Coucou les loulous !

Désolée pour le retard, j'espère que vous n'avez pas mangé tous vos doigts en attendant. J'ai bien galéré à gérer mon temps, cette semaine (et c'est pas fini...)

Le chapitre que vous allez lire se passe quelques jours après "l'incident" (ha, j'aime bien les euphémismes) des précédents chapitres. Vous allez enfin savoir ce qui est arrivé à nos héros.

Bonne lecture, et à tout de suite en fin de chapitre.

Warnings : crise d'angoisse, gore


Chapitre 17 : Bon rétablissement et vœux de bonheur

Dean serra un peu plus fort son oreiller dans son sommeil, agrippant les replis du tissu comme s'il pouvait retenir son rêve en y mettant toute sa force. Cela faisait trop longtemps maintenant qu'il n'avait pas dormi confortablement, trop longtemps qu'il sautait de rêve en rêve, plus inquiétants les uns que les autres. Il y avait trop de problèmes auxquels il fallait faire face dans la vraie vie. La facilité revenait à dormir pour faire passer le temps.

Si seulement, si seulement Dean s'était réveillé et avait ouvert les yeux sur le corps de Castiel à côté du sien, le perçant de son regard bleu océan, lui offrant sa protection bénie. Mais la réalité n'était pas telle qu'il la désirait, Dean l'avait appris à ses propres dépend dès son plus jeune âge. La vie était dure, la vie lui en faisait baver, il le savait. Pourtant, à chaque nouveau combat, à chaque nouvelle victoire, quelque chose de plus gros encore leur faisait face, à lui et à son petit frère, et il était las. Las de sans cesse devoir pousser sa volonté, devoir se battre alors qu'il aurait préféré tout laisser tomber et… se laisser tomber, lui-même.

Mais il y avait Sam, et Castiel. Sa famille, son sang. Il vivait pour eux, il se battait pour eux, il en bavait pour eux. C'était sa seule manière d'avancer. Dean n'avançait plus pour lui-même depuis longtemps, il avançait pour les autres. Quelque part, c'était plus facile.

Le rêve s'évapora, plongeant le chasseur dans l'obscurité tapissée de désillusion de l'arrière de ses paupières. Il se retourna, cherchant encore un peu les restes du bien-être du sommeil, mais se rendit à l'évidence – il ne se rendormirait pas.

Il s'allongea sur le dos, s'ébouriffa les cheveux et ouvrit les yeux. La chambre vide, désespérément vide, répondit à son soupir fatigué. Il avait encore dormi sur la droite. Il n'arrivait décidément pas à dormir au milieu de son matelas. C'était stupide, il en était pleinement conscient, et il se haïssait de cette preuve de faiblesse, mais c'était bien au-dessus de ses forces.

Dean alluma la lampe de chevet et ne ferma même pas les yeux lorsque la lumière éclaira la pièce. Une nouvelle journée. Hm. Oui, après tout, il pouvait bien faire ça.

En ouvrant l'arrivée d'eau pour prendre une douche, il se demanda pourquoi les choses ne pouvaient pas être aussi simples pour lui que pour tous les autres. Tous ces gens normaux qui riaient, travaillaient, avaient une vie de famille. Tous ceux qui n'étaient pas touchés par le surnaturel mais uniquement les problèmes idiots de la vie. Si son père avait été là, il lui aurait rappelé que ces gens n'existaient pas, que des choses terribles, des drames insurmontables arrivaient toujours, et que ce groupe d'amis que Sam et lui avait sauvé il y avait quelques jours en était la preuve. Leur vie était chamboulée et ne serait plus jamais la même.

Mais tu leur as sauvé la vie, murmura la petite voix en lui qui le forçait à aller de l'avant.

- Peut-être, mais à quel prix ? Se surprit-il à penser à voix haute.

