Bonjour tout le monde. J'espère que vous allez bien.

Comme promis, voilà le nouveau chapitre de la Volonté de l'Ange. J'espère qu'il vous plaira. J'ai eu un peu de mal à écrire cette partie, je vous avoue, parce que je voulais qu'elle soit longue, et qu'il se passe plusieurs choses différentes dont j'ai besoin pour la suite... j'espère que vous en serez satisfait malgré tout.

Pour être honnête, je commence un peu à être déçue par le fait de n'avoir aucune review. Pour les quatre derniers chapitres, je n'ai eu qu'un seul retour. Cependant, je doute que ce soit parce que l'histoire ne plaît pas, puisque vous êtes 18 à avoir lu le dernier chapitre (oui, je vous vois), et plus encore pour ceux d'avant. Une review, ce n'est pas grand chose, tout ce que je vous demande, c'est 30 secondes de votre temps pour me dire si ce que j'écris vous plaît ou non. Je suis une vraie personne, j'écris des fanfics pour mon propre plaisir, et je vous avoue que je poste pour avoir des retours et pour faire partager mon monde. Si personne ne montre de l'intérêt, même minime, ça me donne juste envie d'arrêter de poster. Ce n'est pas une menace, je vous dis juste comment je me sens.

Enfin, bref.

Pour ce chapitre, encore une fois, vous aurez deux histoires en parallèle, comme pour le dernier chapitre. Bientôt, les deux parties se rencontreront. Bientôt. Mais en attendant, Castiel et Dean ont du temps à rattraper ensemble. Morgane et les autres, en revanche, sont dans une situation pour le moins précaire : le démon à l'intérieur d'Alice les a capturés dans le but de se servir d'eux pour retrouver Castiel, qui s'est retranché dans le corps d'Yliana. Le démon qui possède Alice n'a pourtant pas l'air de comprendre que les amis d'Yliana n'ont aucune idée d'où la jeune fille se trouve...

Bonne lecture.

Warnings : description graphique de violence/abus physique, mention d'abus passés, torture... tout le joli package, quoi.


Chapitre 14 : Retrouvailles III

Eléonore s'éveillait lentement. Elle avait une migraine effroyable qui déchirait son crâne de part en part. Elle grogna. Comment s'était-elle endormie, déjà ?

Elle porta une main faiblarde à son visage et le trouva humide. Elle n'eut pas besoin d'ouvrir les yeux pour reconnaître le sang sous ses doigts. Le liquide était encore chaud et recouvrait une de ses paupières. Voilà donc ce qui causait son mal au crâne.

Elle ne voulait pas se souvenir, et pourtant, déjà, les images se bousculaient dans sa mémoire. L'entrepôt, Alex et Vincent rentrant avec elle, et soudain, une vive douleur dans la nuque, foudroyante. Par la suite, elle ne se rappelait que vaguement, sous forme de flash. Elle était presque sûre d'avoir oscillé entre la réalité et l'inconscience pour la plupart du temps. Mais maintenant, tout de suite, elle était réveillée. Elle le sentait. Et avec le sentiment d'être consciente revenait la douleur dans tout son corps. Pourtant, elle ne se souvenait pas d'un autre coup, vaguement d'être tombée à terre, mais…

- Ah !

Le cri lui avait échappé alors qu'une main lui attrapait une poignée de cheveux et la soulevait de terre. Elle se dressa sur ses jambes tremblantes et porta les deux mains à sa tête, paniquée. Elle ouvrit brusquement les yeux et se retrouva nez à nez avec sa meilleure amie.

- A… Alice ? Marmonna-t-elle, la bouche pâteuse.

Alice sourit. Elle découvrit ses dents et sourit mais ses yeux, eux, ne souriaient pas. Ils appelaient Eléonore à l'aide.

La brune ferma la bouche, incapable de dire quoi que ce soit, tandis qu'Alice se retournait et tirait sur ses cheveux. Alice tirait sur ses cheveux. Non, non, c'était quoi, ça ?

- Aïe ! Alice, qu'est-ce que tu fais ? Arrête !

- Ce n'est pas Alice, Elé !

La voix de Morgane lui parvint confusément derrière le bourdonnement de ses oreilles. Elle leva difficilement la tête et l'aperçut contre le mur, les pieds dans le vide.

