Sam l'arrêta alors qu'il se dirigeait à grands pas vers ce qui était, sauf preuve du contraire, un Démon.

- Attends ! Je vais y aller, cette fois.

Dean haussa un sourcil, puis haussa les épaules.

- Comme tu l'sens.

Pour autant, il ne reprit pas sa place derrière le volant et fouilla immédiatement dans le coffre de la voiture à la recherche du nécessaire anti-démon.

Cependant, lorsqu'il releva la tête, sans qu'aucun cri ne se soit fait entendre, le démon avait disparu.

Sam revenait vers lui, à pas lents et mesurés.

Dean se précipita à sa rencontre, les poings fermés, les muscles de son corps contractés. Il percuta Sam brusquement et commença à ouvrir sa veste. Aussitôt, Sam repoussa ses mains, mais Dean revint à la charge.

- Dean, qu'est-ce que tu … ?

Il ne put finir sa phrase – son frère venait de jeter sa veste sur la route, et à présent il ne portait qu'une chemise. Sans attendre, Dean porta ses deux mains au col de son frère, et tira d'un coup sec.

- Dean !

Sam chercha à refermer sa chemise dont les boutons venaient de sauter, et se couvrait le corps comme il le pouvait avec ses bras. Mais Dean ne pipait mot.

- DEAN !

Fatigué, il écarta les bras, et Dean put enfin regarder ce qu'il cherchait.

- Toujours là, marmonna-t-il.

Sur ce, il ramassa la veste de Sam et lui tendit.

- Désolé, j'devais vérifier, fit-il d'une voix atone.

- Tu aurais pu AUSSI me jeter de l'eau bénite au visage, ça marchait aussi bien !

Den se mordit la lèvre inférieure. Sans aucun autre commentaire, il tourna les talons et regagna la voiture.


- Sam.

Pas de réponse.

- Sammy. Dis-moi au moins ce qu'il s'est passé.

Silence.

- Sam, merde !

Dean dut déployer de gros efforts pour ne pas enfoncer son poing dans le volant de l'Impala. Mais son Bébé n'y était pour rien. Sam ne répondait toujours pas, persistant à regarder par la fenêtre et éviter soigneusement les tentatives de dialogue de son frère.

- Tu aurais juste pu m'asperger d'eau, fit-il enfin, après dix bonnes minutes.

Dean se força à ravaler un long soupir d'exaspération. Oui, il aurait pu. Il n'y avait pas pensé, ce n'était pas un crime, si ?

- Pas pensé, grogna-t-il, fier de la gentillesse de sa réponse.

- Je n'apprécie pas des masses que l'on me déshabille sans que j'ai donné mon accord, continua Sam, le regard toujours vers l'extérieur, tout pour éloigner son visage de celui de Dean.

Ce dernier ne répondit pas. Il savait très bien que Sam cèderait au bout d'un certain temps, et si ça n'était pas maintenant, eh bien ce serait plus tard, tant pis pour lui. Heureusement, il n'eut pas à attendre bien longtemps. Une demi-heure après l'incident, une fois que Dean s'était lancé à pleine vitesse, toutes vitres ouvertes, l'Impala tremblant au rythme de la musique, diffusée à un volume bien trop fort pour être légal, Sam tourna le bouton du volume, jusqu'à ce que Highway To Hell ne soit plus qu'une vague musique d'ambiance.

- C'était exactement la même chose que la dernière fois, fit le plus jeune. Sauf qu'il ne s'est pas jeté sur moi comme l'autre. Il m'a juste tendu la main, donné un bout de papier, et il est parti avec un grand sourire.

Dean ne souleva pas le fait que Sam ne devrait pas lui parler en ce moment-même s'il voulait se tenir ne serait-ce qu'à la moitié des menaces qu'il avait proféré. Il ne fronça pas les sourcils non plus. Il n'y avait rien d'étonnant.

- Tu sais toi aussi qui s'amuse à nous faire tourner en rond, déclara Dean, et ce n'était pas une question.