Il laissa l'eau couler sur son corps et prit à peine une minute pour se savonner. Il entreprit ensuite de s'habiller, puis marcha jusqu'à la cuisine pour prendre son petit déjeuner. Aucune nouvelle de Castiel hier, et il n'espérait pas en recevoir davantage aujourd'hui. Il était en colère, et frustré, c'était vrai, mais il se mettait à la place de la petite. C'était extrêmement difficile à gérer, pour elle. Si elle l'avait pu, elle aurait sûrement éjecté l'ange dès la première occasion. Dean aurait préféré que cela se passe ainsi. A la place, ils devaient se contenter de cela, un corps qui n'était pas le sien, et de très rares moments de compagnie.

Yliana, elle, devait vivre avec la conscience qu'un être surnaturel habitait son corps, que d'autres êtres, maléfiques ceux-là, voulaient sa mort, et qu'elle ne pouvait rien changer à cela. De plus, les dommages que tous ces gamins avaient subis… c'était trop pour Dean. Il n'aimait pas les affaires où tout ne rentrait pas dans l'ordre. Ces gosses seraient poursuivis par des souvenirs affreux, toute leur vie.

Dean en avait envie de vomir.

- Hey.

- Yo, répondit-il à Sam qui venait de rentrer à son tour dans la cuisine. Des nouvelles ?

Dean secoua la tête et leva les yeux vers son frère.

- Tu crois que ça va s'arranger ? Que Castiel va récupérer son corps ?

Sam prit son temps avant de répondre :

- On arrivera forcément à inverser le sceau, tu le sais. Quant à son corps… je ne me ferais pas trop d'illusion à ta place. Il était trop faible pour contenir Cas. Mais qu'importe, il en trouvera un autre. C'est si important ?

Oui.

- Non. Mais j'ai un mauvais pressentiment.

- Ah, soupira Sam. Crowley, hein ?

- Ouais. Pourquoi est-ce qu'on entend plus parler de lui ? Il a rien retenté pour Castiel, et on a plus revu aucun démon depuis qu'on a secouru ces gosses.

Son petit frère hocha la tête.

- J'y ai réfléchi, tu sais. Je me demande s'il n'attend pas quelque chose, maintenant.

- Et quoi ?

- Je ne sais pas, fit Sam d'un ton aussi las que Dean. Je ne sais pas.


Morgane ouvrit discrètement la porte de la chambre d'hôpital et entra à pas feutré, soucieuse de ne pas réveiller Alex. Non pas qu'elle pût le réveiller, de toute façon. Le grand ne s'était pas réveillé depuis qu'elle l'avait vu conscient pour la dernière fois. Aujourd'hui, c'était le troisième jour. Les médecins disaient qu'il avait subi un choc et que c'était pour cela qu'il n'était pas encore tout à fait prêt à se réveiller. En dehors de ça, tout allait bien, disaient-ils avec un grand sourire, comme si montrer un peu plus de dents avait quoi que ce soit de rassurant.

Elle s'était retenue de pleurer en sa présence, certaine qu'il ne voudrait pas cela de ses amis. Mais le voir ainsi la bouleversait. Ses nombreuses coupures au visage et au cou avaient toutes été pansées, et un gros bandage entourait son crâne. On avait bien examiné sa tête et il n'avait pas de contusion, ce qui dénotait du miracle, selon la plupart des infirmières. En tombant d'aussi haut, il aurait pu se rompre le cou.

Une chute. Une simple chute.

Morgane dut réguler les battements de son cœur qui s'affolèrent lorsqu'elle baissa les yeux. Son torse était enveloppé de plâtres, à cause des côtes fêlées. Ses bras avaient été mis à nu, mais elle ne pouvait voir aucun signe de blessure à cet endroit-là. Elle n'arrivait pas à descendre le regard, même si la couverture cachait le reste. Cachait… cachait.

Que cachait-elle, de toute façon, cette couverture ? Le vide sous la cuisse droite d'Alex était suffisamment éloquent. Son genou, celui qui lui restait – Morgane se sentit faible à cette pensée – était lui aussi recouvert de plâtre. Une simple fracture qui ne durerait pas longtemps et qui se soignerait facilement. Pour son autre jambe, eh bien, on n'avait rien pu faire.