- Qu'est-ce que…

- Toi, fit la voix distordue, nasillarde, dissonante d'Alice. Tu es sa meilleure amie, c'est ça ?

Eléonore sentit la poigne sur ses cheveux se relâcher brusquement, et elle se retrouva libre. Légèrement courbée en avant, le dos en compote, la tête qui sonnait douloureusement comme une cloche, elle considéra Alice, droite devant elle. Menaçante.

- De quoi… tu parles ? Souffla-t-elle difficilement.

- La blondinette, là, répondit le démon d'un air agacé. Tu es sa meilleure amie ?

Eléonore avala bruyamment sa salive. Elle ne comprenait pas. Etait-ce le coup sur la tête qu'elle avait reçu… ?

- Si tu ne veux pas que je lui fasse du mal, tu vas me dire où est Yliana. Maintenant.

- Tim… ? Mais qu'est-ce que… ça veut dire ? Tu l'as pas trouvée, alors… ?

Elle recula, une main sur sa joue. Non. Alice venait de la gifler ? Non. Hein ?

- Réveille-toi, un peu ! Je suis en train de te dire que je veux retrouver ta pote. Et si tu ne me dis pas où elle est, je m'en prends à Alice.

Eléonore la regarda, terrifiée. Elle aurait voulu crier, elle aurait voulu courir, s'enfuir, ne plus jamais devoir supporter la vision de sa meilleure amie avec une telle expression sur son si beau visage, avec une telle colère émanant d'elle.

Mais c'était bien trop réel.

- Je… je sais pas où elle est, balbutia-t-elle d'une voix aigue, terrifiée. Personne sait où elle est partie. Elle est perdue. On sait pas, on en sait rien, demandez à Morgane, je vous jure que c'est vrai, je vous le jure…

Elle se mit à sangloter. Elle priait, elle priait de toute son âme que ce cauchemar prenne fin. Elle ne comprenait pas mais elle avait peur, elle était terrorisée, elle tremblait de tous ses membres. Elle se cacha derrière ses bras. Elle ne voulait plus voir Alice, elle ne voulait plus voir Morgane, elle ne voulait plus voir personne…

- Laisse-la… tranquille.

La voix de Vincent, à quelques mètres d'elle, était dure mais tremblante. Non. Ce ne pouvait pas être vrai. Eléonore ne voulait pas comprendre, elle ne voulait pas réaliser, elle ne voulait pas être là, elle voulait juste se réveiller, simplement se réveiller et passer une journée normale, elle ne voulait pas…

La chose ignora royalement Vincent et gifla Eléonore une nouvelle fois.

- Dis-moi !

- JE SAIS PAS !

Une autre gifle. Eléonore tomba au sol, la main toujours sur la joue. Aveuglée par ses propres larmes, elle ne pensait qu'à partir, s'en aller, courir loin, très loin. La panique s'emparait de tout ce qu'elle était.

Morgane dut relever la tête difficilement et en tremblant, ses bras étendus en croix la faisant souffrir. Eléonore était au sol, repliée sur elle-même, levant la main comme une supplication, pour ne pas recevoir un autre coup. La belle brune se mordit la lèvre. Que pouvait-elle bien faire ? Vincent essayait bien de s'interposer entre Eléonore et la chose qui possédait Alice, mais de toute évidence, cette dernière n'y prêtait absolument pas attention. Pourtant, Vincent était libre. Blessé, les os brisés, couvert d'hématomes qui devaient le faire souffrir le martyre, mais libre. Alors elle, coincée contre un mur, sans un appui pour soulager ses bras tiraillés de douleur, que pouvait-elle bien faire ?

- Elé… onore ?

La voix d'Alex lui parvint de l'autre côté de l'entrepôt, faible, enrouée. Elle ferma les yeux. Elle ne pouvait rien faire, rien. Ils ne pouvaient tous que faire résonner leur voix et écouter leur écho, sans espérer pouvoir faire quelque chose. Ils allaient mourir. Ils allaient tous mourir, et personne ne saurait où était Yliana.

Morgane étouffa un sanglot et se laisser pendre par les bras, le seul désespoir envahissant toute son âme.


