Bonjour tout le monde ! Comment ça va aujourd'hui ? Comment s'est passée votre rentrée au collège/lycée/post-bac ? N'hésitez pas à me raconter votre vie dans les commentaires... ^_^
Je vous retrouve donc alors que la team Yliana a déjà rencontré nos deux "agents du FBI" préférés, et Alice vient tout vraisemblablement de se faire posséder. Cela dit, au cas où ce ne serait pas encore clair (ça l'est pour moi, puisque j'écris, mais je ne sais pas si c'est le cas pour vous... dites-moi !), il y a un décalage temporel entre ce qui arrive aux Winchester et ce qui arrive à la bande à Tim - quelques mois, pour être un peu plus précise. Cela signifie que vous avez déjà lu la rencontre d'Yliana et Morgane avec Sam et Dean, mais que du côté de l'autre Ecureuil et de l'Elan, cela ne s'est pas encore produit.
Ne vous inquiétez pas cependant, car ces deux-là auront très bientôt rattrapé leur retard. L'action du chapitre que vous êtes sur le point de lire se déroule en effet sur un peu plus d'un mois.
Vous l'aurez donc compris, pas de Morgane, d'Yli, d'Alice ou Alex (et on oublie pas Eléonore) pour cette fois-ci, mais on retrouve Sam et Dean alors que ce dernier vient de comprendre (après une déclaration éloquente de Sam) que Castiel ne peut plus rester dans le corps de Jimmy Novak. Gardez dans un coin de votre esprit les magouilles pour le moment bien cryptiques de Crowley, car bien sûr, notre Roi des Enfers préféré n'est pas le dernier en ce qui concerne les manigances les plus retorses, et il n'a certes pas choisi son moment pour commencer à exécuter ses plans au hasard.
Cette introduction a déjà duré bien trop longtemps, alors c'est avec un très grand plaisir que je vous livre ce chapitre, que j'apprécie beaucoup plus que les précédents.
Warning : Description très implicite de scène sexuelle, violences, maladie (pour Castiel) (ouais, je sais pas comment dire ça autrement).
Chapitre 8 : Castiel
Dean n'avait pas dormi.
Le soleil devait déjà s'être levé, mais il n'en savait rien, dans la chambre sombre du bunker. Il était resté immobile toute la nuit, incapable de se lever, incapable de fermer l'œil, conservant le silence malgré l'envie de hurler qui le saisissait aux entrailles chaque fois qu'il regardait le visage souffrant, humide de sueur, tordu de douleur de Castiel qui, lui, dormait.
Oui, Castiel dormait. C'était justement cela qui empêchait Dean de dormir.
Ainsi donc, le corps de Jimmy Novak n'avait pu supporter l'ange à l'intérieur de lui. Cela faisait bien longtemps que l'âme de Jimmy avait délaissé son corps, offrant une coquille vide spécialement conçue pour Castiel. Dean pensait pourtant qu'il pouvait y rester pour toujours. En fait, le chasseur n'avait jamais vraiment posé la question, le doute ne l'avait jamais effleuré, il avait vécu l'idylle sans se soucier des dangers qui les menaçaient. Mais maintenant, Cas devait quitter ce corps pour en trouver un autre. Dean avait du mal à se faire à l'idée, à se dire que la prochaine fois qu'il embrasserait Castiel, ce serait sur des lèvres étrangères, et lorsque leurs regards se croiseraient, ce serait des yeux différents, et – toutes ces petites choses qui torturaient son esprit humain.
Malheureusement, ce n'était pas aussi simple. Dans le bunker, protégé du monde extérieur et de ses dangers, Castiel ne pouvait pas chercher de nouveau vaisseau approprié pour lui. Et bien que l'idée ait effleuré Dean de nombreuses fois, Sam et lui ne pouvaient pas décemment kidnapper des religieux pour les emmener ici. Ils avaient pensé à voler un corps à la morgue, mais Castiel avait assuré que même s'il le voulait, il ne pouvait pas posséder un cadavre dont l'âme n'avait pas donné sa permission.