Sam hocha la tête, l'air grave :

- Ca ne peut être que Crow –

- NE PRONONCE PAS ! Son nom dans la voiture, cria Dean en faisant sursauter son frère. Je veux pas que mon Bébé soit maudite.

- Il n'y a que lui pour faire quelque chose du genre, continua Sam en levant les yeux an ciel. Nous appeler comme ça, alors qu'il pourrait très bien venir nous trouver lui-même.

- On travaille plus avec lui, de toute façon, se renfrogna Dean. Il peut aller se faire voir.

Sam regarda le bout de papier qui était resté dans sa main depuis l'incident, mais sembla avoir du mal à le jeter et l'oublier. Dean, du coin de l'œil, le remarqua :

- Tu vas pas polluer avec un si petit bout de papier, Sam. Jette ça par la fenêtre, c'est bon.

- C'est pas ça, répondit l'interpellé. C'est peut-être important.

Dean pinça les lèvres et reporta son attention sur la route. Lui aussi, pensait la même chose. Ils ne pouvaient tout simplement pas ignorer ce genre de rendez-vous – qui savait ce que Crowley avait préparé ? Ils devaient faire quelque chose, même si cela voulait dire risquer leur vie pour sauver le monde.

Comme d'habitude, finalement.

- Vous ne devez pas y aller.

Dean sursauta, la voiture fit une grande embardée et manqua de finir dans le fossé, Sam s'agrippa de toutes ses forces à son siège, les yeux écarquillés, le souffle court le temps que son frère retrouve le contrôle total de l'Impala.

- Cas, souffla-t-il en déglutissant, le cœur battant à tout rompre.

- Cas, merde ! Jura Dean. Préviens quand t'arrives !

Du coin de l'œil, Sam vit le sourire désolé de l'ange. Laissant à Dean le temps de se remettre, il se retourna sur son siège et demanda :

- Pourquoi est-ce qu'on ne pourrait pas y aller ?

Castiel, un air dramatique sur le visage, posa les mains sur le dossier des sièges avant de l'Impala et s'avança, comme pour être plus proche d'eux, comme pour que personne ne les entende :

- Crowley prépare quelque chose.


- Cas ! Cas ! Qu'est-ce qui se passe, à la fin ?

Castiel ne lâcha pas le bras de Dean avant d'avoir atteint sa chambre dans le bunker. Ses doigts appuyaient cruellement sur la peau du chasseur, et il tirait, il tirait et Dean oubliait toujours à quel point l'ange était fort, à quel point il pouvait lui faire faire ce qu'il voulait s'il lui en prenait l'envie. Cas, d'une énième pression, le força à rentrer dans la chambre, puis referma derrière lui. Dean, surpris par le brusque coup, faillit tomber à la renverse. L'arrière de ses genoux buta contre son lit. Il s'assit en tombant sur le matelas.

- Cas, parle-moi !

L'ange ne répondit pas. Dean fit le geste de se lever mais une main puissante sur son épaule le dissuada du contraire. Il serra les dents pour ravaler une réplique cinglante.

Castiel s'agenouilla devant lui et encadra son visage de ses mains. Dean, sur les nerfs, faillit bien se retirer immédiatement, mais il prit sur lui et attendit.

Il n'attendit pas longtemps. Le nez à quelques millimètres du sien, leurs regards l'un dans l'autre, bleu glacial contre un vert brillant, il chuchota :

- Toi et Sam, vous ne pouvez pas aller là-bas.

- Pourquoi tu chuchotes ? Fit Dean à voix haute, mais Castiel porta vivement sa main sur la bouche de Dean et le bâillonna d'un geste. Dean leva ses propres bras jusqu'à son visage par pur réflexe, mais avant qu'il n'ait eu l'idée de se libérer, Castiel continua :

- Vous êtes tous en grand danger. Vous devez rester cachés, par tous les moyens possibles, Dean.

Le chasseur fronça les sourcils.