- Tu aurais pu choisir la grande, elle était plus jolie.

Castiel sourit tout en adressant un regard moqueur à Dean, allongé sur le lit, les bras lui servant de coussin derrière la tête.

- Je n'aurais pas pu. Elle ne m'a pas répondu quand je lui ai demandé l'autorisation. Et puis… son âme avait une saveur étrange. Je n'aurais pas pu rentrer en elle, même si elle m'avait dit oui.

Il resserra autour de son corps désormais frêle et mince la serviette de bain que Sam lui avait donné. A présent qu'il avait pu évacuer tout le sang, il se sentait plus léger. Il lui en restait sûrement incrusté dans les cheveux, mais il n'en avait cure. Ce n'était pas important, de toute façon. Ce n'était que du sang de démon, du sang corrompu. Même s'il avait été humain un jour, il ne serait plus jamais le même. Ce sang inférieur ne pouvait pas l'inquiéter.

Oui, il avait tué des humains pour s'en sortir, c'était vrai. Mais il ne l'avait pas fait seulement pour lui – il l'avait aussi et surtout fait pour la jeune fille dont il partageait désormais le corps sans qu'elle en soit pleinement consciente. Il ne pouvait pas la mettre en danger alors qu'elle s'était ouverte à lui si désespérément.

Mais il l'avait aussi fait pour Dean. Il voulait le retrouver. Il voulait le découvrir de nouveau. C'était principalement pour cet humain qu'il s'était autant démené à revenir. C'était pour Dean.

- Quand même. Elle était belle. Et puis… elle te ressemblait un peu.

Castiel haussa un sourcil.

- Ah bon ?

- Oui, rit Dean. Je saurais pas l'expliquer. Elle avait quelque chose de toi.

- Ah.

Castiel se retourna, cherchant dans l'armoire que Dean lui avait indiqué de quoi s'habiller. Bien évidemment, tout était beaucoup trop grand pour lui, mais il ne pouvait pas remettre les vêtements ensanglantés de tout à l'heure. Sam les avait sûrement brûlés de toute façon.

Dean marqua un silence avant de reprendre :

- Tu te souviens pas, hein ?

Castiel soupira :

- Non. Je ne me souviens pas à quoi ressemblait mon ancien vaisseau. Pas plus que je ne me souviens de toi, d'ailleurs.

Une lueur triste passa devant son regard. Dean se leva aussitôt, comme pour l'enlacer, pour qu'il se sente mieux, pour qu'il se souvienne de la chaleur de sa poitrine, pour qu'il ait de nouveau une preuve physique de l'amour qu'il lui portait. Mais arrivé devant ce corps si jeune, si menu, si fragile, il se retrouva incapable de toucher Castiel. Une main au-dessus de la fine épaule féminine, il ne put se résoudre à la laisser tomber.

- Ce n'est pas grave, Dean. On peut recréer des souvenirs. Et puis je savais que ce moment arriverait.

- J'aurais préféré que ce soit plus tard, grommela le chasseur. Et de préférence sans l'autre fils de pute dans le paysage.

- Moi aussi. J'aurais pu choisir un autre corps, demander la permission à une autre âme. Je déteste ce sentiment, j'ai l'impression de la tromper… Je m'en sens impur, Dean.

Le chasseur laissa doucement sa main tomber sur l'épaule de son compagnon, qui sursauta violemment. Dean faillit retirer sa main, de peur de lui avoir fait mal – ses os semblaient si fragiles ! – mais se reprit. Castiel avait besoin de lui.

- Ta main… elle est chaude, murmura l'ange. Et grande, aussi. Ca… ça fait du bien.

Castiel pencha la tête et sa joue rencontra le dos de la main de Dean. Ce dernier sourit. C'était Castiel, qu'il aimait. Avec le corps qu'il lui connaissait ou non. Castiel, la belle créature blanche, ses ailes, son désir de sauver le monde et son amour pour l'humanité. Castiel, son ange.

Ce dernier se redressa d'un bond et serra Dean dans ses bras. Le chasseur émit un hoquet de surprise.

- Cas ! Tu es… euh… nue. Sous ta serviette. Euh. Euh… nue, quoi.