Ainsi, ils n'attendaient qu'une chose – que Castiel s'échappe de lui-même du corps de Jimmy Novak et trouve, sous forme de grâce, un nouveau corps à posséder. C'était risqué, mais c'était le plus sûr – sous cette forme, l'ange était volatile et libre, et il avait moins de chance de se faire attaquer par des Démons ou tout autre être maléfique. Mais Castiel voulait rester le plus longtemps possible dans ce corps, son corps. Dean comprenait très bien pourquoi. Dès le moment où l'ange abandonnerait Jimmy, laissant une coquille vide derrière lui, il perdrait toute la mémoire des sens qu'il avait accumulé au fil des années, et avec cela, la mémoire des muscles de Dean roulant sous ses doigts, la sensation sans pareille d'être à l'intérieur de lui, de sentir son corps se resserrer autour de lui, sous lui. Les images qui lui resteraient seraient floues, les sons seraient moins riches, moins détaillés, et tous ses souvenirs se feraient presque imaginaires.
Ils en avaient parlé il y avait moins de trois jours, alors que Cas était éveillé et n'oscillait pas entre le sommeil et l'inconscience. Dean aurait voulu… Il aurait voulu que l'ange lui fasse l'amour une dernière fois, avec ce corps. Mais il était trop faible pour ne serait-ce que l'envisager. Et quand bien même – la coquille de l'ange était dans un état déplorable. Des bouts de chairs s'arrachaient par pans entiers de son corps, des plaies suintaient sur ses bras, ses jambes, son abdomen, et ses muscles commençaient à ne plus lui obéir correctement. Castiel n'arrivait des fois pas du tout à bouger ses bras, mais Dean ne savait pas si c'était parce qu'il était trop faible pour le faire, ou si c'était parce que son corps ne lui obéissait plus. Pour l'empêcher de se décomposer trop vite, ils avaient déposé l'ange nu sur un matelas de coton, limitant le contact avec des tissus agressifs qui auraient pu lui provoquer des brûlures. Même son visage n'avait pas été épargné. Dean n'osait plus le toucher, de peur qu'il se volatilise sous ses yeux, de peur que son corps tombe en poussière et qu'il n'ait que le temps de voir la douce lueur bleue s'échapper de la pièce.
Pour autant, il ne l'abandonnait pas. Loin de là – depuis que l'ange s'était écroulé et avait perdu connaissance dans ses bras pour la première fois, il était resté avec lui, ne quittant jamais ses côtés, écoutant et respectant attentivement toutes ses demandes lorsqu'il se réveillait. Aujourd'hui encore, il se réveillait dans la même chambre de Cas, dont la respiration était encore plus chaotique que la veille. Il transpirait abondamment, et le réflexe de Dean aurait été de lui appliquer une serviette mouillée d'eau froide sur le front, s'il n'avait pas eu peur que la peau reste sur la serviette.
Cas n'allait pas mourir, mais tout cela, pour Dean, avait l'odeur désagréable du deuil.
Sam était sorti. Il avait besoin de se sortir la tête de ses livres, au moins pour un moment. Il n'aurait jamais cru pouvoir dire cela un jour, mais il était fatigué de chercher.
Il comprenait très bien pourquoi Dean ne voulait pas perdre le corps de Castiel. Même si l'ange ne mourrait pas, il reviendrait dans le corps d'une personne différente, et cela n'était pas au goût de Dean. Mais il comprenait. Si Jess avait eu un corps totalement différent du jour au lendemain… eh bien, il aurait préféré cela à sa mort, mais il comprenait tout de même.
Il était sorti aussi parce qu'il avait assez respiré l'atmosphère emplie de deuil et d'idées macabres qui entourait Dean partout où il allait. Il faisait tout son possible pour relativiser pour deux, mais il sentait l'agacement de son frère, plus que son détachement. Sam n'arrivait tout simplement pas à lui changer les idées – cela faisait toute une semaine qu'ils ne s'étaient pas occupés de quoi que ce soit de surnaturel. Dean restait dans la chambre de Castiel, oubliant de se nourrir certains jours, attendant patiemment le moment où Castiel rendrait son dernier souffle.
Il soupira longuement. Une promenade nocturne lui faisait toujours du bien. Il avait froid, c'était vrai, mais tant pis – il avait besoin de cette solitude, de cette liberté de pensée, et la nuit, pétillante d'étoiles, silencieuse comme une ombre, lui offrait tout cela.
