Coucou tout le monde ! Je vous présente le 19ème chapitre de cette fic !
Alors... précédemment dans la Volonté de l'Ange, on avait Alex qui se réveillait pour la première fois après l'épisode de l'entrepôt, et qui découvrait l'état de sa jambe, ou plutôt absence de jambe (... je suis horrible), on avait Dean qui réagissait de manière curieuse en voyant Morgane embrasser Yliana (... en très gros, il ne s'attendait pas à ce qu'elles forment un couple), et enfin, on avait Crowley qui rendait visite à Vincent, pour lui proposer, tout vraisemblablement, de passer un contrat. Ah, et une Alice assez mal en point, quand même.
Il me tarde que vous découvriez ce chapitre ! Il est en deux parties, ce qui signifie qu'au même titre que "Retrouvailles", il y aura un chapitre intitulé "Embrasse-moi II" dans un très prochain avenir. Si je ne me plante pas, ce sera le chapitre 24.
Merci infiniment de continuer à me lire. N'oubliez pas de vous manifester dans les reviews !
Bonne lecture, à tout de suite en fin de chapitre.
Warnings: PTSD, ou SSPT en français (pour Post-Traumatic Stress Disorder, ou Syndrôme de Stress Post-Traumatique), mention d'acte sexuel non-consenti (viol) (mais c'est vraiment très léger, et à peine mentionné)
Chapitre 19 : Embrasse-moi
- … Tu es sûre que ça ne les dérangera pas ? S'enquit Alice, inquiète, à l'autre bout du combiné.
Eléonore se retint de soupirer de fatigue.
- Non, Alice, ça les dérangera pas. Au contraire. On a tous envie de te revoir, tu sais ?
- Mais…
- Pas de mais qui tienne ! Ramène tes fesses.
Patiente, la brune attendit qu'Alice raccroche elle-même, avant de poser son téléphone portable sur la table de chevet de la chambre d'hôpital d'Alex.
- Comment est-ce qu'elle va ? S'enquit le convalescent.
Depuis qu'il avait doucement pris conscience de son environnement, il se sentait toujours désagréablement incomplet quand il songeait à l'absence de sa jambe, mais au moins, tant qu'Eléonore était là, il n'y pensait pas trop. Et puis, il relativisait. Il était en vie. Il devrait apprendre à en être satisfait.
- Je l'ai jamais vue aussi mal en point, soupira Eléonore. C'est pour ça que je veux qu'elle vienne.
Pour qu'elle sache que ce n'était pas sa faute, étaient les mots qu'elle ne prononça pas. Alex ne répondit pas.
Il n'avait pas revu la jeune fille, pas depuis que sa jambe avait été arrachée par sa main. Il n'avait pas vu son exorcisme. Il n'avait pas été témoin de son propre sauvetage. La douleur qu'elle lui avait infligée était encore trop proche. Il savait, raisonnablement parlant, qu'il ne pouvait pas lui en vouloir. Pour autant, il ne savait pas quelle serait sa réaction quand il la reverrait.
Il espérait pouvoir cacher ce qu'il ressentait. Après tout, il y avait été habitué, depuis tout petit. L'Autre y avait veillé.
- Ça va, toi ?
La voix d'Eléonore vint interrompre la dérive de ses pensées. Juste au bon moment, songea-t-il. Il hocha la tête.
- T'inquiète pas. J'm'en remettrai.
Elle se mordit la lèvre en baissant les yeux. C'était sûrement un réflexe qui ne partirait plus jamais. Sa fierté, sa combativité, son audace, son impulsivité… elle pourrait peut-être les retrouver un jour. Mais, et Alex en était peut-être plus conscient que les autres, ce qu'ils avaient tous vécu ne les laisseraient pas sans aucune séquelle.
- Tu peux me dire tout ce qui te passe par la tête, tu sais, lâcha-t-il sur un ton qu'il voulait léger.
Eléonore ferma les yeux, comme si elle voulait s'empêcher d'être transparente face à lui. Alex se renfrogna. Elle ne dirait rien.
Il sursauta quand, ayant tourné la tête, il entendit sa voix chevrotante lui poser la question qu'il redoutait tant :
- On a tous entendu… pour « l'autre ». C'est quoi, cet « autre », Alex ? Qu'est-ce que ça veut dire ?