D'un regard, Castiel enjoua Dean à se taire. Il ferma donc la bouche, mais ne put se résoudre à rendre l'étreinte. Ce n'était pas le bon corps. Et puis, l'âme de la jeune fille, elle était toujours à l'intérieur, et qu'est-ce qui se passerait si elle venait à se réveiller, et…

- Ne t'inquiète pas, fit Castiel en répondant à ses interrogations muettes. Je travaille chaque seconde pour éviter son éveil. Elle ne se souviendra pas du temps passé en ta compagnie.

Malgré ces paroles rassurantes, Dean détacha lentement Castiel de lui et s'éloigna.

- Tu devrais quand même mettre quelque chose, fit-il d'un ton bourru.

Castiel s'empêcha de rire à la vue des joues rouges de son compagnon. Décidément, refaire la connaissance de Dean était une expérience sans nulle autre pareille. Il se rappelait de son âme, oui, de ses idées, de ses passions, de lui, bien sûr. Mais les doux détails de son visage derrière sa mâchoire forte, ses sourcils durement froncés et ses lèvres plissées, son toucher chaud et rassurant, son corps imposant et ses muscles, tout, jusqu'à sa voix… il avait tout oublié. Les souvenirs sensoriels, laissés dans le corps de Jimmy, n'appartenaient pas à sa grâce, et il n'avait pas pu les emporter. Quelle douce punition alors que de devoir laisser son ancien corps en arrière, pour être sûr de connaître Dean de nouveau.

Mais réapprendre à le connaître était plaisant. Il avait peur de ne pas ressentir la même chose, de ne pas expérimenter la même puissance dans ses sentiments, mais même s'il ne pouvait plus désormais comparer quoi que ce soit, il avait l'impression que rien ne pouvait égaler l'amour qu'il avait pour Dean en ce moment précis.

Il voulait faire courir ses doigts sur son visage, sur son torse. Il voulait sentir son odeur et glisser son nez dans ses cheveux. Il voulait comprendre les mécanismes des muscles de son visage. Il voulait le voir bouger, le voir marcher, le découvrir. Soulever le rideau de chaque petite partie de lui. Il voulait connaître Dean.

Dean, son Dean.


Une ombre plane au-dessus de lui, empêchant la lumière du soleil de l'atteindre. Une voix, douce, gracieuse, belle, danse dans le creux de son oreille. Elle chuchote et la confiance absolue l'envahit graduellement. Oui. La voix le guidera, pendant toute sa vie. La conscience de son corps se fait maladroite mais il peut sentir son sourire. L'ombre est là, elle vole, la voix chantonne, et il est heureux. Cela ne fait aucun doute. Il ne connaît que le bonheur.

Soudain, l'ombre, comme un énorme oiseau de proie, plonge sur lui. Il veut crier, mais il n'y arrive pas. Contre lui, autour de lui, la voix chante encore, de sa voix angélique, d'un ton cristallin, elle répand une aura bienfaisante autour de lui. Pourtant, l'ombre tombe sur lui. Son souffle déjà se fait difficile, mais il n'arrive pas à crier. La détresse l'envahit.

La voix chuchote. Tout ira bien, dit-elle. Tout ira bien.

Mais si tout va bien, pourquoi est-ce que je me sens si mal ?

Il se couvre la tête de ses bras de petit garçon. Il ne peut pas se protéger suffisamment. L'ombre est grande, trop grande, et lui, il est si petit, si fin, si faible face à elle. Comment pourrait-il se protéger d'une menace aussi imposante ?

« Maman… ? » appelle-t-il doucement.

« Tout va bien, Alexandre. Tout va bien. »

Son rêve disparut aussi promptement qu'il s'était présenté à lui. Alex émit un gémissement étouffé. Sa tête le faisait souffrir le martyre. La douleur de son corps n'avait pas l'air de s'être arrangée depuis qu'il s'était évanoui. Le corps d'Alice, habité par le démon, arpentait toujours le sol en terre battue. Il cligna des yeux plusieurs fois. Il n'arrivait pas à y voir clair. Comme si l'ombre de son rêve était toujours là, lui chuchota son instinct.

