Coucou tout le monde ! Comment ça va aujourd'hui ?

J'espère que vous passez de bonnes vacances. Ici, il fait bien trop chaud, ça commence vraiment à être insupportable. J'espère que ça va vite se calmer.

Mais ce n'est pas le chaleur qui m'empêchera de poster !

Je tiens encore une fois à remercier Courtney Ackles pour sa review... il me tarde que tu lises la suite.

Précédemment, dans la Volonté de l'Ange : Une femme surgissait dans la chambre d'Alex, prétendant être la mère du garçon. Est-elle vraiment ce qu'elle prétend être ? Comment Alex va-t-il réagir ? Comment Eléonore va-t-elle se comporter à présent ? Chez Yliana, Morgane et elle faisaient l'amour lorsqu'Yliana se mettait brusquement à hurler avec toute la puissance de ses poumons, sans aucune raison apparente. Que se passe-t-il, du côté des filles ? Et enfin, Vincent, rendant visite à Crowley tout en ayant envoyé les Winchesters chez Alice, acceptait de passer un contrat avec Crowley. Le sujet de ce contrat : Vincent gagne des capacités surnaturelles, une meilleure vision, ouïe, une grande force physique, un pouvoir de persuasion, et une sensibilité décuplée à son environnement en général, qu'il peut commander à sa guise. En échange, Crowley ne vient le chercher que dans 20 ans, et non 10, si et seulement si Vincent accepte de travailler pour lui.

On se retrouve quelques temps après que Vincent soit rentré chez lui, après avoir rendu visite à notre démon préféré.

Il me tarde que vous découvriez ce chapitre. Si vous vouliez des thèmes sérieux, voire glauques, vous êtes servis ! (Et en même temps, si vous n'aimez pas ça, je me demande pourquoi vous me lisez !)

Warnings: Viol / mention d'abus sexuel, PTSD, crise d'angoisse, mention d'inceste, mention de pédophilie.

(Et oui, ça me fait chier de mettre certains warnings, parce que c'est presque du spoil, mais eh, mieux vaut prévenir que guérir)


Chapitre 25 : Blessures du passé

Vincent ferma les yeux. Il inspira profondément et expira, lentement, pendant une douzaine de secondes, avant de répéter l'opération. Allongé sur le dos, le matelas de son lit lui offrant un refuge digne de ce nom, il laissa doucement et précautionneusement son esprit se perdre dans les méandres de ses pensées. Ses lèvres entrecloses, les bras le long du corps, les jambes étendues, la respiration si lente qu'elle était à peine perceptible, n'importe qui l'aurait cru mort en rentrant dans sa chambre.

Mais Vincent était loin d'être mort. Au contraire – il renaissait entièrement.

Des picotements, semblables à ceux provoqués par une très faible décharge électrique, se déplaçaient dans tout son corps, créant une vague de sensations nouvelles et alléchantes. Ses mains, ses bras, son corps entier débordaient d'une énergie nouvelle qu'il ne savait même pas posséder, mais qui pourtant, d'après les dires de Crowley, avait toujours été là, attendant simplement un coup de pouce pour se dévoiler.

Il pouvait sentir son sang circuler à l'intérieur de ses veines, et s'il se concentrait suffisamment, il pouvait sans problème visualiser son cœur et les battements qui envoyaient le liquide de la vie à travers son corps. Et c'était bel et bien un liquide de vie – Vincent aurait pu jurer que son sang était à présent de l'or liquide, brillant comme un lampadaire seul au milieu d'une route oubliée de campagne, chatoyant comme un soleil, regorgeant de nectar d'énergie pure qui ne demandait qu'à être utilisée.

Il s'autorisa un sourire, et la simple mise en mouvement de ses zygomatiques lui fournit une fantastique dose d'allégresse, éjectant les hormones du bonheur à la vitesse de l'éclair jusqu'à son cerveau. Il n'osa pas s'aventurer plus loin dans sa semi-transe, ne désirant pas encore connaître ses limites au risque de se perdre dans le flux des activités de ses fonctions vitales.

Et tout cela, ce n'était que lui.

