Coucou mes chatons !
Devinez qui a vu son ordinateur décéder comme une daube et n'a rien pu faire pendant presque deux semaines...? C'est bibi ! Et oui, c'est pour ça que vous n'avez pas eu de chapitre mercredi de la semaine dernière, alors que tout était prêt... Je vous présente mille excuses. J'espère que l'attente n'a pas été trop longue. Mais je reviens en force, avec une nouvelle machine qui promet de tenir !
Sinon, comment se sont passées les vacances, chez vous ? Vous avez fêté Noël ? Hanukkah ? Le nouvel an ?
Aujourd'hui, et comme promis, j'abandonne le rythme binaire que j'avais si religieusement adopté jusqu'à présent. C'est exact ; tous les personnages seront présents dans ce chapitre. Vous avez hâte de savoir comment tout va s'emboiter ? Moi aussi, j'ai hâte que vous le sachiez ! Quant aux cliffhangers sur lesquels je vous avais laissé, je vous les rappelle : d'un côté, une jeune fille, couverte de sang, précédé par un Sam à l'air ahuri, rentraient dans la chambre de Dean, et de l'autre côté, tout le petit groupe d'Yliana recevait un texto d'"Alice" (possédée par un démon) leur annonçant qu'elle venait de retrouver Yliana, pourtant portée disparue depuis plusieurs heures. Enfin, tout va s'éclairer... enfin, presque. ;)
Sans plus attendre, je vous laisse lire. A tout de suite en fin de chapitre !
Warning : description graphique de violence/abus physiques, torture, et autres joyeusetés du genre...
Chapitre 13 : Retrouvailles II
Dès la minute où Morgane sortit de la voiture, elle sut que quelque chose n'allait pas. D'abord, Alice avait donné une adresse étrange, un peu à l'extérieur de la ville, et même s'ils avaient tous été un peu dubitatifs, ils n'avaient eu d'autre choix que de la rejoindre. Comment est-ce qu'elle s'était retrouvée là, comment Yliana pouvait-elle être à ses côtés, tout cela faisait partie de détails qu'Alice n'avait pas voulu expliciter par téléphone.
Alex était inquiet, lui aussi. Il n'était pas sûr de bien comprendre, et plus il conduisait, plus il avait envie de faire demi-tour. Cependant, le regard de détermination de Morgane, sur la banquette arrière, l'avait motivé toute la longueur de la route. Son appréhension grandissante ne s'était pas calmée pour autant, et à présent qu'ils avaient tous quittés la voiture pour faire face à un immense entrepôt au milieu de nulle part, il était pris d'un mauvais pressentiment qui lui hurlait de faire demi-tour.
Cependant, ses yeux se posèrent sur Eléonore, et il se calma graduellement. La jeune fille, elle, avait l'air confiant. D'ailleurs, elle et Vincent se dirigeaient d'un grand pas vers la porte rouillée de l'entrepôt.
- Ben alors ? Vous venez ou c'est pour demain ?
Ils poussèrent la porte en y mettant toutes leurs forces, les cheveux d'Eléonore voletant tout autour de sa tête à cause du vent, et Alex se mit en marche par réflexe, pour aller l'aider. Morgane, elle, resta en retrait.
- … Vous ne sentez rien ? Marmonna-t-elle si bas qu'elle seule put s'entendre.
Elle n'avait pas envie de rentrer là-dedans. Pas du tout. Si elle n'avait pas été sûre qu'Yiliana se trouvait à l'intérieur, elle aurait fait demi-tour. Mais c'était sa copine, qui était là, qui se sentait probablement plus angoissée que jamais, qui ne devait absolument rien comprendre à ce qui lui arrivait, et Morgane se sentait le devoir d'aller la retrouver. Tout pour Yli.
A l'aide d'Alex, Eléonore et Vincent finirent d'ouvrir la grande porte et firent quelques pas à l'intérieur. L'obscurité les happa aux yeux de Morgane, dont le cœur s'accéléra. Leur grand ami les suivirent immédiatement, et bientôt, la jeune femme se retrouva seule, dehors.
- Je…
Elle n'eut pas le temps de dire quoi que ce soit d'autre. Le cri strident d'Eléonore retentit et vrilla l'air. Elle se précipita à l'intérieur, son instinct prenant contrôle de son corps, et c'est avec un regard déterminé qu'elle pénétra dans l'entrepôt à son tour.
