Coucou mes loulous ! Comment ça va aujourd'hui ?
Cette semaine je tiens à remercier encore une fois Courtney Ackles, parce que meuf, tu restes là, t'abandonnes pas en plein milieu et c'est super cool, et je suis vraiment, mais alors vraiment contente que ma fic te plaise. J'espère que la scène de scarification d'Alice ne t'a pas trop dérangé... (j'ai tellement hésité à publier le chapitre tel quel, je te jure). Quant à Crowley, j'espère que son rôle va te plaire ! J'ai essayé de ne pas donner dans l'OOC, tu me diras ce que tu en penses ;). Et pour Morgane... ha ! C'est une bonne théorie. Pourquoi pas. Qui sait ? (moi, moi je sais) ("c'est normal, tu l'as écrit")(... serait-ce mon infernal alter ego qui refait surface, comme si on était encore en 2013 ?) ("t'as conscience que tu te fiches de ta propre tronche, là ?") (... ouais, ouais...)
Précédemment, dans la Volonté de l'Ange : Yliana et Morgane reprenaient la route pour chez elles, après avoir passé un petit moment dans le bunker avec Sam et Dean (d'ailleurs, Morgane dessinait les ailes de Castiel, avec un peu trop de détails pour que cela soit normal pour Sam, et Dean se rendait compte qu'il a quand même fait une sacré connerie en couchant avec Castiel dans le corps d'Yliana). Alex est toujours à l'hosto, hein, on va pas se mentir, on met un petit moment à se remettre d'une amputation, quand même, et Eléonore ne quitte pas son chevet (parce qu'ils sont beaucoup trop choupis et que oui, je shippe mes propres personnages). Quant à la situation au bunker, eh bien... Crowley réapparaît, sans aucune raison apparente. Et c'est là qu'on reprend !
Allez, je vous laisse lire en paix. A tout de suite en fin de chapitre !
Warnings: aucun en particulier. Vous pouvez y aller ! (ah, si, je mentionne très vaguement un hôpital psychiatrique, mais viiiiiite fait)
Chapitre 21 : Révélations
Dean resta bouche-bée devant le démon qui venait d'apparaître dans la pièce. Il avait davantage fait ce rituel de convocation pour se défouler et pour faire quelque chose de ses mains, que pour se retrouver avec Crowley sur les bras. Enfin merde, le démon n'avait pas répondu au téléphone pendant les derniers mois, et c'était long, plusieurs mois. Et depuis deux semaines… rien ne bougeait depuis deux semaines.
Mais toutes les questions étaient coincées dans sa gorge. Toute la haine qu'il avait contre ce connard bouillonnait en lui, et pourtant, il n'arrivait pas à la faire jaillir. Pris de cours.
- Alors ? Même pas un bonjour ? Reprit Crowley après quelques secondes en faisant la moue. Je pensais avoir droit à un grand comité d'accueil, et rien…
Sam fut le premier à reprendre ses esprits. Il dépassa son frère et s'arrêta à quelques pas du démon.
- Qu'est-ce que tu fiches ici ?
Crowley lui adressa un regard surpris et une mine outrée :
- C'est vous qui m'avez convoqué. De manière assez convaincante, d'ailleurs.
Il fit un geste de la main pour désigner le bol mouillé du sang de Dean.
- Je n'avais pas spécialement besoin de tant d'attention, mais bon, après tout, si vous voulez sortir le grand jeu pour le Roi…
Ce fut la réplique qui sortit Dean de ses gonds. Celui-ci dégagea les bougies rituelles et le bol d'un coup de pied et en une fraction de seconde, il se retrouva face au démon. Il leva le poing et l'abattit durement sous l'œil gauche de Crowley, qui recula de quelques pas sous l'assaut.
- Aouch ! Fit le démon d'un air outré. C'est pour ça qu'on m'appelle avec les honneurs ?
Dean voyait rouge. Incapable de se calmer, il attrapa le démon par le col de son long manteau noir et le plaqua contre le mur derrière lui. Vraiment ? Ce fils de pute se montrait maintenant, et faisait comme si de rien n'était ? Vraiment ? Eh bien, il allait voir si Dean pouvait faire semblant, lui aussi.
- Dean !
Le chasseur leva le poing et s'apprêtait à le lancer de nouveau sur le visage de Crowley, qui le narguait d'un sourire suffisant.
- Dean, attends, attends.
La voix de son frère l'arrêta. Fronçant les sourcils, il se retourna vers Sam sans lâcher Crowley pour autant.
- Quoi ? demanda-t-il d'un ton plus agressif qu'il ne l'aurait voulu.
Quoique.