- N'importe qui pourrait nous écouter, et je ne suis pas censé être au courant. Si Crow – s'il nous écoutait, s'il savait que je suis sur sa piste…

Cette fois-ci, Dean se dégagea immédiatement d'un coup bien placé sur le poignet de Cas. Il allait se mettre à crier, mais il se reprit et chuchota sur un ton colérique :

- Tu es sur sa piste ?

Castiel hocha gravement la tête. Il se releva, inquiet, et commença à faire les cent pas. Son trench coat volait autour de lui chaque fois qu'il tournait les talons. Il semblait perdu dans ses pensées.

- Qu'est-ce qu'on peut faire pour t'aider ? S'enquit Dean, ravalant sa colère vis-à-vis du fait que son compagnon, pour la énième fois, l'avait mis à l'écart d'une situation dangereuse.

- Rien. C'est bien ça le problème. Je ne comprends pas pourquoi il veut vous garder à vue si vous ne pouvez rien faire…

- Nous garder à vue ? Il veut nous capturer ?

- Peut-être. Sûrement. Je ne peux pas en être sûr.

Dean se leva et se plaça devant Castiel qui, trop plongé dans ses pensées pour remarquer un changement de son environnement physique, buta sur lui. Il s'arrêta brusquement et leva les yeux pour trouver ceux de Dean.

- Je te demande pas d'être sûr, Coeur. Explique-moi, seulement. S'il te plaît.

Le faible sourire que Cas avait esquissé à son surnom s'évanouit sur-le-champ. A l'intérieur de lui, le cœur de son vaisseau battait à tout rompre. Il ne pouvait pas décemment dévoiler ses soupçons à Dean, pas maintenant, pas alors qu'il était loin d'être sûr, et tant pis s'il n'en était pas satisfait. C'était mieux que de le mettre directement et délibérément en danger.

- Je ne peux pas.

Castiel baissa le regard, incapable de supporter la cassure à l'intérieur des yeux de Dean. Il recula de quelques pas, indécis, avant de faire demi-tour et d'aller s'appuyer contre le mur en face. Il laissa un vide devant Dean, et ça n'était pas naturel, il avait besoin d'être là-bas, juste en face de lui, et il avait besoin de caresser ses lèvres avec les siennes pour le rassurer, pour lui expliquer qu'il regrettait, qu'il était désolé. Mais il resta dos contre le mur, trop loin, bien trop loin.

Dean soupira :

- Tu pourrais peut-être au moins laisser Sam faire des recherches ? D'ailleurs, pourquoi est-ce qu'il n'est pas avec nous ?

- Il est déjà au courant, lâcha Cas.

Le visage de Dean s'affaissa.

- Pardon ?

- Il m'a appelé, tout à l'heure, sans le vouloir, et j'ai pu lire furtivement dans son esprit. Il sait déjà. Il est d'ailleurs en train de regarder dans des livres en ce moment-même. Mais je doute qu'il comprenne… Personne ne sait.

Dean, cette fois, n'interrompit pas avec une question qui aurait pu faire taire son petit ami. Il le laissa venir tout seul, et aussi étrange que cela puisse paraître, cela fonctionna.

- Ce ne sont que des rumeurs, là-haut. Tout ce que l'on sait, c'est que Crowl – Tu sais qui se serait lié avec un autre démon, et qu'ils cherchent quelque chose. Je ne sais pas s'ils veulent voler, trouver, construire, ou kidnapper, et personne ne le sait. Il garde bien ses secrets.

Cas laissa un long silence, et Dean comprit qu'il n'en dirait pas plus. Il lui cachait encore quelque chose, il le sentait, mais il ne pourrait pas le pousser davantage. Pas avant qu'il ne se décide lui-même.