Elle ne fit que quelques pas avant que ses pieds ne soient soulevés de terre. Une fraction de seconde plus tard, le vide seul présent sous ses pieds, son dos heurta brutalement un mur et l'air quitta ses poumons. Elle resta quelques secondes bouche bée, les yeux écarquillés, cherchant l'air et ses amis. Mais ses yeux n'ayant pas eu le temps de se faire à l'obscurité, elle se retrouva aveugle, coincée contre le mur comme un aimant sur du métal, incapable de trouver une prise pour ses pieds qui pendaient dans le vide.
Elle n'avait pas émis un son.
- Et voilà la dernière, fit la voix d'Alice quelque part sur sa droite.
Morgane tourna difficilement la tête, le dos encore engourdi par le coup puissant, et papillonna des yeux quelques secondes. Enfin, petit à petit, elle distingua son environnement.
Alice se tenait au centre de l'entrepôt rempli d'outils en fer rouillés entassés dans les quatre coins. La seule lumière provenait de l'extérieur mais la porte, au grand désarroi de Morgane qui voulut tendre le bras, comme pour empêcher que la lumière disparaisse et qu'ils soient tous engloutis par la noirceur des lieux, se referma brusquement. Les murs de plusieurs épaisseurs de tôle semblaient fragiles d'apparence, mais la brune pouvait assurer du contraire. Elle tourna légèrement la tête pour observer le mur d'à côté, au bas duquel gisait une forme inconsciente. Morgane plissa les yeux et constata avec horreur que c'était Eléonore.
- Bon, maintenant que tout le monde est là…
La brune reporta son attention sur Alice, debout au centre des quatre murs, les cheveux détachés. Il ne lui en fallut pas davantage pour comprendre que la silhouette, légèrement déhanchée, appartenait bien au corps de sa jeune amie mais que la voix, nasillarde et méprisante, ne ressemblait à rien à celle qu'elle connaissait. Elle fronça les sourcils, inquiète.
- Qu'est-ce qu'il se passe ? Fit-elle d'une voix forte, pour se rassurer elle-même autant que pour essayer de réveiller Eléonore, tandis qu' « Alice » sortait un téléphone de sa poche.
Un mouvement brusque sur le mur d'en face la fit sursauter, et elle constata avec horreur qu'Alex était dans la même position qu'elle. Il flottait contre le mur, comme s'il avait été attiré d'un seul coup, et de manière assez vraisemblable, le choc semblait avoir été aussi violent que celui de Morgane. Ses yeux étaient rivés vers la silhouette d'Eléonore. Dans le noir, Morgane ne pouvait pas discerner son expression, mais elle devina aisément qu'il paniquait.
- Tiens, ça m'interrompt ? Lança la voix de la chose au milieu de la pièce en se tournant vers la brune.
Celle-ci déglutit. Son estomac se tordit et elle crut qu'elle allait vomir. Elle voulut porter ses mains à son estomac, à sa tête peut-être, comme pour se protéger, mais ils n'obéissaient plus à sa volonté. Elle se maudit intérieurement.
« Alice » fit deux pas vers elle et s'arrêta pour la contempler. Morgane en profita pour détailler ce qui se trouvait en face d'elle.
Oui, c'était bien Alice, elle n'en avait aucun doute. Tout le maquillage au monde ne pouvait pas fausser à ce point un visage qu'elle connaissait si bien. Pourtant, la démarche, les expressions, la façon de parler – tout dénotait en elle. C'était comme si…
- Elle est possédée, murmura Morgane pour elle-même.
Alex prit la parole, de l'autre côté :
- Eléonore ? Eléonore !
« Alice » leva les yeux au ciel, et avant que Morgane ne puisse comprendre ce qu'il se passait, Alex émit un bruit de surprise et se tut brutalement, la tête rejetée en arrière, comme si un étau entourait sa gorge. Morgane se tendit en avant, dans son désir de l'aider, mais ne put évidemment rien faire.
Vincent, que Morgane avait momentanément oublié, grogna dans un coin de la pièce. Il reposait contre le mur, tout près de la jeune femme, et d'après ce qu'elle pouvait deviner, une longue traînée de sang le défigurait, du front jusqu'au menton. Elle se mordit la lèvre.
