Bonjour à tous ! Comment allez-vous aujourd'hui ?

Cette semaine, j'adresse encore une fois un immense merci à Courtney Ackles pour ses reviews géniales, et aussi pour continuer à suivre cette fic, qui commence à être vraiment longue ! Pour répondre à ta question ("pourquoi est-ce que Morgane ne se souvient de rien ?"), eh bien, j'en parlerai plus tard, dans un prochain chapitre (pas tout de suite, j'ai dix milliards de trucs à raconter, mais promis, ça arrive), mais ce que je peux te dire, c'est que sa perte de mémoire a un lien avec sa chute (du paradis, j'entends - elle s'est pas cassé la gueule et est devenue amnésique comme ça). Il me tarde de vous raconter l'histoire de Morgane ! Ton petit "je pense qu'on va avoir droit à de la torture" m'a fait bien rire, parce que eh, c'est un secret pour personne, mais il est vrai que j'adore ça... ! J'dis ça, j'dis rien.

Précédemment dans la Volonté de l'Ange : Castiel annonçait à Morgane qui elle était réellement, mais cette révélation n'avançait pas la jeune femme à grand-chose, puisqu'elle ne se souvient de rien avant son arrivée sur Terre. Alice fuyait de l'hôpital, incapable de faire face à Alex, même si ce dernier n'avait montré aucun signe d'animosité à son égard, et malgré la présence d'Eléonore. Enfin, Vincent débarquait dans la pièce où est enfermé Crowley, dans le bunker des Hommes des Lettres. Et c'est là que l'on se retrouve.

Ce chapitre va un peu vite, dans le sens où je n'avais pas grand intérêt à raconter comment les choses en arrivent à l'état où elles en sont - je vous jette directement dans le bain. Mais promis, c'est pour la bonne cause, et il se passe ENFIN des trucs chouettes. (N'hésitez pas à me signaler si vous vous sentez perdu...)

Je vous laisse lire, et on se retrouve tout de suite en fin de chapitre !

Warnings: Mention d'automutilation (scarification), crise d'angoisse.


Chapitre 23 : Aidez-moi

- Ok, j't'écoute.

Vincent haït instantanément les mots qui venaient de sortir de sa bouche. D'abord, que faisait-il ici ? Il pouvait repartir aussi vite qu'il était venu. Le démon devant lui n'allait certes pas le poursuivre, enchaîné comme il était. Le garçon n'avait qu'à tourner les talons et s'en aller. Mais ses pieds semblaient de pas vouloir lui obéir. Comme s'ils savaient mieux que lui ce dont il avait besoin.

Mais lui, savait-il vraiment de quoi il avait besoin ?

Il résista à l'envie de passer l'index derrière son oreille pour toucher ses appareils auditifs, afin d'entendre le son reconnaissable entre tous, celui d'un crissement aigu, qui le ramenait presque toujours à la réalité. Il n'allait sûrement pas laisser un tel geste – trahissant son insécurité – se produire devant le monstre qui, il en était sûr, le dévorait du regard.

Est-ce qu'il mange les gens ?

- Bonjour, humain. Dis-moi ce que je peux faire pour toi. Tes désirs sont mes ordres.

Du coin de l'œil, il put voir le démon tenter une révérence condescendante, mais ses liens l'empêchèrent de parvenir à ses fins. Les yeux fermés mais un sourire lui dévorant la moitié du visage, il semblait… briller.

- Vous, les démons, vous avez des noms ?

Crowley se retint de ricaner. Ce gosse allait le rendre fou de joie.

- Oui, nous en avons, répondit-il en relevant le menton, empêchant ses yeux d'émettre une lueur sanguine qui aurait pu terrifier le garçon. Veux-tu connaître le mien ?

Avancer à pas aussi lent avec cet humain, qui allait être la clé dans l'accomplissement de ses souhaits, faisait courir un frisson d'agacement dans toute la colonne vertébrale de Crowley, mais il tâcha de se satisfaire de la sensation. Il ne pouvait pas se permettre de laisser passer sa chance. Et puis, après tout, il était un démon des croisements – passer des contrats était un de ces principaux talents.

Après la direction des Enfers, naturellement.

- Vas-y, balance.

Il sentit le fort désir de se mordre la langue de Vincent, et n'attendit pas une seconde de plus, cousant graduellement toutes les minuscules ouvertures du filet qu'il avait lancé. Bientôt, ce gosse serait tellement à l'étroit entre ses griffes qu'il ne pourrait plus rien faire d'autre que pleurer. Et crier.

- Je suis le Roi des Enfers. J'ai l'habitude de me faire appeler « Votre Majesté », mais je t'autorise à m'appeler Crowley, si tu le désires.

L'aura de son venin de paroles était presque visible autour du visage de Vincent. Mais il ne s'attendait pas à ce que le gosse lui renvoie l'ascenseur :

- J'vais t'appeler Crow. Ben quoi, ajouta-t-il en voyant l'expression pourtant discrète de surprise sur le visage du démon, tu voulais être mon pote, non ?

- En effet, je pense que nous pourrions bien nous entendre.

Crowley dut se retenir de soupirer. Ça n'allait peut-être pas être si facile que cela, finalement. Mais après tout, il ne pouvait pas tout avoir. Même si la chance avait tendance à lui sourire souvent, il restait un démon, et un démon ne pouvait compter que sur lui-même. Et puis, si Vincent se révélait être un défi… le prix de la victoire n'en serait que plus délicieux.