Il éprouva un sentiment proche du soulagement lorsque, en s'asseyant sur le lit, il fit signe à l'ange de le rejoindre, et ce dernier acquiesça et s'exécuta. Dean avait besoin de son contact, il avait besoin de le sentir près de lui, de sentir son odeur sur lui. Il avait envie de sentir ses mains caresser le corps de Dean là où les ématomes s'étaient transformés en vagues tâches bleuâtres. Il voulait retrouver la sensation d'un poing puissant dans ses cheveux, tiraillant ses racines et le poussant dans ses retranchements. Dean voulait cela. La main de Cas sur sa cuisse, rassurante, pleine de chaleur, était comme un appât, comme une sucrerie devant les yeux d'un enfant – Dean en voulait plus, il voulait que leurs peaux se touchent, ils n'avaient que faire de tout ce tissu qui les séparait.

Il déposa un baiser sur les lèvres de Castiel, qui serra la main sur sa cuisse. Dean interpréta cela comme un consentement, et le baiser se fit plus appuyé. Il passa une main derrière la nuque de l'ange et le pressa contre lui.

Cas posa les mains sur son torse et repoussa Dean.

Le chasseur ouvrit les yeux, confus, et chercha à croiser le regard de son compagnon, sans le trouver. Castiel, la tête basse, s'éloigna légèrement de Dean, mettant fin au contact de leurs mains.

- Cas ? Fit Dean d'une voix douce.

- Pardon, Dean, répondit celui-ci. On ne va pas pouvoir… pas ce soir.

Dean se retint de glousser face au fait que Castiel ne voulait pas appeler un chat un chat alors qu'il était de nature tout à fait différente une fois nu et contre lui. Il n'avait même pas besoin d'être allongé.

- Je ne peux pas, continua Cas, remplissant les blancs de Dean.

Le chasseur fronça les sourcils. Il ne voyait aucun inconvénient au fait que Castiel n'avait pas envie de peindre la chambre d'une autre couleur ce soi, et il ne l'avait jamais forcé à faire quoi que ce soit – surtout pas. En revanche, là, ce n'était pas un problème d'envie ou de volonté. Cas ne pouvait pas.

- Comment ça, tu peux pas ? S'enquit-il, inquiet. Il y a quelque chose dont tu veux me parler ?

Cas semblait soucieux, comme s'il avait peur que Dean se mette en colère. Alors que Castiel n'avait jamais eu peur de la colère de Dean – il ne l'aimait pas, comme il n'aimait pas leurs disputes, mais ça n'allait pas plus loin.

Pourtant, et l'ange le savait bien, il connaissait Dean par cœur, il n'allait sûrement pas se mettre en colère parce que Cas se refusait à lui. Il n'avait aucune raison de le faire, et il n'était pas en droit de forcer qui que ce soit, eût-il désiré le faire.

Le silence seul lui répondit.

- Non pas que tu aies besoin de m'expliquer, hein, fit Dean en agitant la main, mais, si jamais tu veux me parler de quelque chose…

Et puis, soudain, la connexion se fit.

- Attends – tu es blessé ?

Castiel se figea instantanément, prouvant à Dean qu'il avait touché juste. Ses lèvres devinrent une fine, fine ligne sur son visage.

- Tu veux pas que je te vois nu parce que tu es blessé ? Cas, pourquoi est-ce que tu peux pas te soigner ? C'était pas une lame angélique ? Qu'est-ce qui peut faire du mal à un ange de manière irrémédiable ?

Sans s'en rendre compte, Dean ne s'arrêtait pas de parler, de réfléchir à voix haute, car il était devenu clair que Castiel ne lui dirait rien. Le silence n'était plus qu'un vague souvenir, et la panique envahissait la petite pièce, parce que Cas était blessé et que pour une certaine raison, il ne guérissait pas, et ça devait être grave, sinon ils n'en seraient pas là.

Durant un très court instant, il se dit qu'il devait à tout prix voir où Cas était blessé, et si c'était grave. Durant une fraction de seconde, ses mains se levèrent d'elle-même et semblèrent se diriger vers le corps de Cas, se préparant à lui ôter sa veste, à déchirer les boutons de sa chemise, à lui retirer son pantalon – mais ce n'était plus parce qu'il avait envie de lui. Il était plus inquiet que jamais, et il avait besoin de voir.