Morgane avait été horrifiée en découvrant la boucherie qu'était devenue la jambe de son amie. La coupure, loin d'être nette, lui avait semblé sale, dégoûtante, puante. L'os qui pointait l'avait presque fait vomir, mais elle avait tenu bon. A présent, on l'avait recousu, et Alex était maintenant le même Alex qu'avant, avec une jambe en moins. Elle ne voulait pas voir le moignon, qui ne devait même pas avoir cicatrisé. L'absence de bosse sous la couverture blanche de l'hôpital était suffisante pour elle.

Elle marcha jusqu'au chevet du garçon et posa une main sur son front, prenant mille précautions pour ne pas infliger trop de pression au crâne sans doute encore fragile d'Alex.

- Je suis désolée, murmura-t-elle en retenant difficilement les sanglots qui lui meurtrissaient la gorge. Je suis désolée de n'avoir rien pu faire. J'aurais… j'aurais pu être à ta place.

- Non, tu n'aurais pas pu.

Morgane se retourna vivement, prise de panique, mais ce fut Eléonore qu'elle trouva sur le seuil de la porte. La jeune fille lui adressa un regard vide, mais qui signifiait tout.

- Tu n'as pas à t'en vouloir. Personne ne doit s'en vouloir, affirma-t-elle comme un mantra qu'elle-même se répétait fréquemment. Même pas Alice. Sûrement pas Alice. On était tous impuissants, c'est tout.

Morgane hocha gravement la tête et recula pour laisser la place à Eléonore qui s'avança pour prendre la place auprès d'Alex.

- Est-ce que toi aussi, des fois… commença-t-elle d'une voix hésitante, ses yeux vides rivés sur le visage endormi de son ami.

Morgane savait ce qu'elle allait dire, mais elle laissa la plus jeune terminer.

- … tu lui souhaites de ne pas se réveiller ?

Elle ne répondit pas. Ca n'était pas nécessaire.

- Ca doit être dur, je me suis dit, tu sais, de vivre avec une jambe. Il y a des supers prothèses maintenant, j'ai regardé sur internet, mais… c'est pas pareil, tu vois ? Il va se réveiller et y'aura rien. Rien du tout. Qu'est-ce que ça fait, tu crois ? De se réveiller et de se rendre compte qu'il manque des bouts de nous ?

Les larmes coulaient sans retenues sur son visage fin, abîmant le maquillage qu'elle avait désormais du mal à appliquer, à cause du tremblement de ses mains, mais auquel elle ne voulait pas renoncer. Morgane ne répondit pas, incapable de lui donner des réponses suffisantes.

Eléonore renifla sans retenue.

- C'est bête, non ? Mais j'ai pensé… il a été tellement courageux. Moi, j'ai été stupide, mais lui, il a… (elle essuya sa joue gauchement) Il me manque. Je voudrais qu'il soit là et qu'il me dise que tout va bien se passer. Je fais des cauchemars, j'aime pas ça. Alice… Alice sort plus de chez elle, j'ai tout perdu, Morgane, je veux juste qu'il se réveille et qu'il me serre dans ses bras et…

Elle sanglota affreusement pendant quelques secondes, secondes terribles pendant lesquelles Morgane ne put empêcher la tristesse de rouler hors de ses yeux. Elle posa des mains qu'elle voulait rassurantes sur les épaules tremblotantes d'Eléonore.

- Ne t'inquiète pas. Tout ira bien. Avec le temps, tout redeviendra comme avant.

Eléonore cessa d'émettre un bruit et parut se reprendre. Elle s'essuya doucement les joues et se dégagea sans brutalité de Morgane en roulant des épaules.

- Merci, dit-elle simplement, merci, Morgane. De me mentir.

Elle posa son regard soudain doux, doux et bienveillant, sur le visage d'Alex. Morgane sut qu'il était temps pour elle de partir. C'était un moment d'intimité, et Eléonore en avait grandement besoin.