- Non, fut la seule réponse qu'il lui donna.
S'il n'avait pas été si mal en point, s'il avait été capable de bouger par lui-même sans sentir une douleur poignante s'emparer de son moignon, il se serait retourné et lui aurait présenté son dos. Il n'avait pas le courage de lui faire face, pas à propos de l'Autre. C'était son secret. L'Autre n'avait pas le droit d'intervenir dans sa vie, elle n'avait pas le droit de continuer à influencer chaque pas qu'Alex faisait, plus maintenant. Elle devait disparaître.
- Tu as fait quelque chose de mal ?
- J'veux pas en parler, répondit-il.
Trop brusque, trop brusque. Il était trop brusque. Il redevenait violent. Il ne pouvait pas redevenir violent. Il n'avait pas le droit, et il ne voulait pas montrer cette partie de lui à Eléonore. Tout était de la faute de l'Autre. De sa faute. Putain, il aurait voulu qu'elle disparaisse tout de suite de ses pensées, de ce dialogue, de la surface de la Terre.
- D'accord. C'est pas grave.
Si, ça l'était. Il s'empêcha de répondre et se mordit la langue, retenant un commentaire cinglant.
- J'veux juste que tu saches… Ça change rien. Pour nous deux, je veux dire.
Il fronça les sourcils mais ne répondit pas, incapable de faire face à son visage, incapable de faire face à qui que ce soit, à quoi que ce soit. Il se concentra sur la douleur sourde, rendue supportable par la morphine, qui émanait du bas de sa cuisse. Il n'était plus le même, il était différent. Il n'avait plus rien à voir avec l'Autre. Plus maintenant.
Il sentit les petites mains d'Eléonore caresser le bas de son visage, caresser les poils de sa barbe qu'il n'avait pu couper ces derniers jours, et il tourna la tête vers elle, comme si par ce simple toucher, elle avait le pouvoir de lui faire comprendre, de lui expliquer. Il avait envie de s'en remettre à elle. Mais…
Elle pencha la tête et il sentit une explosion de douceur se répandre dans chaque petite parcelle de son corps lorsque ses lèvres rencontrèrent les siennes.
Enfin, pensa-t-il. Elle le reconnaissait. Enfin, il pouvait goûter à ses lèvres si douces, si rouges, si désirables. Enfin, il pouvait l'enlacer tendrement. Incapable de bouger, il la laissa l'aider à porter sa main sur son visage à elle, comme si elle devinait ses pensées, comme si elle savait à quel point il avait envie, comme si elle comprenait enfin…
Elle se décolla doucement de lui. Alex garda les yeux fermés, savourant jusqu'au goût de sa salive sur ses lèvres.
- Ça fait combien de temps, Alex ? Demanda-t-elle.
Il sursauta.
- Combien de temps que quoi ? S'enquit-il d'un ton gauche.
Il bafouilla comme un collégien vivant sa première histoire d'amour, aussi il fut surpris qu'Eléonore parvienne tout de même à la comprendre, mais elle répondit :
- Que tu es amoureux de moi.
- Oh. Ça.
Mais non. Il ne rougissait pas, tout de même, si ?
Elle sourit, d'un sourire encourageant, le sourire d'où il tirait toute sa force. Il avait envie de rire comme un idiot. Un imbécile heureux, voilà ce qu'il était. Est-ce qu'elle ne pouvait pas l'embrasser encore une fois, s'il vous plaît ?
- Euh… ben… j'sais pas, euh… depuis le début, j'crois ?
Ouais. Top du romantisme, mec.
Il fit taire sa petite voix intérieure et se sentit comme un enfant heureux de jouer avec ses amis.
- C'est bien ce qu'il me semblait.
Répondant enfin à ses pensées, elle l'embrassa une autre fois. Son sourire contre le sien était le plus beau des cadeaux.
- Dean, qu'est-ce qui ne va pas ?
- Ce qui ne va pas ? T'es vraiment en train de me demander ce qui ne va pas ?