« Je n'apprécie pas des masses que l'on me déshabille sans que j'aie donné mon accord. »

La voix de Sam lui fit l'effet d'un coup de fouet sur le visage. Il dut cligner des yeux plusieurs fois d'affilée pour retrouver son train de pensée. Tant pis pour sa curiosité, il ne déshabillerait pas Castiel. Il ne déshabillerait pas son homme, peu importait à quel point il avait besoin de voir la gravité de sa blessure pour se sentir mieux. Et étant donné le regard confus, désolé et gêné de son compagnon… il n'irait pas mieux une fois qu'il aurait vu par ses propres yeux.

- Je ne peux rien te dire, Dean, intervint enfin Cas lorsque le chasseur lui laissa l'occasion de parler. Je suis vraiment désolé.

Mais malgré toute la tolérance que Dean pouvait avoir, malgré tous les efforts qu'il faisait pour retenir sa frustration et sa colère, il ne trouva aucun mot pour réconforter son compagnon. Il resta silencieux, et au bout d'un certain temps, sortit de la pièce pour se diriger directement dans la salle de bain, laisser couler l'eau, et enfoncer son poing dans le mur, jusqu'à ce que les jointures le fassent souffrir, jusqu'à ce que la douleur chasse son sentiment d'impuissance et le noie sous la douche.


Quelques semaines plus tard, Dean se rongeait toujours autant les sangs à propos de Castiel. L'ange ne s'était pas montré depuis la fois où il avait presque avoué au chasseur qu'il était blessé et qu'il ne pouvait pas se soigner. Cela l'inquiétait énormément, bien évidemment, et l'apparent calme de Sam n'arrangeait rien. Dean avait l'impression que son frère ne voyait pas, ne pouvait pas voir à quel point il fallait qu'ils fassent quelque chose, qu'ils agissent, qu'ils le protègent, peu importait. Mais il ne se passait rien, et les prières de Dean n'avait plus aucun effet – l'ange ne venait pas, ne venait plus, et il pouvait très bien avoir totalement disparu de la surface de la terre sans qu'ils soient mis au courant.

Ses états d'âme les mettaient constamment en danger lors de leurs chasses. Sam devait faire deux fois plus attention que d'habitude, et Dean en était conscient et désolé, mais il n'arrivait pas à se concentrer, il n'arrivait pas à penser à autre chose qu'à Castiel. Toutes les nuits, il se réveillait, transpirant, l'angoisse tenaillant ses entrailles, essayant de se prouver que le rêve où ils retrouvaient le corps de Cas sans vie n'était qu'un rêve, ou celui dans lequel Castiel se faisant découper pièce par pièce de la main de Crowley ne pouvait pas être possible sans qu'ils le sachent. Mais ne pas savoir était le pire supplice, la pire torture qu'on ne lui ait jamais infligée. Il croyait voir l'ange à chaque coin de rue, il croyait l'entendre dès que le silence se faisait trop sourd.

Même maintenant, alors qu'ils mangeait, Sam absorbé par un livre apparemment très vieux dont les pages n'étaient retenues que miraculeusement par la reliure de cuir abîmée, lui le visage tourné vers le journal déplié sur la table à la recherche d'un nouveau cas intéressant, il pensait à Cas et son cœur cognait contre sa poitrine, et il était à deux doigts d'exploser et de renverser la table, tant il était frustré.

Soudain, du coin de l'œil, il remarqua quelque chose, quelque chose auquel il n'avait pas pensé depuis presque deux mois. Il se reporta immédiatement à la page indiquée et lit rapidement, comme absorbé par les pages.

- Sam, appela-t-il d'une voix grave et basse afin de ne pas faire sursauter son frère.

Il regarda son frère relever légèrement le menton pour montrer qu'il avait entendu, ses yeux parcoururent la page afin de finir la phrase qu'il était en train de lire, puis Sam déposa son index sur le papier à l'endroit où il s'était arrêté avant de lever les yeux.

- Oui ?

- Tu te rappelles de cette journée d'intégration à laquelle tu voulais aller ? A la ville d'à côté ?