Elle sortit de la chambre en silence, prenant grand soin de ne pas se faire remarquer, et ferma doucement la porte derrière elle. Elle se retrouva dans le long et large couloir blafard de l'hôpital. Le silence l'enveloppa comme une couverture sale et elle frissonna.

Elle sortit son téléphone de sa poche et, tout en s'éloignant de la chambre d'Alex, téléphona à Yliana.

- Allô, fit la voix de sa copine après une sonnerie seulement.

- J'ai fini, répondit Morgane. Dit, ça te dit d'aller voir Vincent ? Je sais qu'Alex n'est pas réveillé de toute façon donc ça te cause plus de stress qu'autre chose, mais… je suis sûre que Vince apprécierait.

Pause de l'autre côté du combiné.

- Je ne sais pas, répondit enfin Yli. Je veux dire, c'est un peu à cause de moi qu'ils sont tous blessés. J'ai…

- C'est aussi grâce à toi que nous sommes tous en vie, chérie.

Elle n'entendit rien mais elle sut que Tim souriait.

- Alors, tu montes ? Enchaîna-t-elle immédiatement.

- Ok, tu m'as eu. Tu m'attends à l'ascenceur ?

Morgane acquiesça et attendit qu'Yliana, qui l'attendait juste à l'extérieur de l'hôpital, la rejoigne.

- C'est Castiel, tu sais, pas moi, fut la première chose qu'elle entendit lorsque la porte mécanique s'ouvrit pour laisser sortir Yli.

- En attendant, c'est ton corps qu'il utilise, renchérit Morgane. Tu le lui as laissé. Toi aussi, tu as fait ton acte d'héroïsme sous-apprécié.

Tim hocha les épaules. Morgane comprenait son doute et les sentiments qui l'assaillaient, mais elle essayait le plus possible d'envahir ces pensées d'idées positives. Elle lui rappela que depuis que Castiel était en elle, elle n'avait plus eu une seule crise d'angoisse, grand soulagement dans sa vie.

- Et puis, tu avais l'air tellement puissant, quand tu es arrivée ! Tu aurais dû voir tes ailes. Elles étaient magnifiques.

- J'avais des ailes ? S'écria Yliana à voix basse. Et tu m'as rien dit ? Elles étaient comment ?

- Je pensais que tu le savais, répondit Morgane en souriant. Elles étaient grandes, très grandes, elles allaient pratiquement d'un mur à l'autre, et elles étaient noires, avec des plumes brillantes et épaisses…

La brune continua de se répandre en compliments et en descriptions. Elle avait été fascinée par ces ailes. Elle n'avait pu les voir que pendant un très court instant, lorsque Castiel avait exorcisé le démon d'Alice, mais elle avait gravé l'image sur l'envers de ses paupières. Ces ailes, ces magnifiques ailes lui donnaient l'impression de pouvoir voler, elle-même. Parfois, elle se surprenait à contracter les muscles sous ses omoplates pour bouger ses propres ailes imaginaires.

Arrivées devant la porte de Vincent, elles frappèrent brièvement et entrèrent.

Elles trouvèrent leur ami dans le même état que la veille. Son dos était tenu par un corset afin qu'il ne bouge pas, en attendant que sa colonne vertébrale revienne à la normale d'elle-même. Ses deux bras étaient dans le plâtre, et sa fracture de la clavicule nécessitait que son bras soit tenu contre lui en tout temps. Son visage était gonflé, recouvrant ses yeux, et couturé, mais il n'avait pas de bandage comme Alex.

- Salut Tim ! Salut ma belle, lança-t-il lorsqu'il s'aperçut que les deux filles étaient rentrées.

Yliana ne se sentit même pas la force de répondre à l'affront. Au contraire, elle était rassurée que son ami lui parle normalement, comme si tout allait bien.

- Comment tu te sens aujourd'hui ? S'enquit Morgane tout en se penchant pour lui serrer la main.

Vincent insistait en disant bonjour à tous ceux qui rentraient dans sa chambre. Mais comme son visage le faisait trop souffrir pour qu'il puisse faire la bise, il serrait la main à tout le monde.