Mais bien entendu, toutes les impressions de bonheur étaient passagères.
Sam devina qu'il était suivi avant même de se retourner. Il avait appris à écouter ce que son corps lui disait, et le frisson qui venait de lui parcourir l'échine était un des signes qui ne trompaient pas.
Il sortit son téléphone de sa poche et fit comme s'il vérifiait ses appels. Il bénissait les gros écrans des smartphones d'aujourd'hui. Il était très aisé de vérifier qui était derrière soi en jetant un coup d'œil à l'écran bloqué. Et il avait raison – quelqu'un le suivait. De là où il se trouvait, il voyait un homme, couvert d'un manteau long et large, une casquette sur la tête couvrant son visage. Il se trouvait à une cinquantaine de mètres derrière lui, mais le plus inquiétant était que l'homme ne paraissait prendre aucune précaution pour se cacher de lui. Il aurait très bien pu montrer son visage directement. Sa démarche indiquait qu'il le suivait. Soit c'était la première fois qu'il filait quelqu'un, soit il n'avait pas besoin de faire attention. Dans les deux cas, il était dangereux.
Sam hésita quelques instants avant de se retourner d'un bloc et de faire face à l'inconnu.
- Je peux vous aider ? S'enquit-il d'un ton poli.
Toujours rester poli. Toujours.
L'homme ne répondit pas tout de suite. Il attendit d'abord d'arriver à sa hauteur, et une fois qu'il fut à quelques pas de lui, il répondit, d'une voix grave et neutre.
- En fait, oui.
Il était fin – extrêmement fin et grand. Il releva la tête, laissant à Sam l'occasion de voir des joues creuses, des yeux enfoncés dans leurs orbites, et un teint cireux.
- Vous avez sans doute rencontré mes subordonnées ?
Sam haussa les sourcils d'étonnement au mot « subordonnées ». Il avait déjà compris que l'homme était un démon, mais il n'aurait jamais pensé qu'il était distingué. Même sa voix avait un ton nasillard, presque méprisant.
- C'est exact, répondit-il sur le même ton.
Le démon eut un petit rire extrêmement déplacé et tendit la main à Sam. Entre ses longs doigts noueux, il tenait un bout de papier comportant, comme le chasseur s'y attendait, la même adresse que les deux autres.
Sam ne prit pas la note tout de suite.
- Qu'est-ce qu'il y a, là-bas ?
Le démon sourit, dévoilant des dents plus blanches qu'un fantôme.
- Seul l'avenir vous le dira. Mais tenez-vous cela pour dit : Crowley vous attend, et il commence à être impatient.
Le démon, voyant que Sam n'était pas prêt de lui prendre le bout de papier des mains, le laissa tomber. Le chasseur cligna des yeux, et il se retrouva seul.
Sam fronça les sourcils. Il resta alerte un instant mais il conclut très vite que personne n'allait lui sauter dessus et l'attaquer, ni par derrière, ni par devant. Il était seul avec ses questions.
Il décida que sa promenade était terminée – il avait envie de faire des recherches sur cette adresse de toute façon. Il ne ramassa pas le bout de papier, ayant en mémoire le nom de la rue et le numéro de la porte, mais il entama le chemin de retour vers le bunker.
Plus il y réfléchissait, plus il avait une impression étrange. Au même titre que les cheveux qui se hérissaient sur sa nuque, il avait l'impression que l'on complotait contre eux, mais il n'avait aucune idée de la raison, ni même qui complotait exactement. Crowley, oui, il en était certain, mais il avait vaguement le sentiment que le démon qu'il venait de voir était tout aussi important que le Roi des Enfers.
Il pinça les lèvres, pensif. Il en était presque sûr maintenant – on voulait les éloigner du bunker. On ne les voulait pas ici. C'était évident, maintenant qu'il y pensait. Il se trouvait presque idiot de n'y avoir pas pensé plus tôt. C'était pour cela, que Crowley n'était pas venu directement – c'était pour cela, qu'il les harcelait avec des Démons mineurs depuis quelques mois.