Vincent avait décidé et commandé à son corps de ne plus entendre ni ressentir le monde extérieur pendant ces quelques moments excitants, mais il pouvait à présent sentir tout ce qui se trouvait autour de lui. Le moindre objet qu'il touchait n'avait plus aucun secret pour lui, et chaque son – oh, c'était la partie la plus délicieuse – résonnait en lui comme des percussions en unisson, comme de la musique bien réglée, il entendait tout ce qu'il voulait entendre, et il avait vite compris que pour prendre en main ce nouveau don, il n'avait qu'à fixer un point très loin dans son environnement direct pour que son audition soit décuplée et lui permette d'entendre tout ce qu'il se passait autour de ce point.

En bref, il focalisait, récupérait des informations, et avait le pouvoir de tout savoir.

Il n'avait pas encore testé sa nouvelle force. Au vu de la réussite de l'amélioration de toutes les autres facultés de son corps, il n'avait pas envie de causer un mouvement de foule – s'il voulait observer l'ampleur de ses nouvelles capacités physiques, il le ferait seul, dans un endroit suffisamment éloigné de la population. Mais Vincent avait dans l'idée qu'il ne serait pas déçu.

Prenant mille précautions, il accéléra sa respiration jusqu'à ce qu'elle ait atteint un rythme à peu près normal, et peu à peu, les battements de son cœur suivirent – il put ouvrir les yeux sans être attaqué par le fantastique flux d'information circulant entre son nerf optique et son cerveau. Il s'ouvrit de nouveau à tout ce qu'il entourait, à commencer par les fibres du drap qui recouvrait son matelas, et put se relever après quelques secondes.

Son sens du timing était manifestement parfait, puisqu'à l'instant où Vincent finissait de se mettre debout, on frappa à la porte. Pour la première fois depuis presque deux ans, le jeune garçon réalisa à quel point sa mère tapait fort contre la porte de sa chambre, afin d'être sûre que son fils l'entendrait. Vincent serra les mâchoires pour empêcher le sentiment qu'il était pathétique de l'envahir.

- Chéri ? Tu viens manger ?

Vincent songea que le moment était parfaitement approprié pour essayer une de ces nouvelles habilités.

- Non, maman, merci, répondit-il d'abord sur le ton de la conversation.

Il se concentra, le regard rivé vers la porte qu'il avait lui-même peinte en bleue il y avait bien une demi-douzaine d'années déjà, et en clignant une fois des paupières, il distingua la silhouette de sa mère. Aussitôt, il se focalisa sur l'esprit de celle-ci, et y imprima un soupçon de réceptivité.

- J'ai pas très envie. Toi et papa, vous devriez aller au restaurant. Ça fait des mois que vous êtes pas sortis, et puis t'inquiète, je garde la maison. Tu me fais entièrement confiance pour ça.

La dernière phrase n'était pas une question, et pendant un très court instant, Vincent se maudit de n'avoir pas pris davantage de précaution – si jamais ça ne marchait pas, il allait devoir faire face à sa mère qui ne comprendrait pas pourquoi il lui avait parlé sur ce ton.

Mais cela ne dura qu'un très court instant.

- Tu as raison, mon ange, fit sa mère d'une voix ensommeillée, comme si elle venait de se réveiller. Je vais le dire à ton père sur-le-champ. Nous sortons. A tout à l'heure ! Occupe-toi bien de la maison, je te fais entièrement confiance pour ça !

Vincent écarquilla les yeux et cessa de respirer. Il entendit les pas de sa mère s'éloignant de la porte pour aller retrouver son père, mais il refusait encore d'y croire. Putain.

Putain.

Il pouvait tout faire – il avait le pouvoir de faire ce qu'il voulait, et il le réalisait à présent, ce dont il avait envie. Il n'était désormais plus obligé de faire partie des faibles, il n'avait qu'à forcer un peu et en un rien de temps, il se retrouverait du côté des puissants. Des influents.

Des types qu'on n'arrête pas.

Plus qu'impatient à présent, Vincent dut néanmoins attendre quelques minutes, jusqu'à ce qu'il fût parfaitement certain que ses parents n'allaient pas revenir à l'improviste, puis il ouvrit d'un grand geste la porte de sa chambre et se rua vers le cellier. Il enfila ses chaussures sans les lacer, et faillit tomber plusieurs fois avant d'atteindre la salle de bain. Il leva le bras et se renifla les aisselles, fit la grimace, s'empara de son déodorant, changea d'avis, pris plutôt celui de son père et s'aspergea.