- Ca ira mieux quand je pourrai enfin te refaire la bise, répondit-il avec un grand sourire rieur. Regarde, j'ai presque plus mal !

Il tenta de lever courageusement son bras en écharpe, mais grinça des dents rapidement.

- Hm, ok, j'ai rien dit. Ca chatouille encore un peu.

Morgane rit volontiers. Yliana se laissa gagner par l'hilarité de sa belle brune.

- Alors, Tim, toujours aussi badass ?

La question la prit de cours, et elle s'étouffa dans son rire.

- Tu sais, c'était pas vraiment moi… Marmonna-t-elle, gênée. J'étais endormie pendant ce temps…

- Quoi ?

Elle releva la tête, qu'elle avait baissée dans sa gêne. Vincent tendait l'oreille et fronçait les sourcils. Il voulait lever la main mais bloqué par ses plâtres, il se retrouva incapable de faire quoi que ce soit.

- Euh… Morgane ?

- Oui ?

- Tu m'files un coup de main ?

La brune se précipita et glissa ses mains derrière les oreilles de Vincent.

Yliana observa la scène sans comprendre.

- Voilà ! T'es branché, dit Morgane.

- Merci ma belle, répondit Vincent avec un sourire de charmeur.

Yliana s'avança immédiatement pour lui ficher une tape derrière la tête. Doucement, mais tout de même.

- Aïeuh ! J'suis blessé, on touche pas aux gens blessés !

- Oh, pauvre chou, répondit-elle, la voix remplie d'ironie.

Ce ne fut que là qu'elle les vit. Derrière les oreilles de Vincent, elle reconnaissait la forme d'appareils auditifs. Depuis combien de temps étaient-ils là ? Alors Vincent était sourd ? Malentendant ? Mais… il les avait toujours entendus, depuis qu'ils se connaissaient.

Elle se retint de poser la question « c'est quoi ? » qui, elle s'en doutait, devait être répétée par les gens autour de Vincent à longueur de journée. Mais elle se promit de demander à Morgane qui, elle, semblait en savoir un peu plus, une fois sorties.

- Tu disais quoi avant de me battre brutalement, Tim ?

Son air de petit chiot battu acheva de ramener l'interpellée sur terre.

- Je disais que c'était pas moi, l'autre jour. Tu sais… C'est Castiel, l'ange à l'intérieur de moi… Mais si ça t'arrange, je peux dire que c'était moi, hein.

Vincent gloussa.

- C'est n'importe quoi, cette histoire. Putain, les filles, si on avait pas été plusieurs, j'aurais cru à une hallucination, un truc complètement dingue. Genre champi ou un autre délire.

- Franchement, j'aurais préféré que ce soit ça, répondit Morgane d'un ton grave.

Yliana attrapa sa main et la serra dans la sienne.

- Moi aussi, mais bon, renchérit Vincent. Eh, on y peut rien, c'est passé maintenant. Alex, il va comment ?

- Il dort toujours.

- Ah.

Le jeune garçon perdit son sourire et son ton blagueur aussi rapidement que s'ils n'avaient pas été là.

- Putain… souffla-t-il. Ca fait chier ça. Vous croyez que ça va être comment, quand il se réveillera ?

- 'Faudra être avec lui, soupira Yliana. Juste… être là. C'est le mieux qu'on puisse faire, de toute façon.

Morgane hocha la tête sans rien ajouter.

- Eh, Morgane, fit-il sans la regarder. Est-ce que toi aussi, des fois, tu te sens… inutile ? T'aimerais pas pouvoir faire plus, être plus puissante ?

La brune fut surprise par la question. Qu'entendait Vincent par là ? Faire plus ? Que pouvaient-ils faire de plus ? Ils n'étaient que de simples humains. Depuis qu'ils avaient appris par les frères Winchesters que des choses affreuses existaient dehors, ils se sentaient tous un peu déboussolés. Eléonore avait même des crises de panique de temps à autres, pour lesquelles Yliana aidait grandement, via le téléphone. Mais voilà, la vie ne changeait pas, elle avait toujours été ainsi. Le danger était passé, et tout allait redevenir comme avant. Morgane en était convaincue.