Il n'avait qu'une idée en tête maintenant – convoquer Crowley, le faire venir chez eux, lui soutirer la raison pour laquelle il ne les voulait pas ici. Cela n'annonçait rien de bon. Inconsciemment, Sam accéléra le pas. Il espérait que Dean allait bien.
- Qu'est-ce que tu veux dire par « Crowley veut nous éloigner d'ici » ? S'écria Dean, paniqué.
Par miracle, Sam avait réussi à tirer son frère du chevet de Castiel, à grands signes inquiets et coups d'œil soucieux.
- Attends, tu veux dire que ce fils de pute nous fait chier depuis dès mois parce que… parce que quoi, en fait ?
Dean n'était pas d'humeur à faire taire le flot d'insultes qui jaillissait avec grâce de sa gorge, mais Sam ne releva pas.
- Aucune idée, fit-il. Je comptais faire quelques recherches. Mais de ce que j'ai pu comprendre… Ca se passe demain.
Dean s'étrangla sur la gorgée de bière qu'il venait de décapsuler.
- Demain ?! Mais on peut rien faire, demain. Cas…
Il se tut, soudain dans ses pensées. Sam soupira longuement. Bien sûr qu'il ne pouvait rien faire demain. Ni après-demain, et encore moins le jour d'après. Parce qu'il fallait surveiller Castiel, même si Castiel n'avait rien à surveiller, et parce qu'il fallait qu'il reste jusqu'à la dernière minute, la dernière seconde. Sam se rendit compte, brusquement mais aussi tout en douceur, qu'il en avait assez.
- Dean, sors-toi ton copain de la tête juste une seconde. On a deux options : soit on trouve d'ici demain ce que Crowley est en train de faire, et on essaie d'empêcher que cela arrive, soit on s'éloigne de la zone et on prend Cas avec nous. C'est tout.
- Cas n'est pas mon…
Pris de court, ce fut la seule réplique que Dean parvint à articuler avant de se rendre compte du poids immense de la phrase de son frère. L'aîné Winchester avait l'habitude qu'on le taquine – il fallait le dire, Castiel ne s'était jamais vraiment caché, tout juste parce que Dean le lui avait demandé. Mais là, c'était différent. Son frère venait de lui annoncer qu'il savait, il était au courant, et tout… tout s'effondrait. Tout ce qu'il avait construit s'effondrait. Il n'avait pas prévu cela. Tout autant surpris que lui, Sam le regarda faire un pas en arrière, sur la défensive. Il pinça les lèvres et attendit que Dean dise quelque chose, mais ce dernier ne dit rien. Rien du tout.
- Depuis quand tu es au courant ? Fit-il enfin, le souffle court, en évitant soigneusement de le regarder en face.
Sam écarquilla les yeux. Il était d'avis que son frère se pencherait d'abord sur la journée de demain, avant d'éviter soigneusement l'autre question, mais visiblement, il s'était trompé. Il était loin d'être prêt à avoir cette conversation, lui aussi.
- Je n'en sais rien, répondit Sam. Depuis quelques années, je suppose ? Avec Cas…
Il fit un vague geste de la main.
Dean avait délaissé sa bière, l'avait posé sur le côté, et n'avait pas envie de la reprendre. Il n'avait pas envie de reprendre quoi que ce soit, en fait.
- Dean ?
L'interpellé croisa le regard de Sam par réflexe, mais son visage était fermé. Fermé, comme toujours lorsqu'il avait honte de lui-même.
- Dean, c'est… c'est bien, d'accord ? Je m'en fiche. Sincèrement. Je…
- Je ne suis pas gay, déclara Dean d'un ton neutre.
Cela fit taire Sam, qui resta un moment la bouche ouverte.
- Je suis bi, Sam. Ok ? J'ai jamais menti à qui que ce soit, et je… Avant Cas, je…
- Je ne te demande pas un compte rendu détaillé des gens avec qui tu couches, Dean. Vraiment. Je veux juste que tu saches que… je suis au courant, tout le monde dans cette maison est au courant, et voilà. D'accord ? C'est tout. Sois toi-même.
Dean resta immobile et silencieux. Il ne laissait rien paraître, mais Sam connaissait son frère – il ne s'attendait pas à une telle réaction. Sam ne put s'empêcher de penser qu'il n'aurait pas dû mettre ce genre de sujet sur la table, pas avant que Dean n'ait réuni tout le courage de lui dire un jour, s'il voulait lui dire un jour.