Alice était possédée. Morgane ne savait pas ni pourquoi ni comment cela était possible, mais cette certitude lui apparaissait clairement, comme une lumière dans l'obscurité de l'entrepôt désaffecté. Elle savait. Il y avait quelque chose à l'intérieur du corps de son amie, mais ça n'était pas son amie.
Alex suffoquait, en face de Morgane, mais cette dernière n'eut plus soudainement qu'une seule pensée en tête.
Yliana n'était pas là.
Yliana n'était pas là, ce qui voulait dire que personne ne savait où elle se trouvait.
Mais que se passait-il, enfin ? Et pourquoi ne pouvait-elle pas bouger ?
- Ca m'interrompt sans demander, reprit « Alice » avec un regard par-dessus son épaule pour Alex avant de se tourner vers Morgane. Et celle-là, elle ne crie même pas.
Elle s'approcha, doucement, tout doucement, un pas après l'autre. Morgane sentait son cœur cognait sa poitrine. Elle prenait peu à peu conscience qu'elle avait peur, qu'elle avait terriblement peur, et elle n'aimait pas ça. Elle n'aimait pas ça du tout. Comment pouvait-elle protéger qui que ce soit en étant paralysée par la peur ?
- Tu ne fais plus la fière, maintenant que tu ne peux plus bouger, hein ? Lança « Alice » au visage de Morgane.
La brune serra les mâchoires mais ne put réprimer son commentaire cinglant :
- Démon !
Le silence se fit. La chose qui possédait Alice haussa un sourcil et fit mine d'être impressionnée. Morgane avait envie de se jeter à sa figure. Comment cette chose pouvait-elle s'emparer du corps de son amie et jouer avec de cette manière ? Où était Yliana ? Est-ce qu'Eléonore allait bien, elle qui ne donnait aucun signe de vie ? Et Vincent, il devait fuir, il devait fuir vite, avant qu'il ne se fasse piéger de la même manière qu'elle… et Alex, qui suffoquait juste devant ses yeux, dont le corps était arqué à la recherche d'air ! Et elle ne pouvait rien faire, rien.
- Hm. Bonne pioche.
« Alice » fit volte-face et se dirigea d'un pas déterminé vers Vincent, comme si elle avait lu dans l'esprit de la brune.
- Bon, puisque vous n'y connaissez rien, je vais vous faire à tous un petit speech. Je suis un démon, je possède le corps de votre amie, et je vous retiens en otage parce que vous pouvez me mener à quelqu'un que je cherche. Quelqu'un d'important. Et normalement, si je ne me suis pas fourvoyé, et croyez-moi, je ne me fourvoie jamais…
Elle arriva à hauteur de Vincent qui releva doucement la tête. Il était affalé sur le sol, adossé au mur, et il venait de lever difficilement la main pour essuyer le sang qui lui obstruait sa vision. Il leva les yeux vers le démon.
- Nous cherchons la même personne. Et maintenant, vous allez me l'amener.
Vincent déglutit difficilement sans comprendre. Il voyait bien Alice, c'était le corps d'Alice, les vêtements d'Alice, mais ce n'était ni ses manières ni sa façon de parler. Il repensa confusément au massacre sur la colline, mais il n'eut pas le temps de réfléchir. Le démon se pencha en avant et le gifla d'un revers de la main. Vincent, qui n'avait rien vu venir, fut balayé par le coup et tomba sur sa droite en heurtant doucement le sol. Il entendit vaguement le son du rire discret de son amie, qui n'avait plus rien de familier, et sentit une force le soulever de terre, comme si une corde le tractait vers le plafond.
Sauf qu'il n'y avait pas de corde.
Il cria sans comprendre, à quelques centimètres au-dessus du sol, flottant dans les airs. Il n'avait plus aucune pensée cohérente. Il ne comprenait pas, il ne touchait plus le sol, il ne touchait plus rien, il n'avait aucun repère, il faisait trop noir, beaucoup trop noir, il ne voyait plus. Il eut l'impression d'un coup dans l'estomac qui chassa tout l'air de ses poumons, et le sol s'éloigna brusquement de lui.
- Non ! Cria Morgane.