Il rejeta ses dernières pensées, en colère contre lui-même. Il avait cessé de faire des rêves de ce genre il y avait plusieurs années, maintenant. En fait, depuis qu'il était arrivé chez Hervé et Nadine. C'étaient des gens bien, qui avaient réussi à le faire se sentir chez lui dans une maison dont il ne connaissait les murs que depuis quelques trois ou quatre ans maintenant. Hervé l'horloger et sa compagne Nadine qui plantait des fleurs partout où elle pouvait.

Il était bien. Il était bien. Les rêves comme celui-là, c'était terminé, fini. Il n'avait plus aucune raison d'en faire. Même Nadine ne faisait plus l'erreur involontaire de l'appeler par son nom entier. Que l'Autre aille au diable.

Alors même qu'il pensait à l'Autre, il releva la tête, comme pour se garder des pensées néfastes de son propre esprit. Alex se rendit alors compte que la scène devant lui avait bien changé.

- Elé… onore ? Murmura-t-il, la voix encore faible de l'étranglement qu'il avait subi.

Depuis combien de temps, déjà ? Cinq minutes ? Une heure ? Il n'aurait su le dire. Et les bras en croix, il ne pouvait pas regarder sa montre.

Alice tourna immédiatement la tête vers lui, dans un geste qui semblait tout sauf humain. Reptilien, peut-être. Comme un serpent, le démon reporta son attention sur Eléonore, petite boule d'inquiétude à ses pieds, une main levé vers lui.

Alex avala sa salive et se racla la gorge le plus discrètement qu'il put. Il n'allait pas laisser cette chose faire du mal à Eléonore. Non.

- Eléonore ! Fit-il d'une voix plus forte et plus assurée. Tu vas bien ?

Ses propres mots sonnèrent faux dans sa bouche. Evidemment que son amie n'allait pas bien. Mais Alex voulait lui rappeler qu'il était là, avec elle, et qu'il pouvait la protéger s'il le fallait.

Alice leva le pied et infligea une légère secousse à l'épaule d'Eléonore, qui émit un petit cri de peur.

- EH ! Cria Alex. La touche pas !

Il aperçut Vincent, pâle figure allongée au sol, qui le regardait comme s'il était fou. Eh bien quoi ? Il ferait tout ce qui était en son pouvoir pour qu'Eléonore puisse s'enfuir.

- De quoi j'me mêle ? Lança la voix d'Alice sans même regarder Alex. Je t'ai demandé ton avis ? Bon.

Sur ce, visiblement énervé, les traits d'Alice se déformant d'agacement, le démon souleva Eléonore par les cheveux, la forçant à se relever. Craintivement, Eléonore lui obéit, non sans sangloter et supplier, essayant de soulager le tiraillement de son cuir chevelu. C'était plus qu'Alex ne pouvait supporter.

- T'AS PAS LE DROIT DE LA TOUCHER, CONNARD !

Morgane émit un hoquet de surprise. Cette voix si dure, si forte, si sûre… c'était celle de son ami ?

Alice se figea dans son geste. Elle réfléchissait. Ou il réfléchissait. Alex s'en fichait. Tout ce qu'il voulait, c'était que ça relâche Eléonore. Sur le champ.

Aussi rapide qu'un félin, Alice lâcha Eléonore et l'envoya valser d'un coup bien placé entre les côtes qui lui coupa le souffle. Alex tira sur ses bras, une brusque bouffée d'adrénaline envahissant tout son corps et tout son esprit. Eléonore… Eléonore. Eléonore ! Elle ne pouvait pas, elle ne devait pas ni avoir peur, ni avoir mal.

- T'en veux toi aussi, c'est ça ? Siffla Alice en s'approchant de lui à grands pas.

Alex grogna sa répondre plus qu'il ne la lança :

- Je m'en bats les couilles. Tu peux me faire ce que tu veux. Mais tu la touches pas, à elle. T'as compris ?

Le sourire sur le visage d'Alice témoignait d'un sentiment qu'il ne connaissait pas à sa jeune amie blonde. Le démon le détailla entièrement du regard, des pieds à la tête, s'arrêtant longuement sur ses jambes, se léchant les lèvres, comme s'il était soumis à une… envie. Un besoin. Alex déglutit. Il n'aimait pas qu'on le regarde de cette façon. Ca lui rappelait trop… Ca lui rappelait trop…

- L'Autre, hein ?