- Tu es mon grand frère, ajouta-t-il pour le convaincre. Et tu es le même. Et…
- Non, ne dis pas je t'aime, Sam, fit la voix de Dean, comme sortie d'outre-tombe, grave et malade. On est pas des nanas.
Il eut un sourire en coin étrange, et Sam vit la reconnaissance sur son visage. Mais comme le grand l'avait prévu, Dean leva sa bière vers lui, but une gorgée, puis prit un verre et une bouteille de scotch dans la cuisine. Après cela, il tourna les talons. Quelques instants plus tard, Sam entendit la porte de la chambre de Cas claquer, et la bouteille de scotch cogner contre le rebord du verre, résonnant à ses oreilles.
Il souffla en se rendant compte qu'il avait cessé de respirer depuis sa dernière réplique. Son cœur battait la chamade. Ca s'était bien passé, il en était certain. Sûr, même – maintenant que Dean était parti et qu'il se retrouvait seul avec ses pensées, il s'en rendait compte. Il fallait juste que ça sorte. Et maintenant que c'était sorti… Eh bien, il ne lui restait plus qu'à tenir la chandelle.
Il sourit. Il avait hâte de voir son frère totalement heureux.
Mais sa réjouissance ne dura guère lorsqu'il se rendit compte que Dean ne lui avait pas dit ce qu'il voulait faire demain. Sam avait proposé de partir et prendre Castiel avec eux afin que Dean puisse rester à ses côtés, mais maintenant, il voyait aussi qu'ils pouvaient protéger l'ange s'ils le prenaient avec eux. De plus, si Castiel pouvait sortir, être hors du bunker, il pourrait projeter sa perception aussi loin qu'il le pouvait pour trouver un corps prêt à l'accueillir. Alors que s'ils devaient tous rester là… Qui sait ce qui allait arriver ? Pouvait-il vraiment l'empêcher, maintenant ?
Sam prit à son tour une bouteille de bière dans le frigo, la décapsula avec un couteau – le décapsulage dentaire était réservé à Dean – et s'assit devant la longue table d'études des Hommes des Lettres. Il était déjà minuit passé, il n'avait donc plus que quelques heures pour lire autant de pages de livres qu'il pourrait, mais s'il devait faire cela pour Dean, il le ferait. Sans aucune hésitation.
Il ouvrit un ouvrage imposant dont la couverture était marquée du sigle des Hommes des Lettres et commença à lire.
Ce fut la voix de Cas qui réveilla Dean, le lendemain matin. Comme prévu, et bien qu'il en soit toujours surpris lorsque le matin arrivait, il s'était endormi sur une chaise, un verre à moitié plein – ou à moitié vide – au sol, la bouteille de scotch presque vide à portée de main. Il avait l'impression qu'une massue lui martelait l'intérieur du crâne, et il n'arrivait pas à ouvrir les yeux, la lumière du matin agressant ses pupilles sensibles. La première chose dont il prit conscience fut l'humidité sur sa joue – comme toujours lorsqu'il buvait, il bavait en abondance. Cela n'avait rien de surprenant.
Il mit un certain temps à se souvenir de l'endroit où il se trouvait, de la raison pour laquelle il avait bu la veille, ainsi que ce qu'il avait réveillé.
- Dean.
Cette fois-ci, Dean sursauta violemment. Il se rappela de tout et, de choc, faillit renverser la bouteille qui se trouvait à ses pieds d'un mouvement trop brusque. Mais son instinct de préservation d'alcool était plus fort que tout.
Tout lui revint en mémoire – Castiel qui n'allait pas bien, Crowley qui les harcelait sans raison évidente, et Sam qui avait appris… Sam qui avait appris.
Non. Non, non, non. Dean n'était pas prêt pour ça. Il n'était pas prêt pour…
- Dean ?
Il releva la tête, et tout disparut.
- Cas, fit-il en se levant d'un bond pour être au chevet de son amant. Cœur. Comment ça va ?
- J'ai connu de meilleurs jours, répondit Cas en toussotant d'une voix très faible. Mais ça va. Je me sens plutôt bien aujourd'hui.