- Ça peut être intéressant.
Enfin, Dean remarqua que non seulement il n'avait pas tracé de cercle de blocage démoniaque, ce qui aurait dû permettre à Crowley de repartir s'il le voulait, mais qu'en plus, ce bâtard ne se battait pas. Il souriait horriblement et donnait à Dean l'envie de lui frapper le visage plusieurs fois à même le sol, oui, mais il levait les mains de part et d'autre de sa tête. Il ne voulait pas attaquer. Il aurait pu utiliser ses pouvoirs et repousser Dean aussi aisément que ce dernier pouvait descendre une bière, et avec un plaisir sûrement similaire, pourtant, il ne l'avait pas fait.
Il voulait juste parler.
A contrecœur, Dean lâcha le col de Crowley et fit quelques pas en arrière. Il essayait de contrôler sa respiration, mais c'était difficile dans un tel état de colère. Cet enfoiré… avait fait du mal à Cas. A Castiel. A son ange. De quel droit ? Et pour faire quoi ? Et puis bordel, ces gosses, la torture de ces gosses, c'est lui qui l'avait ordonnée, il en était sûr, persuadé, ce n'était qu'un démon, un salopard, un connard, un fils de pute. Son existence-même était intolérable, inacceptable.
Putain, il avait une telle envie de le tuer tout de suite, là, sur place, qu'il ne pouvait même pas cacher le tremblement de ses mains.
Et Crowley souriait.
- Puisque l'Ecureuil a du mal à se contrôler, fit-il en se tournant vers Sam, c'est à toi que je vais parler, l'Elan.
Sam fronça les sourcils mais adressa un regard réprobateur à son frère.
- Qu'est-ce que tu veux, Crowley ?
- Juste parler, répondit le démon avec ce qui paraissait être de la sincérité. Et m'enquérir de l'état de santé de ce cher Castiel, aussi.
C'en fut trop pour Dean. Il se prépara à massacrer Crowley sur place, ici même, à répandre son sang dans toute la pièce avant de le faire exploser dans un cri de douleur. Mais Sam posa une main sur son épaule. Il soupira lourdement.
- Dean, on va aller parler un peu. En privé, ajouta-t-il pour convaincre son frère.
Le chasseur le plus âgé rencontra le regard de Crowley et le fixa longuement, comme pour lui promettre toutes les violences qui traversaient ces pensées. Ouais, salopard, pensa-t-il. Elles sont toutes pour plus tard. Puis il fit demi-tour et s'éloigna de quelques pas du démon.
- T'as changé quelque chose dans le rituel ? S'enquit Sam d'un ton inquiet.
- Non, répondit Dean, toujours sous le coup de la colère. C'est comme d'hab. J'sais pas pourquoi il vient maintenant.
- Il dit qu'il veut parler, mais…
- Ouais, coupa l'aîné. Ça pue. Ça pue beaucoup.
- C'est l'idée, oui.
Ils se turent un instant.
- C'est plus que ce qu'on a eu depuis des semaines, Dean. Je veux dire, oui, il y a eu les gosses et l'espèce de demande de rançon pour Cas, mais… on pourrait en apprendre plus.
- Tu crois franchement qu'il va nous dire quoi que ce soit de vrai, s'il a un plan ?
- Non, acquiesça Sam, mais c'est quand même mieux que rien. Et puis, on pourrait le garder ici. Sortir les chaines, tout ça.
- Pour quoi faire ? Pour le rapprocher encore plus de Castiel ?
Sam secoua la tête.
- Au moins, ici, on le gardera à vue. Il sera proche de Cas quand il viendra, mais il ne pourra rien faire. Ce que je veux dire, c'est que… on saura où il est. Au moins.
Ce fut au tour de Dean de secouer la tête.
- Ça pue. Sam, c'est pas bon du tout. J'suis sûr que c'est c'qu'il veut.
- Possible. Mais j'ai beau réfléchir, je ne vois pas en quoi ça l'arrangerait d'être coincé là. Alors que pour nous, c'est tout bénef'.
Dean se tut. Il savait que Sam avait raison. Pour autant, il ne pouvait pas s'empêcher de s'inquiéter. Il ne comprenait rien, rien du tout, il avait l'impression de perdre le fil de ce qu'il leur arrivait. Il y avait eu le rituel pour bloquer Castiel dans son corps. Ok. Ils avaient ensuite retrouvé Cas dans le corps de cette jeunette maigrichonne dont les amis avaient été kidnappés par un démon. Ok. Tout indiquait que les démons cherchaient à s'emparer de Castiel. Ça aurait dû être facile, mais Crowley n'avait peut-être pas la faculté de chercher la grâce de l'ange. Peut-être ne pouvait-il pas le localiser. Peut-être que Castiel était vraiment à l'abri, caché dans le corps d'Yliana.