- Vu que j'pense pas que tu sois venu me voir par hasard, j'me suis un peu renseigné, tu vois, Crow. Et j'ai vite compris que normalement, c'est pas les démons qui viennent voir les humains, c'est l'inverse. Alors vas-y, dis-moi ce qui te brûle la langue. Pourquoi tu veux passer un contrat avec moi ?

Crowley, dont les chaînes autour du cou, des poignets et des chevilles commençaient à le démanger, décida de parier avec lui-même. La voix aussi douce et froide qu'une peau de reptile, il décida de montrer un petit aperçu de sa véritable apparence à Vincent – il laissa passer une infime fraction de la lueur rouge de ses yeux à travers la pupille noire des yeux de sa prison de chair.

- Tu as tout à fait raison. La raison pour laquelle je suis venu te voir… c'est que je veux me servir de toi.

Vincent déglutit difficilement et Crowley le laissa faire, afin que le jeune homme puisse calculer sciemment les risques qu'il prenait. Puis, alors que Vincent songeait tellement fort à prendre ses jambes à son cou que Crowley pouvait presque l'entendre dans son propre esprit, il referma son piège.

- Tu as un très grand potentiel.


Castiel leva brusquement la tête en l'air, les sourcils froncés. L'appel était étouffé, tout comme ses pouvoirs, mais il en était persuadé, quelqu'un avait hurlé son nom si fort qu'il avait probablement secoué tous les anges dans les environs.

- Aïe…

L'ange reporta vivement son attention sur Morgane, qui venait de porter ses mains à ses tempes, comme si elle avait mal au crâne.

- Tu as entendu ça ? S'enquit Castiel, curieux.

Morgane hocha la tête, doucement, de peur que son cerveau ne heurte les parois de son crâne si fort qu'elle pourrait s'évanouir.

- Je crois… qu'est-ce que c'était ?

Castiel ferma les yeux, se concentrant au maximum de ce qu'il était capable de faire. Mais la barrière de Crowley était puissante, beaucoup trop puissante pour lui, et il se rendit vite compte qu'il ne pouvait pas lui-même répondre à cette question.

- Dean, fit Morgane en un souffle.

Castiel rouvrit les yeux, surpris. Avait-il bien entendu ?

- C'est Dean, déclara la jeune femme, sûre d'elle à présent. Je n'arrive pas à bien entendre, ni à bien comprendre, mais c'est Dean Winchester. Et il t'appelle.

Morgane se tut brusquement et écarquilla les yeux, elle-même surprise des mots qui s'étaient échappé de sa gorge. Interdite, elle s'assit sur le lit, refermant ses poings autour de la couette, et serrant si fort que ses phalanges blanchirent.

- Pourquoi est-ce que… comment… ?

Incapable de formuler une question cohérente, elle leva plutôt des yeux perdus vers Castiel, qui pinça les lèvres.

- Comment arrives-tu à les entendre ? Honnêtement, je ne sais pas. Mais, Morgane, ma sœur… j'ai besoin que tu me dises ce qu'il se passe.

Arrête de m'appeler comme ça.

Elle inspira d'un coup, cherchant à se raccrocher à l'odeur de la petite pièce, l'odeur d'Yliana mêlée à celle du café refroidi depuis ce matin, les murs recouverts de posters et de gri-gris porte-bonheur que sa compagne affectionnait tant, le drapeau LGBT qui pendait dans un coin de la pièce, tout ce qui pouvait lui rappeler qui elle était, et ce qu'elle n'était pas.

Mais de nouveau, l'appel retentit, et une aiguille de douleur lui traversa le crâne de part en part. Elle grimaça.

- Je… je ne sais pas, marmonna-t-elle, cédant au regard alarmé et inquiet de Castiel. Je n'arrive pas à… à comprendre, mais…

- Mais ?

Laisse-moi tranquille !

- Il crie vraiment fort, souffla-t-elle, la douleur faussant sa voix.

Castiel sourit, sincèrement désolé.

- Dean a tendance à prier… de manière assez intense, en effet.

Mais il se reprit rapidement. Dean avait probablement besoin de lui. Tout de suite. Il devait aller le retrouver. Il devait…

- Il faut que j'y aille, fit-il simplement, comme si c'était une évidence.

Il se leva d'un bond, dépassa Morgane, et fit quelques pas en direction de la porte d'entrée du petit appartement. Mais avant qu'il ne puisse sortir, il sentit les doigts de Morgane se refermer sur son poignet. Brusquement, un élan de détresse s'échappa de ses pensées, et sa grâce hurla alors qu'il tirait le bras d'Yliana vers lui.

Il faut qu'elle me lâche.

- Ne pars pas, ordonna Morgane sombrement. Pas avec Yliana.

Et soudain, comme si elle se rendait compte de ce qu'elle faisait, elle ajouta, d'une voix qui ressemblait davantage à la sienne :

- S'il te plaît.

Sa prise sur le poignet d'Yli se faisait déjà moins forte.

Castiel retenait encore son souffle. Il n'était pas sûr de comprendre ce qui venait de se produire à l'instant – du moins si, il croyait comprendre, il refusait seulement d'y croire. Les yeux de Morgane, si noirs – n'étaient-ils pourtant pas bleus ? – si sombres, n'avaient plus, pendant une fraction de seconde, émis aucune lumière. Pourtant, le crépuscule était encore loin, et même si la pièce à vivre n'était pas éclairée, le soleil aurait dû se refléter dans les yeux de n'importe quel humain. Seulement, Morgane n'était pas humaine, et la vérité de cette phrase s'abattit durement sur les épaules de Castiel. Elle n'était pas – ou plus – un ange non plus. Non, elle était quelque chose d'autre, et ses yeux, comme tout son être, avait semblé vouloir aspirer toute la lumière, dévorer toute sa grâce.