- Ca veut dire que… ?
- Non, répondit Cas alors que la fin de la question ne venait pas, ça ne veut pas dire que je peux rester là. Je suis désolé, Dean.
- C'est pas ta faute.
Dean hésita un instant mais finit par prendre la main de l'ange dans la sienne. Elle était glacée, comme celle d'un mort, et Dean se demandait si le sang y circulait encore. Etait-ce pour cela que Cas se sentait mieux ? Parce que le corps de Jimmy Novak ne fonctionnait plus du tout ? L'ange… n'avait plus de consistance, si son corps était mort. Ce n'était même pas son corps. C'était une coquille vide dans laquelle il avait élu domicile. Tout semblait soudain si… futile ! C'était comme si Dean venait de se réveiller d'un rêve où toutes les couleurs étaient teintées de bleu clair, brillant, à la couleur de la grâce de Castiel.
Malgré la réticence apparente dans les yeux de Dean, Castiel essaya de se redresser doucement, comme pour s'asseoir. La main du chasseur vint soutenir son dos, nu et sanguinolent, et il reposa totalement son poids sur celui-ci. Il parcourut la petite pièce du regard, comme s'il n'avait qu'un vague souvenir d'avoir dormi ici – ou, faute d'avoir dormi, d'être resté couché ici – pendant presque une semaine. Il fronça les sourcils lorsqu'il rencontra la bouteille de scotch et le verre, à côté de la chaise de Dean.
- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? S'enquit-il.
Le chasseur tenta de se dérober au regard de l'ange, mais Castiel serra sa main dans la sienne, pour le rassurer autant que pour l'amener à avouer par lui-même pourquoi il avait passé la nuit à boire. Il sentit la main de Dean trembler. Quelque chose était-il arrivé pendant qu'il restait là, à savourer les souvenirs de sa vie à l'intérieur de Jimmy Novak ? Non, c'était impossible, il aurait été immédiatement au courant, même inconscient, même restreint…
- C'est Sam, lâcha Dean dans un souffle. Il est au courant.
Castiel dut réfléchir quelques secondes avant de se rappeler que leur amour ne faisait pas partie des mœurs, pas dans ce monde. Il sourit.
- Tu lui as dit ? Je suis heureux, Dean.
- Non, pas vraiment, en fait, interrompit le chasseur d'une voix enrouée. En fait, il m'a dit que ça faisait longtemps qu'il savait. Il a dit aussi que… que j'étais toujours son frère, et que…
- Honnêtement, votre monde est en retard sur énormément de choses, interrompit Cas en toussotant et crachant un nouveau mollard sanglant au passage. Dean, il n'y a aucune honte à avoir. Tu le sais, n'est-ce pas ?
Dean hocha la tête. Castiel pouvait sentir que son amant désirait rajouter quelque chose, mais il pouvait presque sentir physiquement la boule qui lui obstruait la gorge et qui empêchait tout mot de sortir sans qu'il dût boire une gorgée de whisky pour se sentir mieux.
L'ange voulut se lever mais, se souvenant qu'il n'y arriverait pas quoi qu'il essaie de faire, il commanda :
- Approche-toi.
Dean s'exécuta, presque heureux de remettre des décisions simples qu'il devait prendre entre les mains de quelqu'un d'autre, entre les mains de Cas.
L'ange leva la main qui tenait celle de Dean et la porta à la joue de son amant. Il pencha la tête en avant et l'embrassa. Ses lèvres charnues étaient un bonheur, après plusieurs jours où il n'avait cessé de ressasser des souvenirs qui ne resteraient pas, qui n'avaient pas de place dans sa mémoire. Il sentit la faiblesse de Dean à travers ce baiser, et en bougeant ses lèvres contre les siennes, en ouvrant sa bouche et en osant s'aventurer jusqu'à la langue du chasseur, Cas essayait de le convaincre de lui donner cette faiblesse, de s'en débarrasser, de laisser l'ange s'en occuper et la faire disparaître, pour un moment seulement.