Sauf que maintenant, Crowley sentirait l'ange, la prochaine fois qu'Yliana reviendrait. Car Dean en était sûr, elle reviendrait. Castiel reviendrait. Il ne pouvait en être autrement. C'était sûrement la seule raison pour laquelle Crowley venait ici, maintenant. Dean en était persuadé, ce fils de pute avait un plan, un quelque chose, et le chasseur ne pouvait tout simplement pas le laisser aller librement sans savoir ce qu'il mijotait.
Il soupira. Tant pis.
- T'as raison. Eh, Crowley !
Le démon pencha la tête vers eux, un fin sourire se dessinant sur son visage disgracieux.
- T'as quelque chose à nous dire ? Vas-y, fit Dean en marchant sur lui. Mais en attendant, on te garde là. Compris ?
Le sourire de Crowley se transforma en un immonde rictus de plaisir.
- Je n'en attendais pas moins de vous, les garçons, minauda-t-il en offrant ses mains jointes, attendant les chaînes.
Crowley attendit patiemment que les Winchesters sortent de la pièce et referment la porte derrière eux pour abandonner son faux sourire. Il ne leur avait, en fin de compte, rien dit. Mais ce qui importait vraiment, c'était les renseignements qu'ils lui donnaient, à lui. Et il avait appris beaucoup. Oh, oui.
Il avait beau avoir discuté avec eux pendant bien une heure, c'était bien simple – l'Ecureuil et l'Elan n'avaient visiblement pas compris pourquoi il était venu en personne. Au moins, il n'aurait pas à repenser son plan. C'était dingue, ils ne réfléchissaient pas assez large, ils ne voyaient rien au-delà de leur petite personne. Crowley n'avait jamais prononcé le prénom de Vincent, et voilà, le tour était joué. Il n'était qu'un méchant démon qui en avait après un ange. Voilà tout. Et du moment que les frères le gardaient à vue, il ne pouvait pas agir. Bien entendu.
Bien entendu.
Il ne put s'empêcher de sourire malgré lui. Son plan était parfait. Parfait… et personne ne pouvait l'empêcher d'agir. Personne.
Crowley avait de grands plans pour le garçon. Il était jeune, si jeune. Habituellement, il aurait attendu quelques années, pour lui laisser le temps de mûrir, le temps de faire ses choix. Pourtant, ici et maintenant, c'était parfait. Il ne pouvait pas se permettre d'attendre, la situation ne pouvait pas lui tendre plus les bras. Désormais, il n'avait plus qu'à attendre ici, dans cette pièce. Vincent trouverait son chemin, il en était persuadé. Il réfléchirait un peu, pas beaucoup, puis il viendrait le trouver ici. Il chercherait, il poserait des questions aux chasseurs, et il n'aurait pas confiance en eux. C'était en lui, Crowley, qu'il placerait sa confiance. C'était paradoxal, mais c'était la logique de l'adolescent. Le démon le savait. Il le sentait.
Puis il se servirait de lui pour remonter jusqu'à Castiel. C'était de l'ange, qu'il avait besoin. N'importe quel ange aurait fait l'affaire, vraiment, mais Crowley se délectait à l'avance de pouvoir capturer Castiel lui-même. Il se voyait déjà le transformer en arme dont lui seul se servirait, dont lui seul aurait les commandes. Oh, comme Dean serait bouleversé.
Le spectacle serait magnifique, Crowley se l'était juré. Et les démons n'étaient pas des parjures.
Il ferma les yeux un instant et se concentra uniquement sur ses sensations auditives. Ah, il lui semblait bien que les chasseurs tenaient une discussion non loin de lui. La pièce avait beau être scellée, Crowley pouvait toujours entendre ce qu'il se disait. Et s'il y avait bien une chose qu'il voulait entendre, c'était les conversations des Winchesters. Il ne devait pas en perdre une miette.
- … au courant toi aussi ? retentit la voix de l'Elan.
- De quoi tu parles ? Cas m'a pas parlé de quoi que ce soit.
- C'est à propos de Morgane. Je crois qu'il y a quelque chose qui cloche avec elle.
- Comment ça ?
Crowley tendit d'avantage l'oreille. Ce nom, Morgane, ne lui était pas familier, mais il avait un très bon pressentiment.
- Tu as vu les ailes de Cas, l'autre jour, à l'entrepôt ?
- … Non, fit la voix de Dean quelques secondes plus tard.