Lorsque lui-même fut sur le point de trouver l'odeur insupportable, il posa le déodorant et se regarda dans le miroir. Ici et là, ses cheveux blonds volaient en tous sens, et même en appliquant une forte pression du plat de sa main sur son crâne, certaines mèches refusèrent tout simplement de regagner leur place. Sans qu'il ne puisse se contrôler, sa respiration s'accéléra – son rythme cardiaque grimpait en flèche. La pensée fut futile et brève, mais elle parvint tout de même à la plonger dans une puissante incertitude. J'vais vraiment faire ça ?

Il se rendit compte alors qu'il avait fermé les yeux pour tenter de reprendre le contrôle de ses pensées, ses faits et gestes, et les rouvrit rageusement.

Ses mains. Ses putains de mains étaient derrière ses oreilles, caressant l'endroit où auraient dû se trouver ses appareils, mais ne les trouvant pas, elles se mettaient à trembler.

Vincent s'infligea une gifle qui lui brûla la joue instantanément.

- Qu'est-ce que tu fous ? Se vomit-il au visage, parlant à son reflet.

Le souffle court, il rencontra son propre regard, mi-terrorisé, mi-réprimandant dans le miroir.

- C'est fini, tout ça, s'intima-t-il, la voix grave et profonde. C'est fini. Tu n'as plus besoin de ces putains de sonotones de vieux. Tu peux faire ce que tu veux.

Il prit quelques instants pour respirer calmement, puis, lentement, prenant mille précautions afin que ses mains ne se remettent pas à trembler, il attrapa le pot de gel qui reposait sur le bord du lavabo. Vincent s'enduit les doigts du produit visqueux et incolore, et s'observa un moment sans rien dire.

Il était une nouvelle personne, à présent. Et cela signifiait qu'il devait aussi changer.

Sans s'accorder davantage de temps pour réfléchir, il appliqua directement le gel sur ses cheveux fous, et, après quelques minutes de combat acharné, il put s'admirer réellement.

Son front, auparavant caché par sa coupe de cheveux « à la Bieber » était désormais parfaitement découvert, le faisant apparaître plus grand, et plus âgé. Sur ses tempes, les quelques mèches volantes étaient plaquées sur son crâne, vers l'arrière. Il tourna la tête de trois quarts, et rencontra son profil dégagé pour la première fois. Le tour de ses oreilles, entièrement nu, ne montrait plus aucun appareil auditif de quelque sorte. Vincent écarta les yeux de surprise. Comme c'était étrange… Il aurait dû avoir l'impression qu'il lui manquait quelque chose, mais ce n'était pas du tout le cas. Il était enfin, et pour la première fois de sa vie, entier.

Assuré, il sourit à moitié, d'un air charmeur, et trouva qu'il était parfait. Il ne lui restait plus qu'à se changer, et il pourrait sortir.

Et avec son nouveau pouvoir de persuasion… il allait s'éclater.

Il ne lui restait plus que vingt ans à vivre. Autant en profiter, non ?


Morgane se retira instantanément, pratiquement aussi paniquée qu'Yli, qui hurlait à s'en rompre les cordes vocales.

- Yliana ! Cria Morgane par-dessus la voix brisée de sa compagne.

Elle ne l'appelait que rarement par son prénom complet, mais lorsqu'elle le faisait, c'était important, et la plus jeune le sentait.

- Yliana, arrête !

L'interpellée dut reprendre sa respiration, et Morgane profita de ce court instant pour l'entourer de ses bras, l'empêchant de se faire mal sans le faire exprès. La jeune fille, tremblotante, chercha immédiatement à se soustraire à l'emprise de la brune, mais Morgane refusa obstinément de la lâcher. Une main sur le crâne désormais transpirant de sa belle, une autour de ses épaules pour l'empêcher de lever les bras, elle ne comprenait pas ce qu'il se passait et refusait d'émettre une quelconque hypothèse avant qu'Yli n'ait eu l'occasion de lui expliquer. Cela ne ressemblait pas à une crise d'angoisse, et de toute façon, Castiel empêchait celles-ci d'avoir lieu depuis qu'il était en elle.

Morgane se mordit les lèvres et attendit, attendit que les pleurs d'Yliana cessent, que son corps arrête de trembler de manière incontrôlable. Lui caressant l'arrière du crâne, elle lui murmurait des mots qui n'avaient aucun sens les uns à la suite des autres, conservant un ton doux et bas, espérant que sa voix pénétrait son esprit et la calmait graduellement.

- Puce, murmura-t-elle finalement. Je t'aime. Tu entends ? Je t'aime plus que tout au monde.