Le regard confus que son frère lui adressa le fit rire intérieurement, le sortant partiellement de la cage d'angoisse dans laquelle il était prisonnier.

- Euh, ou – oui, pourquoi ?

- C'est dans une semaine. Tu veux y aller, ou pas ?

Dean vit la couleur de ses yeux briller d'un éclat différent, mais la lueur s'éteignit rapidement.

- Non, tu sais, ce n'est pas grave, on a sûrement des choses bien plus importantes à faire…

Le plus âgé se pencha en avant en refermant le journal.

- Allez, Sammy, ça nous changera les idées !

Il ne comprenait pas pourquoi son jeune frère refusait constamment l'idée, comme si cela dérangeait Dean, comme si lui-même n'avait pas vraiment envie d'y aller, comme s'ils avaient des choses plus importantes à faire. Tous deux savaient très bien que non, ils n'avaient rien de mieux à faire, et puis Sam avait toujours rêvé de participer à ce genre d'événements, spécial « entre étudiants ». Après toutes les choses que Dean lui avait pris, son enfance, son innocence, son opportunité d'apprendre et de briller… il pouvait au moins lui donner ça.

Mais Sam ne répondit pas. Il regardait devant lui, par-dessus l'épaule de Dean, les yeux écarquillés, la bouche ouverte. Dean se figea. Non. Non… ?

- C'est mardi prochain, n'est-ce pas ? Vous devriez vous y rendre.

Dean se leva d'un bond. Le sentiment qui envahissait son cœur était plus puissant que son inquiétude, plus puissant que tout ce qu'il avait pu ressentir ces dernières semaines. Il était soulagé. Sa voix, c'était bien sa voix, tout allait bien, il était en vie, et maintenant, Dean allait le garder avec lui, contre lui, dans lui, il allait dresser des murailles et quiconque tenterait de les dépasser périrait dans d'atroces souffrances.

Pourtant, lorsqu'il se retourna, tous ses espoirs s'envolèrent, laissant un vide dans sa poitrine, comme s'ils n'avaient jamais été là. Castiel se tenait là, en haut de l'escalier de ferraille, mais il ne tenait pas droit – appuyé contre la porte, sa poitrine se soulevait à un rythme irrégulier. Il avait le souffle court. L'expression de son visage était torturée, comme si son corps entier était traversé d'une douleur intolérable, insoutenable, et Dean avait envie de voler vers lui et de faire tout son possible pour que cette expression disparaisse, pour que Castiel retrouve son vrai visage.

Sam aussi s'était levé.

- Cas ? Qu'est-ce qu'il se passe ?

Dean ne s'accorda pas le luxe d'attendre. D'un bond, il sauta dans les escaliers et monta les marches quatre à quatre. Lorsque son pied toucha la dernière plaque de fer, il vit le corps de l'ange basculer en avant, comme s'il n'avait plus d'équilibre, comme si Castiel avait attendu le moment où Dean pourrait le rattraper pour tomber. Le chasseur le réceptionna doucement, en le retournant sur lui-même, et fit très attention à ne pas cogner sa tête contre la rambarde de l'escalier. Agenouillé, Dean caressa la joue de l'ange de sa main libre, incapable de dire quoi que ce soit.

Des bruits de pas lui indiquèrent que Sam arrivait derrière eux. Dean sentit la main de son frère sur son épaule, mais il la dégagea d'un mouvement angoissé. A son plus grand désarroi, une quinte de toux secoua le corps tremblant – tremblant – de Castiel, et du sang s'échappa de sa bouche, coulant sur son menton, tachant sa chemise blanche qui…

Sa chemise. Sa chemise.

Les vêtements de Castiel étaient couverts de sang. Son trench coat était à peu près en bon état, ce qui expliquait qu'il ne l'ait pas remarqué de suite, mais sa chemise était rose, comme s'il avait essayé de la laver lui-même après qu'il ait saigné de multiples fois dessus. Sa cravate était tâchée d'éclaboussures sombres.