Dean, lui, essayait de faire le tri dans ses pensées. Les lèvres de Castiel étaient glaciales mais vivantes, et la passion que son compagnon offrait dans ce baiser, toutes les promesses non dites que Dean avait besoin de sentir, tout était là, dans les douces et puissantes caresses qui secouaient son corps entier, même jusqu'à la main qui glissait sur sa nuque et empoignait ses cheveux. Sans force, comme si aucune muscle n'y résidait, mais elle était là, et peu importait si Dean avait besoin que Castiel le prenne là, tout de suite, qu'il le retourne et le pénètre, ventre sur la table, mains derrière le dos, tant pis s'il avait besoin de sentir une dernière fois ses mains infliger des bleus sur tout son corps. Ce baiser était la promesse que…
Dean n'avait pas de mots, et Castiel non plus. C'était une promesse, et ça leur suffisait.
Soudain, Castiel se recula violemment. L'élan le fit basculer en arrière, et il tomba de la table. Sa tête rencontra abruptement le sol. Le bruit figea Dean sur place durant un instant.
Les yeux révulsés, Castiel convulsait. L'écume commençait à abonder dans sa bouche et déborder. A l'intérieur du corps malade, la grâce de Castiel attendait patiemment, très patiemment que tout se termine, attendait d'être éjectée hors de ce corps qui n'était pas le sien. Ses bras et jambes prenaient des angles étrange, mais l'ange ne pouvait déjà presque plus le sentir – c'était la fin, la fin de la vie de Castiel dans le corps de Jimmy Novak.
Il se fraya un chemin entre le cœur et le cerveau de Jimmy et s'extraya doucement, tout doucement, du corps. Il savoura un instant le sentiment étrange et inhumain de regarder son propre corps de l'extérieur et d'en sentir ne serait-ce qu'un peu les sensations.
Sa perception surnaturelle se tourna vers Dean, à quelques pas de lui. Castiel chercha par tous les moyens à imprimer la notion physique du corps de Dean en lui, forçant sa grâce à le regarder avec des yeux d'hommes, intimant sa mémoire sensorielle à se souvenir de chaque trait de son visage, ses cheveux, ses sourcils, sa bouche si charnue, sa…
Il réintégra brutalement le corps de Jimmy Novak, et hurla.
Le cri presque inhumain sortit totalement Dean de sa catatonie. Le chasseur se précipita aux devants de Castiel :
- Cœur ? Cas, qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce qui t'arrive, merde !
Mais le brun ne cessait d'hurler, comme si son corps entier était soumis à un poids phénoménal. Il ne pouvait pas entendre de craquement, mais il était quasiment que chaque os de son corps se brisait en mille morceaux, tous en même temps. De douleur, il ferma le poing et l'enfonça dans le sol, dont le carrelage se brisa autour de son poing. Tous ses muscles se tendaient et se détendaient à un rythme irrégulier, et bien trop rapide pour qu'il puisse reprendre le contrôle.
Il entendait les cris de Dean, mais n'arrivait plus à comprendre ce qu'il disait. Il n'avait plus qu'une seule certitude, la seule qui dépassait la douleur, la torture à laquelle était soumise son corps – ce qui lui arrivait n'était pas normal, et encore moins sain. Cas était sur le point d'exploser de l'intérieur.
Si cela continuait, il le sentait. Il allait mourir.
Il eut comme l'impression de sentir deux mains glaciales sur sa gorge. Brusquement, les mains se resserrèrent, et Cas laissa échapper un gémissement étouffé, tentant par tous les moyens de retrouver l'air dont il manquait. Il n'avait plus aucun contrôle de son corps, mais il était désespérément coincé à l'intérieur, les barrières qu'il avait lui-même érigé ne lui obéissaient plus et se refermaient sur lui, sur sa grâce, sur son existence même.
Il ne voyait plus rien, ne sentait plus rien, à part ses mains, ses multiples mains qui immobilisaient son corps, qui forçaient sa grâce à rester à l'intérieur, mais il se débattait, entouré de néant et hors de toute compréhension, il se battait pour sa survie et il n'aurait jamais cru un jour pouvoir se battre de manière aussi féroce.
Il finit par voir une ouverture.
Il ne réfléchit pas longtemps. D'un coup bref, il se libéra et fonça, fonça aussi vite qu'il pouvait.