Yliana marmonna alors quelque chose que Morgane ne put comprendre.

- Quoi ? fit-elle doucement.

- Cœur, répondit Yliana. Il l'a appelé Cœur.

Morgane fronça les sourcils. Sans comprendre, elle pressa sa compagne du regard.

- D… Dean, continua la jeune fille, la voix tremblante. Castiel, Dean l'a appelé Cœur.

Un court instant, Morgane vit rouge. Elle pressa les épaules d'Yliana, sa colère montant en elle comme une chute d'eau gravissant la pente sur laquelle elle était censée s'écouler. Une force jusque-là ignorée fleurit brusquement en elle, rasant l'horizon de ses pensées et léchant sa colère de flammes rougeoyantes.

Puis, se rendant compte qu'Yliana avait besoin de tout sauf de sa colère, elle fit instantanément taire ses nouveaux sentiments et desserra sa prise.

- Comment ça, Dean ? s'enquit Morgane, pas entièrement sûre d'être prête à accueillir la réponse.

- Il a…

Les yeux d'Yliana s'écarquillèrent brusquement.

- Oh mon Dieu.

Une fois encore, elle essaya de s'échapper des bras de Morgane, cherchant à se replier sur elle-même pour n'avoir plus rien à faire du monde extérieur. Mais une fois encore, Morgane ne se laissa pas faire.

- Puce, reste avec moi, je suis là. Explique-moi. Je ne comprends pas.

- Il m'a… Non.

Yliana tourna la tête de gauche à droite, ferma les yeux en fronçant les sourcils.

- Non.

Les pensées d'Yliana se transformaient peu à peu en véritable raz-de-marée. Elle avait du mal à respirer, comme si son souffle s'était perdu dans les méandres de son esprit, comme si tout allait trop vite et qu'elle n'avait pas le temps de rattraper la bande passante de ses souvenirs. C'était trop rapide, elle n'avait pas d'autre choix que de contempler la scène étrangère se dérouler devant ses yeux, muette. Muette.

A travers ses yeux, elle voyait sa main, sa main si fine et chétive, se refermer autour du cou de Dean, serrer, serrer si fort que le visage du chasseur se teintait de rouge, puis de violet, tandis qu'assise à califourchon sur lui, son corps se levait à intervalles réguliers, et elle avait chaud, ça la brûlait juste là, en bas, dans le creux de son ventre, et son autre main, celle qui n'était pas occupée à étrangler Dean, griffait son ventre, fort, si fort que ses ongles laissaient une traînée de sang sur le corps musclé du chasseur, et, et…

Elle secoua de nouveau la tête, tremblante. Forte, elle devait être forte. Ce n'était peut-être qu'un fantasme de Castiel, peut-être qu'un rêve inconscient qui lui revenait parce que l'ange avait baissé sa garde pendant quelques secondes, peut-être…

Viol.

Un violent haut-le-cœur la secoua toute entière, et elle ne perçut le corps de Morgane la retenant difficilement qu'à travers un voile, comme si elle n'était plus qu'à moitié dans leur chambre, avec elle.

Ils m'ont violée.

D'un geste plus brusque qu'elle ne l'aurait voulu, elle repoussa d'un seul coup Morgane, se leva et se précipita dans les toilettes pour se pencher au-dessus de la cuvette et vomir tripes et boyaux.

Ils m'ont violée, ils m'ont violée, ils m'ont violée…

- Yliana ?!

La jeune fille fut durement ramenée à la réalité en sentant les mains douces de Morgane écarter les cheveux de son visage. Une chaleur se dégagea de la paume des mains de la brune, envahissant les tempes, le visage, et graduellement tout le corps d'Yliana d'une douce chaleur. Cette dernière se sentit tout à coup très faible, comme si toutes ses forces lui avaient été volées. Elle se redressa lentement, et, assise sur les talons, elle faillit tomber en arrière. Ce fut Morgane qui la soutint de justesse. Les yeux d'Yliana roulèrent en arrière, et en l'espace d'un instant, sa conscience l'abandonna.

Morgane resta là, une main dans le dos de sa compagne pour la retenir, une autre sur sa tempe. Elle voyait. Elle voyait les souvenirs d'Yliana comme s'ils étaient les siens, elle voyait aussi clairement que si tout se passait juste sous ses yeux. Ses yeux, ses yeux… ses yeux perçaient le voile des pensées d'Yliana, rougeoyaient à travers celles de Castiel.

