CHAPITRE 1
J'accordai minutieusement ma guitare électrique, le bout de ma langue coincé inconsciemment entre mes lèvres. Le bar commençait doucement à se remplir, nous allions pouvoir commencer à jouer.
_ Ely, t'es prête ? me demanda Sam, le bassiste de mon groupe.
_ Presque, soufflai-je doucement.
_ Toujours aussi lente, l'entendis-je penser, le stress commençant à le rendre exécrable.
Un sourire étira doucement mes lèvres tandis qu'il partait en grognant se chercher une bière. Une légère douleur s'insinua dans mon crâne, me faisant grimacer. Je fermai instinctivement les yeux, attendant la vision qui n'allait pas tarder à arriver.
Un voile blanc passa devant mes yeux, me rendant temporairement aveugle. Puis un tableau noir me fit face, des couleurs apparaissant et s'estompant aussi rapidement. Finalement, la façade de mon appartement m'apparut, je me trouvais dans ma rue, un homme me faisait face. C'était un bel homme d'environ la trentaine. Ces cheveux châtains mi longs étaient plaqués en arrière, mettant en évidence la finesse de ses traits ainsi que ses magnifiques yeux bleus.
_ Je m'appelle Charles Xavier, me dit-il. Et j'ai une proposition à vous faire, mademoiselle Hanson.
J'ouvris vivement les yeux, la lumière du bar me les brûlant légèrement. Mon cerveau marchait à cent à l'heure, les informations se mélangeaient : ma vision, mon cauchemar, cette présence cette nuit. J'étais submergée par mes émotions. Submergée par une totale incompréhension…
Cet homme me revenait sans cesse en tête.
Charles Xavier…
Je soupirai et secouai légèrement ma tête de gauche à droite, reportant mon attention sur mon instrument de musique. Je décidai de mettre mon trouble de côté et de me concentrer sur le concert que nous allions donner. C'était, je pense, le mieux à faire pour le moment…
Durant mes réflexions, le reste de mon groupe s'était installé devant leur instrument respectif, prêts à jouer. Je leur adressai un doux sourire et me relevai de mon tabouret, passant la strap au-dessus de ma tête puis, je me positionnai devant le micro, attirant le regard de toutes les personnes présentes dans le bar. Dès la première note de musique, j'oubliai tout : qui j'étais, d'où je venais et ce que j'étais. Je m'oubliais entièrement, ne faisant plus qu'un avec la musique. Les chansons s'enchainaient, mes doigts caressaient mes cordes avec grâce et entrain et ma voix résonnait mélodieusement dans le bar, entrainant les spectateurs dans un moment de joie et de plénitude un moment que nous partagions tous ensemble avec plaisir.
Mais ce plaisir fut de courte durée lorsque la présence de la nuit dernière réapparut dans mon esprit. Je me mis à la chercher du regard tandis que je chantais, et trouvai enfin la personne qui avait hantée une partie de ma journée. Je croisai alors le regard bleu et envoutant de l'homme de ma vision, Charles Xavier. Il était assis sur un des tabourets du bar et sirotait tranquillement un verre de whisky, tout en me regardant. Je pouvais sentir son intérêt à mon encontre, sa curiosité… Je continuai de chanter, ne le lâchant pas du regard, comme envouté par sa présence. Durant une pause musicale, une chaleur étrange essaya d'entrer dans ma tête. Je fronçai imperceptiblement les sourcils, mon regard toujours ancré aux azurs de cet homme : essayait-il d'entrer dans ma tête ? Eh bien, il allait être reçu ! Un sourire en coin étira doucement mes lèvres, faisant froncer les sourcils de mon « agresseur ». Je me concentrai brièvement et lui envoyai un choc mental. Je le vis reculer de sa chaise, se retenant difficilement au bar pour ne pas tomber puis, il posa une main sur son front et me lança un regard étonné. D'un mouvement de tête, je le saluai, lui faisant un clin d'œil amusé puis, reportai mon attention sur le public. Je pouvais sentir l'étonnement mais également l'amusement du mutant mais préférais l'ignorer pour le moment. D'après ma vision, je le reverrai bien assez tôt !