Le chasseur se leva du lit, fit quelques pas, et retourna s'y asseoir tel un ouragan, pour la troisième fois depuis quelques minutes. Il n'en revenait pas. Comment l'ange avait-il pu lui cacher ça ? Ce n'était pas anodin. C'était loin d'être anodin. Enfin, merde, Yliana, la petite, elle était réelle, elle avait une vie ! Ce n'était en rien comme avec Jimmy Novak.
- Si c'est à cause de Morgane, j'allais y venir, Dean.
- Ben tiens ! Et tu comptais me le dire quand, au juste ? Après qu'on ait couché ensemble combien de fois ?
Castiel fronça les sourcils :
- Je n'aurais pas pu savoir, je n'ai pas eu l'occasion de… comment es-tu au courant ?
Dean se releva encore et leva une main, comme s'il était sur le point de frapper l'ange en plein visage, mais au dernier moment, il se reprit et se massa la naissance du nez.
- Cas, elles viennent de s'embrasser. Tu te fiches de moi ? Pourquoi tu ne m'as pas dit que la gosse… ?
- Pourquoi est-ce dérangeant ? Coupa Cas, honnêtement étonné. Ça ne regarde qu'Yliana et son amie, pas nous. Qu'est-ce qui a une si grande importance pour toi ?
A ce moment de la conversation, Dean baissa des yeux écarquillés vers Castiel. Il devait se retenir. Mais il allait entrer dans une rage folle, si cela continuait. La pureté de l'ange entachait paradoxalement sa morale, et Dean était mis face à la réalité, face à ce qui était vrai et ne pouvait être nié : Yliana était vivante, le vaisseau que Castiel habitait était loin d'être mort, et la gamine n'avait pas donné sa vie pour Dieu. Elle n'avait pas donné sa vie du tout. Elle ne pouvait seulement pas éjecter le parasite que formait l'ange dans son existence.
Le baiser qu'elle venait d'échanger avec cette jeune femme brune du nom de Morgane venait de faire basculer sa perception des choses.
- Cas, tu… t'as pas le droit de prendre son corps, comme ça, j'ai pas le droit de le toucher sans son autorisation, tu comprends ?
- Mais elle s'est ouverte à moi. Et elle ne se souviendra pas, Dean. Elle n'aura aucun souvenir de nos nuits. (Dean dut faire son possible pour se retenir de rougir intensément – quand c'était Castiel qui en parlait, il avait l'impression d'être mis à nu) Ce n'est que moi.
Dean fit signe que non et s'éloigna de quelques pas. Son incapacité à expliquer la situation à Castiel le dépassait lui-même.
- Non, c'est pas que toi, Cas. Si c'était un corps sans esprit, ouais, carrément, j'aurais fait n'importe quoi. Mais… j'peux pas. Pas avec la gamine. Déjà, la dernière fois… enfin merde, j'ai couché avec une gosse. J'ai touché le corps d'une gosse qu'avait rien demandé et…
Il se dégoûtait. La pensée ne dépassa pas ses lèvres et resta coincée en travers de sa gorge. Mais il se dégoûtait. C'était répugnant. Répugnant.
- Yliana veut le bien du plus grand monde. Je ne comprends pas pourquoi elle nous empêcherait de vivre notre bonheur, et notre plaisir.
Dean ferma les yeux un instant, essayant de couper Castiel de son environnement. Il ne pouvait plus discuter avec lui, il ne pouvait plus le regarder et sachant que derrière ses yeux se cachait une vie, une vie qui ne demandait qu'à être libérée, une âme qui n'avait rien à voir avec la religion, le surnaturel, les anges et les démons.
- Dean…
Pourquoi ? Pourquoi est-ce que ça avait dû arriver ? Pourquoi n'avaient-ils pas le droit d'être tranquilles ? Heureux ? De vivre paisiblement ?
- Dean, regarde-moi.
Est-ce que c'était parce qu'il ne le méritait pas ? Etait-ce sa faute que Castiel soit affaibli, qu'Yliana soit prisonnière d'un ange, que tous ces gosses aient atrocement souffert, que Sam ne pouvait pas vivre la vie dont il rêvait ? Etait-ce à cause de lui que son entourage ne pouvait connaître le repos ? Etait-ce à cause de tous les péchés qu'il avait commis ? Etait-ce à cause de toutes les âmes dans lesquelles il avait enfoncé des millions de lames sanglantes et brûlantes, en enfer ? Ne pourrait-il vraiment jamais se racheter ? Pourquoi ? Pourquoi, bordel, pourquoi ?
