Un grand merci à AquariusBlue L.E. Swan pour son commentaire! J'espère que la suite te plaira tout autant!
Sur ce, bonne lecture à tous
CHAPITRE 5
_ Certains mutants peuvent trouver la sérénité grâce à la musique. Cette sérénité leur permet de canaliser leur mutation voir même de la développer.
Cela faisait un mois que j'habitais à l'Institut Xavier et deux semaines que j'enseignais seule à une vingtaine d'élèves de tout âge. Les cours se passaient plutôt bien, le matin j'enseignais mes matières spécialisées : littératures anglaises et musique, puis les après-midis je passais deux heures en compagnie de Charles afin d'aider les jeunes mutants à canaliser leurs pouvoirs. J'étais retournée trois fois à Washington afin de rendre visite à mon père et à mes amis. Ils me manquaient constamment… J'avais trouvé un Institut spécialisé pour mon père à quelques kilomètres du Manoir mais le transfert ne se fera que dans quelques semaines, le temps que les médecins préparent une chambre, récupèrent son dossier et se transmettent toutes les informations nécessaires.
_ Ça fonctionne pour toutes les musiques ? me demanda Jean Grey, assise en face de moi.
_ Non, soit sur une chanson en particulier, soit sur une voix précise.
Charles entra dans la salle de cours. Il se tenait sur ses jambes ce qui était assez rare ces derniers jours. Il prit une chaise et s'installa à mes côtés.
_ Comment savez-vous cela ? me demanda Jean, intéressée.
_ C'est mon père qui me l'a appris, c'est lui qui m'a aidé à gérer ma télépathie.
Je sentis le regard de Charles me brûler la nuque, attendant surement que je m'explique plus clairement. Mais je restai silencieuse, l'ignorant.
_ Le but de ce cours est de trouver ta chanson. Puisque tu es réceptive à mes cours de musique, je suis persuadée que ta chanson t'aidera à canaliser tes émotions, Jean.
_ Je vous fais confiance, Mademoiselle.
_ Okay, alors je vais entrer dans ta tête, lui expliquai-je. Mais je n'irais que là où j'ai besoin.
Elle hocha doucement la tête, un sourire étirant ses lèvres. J'étais légèrement nerveuse : j'étais déjà entrée dans la tête de quelques élèves mais j'appréhendais de le faire pour Jean… Entrer dans le mental d'un télépathe était risqué, on n'en sortait jamais sans séquelle.
Je posai mes mains sur ses joues, mes pouces remontant le long de son nez et mes doigts sur sa nuque. Puis, après un regard entendu avec Charles, je me concentrai et entrai dans la tête de l'enfant.
Le brouillard qui m'entourait laissa place à un immense couloir de couleur beige. Dans ce couloir, plusieurs escaliers s'entrecroisaient dans tous les sens dans un mélange confus. Je fermai les yeux et me concentrai afin de trouver le meilleur chemin pour me rendre dans le passé de la fillette.
Je sentis une douce pression sur mes tempes, me faisant froncer les sourcils, puis Charles apparut à mes côtés.
_ Il ne me semble pas t'avoir autorisé à entrer dans ma tête, soufflai-je, irritée.
_ Je ne veux pas te laisser seule dans celle de Jean.
Je grognai doucement et reportai mon attention sur les escaliers. Une brève apparition de Jean sur le plus large m'indiqua la direction à suivre. Je gravis doucement les marches, Charles sur mes talons.
_ Tu dois seulement te focaliser sur l'instant précis que tu cherches et pas un autre, m'ordonna le télépathe.
_ Je n'avais pas l'intention de faire autrement, lui répondis-je sèchement.
Un lourd silence s'installa tandis que nous montions les escaliers.
_ Vas-tu me faire la tête longtemps ?
Je ne répondis pas, trop en colère contre lui. Pourquoi ne me faisait-il pas confiance ?
_ Je te fais confiance, sourit-il.
Je poussai un énième grognement.
_ Sa tête est un véritable labyrinthe que j'ai visité maintes fois, je voulais seulement t'apporter mon aide.
_ Ce n'est pas la première fois que j'entre dans la tête d'un télépathe…
_ Vraiment ?
_ Oui.