Il n'eut pas le temps de regarder derrière lui, pas le temps de comprendre ce qui lui arrivait – mais il sentait qu'on était après lui. Il était poursuivi, et il devait courir vite, très vite, trouver quelqu'un, trouver quelqu'un qui accepterait de lui donner son corps et de marcher avec lui, trouver quelqu'un qui…
Il avait oublié la sensation de n'être qu'un ange sans vaisseau. Il était aveugle, sourd, muet, et la seule chose qu'il percevait était la présence spirituelle des autres créatures tout autour de lui. Il était cependant extrêmement pressé, et n'avait pas le temps de redécouvrir sa vraie nature. Il devait trouver quelqu'un, et vite. Il sentait déjà l'atmosphère froide et gluante lui tourner autour, comme un vol de corbeau prêt à lui dévorer les yeux dès le moindre signe de défaillance.
Castiel perçut brusquement un groupe d'humains. Un groupe d'êtres, un énorme groupe d'êtres – ils étaient très nombreux. Mais il était blessé, et exténué, et il ne savait pas s'il pouvait encore tenir bien longtemps.
Il toucha plusieurs âmes en même temps, demandant la permission à la va-vite, mais aucun d'entre eux ne l'écoutait, aucun d'entre eux ne comprenait les enjeux, et il était presque sûr que la plupart ne pouvait même pas le percevoir. Jusqu'à ce qu'il tombe sur cette âme.
Cette âme… était belle. Elle était belle, blanche, innocente et pleine de valeurs dont il avait besoin pour se présenter. Malgré les agresseurs sur ses talons, il décida de prendre son temps. Il murmura quelques mots, voulut se présenter, lui expliquer ce qui allait se passer. Mais alors même qu'il faisait cela, l'âme se rétracta immédiatement – elle se fit petite, condensée, boule de sentiments négatifs et anxieux. Tâchée de rouge, elle n'était plus belle du tout, elle était devenue… abîmée. Affaiblie.
Et elle avait besoin d'aide.
Castiel dut mettre toutes ses valeurs éthiques de côté pour faire ce qu'il allait faire. Il détestait forcer le passage, cela lui rappelait bien trop les Démons qui pouvaient prendre n'importe quel corps humain pour se déplacer librement sur ce plan d'existence, mais là, dans l'immédiat, il en avait besoin. C'était une urgence. Il avait le droit… Non, il n'avait pas le droit, mais il devait le faire. Pour Dean.
Pour Dean.
L'âme rouge, emplie de douleur et de peur, s'ouvrit brutalement, comme si elle répondait à la question silencieuse de Castiel. « J'ai besoin de ton aide ». C'était presque un oui. Ce n'était pas si éloigné que cela d'un oui total, consensuel.
L'ange se faufila dans le corps de l'âme. Quelques instants plus tard à peine, ses agresseurs se refermaient sur lui. Il ne ressentit plus rien. Il se laissa glisser, lentement, et eut vaguement l'impression qu'on lui passait des chaines autour des poignets et des chevilles. Il ne savait même pas qu'il avait des poignets et des chevilles. Où était-il, qu'était-il, que faisait-il ?
Mais alors qu'il se posait ces questions, il sombra dans l'inconscience, l'image d'une belle jeune femme aux cheveux bruns et aux lèvres charnues sur l'envers de sa paupière.
Et me revoilà.
Si tout va bien, vous venez tout juste de comprendre dans quel corps la grâce de Castiel s'est engouffrée. Dites-le moi dans vos commentaires !
Sinon, pourquoi l'âme à qui Castiel a à grand peine demandé la permission est-elle rouge ? Que se passe-t-il avec cette personne ?
Et bien évidemment, qu'est-ce qui vient d'arriver à Castiel ? Qu'est-ce que c'était que ses formes ombreuses qui le suivaient, alors qu'il se hâtait de trouver un nouveau corps à habiter ? Allez, je vous donne un indice : ces âmes, car ce sont effectivement des âmes, sont au nombre de cinq.
Je ne préfère pas vous en dire plus, et comme j'aime ça, je vous laisse sur votre faim, et on se retrouve dans deux semaines.
Je vous embrasse. Merci d'être passé, merci d'avoir lu, et n'oubliez pas de commenter.