Vincent heurta brutalement le toit, avant de retomber en chute libre directement au sol, quatre mètres plus bas. Le bruit qu'il fit en tombant glaça le sang dans les veines de Morgane.
- Vincent ! cria-t-elle, mortifiée. Vincent !
Brusquement, elle sentit une poigne froide autour de son cou. Elle eut l'impression que toute joie la quittait, et que la peine et la douleur étaient ses fardeaux. Elle gémit en balançant la tête en arrière. Les doigts froids d'une main invisible resserrèrent leur prise et l'empêchèrent momentanément de respirer. Dans un soupçon de clarté, Morgane comprit que c'était ce que subissait Alex.
- Mais taisez-vous ! C'est pas vrai, ça, vous, les humains, vous insistez toujours à faire le plus de bruit possible, vous ne la fermez jamais… Raah !
Le Démon, de rage, lança son pied dans l'estomac de Vincent, immobile au sol. Il émit un vague grognement mais n'en dit pas d'avantage, de peur de représailles plus sévères encore que ce qu'il venait de subir. Morgane se sentit momentanément rassurée. Il n'était pas mort. Il était sûrement en très mauvais état, mais il était encore vivant, et il y avait de l'espoir.
- Bon. Toi, la brune.
Morgane se sentit brusquement relâchée. Elle prit une grande bouffée d'air.
- T'es sa copine, non ? A l'autre.
L'interpellée fronça les sourcils.
- Qu'est-ce que vous voulez à Yli ?
Le démon sourit. Ce sourire déclencha une vague de frisson dans la colonne vertébrale de la brune. Jusqu'à présent, elle n'aurait jamais pu même imaginer le visage d'Alice, si pure, si gentille, si réservée, afficher un sourire aussi indécent, aussi… démoniaque.
- Je veux la retrouver. Je veux la même chose que vous tous, en fait.
- Donc vous ne savez pas où elle est ? Vous ne lui avez rien fait ?
- Bien sûr que non, gloussa le démon. Mais ça viendra. Je lui réserve un traitement spécial. Mais il faut qu'elle vienne. Et pour ça…
Elle jeta un coup d'œil à Eléonore, dont la silhouette n'avait pas bougé d'un poil, avant de se tourner vers Alex qui respirait difficilement et râlait à chaque nouvelle inspiration, et sourit en découvrant ses dents, comme si elle admirait une œuvre d'art.
- Vous êtes mes appâts.
Dean se leva brusquement du lit et ouvrit la bouche pour prendre la parole, mais il fut coupé par son frère avant d'avoir pu émettre le moindre son :
- Dean, attends, avant de t'énerver, laisse-moi t'expliquer !
Le chasseur referma la bouche contre tout ce qui, en lui, criait d'intervenir, et se tut. Comment Sam avait-il pu inviter une gamine dans le bunker ? Qui était cette gamine ? Comment connaissait-elle son prénom ? Il ne voyait qu'une seule explication : c'était un démon, venu lui aussi pour faire du mal à Castiel, comme tous les autres. Mais quelque chose n'allait pas. Pourquoi n'attaquait-elle pas ? Pourquoi semblait-elle aussi vulnérable, aussi frêle ?
Et c'était quoi, tout ce sang ?
- Dean, je… fit la gamine en le regardant dans les yeux. Je suis désolé d'avoir mis autant de temps. Ca n'a pas été simple de vous retrouver.
L'aîné fronça les sourcils. Non. Mais non.
- … Cas ? Murmura-t-il après quelques secondes.
La gamine lui adressa un fin sourire. Dean le reconnut immédiatement. C'était son sourire, le sourire de son amant, de son ange, le sourire de Castiel. Il n'avait plus aucun doute, à présent. Aussitôt, il fondit sur lui et enveloppa le corps fin, si fin, de la petite, de ses grands bras musclés. C'était étrange, de sentir l'âme de Castiel dans un corps différent, mais finalement, ça lui était bien égal. Il était là. Castiel était sain et sauf. Tout allait bien.
- Cas, murmura-t-il à son oreille. On s'est fait du souci pour toi.
- C'était inutile, répondit celui-ci de sa voix enrouée, comme s'il n'avait pas parlé depuis longtemps. Tu sais bien que je reviens toujours.