- Il ne les a pas déployées, on est d'accord ?
- … Pas que je sache. Pourquoi tu me demandes ça ?
- Regarde.
Le silence se fit. Crowley attendit patiemment.
- Ouais, 'fin c'est des ailes quoi.
- Morgane vient de me les dessiner.
- OK, attends, attends. Morgane… ? Fit la voix de Dean, teintée d'incompréhension.
- L'amie d'Yliana. La brune. Dean, fais attention un peu.
- Ouais, bon, ça va. Et donc, ça prouve quoi ?
- Tu ne comprends pas. Elle m'a dit que ces ailes, elle les a vues sur le dos de Cas.
Une nouvelle pause. Crowley plissa les yeux. Est-ce qu'il entendait bien ce qu'il entendait ?
- Si ça se trouve, il les a déployées et on a rien vu.
- Non. Dean, tu sais très bien que ce n'est pas le cas. On a gardé Castiel à l'œil en tout temps. Surtout toi. Il n'a pas déployé ses ailes une seule fois.
- Et s'il l'a fait… c'était invisible pour nous.
- Exactement. Et puis tu as vu les détails de ce dessin ? Quand Cas nous montre ses ailes, on ne voit qu'une espèce d'ombre. Là, c'est autre chose.
Crowley fit les yeux ronds. Mais non. Ça ne pouvait pas être aussi beau.
- T'es en train de dire que Morgane est pas humaine, hein ?
Sam attendit quelques secondes avant de répondre.
- Oui. Oui, c'est ça.
- Et tu l'as laissée repartir avec Cas ?
La voix de Dean résonna d'inquiétude. Crowley s'en délecta comme d'un met raffiné.
- Ça pourrait être un démon, Sam !
Crowley fronça les sourcils. Bien sûr que non. Quelle idée stupide. L'Ecureuil ne s'arrangeait pas avec l'âge…
- Mais non, Dean, souviens-toi, on les a tous fait tatouer juste après les avoir sauvés. Aucun démon ne peut les posséder.
Le démon qui écoutait aux portes sourit légèrement. Au moins, Sam n'était qu'à moitié stupide.
- On aurait pu le lui arracher.
- Mais Yliana s'en serait rendue compte.
- … Ok, un point pour toi. Mais alors… c'est quoi ?
- Si je le savais... Castiel ne t'a rien dit ?
- Non… Peut-être qu'il s'est rendu compte de rien ?
Le sourire de Crowley se fit de plus en plus large. Non… L'ange ne leur avait rien dit ? Rien ? C'était une erreur qui allait lui coûter très cher. Mais Crowley ne s'en réjouissait que d'avantage. Il remaniait déjà son plan mentalement, abattant toutes les difficultés qui risquaient de se dresser sur sa route.
- Tu sais bien que ça ne peut pas être le cas. C'est Cas. Il sait forcément quelque chose.
- Je lui en parlerai la prochaine fois… Tu penses vraiment qu'y a pas d'danger ?
Crowley pouvait presque sentir l'Elan nier de la tête.
- S'il y avait un danger, il nous en aurait parlé.
- Je doute un peu, tu vois…
Le démon se retint de ricaner. Ben voyons. Tout était facile, si facile que c'en était dérisoire.
Il réfléchissait vite, très vite, mais Crowley savait qu'il avait le temps. Il n'avait qu'à se prélasser gentiment dans le fauteuil auquel il était enchaîné, et tout viendrait à lui. Tôt ou tard, la porte s'ouvrirait, et ce ne serait ni Sam, ni Dean, dont l'ombre se découperait sur le sol de la pièce. Non, ce serait Vincent, qui viendrait le voir, et Crowley le caresserait lentement, sûrement, jusqu'à ce que le garçon lui appartienne totalement, jusqu'à ce qu'il n'ait plus qu'à lever le petit doigt pour qu'il soit à ses pieds, prêt à lui obéir en toutes circonstances.
Crowley allait faire de ce gamin son esclave. Et il attendait ce moment avec impatience.
Alex tourna la tête vers l'entrée de sa chambre d'hôpital lorsqu'on frappa à la porte. Eléonore, enfoncée dans le fauteuil des invités, ne réagit même pas, plongée dans un profond sommeil.
- Bonhomme ?
Le garçon sourit.
- Hervé ! S'exclama-t-il à voix basse, gai comme un pinçon. Je commençais à me demander s'ils t'avaient appelé ou si j'allais devoir le faire moi-même.
Le grand homme qui se découpait dans la lumière du couloir s'avança jusqu'à ce qu'Alex puisse distinguer son visage barbu à souhait. Un sourire accueillant se peignait sur ses lèvres surmontées d'une moustache brune épaisse, mais ses yeux tout aussi sombres trahissaient son inquiétude.