Alex se figea, les yeux écarquillés. C'était impossible, il avait dû mal entendre…

La voix d'Alice ricana, le ramenant brutalement à la réalité. Non. Il avait bien entendu. Et ça ne pouvait vouloir dire qu'une seule chose. Le démon pouvait lire dans ses pensées.

- Avant que tu sautes à la conclusion, petit, non, je ne lis pas dans vos pensées.

Ben oui. Il fallait qu'il réfléchisse davantage, et plus vite. Cette chose ne pouvait pas lire dans leurs pensées, le cas échéant, ils ne seraient pas là, tous pris au piège entre ses griffes.

- Par contre, je peux connaître tes plus grandes peurs, murmura Alice dans le creux de son oreille.

Alexandre rejeta brusquement la tête en arrière par simple réflexe, et se cogna l'arrière du crâne contre le mur. Il grimaça de douleur mais ne perdit pas de temps. Comment cette chose s'était-elle rapprochée sans qu'il s'en aperçoive… ?

Brusquement, une main jaillit et s'empara de ses cheveux avant de les tirer vers le haut. Alex laissa échapper un grognement. Il n'allait pas subir l'humiliation sans rien faire. Il n'allait pas…

- Si tu ne veux pas que je parle de l'Autre à tout le monde ici présent, tu vas me dire où se trouve ton amie. Immédiatement.

Le sifflement dans son oreille déclencha une vague de frissons qui le parcourut de la tête aux pieds, faisant dresser les cheveux sur sa nuque. Elle… il… ce truc ne pouvait pas être sérieux…

- Non ! Vomit-il en roulant des épaules, comme si cela pouvait l'aider à échapper à la poigne de fer sur ses cheveux.

- Hm, c'est bien ce que je pensais, répondit paisiblement le démon en faisant courir son index sur le cou offert du garçon. Alors dis-moi. Où est-ce qu'elle est ?

- On en sait rien, espèce de dégénéré ! Rugit Alexandre, tremblant d'humiliation.

Il sentit brusquement une pointe acérée pénétrer sa gorge. Il retint son souffle. Il sentit la chaleur du sang se déplacer de son cou jusqu'à son épaule, et s'y perdre. Etrangement, il n'avait pas mal. En revanche, il savait que s'il bougeait, peu importe quel était l'outil tranchant que l'autre taré avait utilisé pour percer sa peau, cela risquait bien de lui trancher la gorge.

- Tu préfères que je continue de demander à l'autre, là-bas, peut-être ?

Alex n'eut pas besoin de regarder ce qu'il désignait pour savoir qu'il parlait d'Eléonore. Il plissa les yeux. Ses amis ne pouvaient pas savoir. Ils ne pouvaient pas savoir. Ils ne pouvaient pas, ne pouvaient pas, ne pouvaient pas…

Il sentit la faible pression sur son cou se relâcher, et constata avec stupéfaction que le démon avait utilisé son ongle, l'ongle d'Alice, pour pénétrer sa peau. Il voulut déglutir difficilement, mais il n'en eut pas le loisir : le poing d'Alice, le poing fermé de son amie, un poing qui n'aurait jamais dû être une arme, heurta brutalement son estomac. Il perdit le souffle, sa cage thoracique refusant de fonctionner correctement, et il goûta la bile, mélangée au goût métallique caractéristique du sang. Les yeux écarquillés, la tête tombant sur sa poitrine, il voulait s'arquer en avant pour se protéger, ou libérer ses bras, mais bien évidemment, la force qui le plaquait contre le mur était bien plus puissante que sa volonté. Il se maudit d'être aussi faible.

- Réponds ! Cria Alice d'une voix forte. Je leur dis pour l'Autre, ou je continue à la frapper, elle ?

Alex émit un râle, et cracha ce qui ressemblait à un mollard sanglant.

- Va te faire foutre, grogna-t-il d'une voix enrouée.

Le démon considéra le mollard au sol d'un air dégoûté, comme s'il était au-dessus de tout ça. Puis, soudain, son regard s'éclaircit.

- Qu'est-ce que c'est, ça ? Demanda-t-il.