Dean posa sa main sur le sommet du crâne de la jeune fille, comme pour garder Castiel avec lui, pour ne plus jamais le laisser repartir. Mais il se reprit et s'alarma en y sentant l'humidité chaude du sang.
- Tu es blessé ? S'enquit-il, inquiet, en reculant d'un pas.
L'ange fit non d'un signe de tête.
- Ce n'est pas mon sang. Il y avait plusieurs démons sur ma route. J'ai dû m'en débarrasser sans faire attention. L'humaine est au bord de la folie à l'intérieur de moi, et…
Il baissa les yeux d'un air désolé.
- Je n'ai plus le contrôle de mes pouvoirs. Je sens qu'ils sont toujours là, ma grâce est toujours là, mais je n'y ai plus accès. Tout est scellé à l'intérieur de moi. Je ne comprends pas.
La voix de Sam se fit entendre, pour la première fois depuis quelques minutes. Castiel et Dean se retournèrent vers lui.
- Je crois que je sais ce qu'il s'est passé, fit-il sur un ton hésitant. Dean, tu te souviens du massacre sur la colline ? Avec le pentacle ?
L'interpellé hocha la tête. Bien sûr.
- Eh bien… Sur un des bouquins des Hommes des Lettres, ça correspond à un sceau. Je crois que la grâce de Castiel a été scellée à l'intérieur de… euh…
Son regard glissa vers la petite silhouette de l'ange, qui montra son corps des mains.
- Tu veux dire que je suis coincé là-dedans ? Avec la pauvre âme que j'ai dû forcer à me laisser rentrer ?
Sam hocha la tête avec une moue pensive. Il cherchait déjà un moyen d'inverser le sort.
Mais Dean était loin d'avoir compris.
- On se calme, j'ai rien pigé. Cas, l'autre jour, qu'est-ce qu'il s'est passé ? On a cru que tu étais mort. Qu'est-ce que ça voulait dire ?
L'ange se retourna vers lui et prit une grande inspiration. Il paraissait avoir songé à sa réponse longuement, comme si lui-même n'était pas bien sûr de ce qui lui était arrivé. Mais tout s'était passé si vite…
- Ils ont failli me prendre au piège dans le corps de Jimmy, mais j'ai réussi à m'enfuir avant. Heureusement, d'ailleurs, car il ne me supportait plus. Je pouvais me désagréger à tout moment. J'ai pris la fuite, en priant pour que les choses qui me suivaient ne me rattrapent pas – ce n'était pas des démons, c'était autre chose. Des âmes, je pense, mais elles semblaient… corrompues. Je n'ai pas eu le temps de leur parler. Elles me suivaient à la trace, et elles n'avaient qu'une envie : me coincer. De ça, j'en étais sûr. Donc j'ai volé, le plus rapidement possible, et… je suis tombé sur un attroupement d'humains. J'ai interrogé tout le monde. J'avais juste besoin d'une réponse positive, il fallait que quelqu'un me réponde par l'affirmative. Et j'ai trouvé cette âme, qui s'est quasiment offerte à moi. Elle ne m'a pas dit oui, pas tout à fait, mais elle demandait de l'aide, sa détresse irradiait l'atmosphère. Cela me suffisait. J'ai dû un peu forcer le passage, mais j'ai réussi à entrer en elle. Et là, les choses qui me suivaient ont fondu sur moi.
Il fit une pause de quelques secondes, laissant le temps aux chasseurs d'intégrer toutes les informations.
- J'ai perdu connaissance. Quand je suis revenu à moi, je me suis rendu compte que non seulement je n'avais qu'un accès réduit à mes pouvoirs, mais qu'en plus, je ne pouvais plus me détacher de ce corps. A partir de là, j'ai essayé de vous retrouver, par tous les moyens. Mais comme vous le savez, lorsque nous changeons de corps, nous les anges, nous perdons toute mémoire sensorielle associée au vaisseau précédent. J'ai donc dû me débrouiller tout seul.
Castiel se tut.
- Attends, tu veux dire que quand la main de Sam l'a démangé, c'était bien toi ? s'enquit Dean.
- Oui, répondit l'ange. Et…
- Mais tu ne la reconnais pas, Dean ? Interrompit Sam. C'est une étudiante, elle était sur le campus quand nous sommes allés enquêter là-bas. Il y avait…
Dean leva la main pour l'interrompre mais n'ajouta rien. Il se souvenait, maintenant.