- Je suis venu dès que j'ai pu. Comment ça va, bonhomme ?
Alex haussa les épaules.
- Franchement, ça va. La douleur est pas insupportable, c'qui est plutôt cool, considérant.
Le sourire de Hervé se figea un instant. Alex savait les efforts que l'homme faisait pour se retenir d'exprimer toute la douleur que lui-même ressentait. Hervé n'était pas son père, et il ne le verrait jamais comme tel, mais l'horloger, lui, le considérait comme son fils. S'ils avaient pu le faire légalement, il savait que lui et Nadine l'auraient adopté depuis bien longtemps déjà.
- Je suis heureux de l'entendre, finit par répondre Hervé.
Le grand homme, fait comme un bûcheron, s'avança et lui posa une grande main aux doigts larges mais agiles sur l'épaule. Alex répondit par un sourire.
- Nadine est pas avec toi ? S'enquit le garçon après quelques secondes.
Hervé tenta d'effacer l'expression de réel souci qui s'emparait de son visage et marquait ses traits, mais Alex ne fut pas dupe. Nadine n'était pas là, parce qu'elle était occupée. Et elle se considérait, elle aussi, comme sa mère, ce dont Alex ne s'était jamais plaint, bien au contraire. Alors si elle n'était pas là pour son réveil, c'était que quelque chose l'occupait, ailleurs.
Alex n'eut pas besoin de réfléchir bien longtemps pour savoir ce qui la retenait.
- Désolé, bonhomme. A cause de tout ça… (Il indiqua vaguement le moignon de sa jambe et les bandages qui recouvraient quasiment tout son corps) elle demande à te voir.
Alex se renfrogna.
- Putain.
- Légalement, elle peut, tu le sais. Mais Nadine est en train de faire tout ce qu'elle peut pour qu'elle ne puisse pas quitter l'hosto…
Le garçon l'interrompit d'un reniflement dédaigneux.
- Elle y arrivera pas. C'est pas contre Nadine, mais l'Autre… elle a toujours eu ce qu'elle voulait.
- Sauf ta garde, fiston. Oublie pas ça.
Alex ne répondit pas. Il ne voulait pas parler de cela, pas maintenant, et surtout pas alors qu'Eléonore dormait dans cette même pièce. Il ne pouvait pas mélanger ses deux mondes, c'était au-dessus de ses forces.
Il fut reconnaissant de la poigne sur son épaule qui se durcit. Il ne serait pas là où il était sans Hervé et Nadine, c'était certain. Mais s'il avait pu ne pas les connaître… il aurait sauté sur l'occasion. Si seulement il pouvait revenir en arrière, si seulement il pouvait récupérer son père, si seulement il avait pu avoir une autre mère, une femme correcte, une femme saine, pas une espèce de malade qui vivait dans un hôpital psychiatrique alors qu'elle méritait la prison…
Si seulement Alex était encore Alexandre.
- Elle veut venir quand ? Fit-il d'un ton le plus neutre possible. Si elle veut venir, autant que j'sois préparé.
- Elle ne rentrera pas, répondit Hervé du tac-au-tac. Si je dois la raccompagner à l'hôpital de force, je le ferai, mais je te promets qu'elle ne foutra pas un fichu pied dans cette pièce. D'accord, bonhomme ? C'est promis.
La voix dure de Hervé fit s'agiter Eléonore dans son sommeil. Le cœur d'Alex s'affola légèrement, mais il posa simplement l'index sur ses lèvres pour faire signe à Hervé de non seulement baisser d'un ton, mais surtout d'aborder un autre sujet. N'importe quel autre sujet. Ça lui était égal. Peu importait, du moment que le terrain n'était pas aussi glissant que celui de sa mère.
- A…lex ? Fit la voix ensommeillée d'Eléonore.
L'interpellé tourna la tête vers la jolie brune qui reposait sur le fauteuil inconfortable. Il sourit tendrement en l'observant se frotter les yeux de ses deux petits poings fermés, comme une enfant.
- Bien dormi ? Fit la voix de Hervé.
Eléonore sursauta brusquement et se replia sur elle-même, levant les bras comme pour se protéger la tête, avant de reconnaître le tuteur d'Alex.
- Ah, euh… oui, merci monsieur, répondit-elle d'une voix timide. Vous allez bien ?
Alex voyait qu'elle essayait de calmer les battements de son cœur, il entendait les vibrations dans sa voix.
- Tu peux m'appeler Hervé, et arrête de me vouvoyer, je te l'ai déjà dit, je ne suis pas si vieux, rit l'horloger.