- N-non, pas vraiment, répondit-elle précautionneusement. Faible, peut-être, mais pas forcément inutile. Peu importe l'échelle, on peut toujours faire quelque chose, Vincent.

Le jeune homme hocha la tête mais ne parut pas convaincu le moins du monde.


- Je devrais sûrement aller voir les Winchesters, soupira Yliana sur le chemin du retour.

Morgane secoua la tête :

- Pourquoi ? On n'a plus rien à voir avec eux, maintenant.

- Mais Castiel, si, expliqua la jeune fille. Et il aimerait beaucoup les revoir. J'arrête pas de penser à Dean en ce moment. C'est de lui que ça vient.

La brune haussa un sourcil.

- Tu veux dire que les pensées de Castiel se mélangent aux tiennes ?

- Non, pas exactement, songea Yli à voix haute. C'est un peu plus compliqué que ça, je pense, mais c'est comme si… ses pensées à lui étaient si fortes que je pouvais les entendre aussi, tu comprends ?

- … Je crois, répondit Morgane en hésitant.

Elle comprenait l'impasse dans laquelle se trouvait sa petite amie, mais elle aurait préféré ne plus rien avoir à faire avec les deux frères chasseurs de démons. L'expérience l'avait assez secouée comme ça et leur groupe d'amis en serait pour toujours changé. Pourquoi fallait-il en plus qu'Yliana doive sans cesse les revoir ? Morgane savait à quel point la plus jeune se sentait mal à l'aise en présence de Dean. Il était inquiétant, c'était le moins que l'on puisse dire. Sam était plus gentil, et surtout, il ne paraissait pas frustré lorsqu'Yliana lui avait expliqué qu'elle ne voulait pas vraiment les revoir. Pas comme Dean.

Yliana marchait d'un pas lourd à côté de Morgane qui lui tenait la main. Elle sentait l'hésitation de Castiel à l'intérieur d'elle. L'ange ne se cachait pas, aujourd'hui, mais il ne se faisait pas remarquer non plus. Il était simplement… là. Elle savait qu'il brûlait de lui demander de l'amener au bunker. Elle voulait juste rentrer chez elle. Savoir son corps se mouvant seul, au-delà de sa volonté, alors qu'elle-même dormirait… la pensée était loin d'être rassurante.

Mais elle était touchée par le désir de Castiel de revoir ses amis. Non, sa famille. C'était le mot qui s'imposait aux pensées de la jeune fille. Le seul mot qui convenait vraiment.

Elle pencha la tête vers Morgane, comme pour essayer de se rapprocher de sa réalité à elle, non de celle de l'ange dans sa tête.

- Je voudrais t'embrasser, chuchota Morgane. Est-ce qu'il sait quand je t'embrasse ?

Yliana fit la moue, désolée.

- Je crois, oui. Je pense qu'il fait attention de ne pas nous regarder, mais… je peux pas vraiment le bloquer, M. Je sais pas comment on fait.

- C'est étrange, comme situation.

Yliana haussa les épaules. Oui, c'était bizarre. Mais qu'y pouvait-elle ?

- En même temps, si j'allais voir les Winchesters, je pourrais leur demander où ils en sont dans leur recherche. Tu sais, pour que Castiel puisse partir.

- Tu as envie d'aller les voir, alors ? S'enquit Morgane, étonnée.

- Non, j'ai pas dit ça, répondit Yli avec un sourire sur les lèvres. Mais… je pense pas que l'idée s'en ira tant que je serai pas là-bas.

Morgane attendit quelques instants avant de lui répondre. Elle savait qu'elle aurait du comprendre. Mais au fond d'elle, elle n'acceptait pas. Elle ne voulait qu'une chose, qu'Yliana puisse se reposer en paix. Mais au lieu de ça, elle était sûrement assaillie par les pensées de l'ange, en plus de se sentir redevable envers lui. Comment pouvait-elle seulement tolérer cela ? Elle ne le pouvait pas. Elle refusait tout, tout.