Le nouveau visage de Castiel ne l'avait pas interpellé immédiatement. Il voyait de nouveaux visages tous les jours, et celui-là en particulier ne l'avait pas marqué. Il se souvenait très bien de la jolie brune pulpeuse à qui il avait fait du charme, ça, oui, mais il n'avait pas retenu l'apparence de la jeune fille qui était venue l'interrompre et les avaient forcés, lui et Sam, à partir. Mais maintenant qu'il était mis face à l'évidence, il en était sûr, c'était bien elle.
- Pourquoi tu ne m'as pas fait signe, à ce moment-là ? Demanda-t-il à Castiel.
Il se sentait blessé, mais jamais il n'aurait osé l'avouer. Il avait eu une confrontation directe, et il n'avait rien remarqué, et Cas ne s'était pas présenté, et…
- Tu étais trop fermé à mon appel. Et puis, la jeune fille, Yliana, n'était pas tout à fait prête à me laisser prendre le contrôle. Mais je t'ai senti. Je ne t'ai pas reconnu, pas avec ses yeux, mais je t'ai senti.
Il marqua une pause et se tourna de nouveau vers Sam.
- En revanche, Sam était plus ouvert à moi. J'ai usé des seules forces que j'avais pour lui lancer un signe. C'était ta main, oui (il acquiesça quand le plus grand secoua ses doigts comme pour se débarrasser d'une démangeaison). Ensuite, j'ai fait tout ce que j'ai pu pour suivre votre trace, et vous retrouver.
L'ange se tut pour la dernière fois et fit quelques pas pour s'asseoir sur le matelas de Dean. Il semblait plus abattu que jamais. Surtout, il était exténué. Et il avait sûrement besoin d'une douche. L'odeur métallique du sang envahissait à présent toute la pièce.
- Elle n'arrêtait pas de reprendre conscience, hein ? S'enquit Sam.
- Oui, soupira Castiel longuement. Elle ne comprend pas ce qui lui arrive, et elle est trop fermée, je n'arrive pas à la contacter directement via la pensée. Je l'aurais fait depuis bien longtemps déjà, si ça m'avait permis d'arriver plus vite.
Castiel chercha à l'intérieur de ce nouveau corps pour retrouver la pauvre petite, recroquevillée dans un repli, abandonnée, en sommeil. Il se servait d'elle, et il détestait ça. De plus, il la mettait en danger. Et maintenant, coincé comme il l'était, emprisonné et enchaîné à elle, son destin était lié au sien. Il soupira. Il risquait son existence, il le savait, mais il ne pouvait pas se permettre de perdre une âme humaine. Il n'avait pas le droit de prendre la vie de cette jeune fille, de cette petite chose qui s'était ouverte à lui et avait presque crié pour son aide.
Sam semblait comprendre ce à quoi l'ange songeait. Il était évident qu'il ne savait pas quoi faire d'Yliana non plus. Et que seraient leur réaction, à lui et à Dean, si jamais elle échappait de nouveau au contrôle de Castiel et s'éveillait une nouvelle fois ? Elle perdrait l'esprit, sans aucun doute, et ils seraient impuissants.
L'idée de se sentir faible ne dérangeait Castiel en rien. Il pouvait se mettre en danger. Sa valeur était toute relative et il était prêt à se sacrifier pour n'importe quelle cause qui lui semblait juste. En revanche, l'idée de mettre en danger quelqu'un d'autre non seulement le répugnait, mais le terrifiait.
- … douche ?
- Hein ? fit l'ange en relevant la tête.
- Je disais, reprit Dean, une main sur l'épaule de son amant, tu ne veux pas prendre une douche ? Tu pues le sang.
Castiel se rendit compte que Sam était parti, sûrement pour les laisser seul. Il pouvait vaguement le sentir dans la cuisine. Trop vaguement. Il se maudit.
C'était vrai qu'il sentait le sang. Il hocha la tête, et se leva, laissant Dean l'accompagner jusqu'à une salle de bain qu'il ne connaissait plus, en passant par des couloirs qu'il ne reconnaissait pas. Heureusement que l'humain était à côté de lui, irradiant la présence que Castiel chérissait tant.