Prenant une inspiration tremblotante, Castiel ouvrit la bouche pour parler, sans savoir d'où provenait son courage :

- Morgane, tu dois comprendre que je dois retrouver Dean et Sam. Ils pourraient être en danger.

Morgane, de son côté, entendait Castiel sans vraiment l'écouter. Elle relâcha doucement le poignet de son amie, le regard dans le vide. Juste à l'instant, son cœur était devenu si sombre qu'elle ne s'était pas reconnue. Elle avait du mal à l'admettre, surtout alors qu'elle devait être concentrée sur Yliana et la protection de celle-ci, mais la jeune femme avait peur. Elle n'avait pas peur pour le bien-être d'Yli, non – elle avait peur d'elle-même.

- Je sais, murmura-t-elle en faisant tout son possible pour reprendre le contrôle sur la réalité autour d'elle, mais tu ne peux pas amener Yliana. Il pourrait lui arriver quelque chose.

- Ne me fais-tu pas confiance ? S'enquit honnêtement Castiel.

Morgane leva les yeux vers lui et fut encore une fois envahie par le sentiment d'urgence, celui qui lui hurlait de retrouver Yliana à l'intérieur de ce regard. Elle se mordit brièvement la lèvre inférieure et n'eut pas à réfléchir plus d'une fraction de seconde.

- Non. Non, je ne te fais pas confiance.

Castiel pinça les lèvres. Il ne pouvait rien changer à cela.

- Je ne peux qu'accepter ta requête silencieuse, ma sœur. Je te rends la femme que tu aimes. Pour le moment.

Dans un soupir, il s'éloigna de sa propre conscience, et du corps de la jeune fille qu'il occupait, du moins autant qu'il le pouvait. Car quoi qu'il fasse, il était incapable de quitter ce corps, même s'il aurait préféré voler loin d'ici, et aussi vite qu'il le pouvait, voire plus.

Mais les deux jeunes femmes avaient besoin de paix, et d'intimité. Il aurait préféré rejoindre Dean et prendre soin de lui et de son frère, de leur assurer une protection, car il y avait forcément une raison pour que son compagnon l'appelle ainsi, mais il devait être honnête avec lui-même, il ne pouvait pas les aider en quoi que ce soit, pas en son état, et surtout, il ne pouvait se résoudre à risquer la vie d'Yliana.

Morgane se leva d'un bond en voyant le corps d'Yli s'affaisser et perdre l'équilibre. Elle rattrapa sa jeune amie bien avant qu'elle ne touche le sol, mais l'accompagna tout de même jusqu'à ce que Tim soit complètement allongée, l'avant-bras de Morgane sous la nuque.

Elle papillonna des yeux, l'air perdu.

- Je fais quoi, là ? Marmonna-t-elle, retrouvant enfin son véritable ton de voix que Morgane affectionnait tant.

La brune leva instinctivement la main sur la joue de sa belle compagne, qui s'y lova.

- Castiel est venu, Puce, et maintenant, il est parti. Tu as eu un moment de faiblesse, mais tout va bien à présent.

Yliana écarquilla les yeux de curiosité, se souvenant de ses derniers instants de conscience :

- Alors ? Est-ce qu'il a pu t'aider ?

Morgane retint son souffle. Dans son empressement de redonner les commandes de son corps à Yliana, elle n'avait pas du tout pensé aux questions de celle-ci. Comment aurait-elle pu ? Tout semblait si… lointain. Le ton de Castiel, par la voix et la bouche d'Yliana, la nommant « ma sœur », n'était pas suffisamment réel pour que la jeune femme puisse énoncer son autre identité à voix haute.

Si je ne le dis pas, alors ce n'est pas vrai. Et si je ne lui dis rien, elle sera plus en sécurité.

- Non, répondit Morgane avec un sourire désolé, il n'a pas pu. C'est dommage, mais au moins on aura essayé. Merci de lui avoir laissé la place, en tout cas. Je ne te le demanderai plus.

Yliana cligna des yeux, toujours un peu dans les vapes. Sa vision était un peu floue, et pendant un court moment elle se demanda si elle ne devrait pas se mettre à porter des lunettes. Mais progressivement, son environnement se fit plus clair et le visage assuré et rassurant de Morgane la fit sourire, d'un sourire navré mais tout de même confiant.

- Je suis sûre qu'on trouvera. J'vais pas te laisser comme ça, M, t'inquiète pas, on trouvera ce qui te tracasse.

Mais, trop occupée à essayer de se relever sans faire de mouvements trop brusques, elle ne vit pas l'ombre qui passait sur le visage de Morgane.


- Dean, dépêche-toi, on n'a plus le temps !

L'aîné des frères Winchester jeta un troisième coup d'œil derrière lui tout en courant à la suite de son jeune frère.

- T'es sûr qu'on peut laisser le gosse tout seul au bunker ?

- Il ne risque rien. Et de toute façon, on n'a pas le temps de s'en occuper – si Alice n'est pas complètement exorcisée, comme il nous l'a dit, il faut qu'on se dépêche. Elle est en plein centre-ville, avec sa famille, alors si jamais le démon est toujours là…

Dean jura et sauta sur le siège conducteur de son Impala. Alors qu'il tournait la clé dans le contact, son frère referma la portière, et le moteur démarra au quart de tour.