Elle fronça les sourcils, et, les yeux aussi fins que deux fentes sur son visage, l'iris aussi noir qu'un trou sans fin, elle cessa de respirer et bascula brusquement la tête en arrière, faisant craquer ses vertèbres, l'axe de son cou prenant un angle inhumain.

Ils mourront de ma main.


- Alexandre… Viens par là, mon garçon, viens embrasser ta mère !

Le souffle coupé, bouche bée, Alex posa le regard sur la femme qui venait d'ouvrir la porte de sa chambre d'hôpital. Incapable de regarder ailleurs, le halo de ses cheveux châtain foncé autour de son visage formait comme une auréole de folie autour de ses yeux hagards. Ces derniers étaient humides, non de larmes, comme Eléonore pensait sûrement, mais à cause des médicaments qu'elle gobait à longueur de journée. Son pantalon de sport n'était pas suffisant pour cacher la maigreur de ses jambes, et sans même le vouloir, Alex remarqua que sa veste, qu'elle tenait serrée contre elle, essayait vainement de cacher la robe de l'hôpital qu'elle portait en-dessous. Il refusait de laisser leurs regards se croiser, même s'il voyait à quel point elle était désespérée de ce simple contact.

- Madame, vous vous trompez sûrement de chambre, je vous prie de bien vouloir vous en aller, s'il vous plaît…

La voix d'Eléonore, qui aurait dû rassurer Alex et l'aider à se raccrocher à une réalité tangible, n'était au contraire d'aucune aide – car il savait, il savait parfaitement que la femme qui se trouvait sur le seuil de sa porte ne se trompait pas.

- Ce garçon n'a pas de mère, continua Eléonore, imperturbable.

Car c'était ce qu'il lui avait dit. Après tout, pourquoi ne l'aurait-elle pas cru ?

Il ferma les yeux et tendit inconsciemment tous les muscles de son visage. Il ne pouvait pas être là. Elle ne pouvait pas être là. Eléonore ne devait pas être là. Cela ne devait pas, ne pouvait pas se passer comme ça. Putain.

Montre à maman comme tu grandis. Allez, mon petit Alexandre, montre-moi !

Abandonnant tout contrôle, Alex laissa un sanglot s'échapper de sa gorge serrée. Il ouvrit les yeux, pour voir l'horreur se dessiner devant lui.

Eléonore s'était avancée, jusqu'à n'être plus qu'à un pas seulement de l'Autre, et malgré ses épaules tremblotantes, elle faisait front et ne laissait à la femme aucune marge de manœuvre. Elle ne pourrait pas rentrer. Eléonore bloquait le passage. Peut-être allait-elle partir… ?

- Laisse-moi voir mon fils, espèce de garce ! Hurla alors la femme, les yeux fous. Je suis sa mère, et je veux le serrer dans mes bras !

En une fraction de seconde, Alex oublia toutes les années qu'il avait passées à sauter de famille d'accueil en famille d'accueil, toutes les années chez Nadine et Hervé, tout ce temps qu'il passait dans les rues pour oublier qu'il n'était plus qu'un orphelin. Alors que sa mère, sa mère poussait Eléonore hors de son chemin et approchait de lui à grands pas, Alex n'était plus qu'un petit garçon, un petit garçon aimé par son papa et trop aimé par sa maman, un petit garçon qui ne pouvait pas savoir quel sens prendrait sa vie, un petit garçon démuni qui ne comprenait pas ce que sa mère faisait, qui ne connaissait aucun mot à poser sur les examens auquel il se soumettait au moins une fois par semaine, après la douche.

Il serra les poings de toutes ses forces, et ses ongles s'enfoncèrent dans la paume de sa main. Sa lèvre inférieure tremblait, tout comme ses épaules lorsqu'il secoua la tête d'un seul coup, bref et net.

- 'Me touche pas, fit-il d'une voix faiblarde. S'te plaît, va-t-en. Va-t-en…

Sa voix suppliante le dégoûtait, mais il n'avait pas la force de parler autrement, pas la force de hausser la voix, pas la force de la repousser d'un geste. Pas la force.

- Alexandre, ne t'inquiète pas, tout va bien aller maintenant, maman est là. Maman est… -

La voix d'Eléonore tomba sur la chambre d'hôpital, coupant nettement le flot de paroles qui menaçaient de sortir de la bouche de l'Autre :

- Vous n'avez pas le droit d'être ici ! Fit-elle, indomptable. Fichez le camp immédiatement avant que j'appelle un infirmier.