Mais pour Yliana, elle était prête à tout. Même à se mettre elle-même de côté.

- D'accord. Bon, allez, je t'y accompagne.


Il me manque quelque chose. Il me manque quelque chose.

Maman ? Maman, s'il te plaît, aide-moi. Il me manque quelque chose. Je ne sais plus. Je ne sais pas. Qu'est-ce que je dois faire … ? Maman… Maman.

Papa. Papa, tu me manques. Tu me manques tous les jours. Je croyais que je pouvais être courageux, je voulais que tu sois fier de moi. Mais… Je n'y arrive pas. Il me manque quelque chose, Papa. Il me manque quelque chose, et je n'arrive pas à trouver ni quoi, ni comment faire pour passer outre. S'il te plait, Papa, aide-moi. J'ai besoin de toi. J'ai besoin de toi.

Attends, Papa, ne t'en va pas ! Ne me laisse pas tout seul. S'il te plaît, ne me laisse pas tout seul… avec l'Autre. Je ne sais pas. Je ne suis qu'un enfant, Papa. Je ne suis qu'un enfant, et il me manque quelque chose.

Est-ce que je vais mourir ? Dis, Papa, ça fait comment, de mourir ?

J'ai mal. J'ai mal. J'ai si mal.

Il me manque quelque chose.

Tu sais, Papa, Eléonore, elle est vraiment fantastique. Elle est belle, elle est drôle, elle est intelligente, elle est tout. Elle est tout pour moi, Papa. J'aurais aimé que tu puisses la rencontrer.

Il me manque quelque chose.

Pourquoi est-ce que ça fait si mal ? Est-ce que c'est ça, la mort ? Avoir mal ? Je n'en veux pas. J'ai eu mal, toute ma vie, j'ai eu mal. Papa, s'il te plaît, fais que je n'aie plus mal. Fais que ça s'arrête. S'il te plaît, Papa, s'il te plaît… Je t'en supplie, ne t'en va pas…

Papa ?

Papa ?

Papa ?

...

- Elé… onore ?

Il prit doucement une longue inspiration. Il avait mal, mal partout. Il avait la sensation de n'être qu'un tas de chair endolorie. Il détestait ça. Et surtout, il n'arrivait pas à bouger. S'il ne pouvait pas bouger, il ne pouvait pas se protéger.

- Alex ? Tu es réveillé ?

Il laissa lentement l'air sortir de ses poumons sans répondre. Cette voix, il aurait pu la reconnaître entre mille, c'était celle d'Eléonore. Elle était là, en ses côtés. Il lui en était reconnaissant. Il sourit faiblement, les yeux toujours fermés.

- Alex…

La voix d'Eléonore résonnait dans sa tête. Il n'était pas sûr, mais il lui semblait qu'elle pleurait.

- Est-ce que… tout le monde va bien ? Alice… et les autres…

- Oui ! Souffla rapidement Eléonore (Alex était sûr qu'elle venait de bondir vers lui). Oui, tout le monde va bien. Tout le monde est vivant. Et Alice… elle est normale, maintenant.

Alex émit un râle contre sa propre volonté en reprenant sa respiration. Ses poumons… ils étaient peut-être enfoncés.

- C'est bien.

Il me manque quelque chose.

Soudain, il ouvrit les yeux et essaya de se redresser par lui-même. Evidemment, incapable d'y arriver tout seul, il grogna de douleur et se reposa sur le lit, frustré.

- Quoi, qu'est-ce qu'il y a ? S'alarma Eléonore.

- Ma jambe… grimaça-t-il. Il y a quelque chose de bizarre… sur ma jambe…

Il n'arrivait pas même à baisser les yeux. Les bandages qui entouraient son visage et son torse cachaient tout le bas de son corps de son point de vue. Il sentait pourtant que quelque chose n'allait pas. En fait, il ne sentait rien.