- Dean. Je suis là.
Il ouvrit les yeux pour se rendre compte que les petites mains de Castiel encadraient son visage, et il sursauta en remarquant comme les yeux, sur le visage de cette jeune fille, brillaient. Dean pinça les lèvres.
- Ce n'est que moi. Regarde dans mes yeux. Il n'y a que moi.
Le chasseur voulut croire. Il voulut croire, de toute la force de son être, et il crut. Il crut. Il plongea dans les yeux de Castiel, et il n'y vit que l'ange qui nichait là.
Mais le sort se brisa rapidement.
- Je peux pas, Cas. Je peux pas. Pas comme ça.
L'ange cacha sa déception tant bien que mal. C'était étrange, comme en si peu de temps, il avait appris tant de nouvelles émotions. Il n'aurait jamais osé imaginer la déception avant de rencontrer Dean Winchester, l'humain qui se laissait dévorer par ses passions, l'humain qui se haïssait.
- Alors embrasse-moi.
Dean sursauta.
- Quoi ?
- Embrasse-moi, Dean. S'il te plaît. Donne-moi juste cela.
Castiel ferma les yeux. Pourquoi les humains étaient-ils donc si attachés à l'apparence d'un corps ? Pourquoi Dieu ne leur avait-il pas donné, comme aux anges, la faculté de percevoir les âmes, ce sens unique qui leur permettait à tous de se distinguer et se reconnaître si clairement ? Pourquoi Dean ne pouvait-il pas le voir, lui, Castiel, la créature ailée, pour ce qu'il était vraiment ?
- D'accord.
Les lèvres de Dean, douces, charnues, belles, magiques, rencontrèrent les siennes, légèrement entrouvertes. Il ne bougea pas, conserva les yeux fermés, se concentra sur la sensation de la peau rouge et sensible contre la sienne, gentille caresse, délice innocent. Dean gouttait à ses lèvres comme on gouterait une pâtisserie sucrée, mielleuse – avec précaution, patience et tendresse, comme s'il avait peur d'aller trop vite, de briser quelque chose. Castiel frémit. Il laissa doucement sa grâce voyager à l'intérieur de son vaisseau, et se dirigea vers les lèvres de Dean, impatient de le goûter lui aussi, de connaître de nouveau la communion avec lui, de…
Il se heurta brusquement à la barrière épineuse de Crowley. Il ne pouvait pas sortir. Il ne pouvait même plus toucher Dean Winchester avec son propre être. L'ange comprit douloureusement pourquoi les humains avaient parfois envie de pleurer.
Il savoura encore les sensations divines de ce doux baiser qu'il essayait de mémoriser, d'enregistrer dans sa propre mémoire d'ange de Dieu, mais il ne pouvait pas les retenir, il le savait. Ce corps serait le berceau de ses souvenirs sensoriels, non sa grâce. Quel dommage. Sûrement, s'il avait connu tant de sensations, tant d'émotions en un temps si court, il s'en serait souvenu.
N'est-ce pas ?
Dean se détacha de lui. Castiel ouvrit les yeux et le considéra avec gratitude. Voilà. Il avait eu ce qu'il voulait. Il avait essayé de toucher Dean de nouveau, de lui montrer qu'il était là, à l'intérieur, et qu'il était inchangé. Il avait échoué. Tant pis. Au moins, il pourrait chérir le souvenir de ce fabuleux baiser, et de leur toute première nuit ensemble.
- Merci, Dean.
- Que dirais-tu de passer un contrat avec moi ?
Crowley observa soigneusement le garçon qui se tenait devant lui. Il paraissait saisir le danger dans lequel il se trouvait, pourtant, il émanait de son corps une énergie et une volonté telles que le démon en avait rarement vues. Ses yeux pétillaient, de peur comme de défi. La main posée sur la poignée tremblait, mais le bras était bandé, prêt à agir.
- T'es un démon, c'est ça ?
Crowley se retint de lever les yeux au ciel. Il s'était déjà présenté. Cela suffisait amplement, non ? Il réprima une réplique cinglante et s'obligea à sourire poliment.