Sam avait raison, et Dean le savait. Ils ne pouvaient pas prendre l'avertissement de Vincent à la légère… c'était un luxe qu'ils n'avaient pas les moyens de s'offrir. Si… si Alice, la gamine qui avait été possédée, montrait des signes de rechute, ils n'avaient d'autre choix que de courir, le plus vite possible, la rattraper, et faire quelque chose. Que ce soit pour protéger les autres d'elle, ou bien pour la protéger elle-même, peu importait – c'était leur mission, ils devaient à tout prix agir.

- Elle habite où, déjà ? s'enquit Dean, manifestement à cran.

Et n'avait-il pas de bonnes raisons de l'être ? L'être qui lui était le plus cher au monde – après Sam – était coincé dans un vaisseau qui n'avait certes pas la force de le contenir, et il devait partager ce corps avec une gosse d'à peine la vingtaine qui n'avait rien demandé. En sachant qu'Yliana et Morgane formaient un couple, tout comme lui avec Cas… Ça lui donnait le tournis.

Et surtout, ça lui fichait la trouille.

- Tu n'as pas retenu ? répondit Sam du tac-au-tac. Laisse tomber, je te guide, ajouta-t-il en croisant l'œillade menaçante de son grand frère. Ça ira plus vite.

Dean hocha simplement la tête, sourcils froncés et mâchoires serrées.

Ouais, ça lui fichait une putain de trouille. Le pire, c'est qu'il n'était même pas sûr de comprendre pourquoi. C'était cette Morgane – elle avait quelque chose de particulier, il aurait pu en mettre sa main à couper. Après tout, elle avait vu les ailes de Cas, objet que ce dernier chérissait le plus au monde et ne laissait jamais les êtres humains s'en approcher, par peur de les blesser. Castiel n'avait certainement pas laissé Morgane les voir. Cela n'avait aucun sens. Si elle pouvait les voir, pourquoi pas eux, pourquoi pas tous les autres ?

Mais ce n'était pas vraiment ça qui glaçait le sang dans les veines de Dean.

Il n'était même pas sûr de savoir comment l'exprimer, mais il se sentait… en danger en présence de Morgane. Ce qui n'avait, de toute évidence, aucun sens, puisque la jeune femme ne cherchait qu'à protéger son amie. Jusque-là, c'était tout à fait compréhensible. Mais à chaque fois que le regard de la pulpeuse brune croisait le sien, un frisson parcourait sa colonne vertébrale. La première fois qu'il l'avait vue, Dean avait pensé qu'il réagissait ainsi parce qu'elle était belle, juste belle, belle et rien d'autre. Mais graduellement, en la rencontrant de plus en plus, il en était maintenant persuadé – cette femme avait quelque chose d'autre en elle. Ce n'était pas qu'une femme humaine. Non, elle était bien plus que ça. Et ça, ça lui fichait la trouille.

Et savoir Castiel seul avec elle ne lui rendait pas la tâche facile.

Il espérait au moins que si jamais les choses venaient à mal tourner, Vincent aurait la présence d'esprit de les appeler.

Sauf qu'il ne croyait même pas à ça.

- Là, Dean. Gare-toi, c'est là.

Dean s'exécuta et se força à réunir ses pensées en une seule et même idée : protéger les habitants de cette maison.

- Il m'avait dit qu'elle était riche, mais de là à… commença Sam en s'extrayant non sans mal de la voiture, le souffle coupé.

Dean ne put compléter les paroles de son petit frère, mais il n'en pensa pas moins. La maison d'Alice était gigantesque. Bien que ce soit une maison de ville, elle possédait au moins trois à quatre fois la surface murale des maisons autour, et ce n'était que l'extérieur.

- Ça va être la galère pour tout piéger, marmonna Dean pour lui-même, comme s'il voulait tirer ses propres pieds jusqu'à la terre ferme, mais cela n'eut aucun effet.

Cette maison était propre, les fenêtres tout à fait ordinaires considérant le quartier, et il n'y avait pas de jardin devant mais Sam pensa qu'il devait bien y en avoir un de l'autre côté. Ce qui dénotait vraiment sur la façade de cette maison, ce qui aurait fait se retourner n'importe qui dans la rue, ce n'était pas la qualité du mur qui semblait être très profond et lourd, ni même la peinture qui recouvrait le crépi, à peine abîmé par les ans. Non, c'était tout autre chose, très simple et pourtant majestueux.

Sur la façade de cette maison se déployait, sous forme de lierres, un immense rosier rouge carmin, dont quelques roses seulement étaient parfaitement blanches, immaculée comme une couche de neige intacte. Trois exactement d'entre elles étaient noires comme la suie.

- Il t'avait prévenu, pour les roses ?

- Oui, seulement je songeais à quelque chose de plus… petit.

Dean hocha la tête en la direction de Sam. Ce dernier ne pouvait pas fermer la bouche, trop occupé qu'il était à admirer le majestueux rosier qui dévorait le mur.

- C'est curieux, dès que les roses arrivent aux murs voisins, on dirait qu'elles font demi-tour… avant de continuer vers le haut. Comme si elles ne voulaient recouvrir que ce mur-ci…

- Simple tour de jardinerie, répondit Dean de manière évasive.

Sam tourna la tête vers lui et remarqua que son frère semblait se débattre contre le désir indomptable de rester là et de ne jamais cesser de s'ébahir devant la façade de la maison. D'un geste vif, avant d'être envahi par ce même désir, il leva le bras et claqua plusieurs fois des doigts devant les yeux de son frère.