- Je suis désolé, marmonna Cas lorsqu'il eut évacué assez du sang qui envahissait sa bouche pour pouvoir parler. J'aurais dû… vous en parler plus tôt.

- Pas de ça avec moi, Cœur, coupa Dean d'un ton pressant. Explique-nous.

Il posa un baiser humide et inquiet sur le front de l'ange, avant de se rendre compte que Sam était juste derrière lui, et qu'il venait de l'entendre appeler Cas « Coeur », et que, et que…

A l'intérieur de lui, il eut l'impression que son âme se levait brusquement de sa chaise et renversait la table. Plus rien n'avait d'importance à présent. Plus rien.

- Dean, je…

Mais soudain, Cas leva des yeux exorbités au plafond. Sa bouche s'ouvrit d'un seul coup, hurlant un cri inaudible, et ses mains, jusque là inertes, s'accrochèrent désespérément au pull de Dean qui renforça sa prise sur le corps de son compagnon. Son dos s'arqua brutalement.

- Cas ! Cria Dean sans réfléchir.

Ses oreilles bourdonnaient, et il se sentait à deux doigts de vomir. Il ne savait pas quoi faire. Pire même, il était quasiment sûr qu'il ne pouvait rien faire.

- Bouge !

La voix de Sam le prit à la gorge. Sans comprendre, il regarda derrière lui et vit son frère, une seringue dans la main, le visage fermé et résolu.

- Qu'est-ce que…

- Bouge, Dean !

Dean s'exécuta immédiatement. A contre cœur et comme si on lui arrachait sa propre âme, il laissa Cas sur le sol, se tordant de douleur, aucun son ne sortant de sa bouche. Il convulsait. Castiel convulsait, et il bavait, et il toussait et crachait du sang, et ses ongles griffaient le sol à la recherche de ce qu'il ne pouvait trouver, et il luttait pour respirer, râlant tant qu'il pouvait. Sam se pencha en avant, tourna d'un seul coup bref et puissant la tête de l'ange sur le côté, et enfonça l'aiguille dans la jugulaire. Au moment même où ce que contenait l'aiguille pénétra le corps de Cas, ses tremblements cessèrent complètement. Il ferma les yeux. C'était comme s'il dormait.

Dean mit un certain temps à se remettre du choc.

- Qu'est-ce que c'était ? Demanda-t-il finalement en pointant du doigt la seringue vide tombée au sol.

- De la morphine, déclara Sam sur un ton neutre en prenant le pouls de l'ange. On ne va pas avoir beaucoup de temps.

Dean cligna des yeux.

- Beaucoup de temps pour quoi ?

Sam lui fit signe de prendre le corps de Castiel dans ses bras, ce qu'il fit, le poids inerte lui noyant le cœur d'incompréhension et de chagrin, avant de pincer les lèvres à son intention.

- Tu n'as pas compris ?

- Compris quoi ? Fit Dean, dont le cœur s'accélérait.

- Cas. Son vaisseau ne le supporte plus. Il va l'éjecter très bientôt.


Et me revoilà.

Bon, ce chapitre est plus long que les autres, c'est pourquoi j'ai besoin que vos méninges tournent et que vos doigts me disent ce que vous en pensez ! Quelques questions pour vous lancer : aviez-vous compris la dernière révélation de Sam à propos de Cas avant qu'il ne le dise ? Que pensez-vous de ce retournement de situation ? Qu'est-ce que Crowley peut bien avoir en tête ? Et enfin, je répète ma question initiale : avez-vous vu où se trouve le lien entre la bande à Tim, et la Team Free Will ?

Je me répète, je sais, mais n'hésitez pas à laisser un petit commentaire, ça fait toujours plaisir.

Sur ce, mes amis, merci d'être passé, merci d'avoir lu, et n'oubliez pas de commenter ! On se retrouve dans deux semaines !

PS : Ouais, j'suis mega fière de vous laisser non seulement sur le cliffhanger du chapitre précédent, mais aussi sur celui-ci. Double suspense. Apparemment sans aucun lien...