« J'ai pas envie de faire ça, maman. S'te plaît, pas aujourd'hui. S'te plaît… »

« Mais Alexandre, il faut bien que je vérifie que tu grandis bien et que tu seras un homme fort et en bonne santé. Tu comprends maman, n'est-ce pas ? »

« J'sais pas, non, j'crois pas… Maman, t'as pas le droit de faire ça. T'as pas le droit… »

- Espèce de garce, fit l'Autre en se retournant vers Eléonore. Personne ne me dit ce que je peux faire ou non à mon fils ! Personne !

« Si tu continues, j'vais l'dire à papa ! »

Alex étouffa le cri qui montait de sa gorge depuis un moment déjà. Il avait besoin de ficher le camp d'ici. Il fallait qu'il se barre, il fallait qu'il se dépêche avant de perdre complètement le reste de stabilité d'esprit qu'il lui restait encore, il fallait qu'il prenne ses jambes à son cou, qu'il –

Putain.

Il baissa la tête et, sans crier gare, son moignon l'accueillit comme un vieil ami, l'accueillit comme un être qui avait toujours été là, comme sa mère qui lui ouvrait les bras quand il n'était encore qu'un enfant…

Mais Alexandre, tu n'as jamais cessé d'être un enfant. Tu n'as jamais pu te défendre, et tu n'as jamais été capable de fuir quoi que ce soit. Ton corps aujourd'hui ne fait que refléter cet état de fait. Tu ne peux pas fuir.

Tu ne peux pas fuir.

Et alors qu'il ouvrait la bouche pour hurler, hurler du plus fort qu'il pouvait, hurler plus encore que les voix dans sa tête qu'il croyait avoir fait fuir pour de bon, hurler pour partir d'ici et ne plus être là, une autre silhouette apparut dans l'encadrement de la porte.

- Bonhomme, je viens d'entendre que tu avais de la visite, est-ce que tout va…

Le regard d'Hervé se posa sur l'Autre, et l'Autre posa son regard sur lui. Ses yeux déjà hagards s'écarquillèrent davantage, tandis que le regard d'Hervé se durcit brusquement.

- Je ne vais pas vous le répéter, Catherine, sortez de cette chambre. Immédiatement.

Sa voix, dure, grave, inquiétante, fit taire l'Autre, et laissa Eléonore bouche bée. Alex, lui, regardait Hervé comme s'il était le salut, la solution à tous les problèmes, comme s'il avait la force de cent mille hommes, la force d'éloigner sa mère d'ici.

- Va te faire foutre, toi, répliqua-t-elle, d'apparence insensible au ton de l'homme en face d'elle. C'est mon fils. J'ai le droit de lui rendre visite quand je veux, bordel !

- Non, justement, tu ne l'as pas, ce droit. Tu y as renoncé il y a longtemps, quand tu as échoué à t'occuper de lui. Et maintenant, ne m'oblige pas à te le dire une autre fois : dehors.

- Alexa –

- DEHORS !

La femme chétive sursauta brusquement, et, en jetant tout de même un bref regard à son fils et à son moignon de jambe, elle détala sans demander son reste.

Aussitôt, Hervé s'avança jusqu'au lit d'Alex, et prit son visage dans ses gros bras de bûcheron aux doigts si méticuleux et au savoir-faire si précis. Une main sur sa tempe, il caressait les cheveux de son garçon de l'autre, et Alex ravala son cri en soufflant longuement.

- Tout va bien, maintenant, bonhomme, intima Hervé, et Alex put entendre sa grosse voix résonner dans sa poitrine. Tant que je serai là, il faudra qu'elle me passe sur le corps pour qu'elle puisse te voir. Maintenant, souviens-toi de tes techniques de respiration pour moi, tu veux ? Allez. Huit en inspirant, douze en expirant.

- C'est sept et treize.

Hervé sourit.

- Tu as raison, répondit-il. Sept en inspirant, treize en expirant.