- C'est exact.
- Tu viens me tuer ? Achever le boulot de l'autre ?
- Bien sûr que non. Tu es un garçon intelligent. Tu te doutes bien que ce serait déjà fait, si je voulais ta mort.
Voilà. Un compliment et une menace également répartie dans une réplique.
Ce garçon n'était pas si intelligent que ça, finalement. Pas plus que la moyenne. Mais son potentiel, lui, était plus important que tout le reste. Si Urgo n'était pas capable de lui ramener Castiel… Crowley n'allait pas y aller lui-même, non, bien sûr que non. Mais utiliser un humain pour arriver à ses fins, ça, il pouvait le faire. C'était ce qu'il faisait de mieux, après la torture.
Vincent sembla se détendre après l'observation de Crowley. Il parvint à se tenir droit devant lui. Ce n'était pas du courage, c'était de la stupidité, tout simplement. Peu importait. Plus le garçon lui ferait confiance, mieux son plan se déroulerait.
- Tu veux quoi, alors ?
- Je te l'ai dit. Passer un contrat avec toi.
Le blond leva la main et se passa un doigt derrière l'oreille, pour toucher son appareil auditif, caché derrière une mèche de cheveux. Il n'y pensait même plus, le geste était devenu un simple réflexe au fil du temps. Mais Crowley sut qu'il avait touché juste. Il ne retint pas son sourire en attendant la réponse du gosse.
- … ça cache quelque chose, finit-il par répliquer après un court silence.
- Voyons, Vincent. Je suis un démon. Gagner des avantages, c'est mon travail.
Il s'avança de nouveau, menaçant sans le vouloir complètement.
- Tu ne me demandes pas ce que « contrat » signifie, pour nous ? Continua-t-il.
- Ça va venir, vu comme t'aimes écouter ta propre voix.
Crowley pinça les lèvres et haussa un sourcil. De l'arrogance. Courage, ou stupidité ? Sûrement un peu des deux. L'humain ne réalisait peut-être pas à qui il avait à faire. Il avait pourtant espéré que le souvenir des quelques dizaines d'heures qu'il avait passé avec le sbire d'Urgo soit encore frais dans sa mémoire.
- Tu ne devrais pas me parler sur ce ton, prévint Crowley.
- C'est comme t'as dit. Si tu voulais me tuer, tu l'aurais déjà fait. Allez, vas-y. Tu veux quoi, enfoiré ?
Crowley dut mordre sa propre langue pour s'empêcher de répliquer ou de lever la main. L'envie d'immobiliser l'insecte qui se tenait grand devant lui le démangeait presque littéralement. Il pouvait le faire souffrir tel qu'il n'avait jamais souffert. Le faire hurler jusqu'à ce que ses tympans explosent.
Il sourit. Soit. Qu'il se sente donc en position supérieure. Qu'il sente qu'il avait le pouvoir. Il se rendrait compte bien assez tôt de son erreur.
Quelques minutes plus tard, après avoir suffisamment développé le principe des contrats avec des démons, il se tut, observant attentivement la réaction de Vincent. Ce dernier le considérait avec des yeux écarquillés. Crowley affina légèrement sa vision et se rendit compte que le gosse tremblait.
- Mourir dans dix ans ? Quel imbécile aurait envie de planifier sa propre mort ? Dix ans ?
Crowley sourit.
- Tu serais étonné. Il existe beaucoup de raisons pour lesquelles donner une partie de sa vie semble raisonnable.
- J'veux pas mourir. Vous pouvez vous barrer, j'suis pas intéressé.
- Il n'est pas question de mourir. Il est question de vivre, Vincent, vivre mieux. Il n'y a rien dont tu aies envie ? Un désir que tu n'oserais même pas formuler ?
Vincent ferma les yeux un instant. Etait-il fou, d'accorder ainsi son temps à un démon ? Ne devait-il pas faire quelque chose, refuser les avances qu'il lui faisait, le renvoyer de chez lui ? S'il lui disait une autre fois qu'il ne voulait pas de contrat avec ce type, le garçon était quasiment sûr qu'on le laisserait tranquille. Alors pourquoi ne le faisait-il pas ? Pourquoi prenait-il le temps de calmer sa respiration, de détendre les muscles de son corps ? Et surtout, pourquoi commençait-il à réfléchir à cette proposition folle de contrat ?