Il priait pour qu'Yliana ne s'éveille pas.
Morgane releva la tête, exténuée. Tous ses membres étaient si engourdis que c'était à peine si elle les sentait encore. Les cheveux devant le visage, elle ne voyait que partiellement la scène.
Vincent, aux pieds du démon, ne bougeait plus du tout et ne faisait aucun bruit. Si Morgane n'avait pas gardé cet espoir fou qu'il simulait peut-être, elle aurait pu jurer qu'il était mort. Recroquevillé sur lui-même après le dernier coup infligé par le pied d'Alice, sa poitrine ne se soulevait plus. Morgane espérait que l'obscurité lui cachait simplement les faibles respirations de son jeune ami.
Quand Morgane avait expliqué au démon que ni elle ni les autres n'avaient de moyen de contacter Yliana, et que s'il y en avait un, ils l'auraient déjà utilisé, il était rentré dans une telle rage que la brune avait cru sentir le sol trembler. Mais n'ayant aucun appui sur le sol, elle ne pouvait pas en être sûre. En revanche, elle pouvait certifier que l'atmosphère était soudain devenue plus lourde que n'importe quel objet pesant sur sa poitrine.
Vincent étant plus près d'Alice que les autres, le démon s'en était pris à lui, de colère. Il avait frappé. Frappé fort. Son visage, défiguré, n'était plus du tout celui d'Alice, et Morgane ne savait pas ce qui lui faisait le plus de mal : entendre les grognements de Vincent sous la douleur, ou voir son amie infliger des coups dévastateurs au blond.
Au moins le démon avait-il laissé Alex tranquille. Celui-ci, inconscient à cause du manque d'oxygène, pouvait reprendre son souffle paisiblement sans s'occuper ni de la douleur de Vincent, ni de la silhouette d'Eléonore, loin de lui.
La jeune fille, d'ailleurs, ne s'était toujours pas réveillée. Morgane n'était pas sûre de ce qui lui était arrivé. Peut-être avait-elle été assommée ? En tous les cas, elle ne voulait pas croire qu'elle soit morte. Pas alors qu'elle n'était qu'à quelques mètres d'eux, pas alors qu'elle était impuissante et bloquée contre un mur par la force surnaturelle de cette… chose. Non. Elle le refusait simplement.
- Arrête, fit-elle doucement. Ca suffit. Tu vois bien qu'il ne dit plus rien.
Le démon se retourna vers elle et la fusilla du regard. Morgane avait bien compris qu'il se délectait de la douleur des autres. Elle avait aussi compris qu'il laissait sa rage éclater pour un rien. Et si elle pouvait, ne serait-ce qu'un instant, faire gagner du temps à Vincent, le permettre d'appeler les secours ou même, s'il le pouvait, de fuir… Elle le devait.
Le monstre avança vers elle, le regard flamboyant.
- Tu en veux, toi aussi ? Ou alors, tu sais où se trouve ta copine ? Allez, dis-moi, et j'arrête de taper le petit.
Morgane lui retourna son regard et ferma la bouche. Tout pour lui faire croire qu'elle avait peut-être des informations à lui donner. Le démon avança encore et quand il arriva à sa hauteur, posa doucement sa main sur son ventre. La brune frissonna mais pria pour que son inquiétude ne se voie pas.
- Ce n'est pas en le frappant, lui, que tu obtiendras quelque chose de moi, fit Morgane d'un ton déterminé.
Merde. Sa voix avait tremblé.
Le démon ricana.
- Très bien.
Et Morgane hurla.
Elle crut que des aiguilles brûlantes lui déchiraient les entrailles. Elle crut que son estomac se retournait sur lui-même, elle crut qu'un animal féroce lui lacérait la poitrine. Son cri était incontrôlé, inarticulé, c'était un simple cri de douleur, et elle n'entendait plus rien que son propre cri. Si elle n'avait pas eu si mal, si elle avait pris conscience de son entourage au-delà de ce que le démon lui infligeait, elle aurait pu entendre ce dernier ricaner par la bouche de sa jeune amie.
Soudain :
- ARRETE !