- Monsieur, je…

Sans lâcher Alex, Hervé tourna la tête pour poser les yeux sur Eléonore, la jeune fille dont son bonhomme lui parlait depuis plusieurs mois, et qu'il avait rencontré à plusieurs reprises déjà, que ce fût chez lui ou dans cette chambre d'hôpital. Elle repoussait derrière ses oreilles quelques mèches de ses cheveux aussi bruns que des ailes de corbeau, et levait vers lui un regard empli d'incompréhension. Il lui intima silencieusement de ne pas parler davantage, car le son de sa voix aurait pu distraire Alex, et il savait que ce dernier avait besoin de silence, de calme et de concentration.

Eléonore cessa de bouger, les rouages de son esprit tournant aussi vite qu'ils pouvaient. Cette femme qui venait de rentrer était donc bien ce qu'elle disait être, puisqu'Alex ne l'avait pas démentie. Mais oh, Alex, comme il était petit, entre les bras de son tuteur, comme il semblait à Eléonore qu'il avait disparu, perdu dans son propre corps, et qu'il ne restait qu'un petit garçon effrayé, ayant désespérément besoin des bras forts et chaud qu'Hervé lui offrait. Elle ne comprenait pas, et comment aurait-elle pu ? Alex lui-même lui avait dit qu'il n'avait pas de mère. Elle en avait automatiquement déduit qu'elle était morte, ou bien qu'il ne l'avait jamais connue. Mais juste à l'instant, cette femme, cette femme qui était sa mère s'était présentée, et Eléonore pouvait presque distinctement voir les fondations du mur qui entourait les pensées les plus privées de son ami tomber en ruines, se désagréger et faire tomber toutes les protections qui l'entouraient. Hervé l'avait chassée, et c'était comme si, de tout son corps, cet homme s'était jeté entre ce mur et elle, avait plaqué son corps large et musclé contre les briques qui menaçaient pourtant de s'écrouler sur lui, empêchant ainsi la destruction totale du mur.

Le sang d'Eléonore s'était transformé en glace.

Elle se souvenait encore de l'hiver dernier, lorsqu'elle se trouvait dans la voiture d'Alex alors que celui-ci conduisait. Lorsqu'elle l'avait appelé par son prénom entier. Même là, et alors qu'elle était pourtant folle de colère et de tristesse, Alex ne s'était pas écroulé de cette manière. Jamais, même lorsque Gyrth l'avait torturé pendant des heures entières, même alors qu'il mentionnait l'Autre, jamais Alex n'avait suffisamment flanché au point que les larmes roulent sur ses joues telles une preuve insoutenable de faiblesse. Jamais, jamais, jamais.

Jamais.

Eléonore était terrifiée.

Après ce qui lui sembla être une éternité, Alex bougea enfin, se soustrayant à l'étreinte des bras de son tuteur. Hervé lui ébouriffa une dernière fois les cheveux avant de se reculer d'un pas, laissant le jeune homme se rouler en boule sur lui-même. L'absence de sa deuxième jambe fit manquer un battement au cœur d'Eléonore. Il ne pouvait même pas se cacher entièrement. Mais avant qu'elle ne puisse pénétrer davantage dans l'état d'Alex, une large main chaude se posa sur son épaule. Elle sursauta brusquement avant de lever les yeux et de trouver le visage barbu d'Hervé.

- Ça te dirait, de sortir un peu ?

Les mots, pourtant simples, mirent quelques secondes à pénétrer l'esprit glacé de peur d'Eléonore, mais elle répondit tout de même :

- Mais Alex –

- A besoin d'être un peu seul, pour le moment.

Eléonore déglutit difficilement mais ne put retenir une larme unique qui roula sur sa joue et s'écrasa au sol.

- Allez, on va manger un bout. Viens avec moi.

- D… D'accord, monsieur.

Hervé lui adressa un sourire et resserra doucement la main sur l'épaule frêle de la jeune fille.

- Appelle-moi Hervé.


- Tu dois pas comprendre grand-chose à ce qu'il vient de se passer, fit-il d'un ton bourru juste après avoir avalé une bouchée de son sandwich au saucisson.

- Non, pas vraiment, c'est vrai… déclara Eléonore après un moment de réflexion.

Un verre en plastique contenant un peu du chocolat chaud insipide de l'hôpital entre ses mains, elle se remettait petit à petit de ses émotions. Hervé inspirait la confiance, et elle n'avait pas besoin de dire quoi que ce soit avec lui – leur silence n'était pas gênant.

A vrai dire, elle n'avait jamais réellement craint cet homme – il était imposant, certes, et d'apparence pas très sympathique, mais ce n'était qu'une façade. Les yeux brillants de sagesse aussi bien que d'espièglerie, Hervé avait su immédiatement faire en sorte de devenir son ami, tout comme il était graduellement devenu l'ami d'Alex au cours des dernières années.