- Dean. Il faut qu'on rentre. Ces roses ne sont pas normales… Cette maison ne l'est pas.

L'aîné hocha la tête d'un air absent mais le suivit lorsque Sam, en quelques pas, franchit la rue pour frapper à la lourde porte. Les coups semblèrent raisonner longuement, comme si l'intérieur de la maison était encore plus grand qu'elle n'y laissait paraître – trop grand. Sam se surprit à déglutir difficilement.

La porte s'ouvrit et une enfant, blonde comme les blés, apparut. Elle avait de grands yeux très clairs, et les joues couvertes de taches de rousseur. Une queue de cheval réunissait sa chevelure sur sa nuque, et en baissant les yeux pour mieux l'observer, les Winchester s'aperçurent qu'elle se tenait sur la pointe des pieds, comme pour paraître plus grande.

- Puis-je vous aider ? S'enquit la petite fille d'une voix fluette, se voulant mature.

Les deux hommes échangèrent un regard lourd de sens, puis Sam s'assit sur ses talons, ajustant sa taille pour qu'il puisse parler à la petite en face-à-face.

- Salut, toi, fit-il d'une voix chaleureuse. Comment est-ce que tu t'appelles ?

- Rita, répondit cette dernière avec une pointe de fierté dans la voix.

- Rita, est-ce que tes parents sont là ?

- Non… Papa est parti au travail depuis longtemps déjà, et Maman est allée faire les courses. Même Nana n'est pas là. C'est la dame qui fait le ménage à la maison. Mais, je peux vous aider si vous voulez ! Vous vous êtes perdus ?

Sam songea que Rita avait un langage extrêmement développé pour une petite fille de son âge. Elle ne devait pas avoir plus de 8 ans, et pourtant elle essayait déjà de parler comme une adulte.

- Non, on ne s'est pas perdus, rassura Sam. En fait, on cherche Alice.

- Ma sœur ? S'étonna Rita. Qu'est-ce qu'il se passe ? Il y a un problème avec Alice ?

- Non, ne t'inquiète pas, s'empressa de répondre Sam, trop vite. On voudrait juste la voir. C'est possible ?

Mais Rita s'était brusquement refermée. Elle se cacha en partie derrière la porte et murmura :

- Maman dit qu'il ne faut pas laisser des adultes qu'on ne connaît pas rentrer dans la maison.

- Et elle a raison, compléta le Winchester accroupi. C'est vrai, il ne faut pas. Ce que tu peux faire, c'est appeler Alice pour nous, pour qu'elle vienne nous voir. Tu crois que c'est possible ?

Rita sembla réfléchir intensément pendant une demi-seconde.

- Vous rentrez pas alors, hein ? Menaça-t-elle du haut de sa petite taille.

- Promis, répondit Sam avec un sourire.

Rita leva les yeux vers Dean, qui n'avait pas encore prononcé un seul mot.

- Vous non plus ?

- Promis, répéta Dean d'une voix grave.

La gamine fit brusquement volte-face pour quitter l'entrée et, quelques secondes plus tard, les deux hommes entendirent très distinctement chacun de ses pas dans les escaliers. Elle montait en courant.

Sam se redressa et tourna la tête vers Dean, qui put enfin parler librement :

- Y'a quelque chose qui cloche, ici. C'est pas normal…

- Oui, je le sens moi aussi. Il y a une présence maléfique.

- Ouais. Bah j'espère que c'est pas Alice.

Il attendit un peu avant d'ajouter, du bout des lèvres, comme s'il n'était pas sûr de vouloir donner une réalité à ses doutes :

- Ni Rita.

Sam soupira. Ils ne pouvaient pas savoir.

Quelques secondes plus tard, ils entendirent deux paires de pieds descendre les escaliers, et bientôt, Rita apparut, suivie de près par Alice. Sam retint son souffle.

Elle était fatiguée, sans aucun doute possible. Des cernes marquaient son visage et elle semblait avoir perdu du poids depuis l'épisode de l'entrepôt. Elle se déplaçait comme un fantôme dans son propre corps. Ses cheveux étaient mouillés – elle sortait sûrement de la douche – mais elle n'était pas coiffée, ce qui la faisait ressembler à une sirène. Pas les sirènes des contes, cela dit, les sirènes des histoires d'horreur, celles qui entraînaient les marins au fond de l'eau et se nourrissaient de leur force vitale. Sam songea qu'Alice avait bien besoin de force vitale.

- Puis-je vous aider ?

Les mêmes mots que sa petite sœur, songea Dean en repensant aux premiers babillages de Sam voulant l'imiter. Un sourire éclaira son visage pendant une fraction de seconde. Puis, brusquement, il baissa les yeux. Lorsqu'il les releva pour croiser le regard de Sam, celui-ci lui adressa le même avertissement que Dean sentait.

Il y a de la fumée noire qui s'échappe du bas de sa jupe.

- On vient seulement voir si vous avez besoin d'aide, répondit Sam en se voulant sûr de lui.

Sauf qu'il ne l'était pas, et cela força Alice à lever les yeux pour les observer réellement. Aussitôt, elle fit un pas en arrière, la main sur la poitrine de Rita, pour l'éloigner.

- Non, fit-elle d'une voix tremblante. Non, nous n'avons pas besoin de votre aide. Fichez le camp.

- Qu'est-ce qu'il y a, Alice ? Alice ?

Rita se mordit la lèvre inférieure et jeta un dernier coup d'œil aux deux hommes toujours sur le pas de la porte. Sa grande sœur ne lui répondait pas, et ce n'était pas normal.