Mais tout lui venait, des idées monstrueuses perçaient son cerveau de part en part, des idées grandioses, des pensées que personne n'oserait articuler de par leur grandeur. La question de savoir jusqu'où il était possible d'aller brûlait les lèvres de Vincent. Il lui semblait que son coeur était à deux doigts de sauter hors de sa gorge.
S'il posait la question, c'en était fini de lui. S'il posait la question, il en était sûr, la tentation serait trop forte. Il serait incapable de se retenir. Il passerait le contrat.
Vincent était terrorisé.
- Qu'est-ce qui me prouve que je peux vous croire ?
Le garçon ignora autant qu'il le put le sourire de satisfaction de Crowley.
- Fais des recherches, répondit-il d'une voix caressante. Demande des informations aux Winchesters. Emprunte des livres chez eux. Ils ont une réserve de savoir impressionnante. Ils te fourniront tout ce dont tu as besoin pour me faire confiance, Vincent. Et tu verras qu'un démon tient parole.
Vincent cligna des yeux et ouvrit la bouche, curieux de savoir comment ce démon connaissait les deux frères qui leur avaient tous sauvé la vie, mais Crowley était parti. Disparu. Envolé. Il se retrouva seul dans sa chambre, toute adrénaline disparue de son sang. Il se rendit compte que sa gorge était douloureusement serrée par les larmes, larmes d'angoisse, et de soulagement. Il les laissa le laver de ces émotions qu'il ne voulait plus ressentir. Plus maintenant.
Incapable. C'était tout ce qu'il était. Un incapable, un pauvre type inutile, détestable, inintéressant. Il n'avait pas été capable d'empêcher que l'on fasse du mal à ses amis et à lui, et il n'avait pas été capable non plus d'empêcher qu'Alex perde sa jambe, pas capable de se montrer fort, pas capable de montrer la moindre once de courage devant un démon qui venait visiter sa chambre…
Si seulement, si seulement Vincent pouvait devenir une meilleure version de lui-même.
.
.
Et me revoilà.
Avant que vous ne vous posiez la question, non, le fait que Vincent passe du tutoiement ou vouvoiement n'est pas un hasard, ni une erreur. Le gosse est tout simplement terrifié (et on le comprend). Aussi, au tout début de la scène entre Castiel et Dean, il y a un quiproquos entre les deux protagonistes, j'espère que c'était assez évident : Dean parle du fait qu'Yliana et Morgane soient en couple, alors que Castiel parle du fait que Morgane n'est pas humaine. Mais Cas comprend assez vite de quoi il en retourne. Par contre, notez bien que je ne mentionne plus le fait que Morgane soit... autre chose. ;) Tout vient à point à qui sait attendre, mes amis. Vous aurez vite des réponses.
A vos claviers ! Selon vous, c'est quoi, cet "Autre" qu'Alex mentionne de temps à autres ? Qu'est-ce qui le traumatise tant ? Qu'est-ce qui a bien pu se passer ? Concernant notre chasseur et notre ange préférés, est-ce que vous appréciez le tour que prennent les événements ? Auriez-vous préféré qu'ils couchent ensemble de nouveau, ou bien est-ce que selon vous, c'est une bonne idée, de ne rien faire tant que Castiel est bloqué dans le corps d'Yliana ? Et enfin, pour Vincent : pensez-vous qu'il va passer un contrat, ou non ? Et est-ce que c'est une bonne idée, de seulement y penser ?
Dites-moi tout, manifestez-vous ! Je me nourris de vos reviews (rime).
Ah, et aussi, vous l'avez sûrement compris, mais je me suis éclatée à vous donner le nom de ce chapitre, tout en sachant pertinemment qu'un baiser, dans Supernatural, n'a pas tout à fait la même signification que dans notre réalité... (je m'aime)
Le prochain chapitre s'intitulera Contrôle, mais je doute que ça vous soit d'une grande aide pour anticiper ce qu'il s'y passera. :)
Comme d'habitude, merci d'être passé, merci d'avoir lu, et n'oubliez pas de commenter ! A dans deux semaines, mes loulous.