- Tu te poses des questions, non ?

Sa voix était chaude, rauque mais bienveillante. Eléonore resserra sa prise sur son verre de chocolat.

- Oui, je crois… mais j'ai pas vraiment le droit de connaître les réponses, je pense.

- Tu te trompes.

Elle leva des yeux étonnés.

- Comment ça ?

- Alex… il m'a demandé de t'expliquer, si tu veux entendre son histoire.

Eléonore cessa de respirer. En un flash, elle pensa à la silhouette déformée d'Alex recroquevillé sur lui-même, sur le lit blafard d'hôpital, entouré de murs si blancs que les regarder était douloureux.

- Vous êtes sûrs ?

Hervé hocha la tête, et le cœur d'Eléonore s'arrêta.

- Oui. Tu n'as pas pu entendre, mais il m'a demandé de te prendre avec moi pour t'expliquer. Il avait besoin de solitude, et…

Il hésita un instant.

- Il veut s'ouvrir à toi.

Cette phrase tomba comme une sentence sur les épaules d'Eléonore. Elle flancha, et pendant un très court instant, elle se sentit tomber de sa chaise.

- Je ne sais pas si…

- Il t'aime. Laisse-moi te dire une chose, Eléonore… Alex t'aime bien plus que tu ne le crois. Je crois bien qu'il t'aimait avant même de te rencontrer. Il te laisse rentrer, aujourd'hui. Ne le laisse pas s'ouvrir béant pour toi sans entrer en lui.

Eléonore haussa un sourcil au clair changement de ton d'Hervé. Un instant, un très court instant, sa lèvre inférieure trembla.

Un flash. Alex roulé en boule sur son lit d'hôpital. Son corps se déliant, s'étendant, le bandage recouvrant sa jambe glissant sur les draps, sur l'armature du lit, sur le sol, tel un serpent, s'enroulant autour de sa cheville, remontant lentement le long de son corps. Son moignon boursoufflé, nu, sale, jaunâtre, battant au rythme de son cœur.

Une puce, un pou,

Assis sur un tabouret…

« Eléonore ? »

Alex tendait la main vers lui.

… Jouaient aux cartes,

La puce perdait.

Eléonore prit sa main dans la sienne, serra fort.

Elle avait juré ne plus jamais se laisser marcher dessus par les autres. Aujourd'hui, elle jurait que plus jamais personne ne ferait souffrir Alex.

- C'est d'accord, répondit Eléonore. Expliquez-moi.


.

.

.

Et me revoilà.

Coucou !

...

Comment ça, vous avez envie de me buter ?

ATTENDEZ, POURQUOI VOUS ME LANCEZ DES TOMATES DESSUS, BORDEL ? Attendez au moins le prochain chapitre, pour hurler à la maltraitance de personnage... hihi.

Bon, plus sérieusement. Qu'avez-vous pensé de ce chapitre ? Personnellement, j'ai adoré l'écrire, notamment parce qu'on aborde vraiment les thèmes qui me tiennent à coeur et que j'aime développer dans à peu près n'importe quelle fiction. Avez-vous compris la scène concernant Yliana et Morgane ? Je ne suis pas bien sûre d'avoir développé correctement ce que je voulais faire passer. Toute la scène devait se passer rapidement, du coup, développer pendant des heures était un peu contre-productif. J'ai donc voulu écourter le plus possible mes explications, j'espère donc que c'était clair quand même... Yliana s'est souvenue de la fois où Castiel et Dean ont fait l'amour en se servant de son corps à elle, et Morgane est parvenue à lire dans ses souvenirs, et réagit de manière... surnaturelle. C'est le mot. :)

De son côté, Vincent découvre ses pouvoirs... qu'en pensez-vous ? A-t-il fait le bon choix ? Pourquoi, selon vous, voulait-il posséder tous ses pouvoirs ? Qu'est-ce qui le pousse à agir ? Et surtout... qui va-t-il devenir, quel genre de personne ?

Quant à Alex, Eléonore, sa mère et Hervé, ah... Haha. Je ne vous en dis pas plus.

Le prochain chapitre s'appelle Alexandre.

Il me tarde vraiment, vraiment, VRAIMENT de vous le faire lire.

Je vous aime, les amis. A dans deux semaines !