Sam ouvrit la bouche pour insister, mais Dean jugea le moment assez bon pour poser la main sur la porte, empêchant Alice de la refermer.

- Alice, laisse-nous rentrer. Quelque chose ne va pas, et j'pense pas qu'on soit les seuls à le remarquer.

- Vous ne savez rien, répondit l'intéressée, la voix vide et le regard blanc. Vous ne savez rien du tout, vous n'êtes pas arrivés à temps, vous n'avez pu sauver personne, vous ne pouvez pas…

- Lice ?

Le surnom de sa petite sœur, l'appelant d'une voix pour la première fois enfantine, sembla sortir Alice de sa transe. Elle posa la main sur l'épaule de Rita, lui intimant de se calmer, faisant passer en un simple toucher l'idée que tout allait bien. Mais la gamine ne se calma pas. A la place, elle prit une profonde inspiration, et quitta sa sœur du regard, malgré le frisson que ce geste lui causa.

- S'il vous plaît, aidez Lice.

- Moustique, non, je n'ai pas besoin de leur aide…

Mais la supplication de la gamine fut suffisante pour Dean. Il fit un pas dans la maison et, d'un geste vif, entoura d'une main le poignet d'Alice.

Contre toute attente, le simple fait de s'emparer de son poignet déclencha des tremblements incontrôlables dans tout le corps de la jeune fille. Comme si un gigantesque frisson la traversait de part en part, elle recula encore un peu, mais Dean tint bon.

- Sam, je sais pas ce qu'y s'passe, mais j'vais avoir besoin d'ton aide ! cria Dean.

Rita s'était tue, muette de terreur. Sa grande sœur était malade. Elle l'avait déjà senti, oui, mais c'était la première fois qu'elle le voyait réellement. La bouche ouverte dans un cri muet, elle resta figée sur place alors que le plus grand des deux hommes prenait Alice dans ses bras et qu'ils rentraient tous, alors que maman avait dit « personne ne rentre ».

Rita parvint à trouver suffisamment de force en elle pour secouer la tête. C'était une urgence, et même si elle n'était pas un bébé, elle n'était pas adulte non plus. Elle ne savait pas quoi faire. Elle devait laisser les adultes s'en occuper.

Sauf qu'il avait dit qu'il ne savait pas ce qu'il se passait.

Une fois que Sam fut certain de tenir correctement une Alice tremblante contre lui, il attendit que Dean revienne pour lui dire où il pouvait la poser.

- Y'a un canapé dans le salon ! Viens !

Sam s'engagea dans le long couloir d'entrée, et, conformément aux dires de Dean, trouva un canapé où poser la jeune fille. Il s'exécuta, et dès le moment où il la lâcha complètement, les tremblements cessèrent, et Alice avala une longue bouffée d'air.

Dean haussa un sourcil. Mais il ne put dire quoi que ce soit, car à peine Alice expirait, une nouvelle bouffée de fumée noire s'échappa de sous sa jupe, à la hauteur de ses genoux. Sam se mordit la lèvre.

- Démon ? S'enquit Dean.

- Tu en doutes encore ? fit Sam simplement.

- Non.

Ils sursautèrent tous les deux. Cette voix n'était pas celle d'Alice.

C'était celle de Rita.

- Non, répéta l'enfant. Je sais ce à quoi vous pensez, mais Lice n'est plus possédée, elle l'était à un moment, je l'ai vu, c'était Alice mais c'était pas elle, elle était différente, mais maintenant c'est fini. Elle est juste malade. Mais c'est plus un démon. Ma grande sœur, c'est pas un démon.

Dean se mordit les lèvres, les yeux écarquillés. Comment une gamine…

Et puis il se rappela.

Emmène ton frère et cours dehors aussi vite que tu peux – ne te retourne pas. Maintenant, Dean, vas-y !

Il dut retenir un juron.

- Rita, je ne pense pas que…

- Qu'est-ce que tu en penses, toi ? Coupa Dean.

Sam lui lança un regard exagéré, lui faisant ainsi savoir qu'il ne pensait pas pouvoir se fier aux dires de l'enfant. Mais Dean, lui, savait qu'il pouvait. Il pouvait s'y fier entièrement.

- C'est bien Alice, monsieur. C'est bien ma grande sœur. Elle est juste malade. Un peu fatiguée. Elle dort beaucoup et elle passe beaucoup de temps dans la salle de bain.

Sam fronça les sourcils. Pendant le peu de temps durant lequel il avait fait des études, et même s'il n'avait pas pu les mener à bien, il pensait savoir ce que Rita voulait dire par là.

- Comme une ado normale, non ? Fit Dean avec son tact habituel.

- Vous comprenez pas, monsieur, répondit Rita. Alice ne prend jamais plus de dix minutes pour se préparer le matin, et déjà, dix minutes c'est beaucoup. Sauf que maintenant, quand elle se douche, des fois elle met des heures, et des fois maman la gronde parce que moi après je n'ai pas le temps d'y aller avant d'aller me coucher. Je lui dis que c'est pas grave parce que j'aime pas prendre la douche et puis Lice est fatiguée donc vraiment tant pis je la prendrai demain mais…

Dean marcha jusqu'à Rita, qui était restée en retrait, ne sachant que faire, et s'agenouilla pour être à sa hauteur. Il lui adressa un sourire maladroit, sans bien savoir comment dire ce qu'il voulait dire, mais essaya tout de même :

- Merci, Rita. C'est très important pour nous que tu nous dises ça. Tu es une petite sœur exemplaire. Alice serait très fière de toi.