Le reste de la soirée se passa assez calmement et lorsque le concert prit fin, je décidai de rentrer chez moi. Un regard vers le bar m'apprit que le mutant était parti, ce que j'avais également ressenti grâce à mon pouvoir. Après avoir salué les musiciens de mon groupe, j'attrapai l'étui de ma guitare et sortis du bar, me dirigeant vers ma voiture. Je mis mon instrument dans mon coffre et montai dans ma vieille citadine, démarrant le moteur. Alors que je me garais devant chez moi, je sentis de nouveau la présence de l'homme. Je poussai un léger soupir tandis que je descendais de ma voiture. Alors que je récupérais ma guitare dans le coffre, je vis du coin de l'œil le mutant sortir d'une voiture noire garée non loin de chez moi. Je fermai le coffre et me retournai dans la direction de l'homme qui se rapprochait de moi, un sourire étirant ses lèvres.
_ Je vais finir par croire que vous me suivez, lui lançai-je en posant mon étui par terre.
_ Et si c'était le cas ? me demanda-t-il amusé tout en se postant devant moi.
Je le regardai attentivement : il était aussi beau que dans ma vision. Un sourire étira mes lèvres : c'était bien la première fois qu'un homme me subjuguait autant !
_ Vous ne semblez pas être un dangereux psychopathe, lui répondis-je, ni même un obsédé sexuel.
_ En effet, je ne suis ni l'un ni l'autre, rigola-t-il.
_ Oh, au fait, comment va votre tête ? lui demandai-je à mon tour.
_ Je survivrai, me sourit-il.
_ Je n'en doute pas, monsieur Xavier.
Le mutant me regarda, étonné.
_ Vous êtes pleine de surprise, mademoiselle Hanson !
_ Et vous n'avez pas encore tout vu.
_ Je ne demande que ça !
_ Désolée de vous décevoir, mais je pense que pour ce soir, cela suffira.
_ Je comprends, votre nuit a été courte, vous devez être fatiguée.
_ En effet.
_ Avant de vous laisser rentrer chez vous, laissez-moi tout de même me présenter officiellement. Je m'appelle Charles Xavier. Et j'ai une proposition à vous faire, mademoiselle Hanson.
_ Quel genre de proposition ? lui demandai-je, nullement surprise.
_ Rien de malsain, vous n'avez aucune inquiétude à vous faire. Je suis directeur de l'Institut Charles Xavier, j'y accueille de jeunes mutants afin de leur apprendre à gérer leurs mutations.
_ Et que viens-je faire dans cette histoire ?
_ Je cherche une nouvelle enseignante et d'après votre cousin Hank, vous feriez l'affaire.
_ Vous connaissez Hank ?
_ Oui, nous sommes amis depuis pas mal d'années.
_ Cela fait justement pas mal d'années que je ne l'ai vu…
_ Vous semblez utiliser vos pouvoirs à merveille, me dit-il, ignorant ma remarque.
_ J'ai eu un bon professeur.
_ Vous pourriez faire pareil et enseigner aux jeunes mutants ce qu'on vous a appris. Qu'en pensez-vous ?
_ Pour le moment, pas grand-chose, monsieur Xavier.
_ Appelez-moi Charles, me dit-il d'un ton charmeur. Vous avez tout le temps qu'il vous faut pour y réfléchir, bien évidement.
_ C'est très gentil à vous, lui répondis-je, ironique.
Je sentis de nouveau la chaleur étrange essayée d'entrer dans ma tête.
_ Une fois ne vous a pas suffi, Charles ?
Le jeune homme me regarda, amusé.
_ Je me devais de retenter, je n'aime pas les échecs.
_ Il semblerait pourtant que c'en soit un !
_ En effet… Bien, je vais vous laissez vous reposer, Elizabeth.
Il fouilla dans la poche intérieure de sa veste et en sortit une petite carte.
_ Voici mon adresse et mon numéro de téléphone. N'hésitez pas à me contacter lorsque vous aurez réfléchi à ma proposition.
Je la pris doucement, puis je la rangeai dans la poche de mon short en jean. J'attrapai de nouveau ma guitare et commençai à me diriger vers la porte de mon appartement.
_ A bientôt, Elizabeth, me salua le mutant.
_ Au revoir, lui dis-je doucement.
Alors que j'entrais la clé dans la serrure, je me retournai vivement. Charles se rendait tranquillement à sa voiture.
_ Charles ! l'appelai-je le faisant se retourner. Si vous pouviez éviter de venir me rendre visite cette nuit, cela m'arrangerait !
Le jeune homme rigola.
_ Je vous le promets !
Puis il entra dans sa voiture tandis que je faisais de même chez moi.