Il considéra Eléonore, qui avait plaqué les deux mains sur sa bouche, les yeux écarquillés.

- Elé… ma jambe… qu'est-ce qu'il y a ?

Elle secoua la tête, visiblement terrorisée. Eh bien ? Qu'y avait-il de si grave qu'elle ne puisse pas même le dire à voix haute ? Qu'elle soit incapable de le regarder en face ? Et comment pouvait-il ne ressentir aucune douleur alors que…

Brusquement, il se souvint. Il se souvint de tout, jusqu'à la dernière seconde.

Il pensait avoir rêvé. Il n'était pas bien sûr d'avoir été conscient tout le long. Mais il se souvenait encore du bruit que sa jambe avait fait quand elle était tombée au sol, suivie par le flot inimaginable de sang. Oui, il pensait bien s'en souvenir. Mais pas tout à fait. C'était si… imprécis…

Il comprit qu'il avait dû s'évanouir de douleur, avant de se réveiller pour la première fois aujourd'hui, dans une chambre d'hôpital, à côté d'Eléonore qui le veillait. Ah, elle le veillait, alors tout allait bien.

Sauf qu'il n'avait plus qu'une jambe.

Le bip de la machine à sa droite émit alors un sifflement strident. Eléonore sursauta et s'éloigna vivement de lui. Quelques secondes plus tard, deux infirmiers affolés pénétraient dans la chambre

- Monsieur, vous allez bien ?! Que se passe-t-il ? Qu'est-ce que…

Alex plissa les yeux. Il aurait préféré être partout ailleurs. Peu importait. Il voulait se retrouver seul, seul avec son corps mutilé, son corps incomplet. Seul. Pourquoi ne pouvait-il pas être seul ? Il allait se mettre à pleurer, il ne voulait pas pleurer devant eux, pas devant Elé. Mais sa jambe, sa jambe qui n'était plus là…

- Calmez-vous, Monsieur. Tout va bien. Restez avec nous. Tout se passera bien. Ne vous inquiétez pas.

Les infirmiers venaient de comprendre que son cœur s'était simplement affolé. Ils essayaient de le calmer, maintenant.

- Ma jambe… murmura-t-il, incapable de penser à autre chose, incapable de leur demander de s'en aller. Ma jambe, ma jambe !

- Monsieur, vous ne devriez pas…

- Ma jambe ! Rendez-moi ma jambe !

- Alex ! Calme-toi !

La voix d'Eléonore le fit brusquement se taire. Il cessa d'essayer de bouger, à la recherche de sa voix, de son toucher, de son elle.

- Tout ira bien, tu vas voir. Je serai là, pour t'aider.

Il ferma les yeux et laissa les larmes rouler sur ses joues, tant de soulagement que d'émotions générales. Il frémit lorsqu'il sentit la petite main d'Eléonore se poser sur sa joue trop barbue, sa joue mouillée, et essuyer les larmes.

- On va s'en sortir. Tous les deux. Ensemble.

Il s'endormit, épuisé, mais pas avant de lui avoir adressé un grand sourire radieux de totale confiance.

Ensemble, ils pouvaient tout faire.


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Coucou, c'est Zerikya, back at it again with the feelings! [insérer ce gif de Crowley sifflant "Feelings" entre ses dents ici] (mais si, vous savez duquel je parle)

Même en me relisant une énième fois avant de poster, je me suis fait mal au coeur avec ce chapitre. Mais je l'aime bien. J'ai adoré l'écrire, j'adore vraiment tous les thèmes abordés ici, et je pourrais passer des heures et des heures à développer tout ça. Mais il faut parfois savoir s'arrêter, avant d'en dire trop ! ;)

J'espère que vous avez aimé lire ce chapitre ! N'hésitez pas à m'en parler dans les commentaires ! Comme d'habitude, merci d'être passé, merci d'avoir lu, et n'oubliez pas de commenter. Je vous embrasse.

Zerikya out!