Un ange passa. Alex en profita pour réfléchir un instant. Il espérait que l'Autre ne viendrait pas imposer sa présence alors qu'Eléonore serait encore là. Il devrait trouver une excuse pour qu'elle ne passe pas toute la journée à l'hôpital. Mais peut-être que si elle attendait quelques jours, l'Autre pourrait le voir à l'extérieur de l'hôpital.
Des médecins étaient venus le voir aujourd'hui. Ils s'étaient présentés comme ceux qui avaient opéré Alex et avaient nettoyé la plaie de sa jambe. Ils voulaient lui annoncer la nouvelle de la perte de sa jambe. Le garçon n'avait même pas sourcillé. Il était paradoxalement distant face à la perte d'un de ses membres, comme si ça n'était jamais arrivé, comme si ce n'étaient pas les mains d'Alice qui avaient découpé dans sa chair. Il savait qu'il n'avait plus qu'une jambe. Il savait qu'il devrait marcher avec une prothèse jusqu'à la fin de ses jours. Mais, et ce peut-être parce qu'il n'était pas encore sorti du lit dans lequel il s'était réveillé, ordre des médecins, il ne semblait pas réaliser l'ampleur du fait. Parce qu'en fin de compte, voilà tout ce que c'était. Un fait. Un simple fait.
La seule partie où il avait réellement écouté était celle où il s'était fait expliquer qu'il devait attendre que son moignon guérisse correctement avant de pouvoir mettre une prothèse, et que pendant ce temps, il devrait se porter lui-même à l'aide de béquilles. L'idée lui laissait un arrière-goût âcre au fond de la gorge.
- Désolée, s'excusa Eléonore, gênée.
Le geste de la main de Hervé ramena Alex à la réalité, et surtout au moment présent.
- Bonhomme, tu voudras que je me renseigne pour t'acheter une paire de béquilles ?
Il hocha de la tête. Oui. Il n'aimait pas faire cela, il détestait s'en remettre à quelqu'un d'autre, mais maintenant, tout de suite, l'idée de délaisser ses responsabilités sur Hervé et Nadine lui donnait l'impression presque physique d'être enveloppé dans une douce couverture. Il n'avait pas de souci à se faire, puisque Nadine et Hervé s'en occupaient pour lui. L'Autre, les béquilles, les prothèses… il rejetait tout. Sans nier, il éloignait tout de lui.
Il ne voulait plus s'occuper que d'Eléonore. Eléonore et lui, ce qu'ils pouvaient construire. Eux.
- Yli ?
- Ouais ?
- Est-ce que tu me trouves bizarre ?
Yliana fronça les sourcils et tourna la tête pour trouver le visage de M, assise sur son lit. Elles n'étaient rentrées chez elles que depuis quelques minutes, mais Yli avait bien remarqué que Morgane était pensive, presque… absente.
- Comment ça ?
- Ben, tu sais… est-ce que je suis différente des autres ? Des personnes autour de nous ?
Le visage de Morgane ne laissait rien paraître. Elle aurait très bien pu lui demander un conseil pour un devoir à rendre, son expression n'eût pas changé. Yliana lui enviait beaucoup cette qualité, cette capacité à pouvoir ne rien montrer de ce qu'elle ressentait aux autres. Mais cela ne l'aidait pas à comprendre ce qu'il se tramait sous les boucles brunes de son amie.
- Tout le monde est différent des autres, M. C'est ça qui fait de nous des personnes à part entière.
- Ce n'est pas ce que je veux dire, soupira Morgane.
Elle n'ajouta rien d'autre. Yliana s'avança vers le lit et s'assit à côté de sa belle, tendant la main pour toucher la sienne, pour la retrouver, pour la ramener.
Dès que Sam avait refermé la porte du bunker derrière elles, Yliana avait senti que quelque chose avait changé. Elle n'était certainement pas aussi perspicace qu'Alice et n'arrivait pas même à la cheville d'Alex quand il s'agissait d'observer les détails, mais elle avait senti, au fond de son être, que Morgane était bouleversée. Pour autant, elle ne s'attendait pas à ce que sa compagne évoque le sujet aussi rapidement après leur départ du bunker.
- Explique-moi, enjoignit Yliana lorsque sa petite amie se mura dans le silence.
- Je ne suis même pas sûre de savoir ce que je veux dire, lâcha Morgane en un souffle, les yeux fermés, exténuée.
- Si tu fais référence à ton amnésie, tu sais bien que tout le monde t'a acceptée, et –
- Non, ce n'est pas ça.