Alice, justement, s'agitait, les yeux fermés, et bien qu'inconsciente, elle reprenait doucement des couleurs. Sam profita du fait que la jeune fille n'était pas tout à fait revenue à elle-même, et que Dean regarde ailleurs, pour poser une main sur la cuisse fraîche et propre de la « malade ». Puis, prenant une grande inspiration silencieuse, releva sa jupe de quelques centimètres.

Il ne lui en fallut pas plus. Les cuisses d'Alice étaient recouvertes de marques de coupures, nettes et propres, certes, mais récentes. En touchant seulement à la jupe de la jeune fille, Sam avait ouvert l'une des marques les plus fraîches, et du sang perla. Alice s'agita de nouveau, faisant le début d'un geste pour remonter ses jambes contre son torses et se rouler en boule. Le sang coula le long de sa cuisse, et Sam fit ce qu'il pouvait pour cacher la vue de la blessure à Rita, ainsi qu'à Dean.

Mais ce qu'il vit ensuite le fit trembler de la tête aux pieds.

De la fumée noire s'échappa discrètement de la plaie ouverte d'Alice. Comme si le démon avait laissé ses marques à l'intérieur de l'adolescente, comme s'il avait infecté ses veines, ses muscles, ses chairs. Sam retint son souffle. Comment pouvaient-ils la protéger de cela ? Ils avaient déjà fait un exorcisme et Castiel lui-même, malgré sa faiblesse, avait éjecté le démon du corps de la blonde.

Le cadet Winchester avait du mal à s'y faire, mais il fallait qu'il se rende à l'évidence : il ne savait que faire pour aider Alice.

Sans un mot, et alors que Dean était toujours avec Rita, la serrant dans ses bras à présent, et continuant de lui chuchoter des mots revigorants et emplis de promesse que Sam savait être dans l'incapacité de tenir, il rabaissa la jupe sur les marques de la jeune fille. Là. On ne les voyait plus. Il chercha la main d'Alice, la prit entre ses doigts, et ferma les yeux, hurlant son pardon. Quand il les rouvrit, il vit que les yeux clairs de l'adolescente – qui n'avait plus du tout l'air d'une adolescente, plutôt d'un mélange entre une adulte face à des responsabilités pesantes et une enfant démunie – étaient ouverts et cherchaient son regard. Les larmes perlaient à ses yeux.

- Aidez-moi, dirent ses lèvres, sans qu'un seul son ne s'échappe de sa bouche.

Sam savait que c'était une précaution pour ne pas apeurer Rita, mais il n'eut pas le courage de lui dire que sa petite sœur était déjà inquiète pour elle. Elle n'avait pas besoin de cela, tout comme Rita n'avait pas besoin de voir les coupures sur les cuisses d'Alice.

Le chasseur serra sa petite main – oh, comme elle était petite – dans les siennes et pinça les lèvres. Il ne savait que faire, mais il ne pouvait pas la laisser comme cela. C'était contre tout ce en quoi il croyait. Cependant, il transmit dans son regard son envie de faire quelque chose pour l'aider.

- Rita, tu crois que tu peux aller faire visiter la maison à Dean ? s'enquit Sam d'une voix bien forte sans pour autant lâcher Alice des yeux.

- Mais Lice, je veux rester avec elle…

- Allez, moustique, fit la voix, tendre et chaude, d'Alice. Vas-y. Je suis sûre que t'as super envie de lui montrer tes poupées.

Sam sursauta. Il ne s'attendait pas à voir tant de force et d'assurance dans la voix de la jeune fille, pas alors que ses yeux étaient noyés de larmes et qu'elle était visiblement à deux doigts d'éclater en lourds sanglots. Mais après tout, il ne savait pas à quel point Alice avait appris à mentir en si peu de temps.

- T'es sûre ? Tu veux pas que je reste là ?

- Tu t'inquiètes pour moi, petit bébé ? Répliqua Alice, malicieuse.

- Eh ! J'suis pas un bébé !

- Alors, c'est pas la peine de t'inquiéter pour moi. Je suis avec Sam, il va bien s'occuper de moi. D'accord ? Va montrer tes poupées à Dean.

L'intéressé, qui n'avait pas encore lâché un mot, secoua vivement la tête.

- Mais euh attendez euh j'sais pas comment –

- C'est vrai, Dean, dis, tu veux voir mes poupées ? S'enquit Rita, la voix pleine d'excitation et sautant sur place.

- Euh… J'suppose que oui ?

Rita poussa une grande exclamation, prit la main de Dean, et commença à tirer pour l'emmener jusqu'au sommet des escaliers et de l'autre côté du palier, où se trouvait sa chambre. L'aîné Winchester n'avait pas la force de lutter. Il se laissa entraîner par la gamine, sans oublier de lancer un regard noir à Sam en partant.

Ce dernier attendit que son frère et Rita soient suffisamment loin pour s'exprimer à haute voix devant Alice. Mais ce ne fut pas lui qui parla le premier.

- Vous les avez vues, n'est-ce pas ?

Alice leva vers lui un regard vide.

- Mes marques.

- Oui, répondit Sam. Oui, je les ai vues. Pourquoi… Pourquoi est-ce que tu fais ça ?

Alice, qui était à présent parfaitement consciente, se mit en boule, pour de bon, cette fois.

- Je ne sais pas… murmura-t-elle. Honnêtement, je ne suis pas sûre. Mais au moins, ça fait sortir le démon.