Alex, encore trop faible après le coup qu'il venait de recevoir – il se demandait s'il n'avait pas une côte fêlée – fut incapable de relever la tête pour lui répondre. En le frappant, le démon avait fait tomber de la poche du garçon une carte de visite. La carte de visite des agents du FBI qui étaient venus les interroger, et qu'il gardait depuis toujours avec lui. Il ne savait pas vraiment pourquoi, mais il avait le sentiment qu'un jour, il en aurait besoin.

Alice se baissa pour ramasser la carte.

Elle se releva d'un bond et lança sa main en arrière. Un cri aigu de douleur se fit entendre.

- Vincent ! Cria Morgane, affolée.

Alex, qui récupérait difficilement des forces, leva la tête pour constater que son ami venait d'être propulsé vers le plafond et l'avait heurté à une vitesse inouïe. Il était sûr d'avoir entendu un affreux craquement. Se pouvait-il que…

- Enfoiré ! Laisse-moi descendre ! Résonna la voix de son jeune ami.

Alex soupira de soulagement. Il n'était pas mort. En revanche, il avait sûrement quelque chose de cassé.

- Pour que tu essaies de m'avoir alors que j'ai le dos tourné ? Lança Alice sans un regard vers le plafond. Sûrement pas. Tu restes là. Et tu dors.

Le démon claqua des doigts, et la tête de Vincent tomba abruptement en avant, son corps entier toujours plaqué au plafond.

- Non ! Hurla Morgane ! Qu'est-ce que vous lui avez fait ?

- Du calme, du calme, c'est bon, il est pas mort, soupira le démon, agacé. Juste évanoui un peu. J'en avais marre de l'entendre respirer fort. Bon. Maintenant, ça. FBI, hein ?

Alex grogna et laissa échapper un rire, qui eut plus l'air d'une toux lorsqu'elle s'échappa de ses poumons.

- Ouais, le FBI, fit-il d'un ton défiant. Et même qu'ils vont sûrement venir te chercher, espèce de taré. J'suis sûr que c'est pour ça qu'ils étaient là. Si t'es un démon, alors le suicide en groupe de l'autre jour…

Le garçon s'interrompit brusquement. Le coup de poing au visage l'avait pris au dépourvu. Il ferma les yeux, essayant en vain de canaliser la douleur qui envahissait toute la partie gauche de son visage par vagues.

- Ta gueule. Un humain, ça ne se mêle pas des affaires des adultes.

Il jugea plus prudent de ne pas répondre. Après quelques secondes, le démon sortit le téléphone d'Alice de sa poche et y tapa le numéro sur la carte.

- Qu'est-ce que…

La chose tendit un doigt vers lui et il se tut, appréhendant une nouvelle douleur, mais rien ne vint. Ca lui avait simplement ordonné de se taire.

Après quelques secondes, Alice sourit et tendit le téléphone à Alex. Et avant qu'il ne puisse comprendre quoi que ce soit, elle assena un violent coup de pied en biais sur le genou du garçon. Un craquement horrible se fit entendre, et il sut avec une effroyable certitude qu'elle venait de le lui casser.

Il hurla. Il n'avait jamais connu pire douleur, de toute sa vie.

- Si tu ne veux pas en entendre plus, ramène-toi, Castiel. Viens seul. Tu sais où me trouver.

Et elle raccrocha.


.

.

Et me revoilà.

Comment avez-vous trouvé ce chapitre ? N'hésitez pas à me le dire en commentaire. Pour vous lancer, quelques questions auxquelles vous pouvez répondre : vous avez envie de lire la suite ? Est-ce que le comportement terrorisé d'Eléonore vous a dérangé ? Qi'avez-vous pensé de l'espèce de rêve/hallucination d'Alex ? C'est quoi, cet "Autre" ? Comment Castiel va-t-il réagir en entendant le cri de douleur d'Alexandre au téléphone ? Et Yliana ? Avez-vous envie de la revoir ?

Comme d'habitude, merci d'être passé, merci d'avoir lu, et s'il vous plaît, s'il vous plaît, commentez. Ca ne vous prendra presque pas de temps, et en attendant, vous me rendez heureuse (que le commentaire soit positif ou non, un retour est un retour, et je m'en nourris), et me donnez envie d'écrire et de continuer à poster.

A dans deux semaines.