Yliana se retint de soupirer. Comment pouvait-elle aider quelqu'un qui ne connaissait même pas son problème ?
- C'est depuis l'entrepôt, lâcha Morgane à mi-voix.
La jeune fille se figea. M n'avait jamais vraiment évoqué les jours passés dans cet endroit, pas avec elle, pas après qu'Yliana ait complètement repris le contrôle de son corps. Castiel demeurait désormais caché dans le subconscient de la plus jeune, attendant son moment, calme et patient.
- Est-ce que tu… étais là ? Demanda M.
Yliana secoua la tête :
- Non. Je veux dire, j'étais pas consciente. C'était pas moi du tout.
- Donc tu ne te souviens pas des ailes dans ton dos ?
Yli pencha la tête sur le côté, intriguée.
- Non. Je veux dire, tu m'en as parlé, et tu me les as décrites, mais j'ai aucun souvenir, M.
Morgane soupira et hésita avant de continuer sur sa lancée :
- Je ne sais pas comment te dire ça, mais… J'ai une espèce de sentiment étrange à propos de tes ailes. C'est comme si elles étaient… familières, peut-être ? C'était comme si je les reconnaissais.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- J'ai… (Elle hésita) J'ai eu une impression de déjà-vu quand tu… Castiel les a déployées.
- Ça arrive. Ça veut sûrement rien dire.
Morgane fixa longuement Yliana de ses yeux bleu océan, comme si elle fouillait ses pensées, avant de répondre :
- Je sais que si.
Brusquement, et si rapidement qu'Yliana sursauta, Morgane se leva d'un bond et croisa les bras sur sa poitrine.
- Sam ne m'a rien dit, murmura-t-elle pour elle-même. Sam ne m'a rien dit, comme s'il n'avait pas confiance en moi. Mais je sais que j'ai quelque chose.
- M, j'comprends pas…
- Et puis les ailes, reprit Morgane comme si Yliana n'avait même pas parlé, je suis sûre que tu aurais senti ces ailes, que tu les aurais vues, ce n'est pas comme si elles pouvaient passer inaperçues.
Elle cessa de parler. Yliana retint sa respiration.
- Est-ce que je peux parler à Castiel ?
- Hein ?
- Je voudrais parler à l'ange qui est à l'intérieur de toi, Puce. Est-ce que j'ai le droit ?
- J-je… je suppose, oui, mais…
Yliana se mordit la lèvre avant d'expliquer :
- J'aime pas le laisser prendre ma place, pas avec toi. J'sais pas pourquoi.
Parce que moi, ça me dérange, lorsqu'il prend ta place, répondit Morgane en pensée. Elle ne prononça pas un mot, mais fixa sa jeune amie dans les yeux, la personne pour qui elle était prête à tout céder, la personne qui lui donnait envie de vivre, la personne qui lui insufflait une énergie vitale aussi forte que le devoir divin. Elle plissa légèrement des yeux et chercha, dans ces yeux bleu clair qu'elle affectionnait tant, la trace d'un être étranger, la lueur qu'elle avait aperçue lorsque Castiel était venu les sauver. La lueur dont elle avait besoin aujourd'hui.
- Je sais, Puce, mais… j'ai vraiment beaucoup de questions dont je voudrais comprendre la réponse, et… j'ai comme l'impression qu'il peut m'aider.
C'était étrange. Elle avait besoin de l'ange, mais elle n'avait pas besoin d'ange. C'était étrange, déplacé, ça la faisait frissonner. L'expression d'Yliana se durcit.
- Je peux t'aider si je le laisse te répondre ?
Morgane se mordit la langue. Non, ce n'était pas ce qu'elle voulait. Elle ne pouvait pas imposer cela à Yli. Mais en même temps, elle avait tellement envie de comprendre. A l'intérieur d'elle-même, elle sentait que Castiel était la clé de tout, que Castiel allait clarifier son existence toute entière. Etait-ce l'effet que l'ange laissait à tous les êtres humains ? Ou bien était-ce quelque chose d'autre ?
Morgane n'eut pas le temps de répondre, ni par l'affirmative, ni par la négative. Elle demeura témoin impuissante devant l'endormissement d'Yliana, et le réveil de la douce lueur dans ses yeux.
Elle voulut inspirer profondément, mais ne réussit qu'à respirer difficilement. Dans son esprit, tout criait, tout hurlait, où est Yliana, où est-elle, je dois la trouver, je dois la protéger, mais tous ses muscles étaient détendus. Debout face à l'ange, qui s'était aussi levé lui aussi, elle restait stoïque. Stoïque, et prête.
- Castiel.