- Ça ne le fait pas sortir, Alice. Le démon n'est plus là. Castiel l'a éjectée de ton corps, et puisque tu as été bénie par lui, il ne reviendra pas.

Alice se tut un moment.

- Mais…

- Oui ? L'encouragea Sam en lui serrant la main un peu plus fort.

- Pourquoi est-ce que je continue de le faire, alors ? Pourquoi est-ce qu'à chaque fois que je le fais, la fumée noire sort ? Elle sort toujours… Elle ne s'arrête pas de sortir quand je m'ouvre. Je veux que ça sorte, vous comprenez ? Mais elle est toujours là. Cette fichue fumée…

Sam se pinça les lèvres.

- Le démon est parti, Alice. Il n'y a plus rien. Je te le promets.

- Vous mentez ! Fit la jeune fille en haussant la voix, avant de se rendre compte qu'elle parlait trop fort. Vous mentez. Vous l'avez vue. La fumée. Vous savez. Je ne suis pas folle, pas… pas complètement… Il y a toujours quelque chose de sale à l'intérieur de moi, c'est noir, c'est lourd et ça fait mal. Mais ça ne sort jamais complètement…

Tout à coup, Alice écarquilla les yeux. Sam lui serra de nouveau la main, par peur d'une nouvelle crise.

- Je ne devrais pas vous le dire. Personne ne doit savoir ! S'énerva-t-elle. Personne ne doit savoir, même pas vous. Surtout pas vous. Vous ne pouvez rien faire… Tout allait bien avant que vous n'arriviez !

Sam se retint de la corriger sur ce point – en fait, « tout » se détraquait déjà avant même qu'ils n'arrivent. Ils les avaient aidés. Mais dans son état, elle ne le voyait pas. Peut-être ne le pouvait-elle pas, peut-être refusait-elle de le voir, mais Sam savait qu'il ne pourrait pas la raisonner.

- Je vous en prie, ne le dites à personne. Ne le dites pas à Elé. S'il vous plaît, ne le dites pas à Eléonore ! Elle ne doit pas savoir. Il y a déjà Alex, et puis Yliana non plus ne peut pas savoir, et Morgane non plus, et oh, oh mon Dieu, s'il vous plaît, ne le dites pas à mes parents… Ils penseront que c'est de leur faute. Je vous en supplie.

Sam secoua la tête :

- Non, Alice, je ne dirai rien à personne. C'est promis. C'est promis. Je veillerai sur toi. D'accord ? Je vais veiller sur toi.

Il ne pensa même pas au fait qu'il prononçait véritablement ces paroles. Il ne pensa pas non plus qu'il ne savait pas comment veiller sur elle. Et surtout, surtout, il ne pensa pas au fait qu'il allait devoir mentir à Dean, puisqu'il venait de faire une promesse.


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Coucou, c'est moi, vous savez, l'auteure de cette fic très joyeuse et gaie...

Bon, ce qu'on retient quand même de ce chapitre, c'est ce "est-ce qu'il mange les gens ?" de Vincent, hein, on va pas s'mentir... (pardon, je me marre toute seule, à mes propres conneries). Ah, et aussi, oui, j'ai une espèce d'headcanon... quand Dean prie, le mec gueule littéralement. Je ne saurais pas vraiment expliquer simplement, mais ça fait parfaitement sens dans mon esprit. Quand il prie, c'est qu'il est vraiment désespéré, et quand il est désespéré, il... ben, il hurle. Allez savoir.

Pour ceux qui ne l'auraient pas vu, ou qui seraient pas sûrs, pendant un très court moment, Dean, en regardant Rita, se rappelle de quand il était petit et que son père lui a fourré un bébé Sam dans les bras en lui criant de sortir de la maison. J'ai traduit le classique : "Take your brother outside as fast as you can - don't look back. Now, Dean! Go!" de son père, mais j'ai absolument aucune idée de si ce sont vraiment les mots qui sortent de la bouche de John dans la version française, ou non.

Que dire de plus ? Pour une fois, je suis assez satisfaite de ce chapitre, il est pile long comme j'aime, et j'ai réussi à à peu près caser ce que je voulais placer. Qu'est-ce que vous en avez pensé ? Est-ce que vous auriez préféré que Morgane révèle la vérité à Yliana ? Est-ce que le fait que Vincent soit revenu papoter avec Crowley était une bonne idée ? (sous question : mais qu'est-ce qu'il fiche, bordel ?) Et enfin, et surtout... Pensez-vous que Sam est en mesure d'aider Alice ?

Ah, j'y pense ! J'aurais pu garder le titre "secrets", que j'avais annoncé la semaine dernière, mais je trouvais que ça faisait vraiment trop... dramatique, en comparaison avec le véritable contenu du chapitre. Même si le thème de celui-ci est bel et bien les secrets (Vincent qui va voir Crowley en douce, Morgane qui ment à Yliana, et enfin Sam qui promet de garder le secret d'Alice), je préfère celui-ci, qui marche tout autant pour les trois extraits. (... et puis on va pas s'mentir, c'est carrément plus angtsy, et ça me plaît. Je vis pour l'angst.)

Bon, il serait temps que j'arrête de blablater... vous en avez sûrement marre de moi.

On se revoie donc dans deux semaines, avec, roulement de tambour... Embrasse-moi, deuxième partie ! C'est probablement le chapitre que j'ai le plus aimé écrire, jusqu'à présent. Il me tarde de vous le présenter.

Merci d'être passé, merci d'avoir lu, et n'oubliez pas de commenter ! Prenez soin de vous.