La douleur s'arrêta brutalement, et Morgane laissa tomber sa tête sur la poitrine. Elle avait du mal à respirer, sa poitrine tressautait, elle avait mal. Tellement mal. Elle brûlait à l'intérieur. La sensation partait doucement, s'en allait à mesure que le démon reportait son attention sur la provenance du cri, mais elle pouvait encore sentir l'empreinte de sa main sur son ventre, comme un fer chauffé à blanc.
- Vincent, non…
Car oui, c'était bien Vincent.
- Vincent, arrête, je peux supporter, je…
- NE LA TOUCHE PAS ! T'as pas le droit !
Doucement, il essayait de se relever, mais n'y parvenait pas. Il resta assis sur ses talons, les bras pendant.
- Toi, tu veux la protéger ? interrogea Alice avec une lueur d'amusement dans le regard. Alors que tu veux te la taper depuis longtemps et qu'Yliana est dans le chemin ?
Vincent se tut, comme frappé par les paroles qui sortaient de la bouche de son amie mais qui n'étaient que du poison. Incapable de dire quoi que ce soit, il resta figé, les sourcils froncés.
- Je ne veux pas… tenta-t-il.
- Oh, à d'autres, rétorqua la bouche d'Alice.
C'était plus que Vincent pouvait supporter.
- Morgane est la copine d'Yliana, cracha-t-il. Je ne veux pas « me la taper », comme tu dis. Et je t'interdis… de la toucher.
Morgane resta muette face au sérieux de Vincent. Elle qui n'avait jamais connu le garçon autrement que comme le clown de leur groupe, celui qui faisait toujours n'importe quoi, qui était le moins mature, qui…
Qui la défendait.
Le démon considéra Vincent d'un air condescendant et moqueur. De toute évidence, elle ne le prenait pas au sérieux. Mais Morgane n'avait jamais vu ce regard, cette détermination sur le visage de son ami. Emue, elle déglutit difficilement.
Son cœur se serra dans sa poitrine, et il lui sembla un moment qu'elle tremblait. Mais ça pouvait aussi être de la fatigue. Elle ne savait pas. Depuis combien de temps étaient-ils là ? Depuis combien de temps Eléonore n'avait pas donné signe de vie ?
Alors même qu'elle avait une pensée pour sa jeune amie brune blessée sur le mur à sa droite, celle-ci bougea. Morgane lâcha échapper un profond soupir de soulagement. Le démon se retourna brutalement, délaissant son ventre.
- Ce sera une prochaine fois, pour toi, lança-t-elle en direction de Vincent.
Le garçon ravala un commentaire cinglant, les lèvres retroussées. Il ne pouvait pas le croire. La chose, le monstre, le battait pendant ce qui lui avait semblé être des heures, puis le laissaient brusquement tranquille, comme ça, sans raison ? Il se sentait si… si inutile. Si absent. Il aurait pu ne pas être là, rien n'aurait été différent.
Il essaya de lever le bras, par réflexe, pour caresser le derrière de son oreille, ce qu'il faisait quand il était contrarié, mais un rictus de souffrance tordit son visage. Son bras était cassé. Il n'y connaissait rien, mais il lui semblait que son épaule était démise, et que son coude avait un angle étrange. Il plissa les yeux de rage. Impuissant. Inutile. Voilà tout ce qu'il était.
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J'aime bien terminer un chapitre sur une note heureuse, comme ça. Moi, machiavélique ? Je ne vois pas du tout de quoi vous parlez.
Cette histoire commence peu à peu à devenir sérieuse... et sombre. Qu'avez-vous pensé de ce chapitre ? L'avez-vous aimé ? Est-ce que vous avez envie d'en savoir plus ? Avez-vous une idée de ce qui va se produire, par la suite ? Aviez-vous compris que Castiel s'était réfugié dans Yliana ? Que pensez-vous de Vincent ? De Morgane ? De nos deux chasseurs préférés ?
N'hésitez pas à répondre à une (ou plusieurs) de ces questions dans les commentaires ! Le cadre est juste en dessous. N'oubliez pas que j'adore recevoir vos reviews, qu'elles me nourrissent, et que je n'en ai jamais assez !
Sur ce, vous commencez à connaître la chanson : merci d'être passé, merci d'avoir lu, et n'oubliez pas de commenter !
A dans deux semaines, et cette fois-ci, je vous jure que je fais un sacrifice à Satan pour être sûre que le prochain chapitre vous parvienne.