L'ange acquiesça de la tête. Morgane plissa les yeux. Tout autour du corps de sa compagne, elle voyait… Castiel. Une faible énergie bleuâtre s'échappait de tous les pores de la peau de l'ange et formait comme une aura tout autour de lui. La jeune femme sut d'emblée que Castiel était faible. Elle se rendit compte à quel point il était entravé. C'était comme un mirage, comme un souvenir, aussi instable qu'une illusion d'optique, mais elle pouvait bel et bien voir l'ange.
- Tu me reconnais, n'est-ce pas ?
Morgane fronça les sourcils sans comprendre. La voix grave qui s'échappait de la bouche de sa copine la prenait de cours, mais surtout, elle ne saisissait pas le sens des paroles de son interlocuteur.
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Tu me vois. Qui que tu sois aujourd'hui, Morgane, tu n'es plus celle que tu étais. Mais tu me vois tout de même.
La jeune femme fronça les sourcils.
- Je ne comprends pas.
Castiel sourit, d'un sourire qui mit Morgane à l'aise, tout en lui inspirant méfiance.
- Tu ne te souviens pas car tu l'as oublié, mais il n'y a pas si longtemps, tu étais quelqu'un d'autre.
- Oui… murmura-t-elle confusément. J'ai bien été amnésique l'année dernière et je n'ai aucun souvenir de ma vie d'avant, mais…
- C'est parce que tu n'en as pas, coupa Castiel en la fixant dans les yeux, en cherchant son âme. Pas en tant qu'humaine.
Morgane n'ouvrit pas la bouche. Elle sentait la vérité de ses paroles la toucher à l'intérieur d'elle, quelque part où elle avait depuis longtemps caché toutes ses questions, tous ses doutes, tous ses désirs sans raison. Qui suis-je. Qui suis-je… ?
- Tu es un ange déchu, Morgane.
.
.
Heeeeeeey !
... Ouais, vous en vouliez plus, hein ? Mais NON ! Je vous fais attendre deux semaines après une révélation pareille ! Je suis un monstre. Héhé.
Bon, parlons peu, parlons bien. L'aviez-vous vu venir, pour Morgane ? Que pensez-vous qu'il s'est passé avec la mère d'Alex ? Et concernant Crowley... il veut quoi, l'autre enfoiré, au juste ? Parce que bon, je suis bien mignonne, je dispose mes petites preuves par-ci par-là, en mode furtif, mais vous ne savez toujours pas grand chose... A vos claviers !
Juste avant de vous quitter (... 'faut dire que j'ai pas grand-chose à dire, sur ce chapitre, dans le sens où, tout est écrit ? Je pense que tout est plus ou moins clair et tout passe à peu près comme je voulais que ça passe ?), je voudrais juste adresser un message à ma merveilleuse copine, Benitsuki Tora (sérieusement, les gens, ALLEZ LA LIRE. Si vous avez la foi de commencer sa fiction Feu et Foudre... par pitié, faites. Vous ne le regretterez pas), parce que... hahaha. Ok, alors, pour que tout le monde suive, j'ai une espèce de brouillon dans lequel je note toutes les informations sur mes personnages, le scénario, l'avancement du récit, tout ça tout ça. Bon, en vrai, ça se passe jamais vraiment tout à fait comme j'avais prévu, mais voilà comment j'avais brouillonné (... si si, c'est un verbe) le chapitre que vous venez de lire, par rapport à Morgane :
" Yliana suppose que tout le monde a remarqué qu'elle avait des ailes (mais en fait Morgane est la seule à les avoir vues, parce que c'est un ange déchu bouhahaha) (TAKE THAT BENI YOULL NEVER SEE THAT COMING) (actually you might)"
Et les gens... elle m'a tellement cramé... genre, elle m'a cramé dès le tout début je crois. Ca fait au moins une quinzaine de chapitres, qu'elle m'a cramé. C'est assez dingue, d'ailleurs, et vous n'imaginez pas à quel point c'est dur de ne rien laisser paraître quand votre propre compagne vous demande avec des gros yeux de merlan frit si elle a raison ou pas. (C'était très drôle) (pfiou, maintenant j'ai un truc de moins à cacher, c'est déjà ça) (Ma chérie, je t'aime, bordel de merde, t'es la meilleure)
Voilà voilà, c'était la petite touche humoristique !
Comme d'habitude, merci d'être passé, merci d'avoir lu, et n'oubliez pas de commenter ! On se retrouve dans deux semaines, avec un chapitre intitulé Coquille vide, en référence à un épisode de la série Angel qui m'a particulièrement déchiré le coeur. Il me tarde de vous le présenter !
A très vite ! Je vous embrasse.