Il n'eut pas le temps de poser une autre question que nous arrivâmes devant trois portes chacune de couleur différente.
_ C'est celle de gauche, me dit Charles.
Je m'approchai lentement de celle-ci et posai la paume de ma main dessus. Le souvenir que je désirais voire m'apparut immédiatement : je vis Jean, allongée dans son lit. Sa mère était assise à ses côtés, elle lui chantait doucement une chanson de David Bowie.
Je rouvris les yeux et enlevai mes mains de son visage, un sourire étirant doucement mes lèvres. Charles fit de même, enlevant ses mains de mes tempes. La chaleur de ses mains me manqua immédiatement mais j'étais trop énervée à son encontre et préférai l'ignorer pour le moment.
_ Je ne me souvenais pas de ça, dit Jean, surprise.
_ La chanson de certaines âmes est enfuie dans les souvenirs les plus profonds, lui expliquai-je. Ce souvenir est souvent trop bouleversant pour se le rappeler.
_ Il est plus simple d'oublier, acquiesça Charles.
_ Je comprends, dit l'enfant. Et quelle est ma chanson ?
_ Life on Mars de David Bowie, souris-je. Il semblerait que nous ayons la même chanson en commun.
_ Vous aussi ? s'exclama-t-elle, heureuse.
_ Oui ! J'adore Bowie, sa voix est hypnotisante. Et cette chanson combinée à sa voix me calme rapidement.
_ Bien, conclut Charles. Tu peux aller te reposer Jean, le cours est terminé.
_ Bien, Professeur ! A plus tard, Mademoiselle !
_ A plus tard, Jean.
Lorsque l'enfant fut sortie, je posai mes mains sur mon visage et le frottai doucement, poussant un long soupir.
_ Tu devrais aller te reposer toi aussi, me proposa Charles en posant une main sur mon épaule.
Je fronçai les sourcils et me relevai, me dégageant de son étreinte.
_ Je ne veux plus que tu entres ou que tu essayes d'entrer dans ma tête sans mon accord, Charles !
_ Je l'ai fait pour t'aider.
_ Je n'avais pas besoin de toi, je me débrouillais très bien toute seule.
_ Mais tu n'es plus seule, Eli.
Je me mis dos à lui, pinçant l'arête de mon nez. Je n'avais jamais aimé qu'on entre dans ma tête, j'évitais de l'imposer à mon entourage afin de leur laisser leur secret, de ne pas briser leur intimité. Mais pour Charles, c'était complètement différent, cela ne le dérangeait pas de s'immiscer dans notre vie privée.
J'appréciais Charles.
Je l'appréciais plus que je ne le devrais.
Je cherchais à passer du temps avec lui, car en plus d'être de très bonne compagnie, il m'apaisait, il calmait mes inquiétudes… Et plus les jours passaient et plus je ressentais le besoin d'être auprès de lui. Au début, cela m'avait effrayé mais finalement mes visions m'ont bien fait comprendre que j'étais liée à lui. Et même si je décidais de prendre mes distances, cela n'y changerait strictement rien.
Mais à cet instant, j'avais envie de tout quitter, de partir loin de lui et de son Institut. Je n'appréciais pas qu'il ait profité de cet instant de faiblesse pour entrer dans ma tête.
Je le sentis bouger et se rapprocher. Il se tenait derrière moi, assez prêt pour que je puisse sentir son délicieux parfum. Je fermai les yeux, je ne devais surtout pas craquer et me laisser séduire par son aura. Sa main se reposa sur mon épaule, me la caressant avec son pouce. Un doux frisson remonta le long de ma colonne vertébrale, augmentant les battements de mon cœur.
_ Je n'aurais pas dû, excuse-moi.
Je poussai un profond soupir et baissai la tête. Il était sincère et cela me touchait.
_ Je voulais seulement t'aider.
Je posai ma main sur la sienne et, de façon innée, nous entrelaçâmes nos doigts.
_ Je sais…
_ Tu ne seras plus jamais seule, Elizabeth.
Il posa sa main libre sur ma hanche et me tourna de façon à ce que nous nous fassions face. Il me sourit et je lui souris à mon tour avec la même franchise. Mon regard fut immédiatement attiré par ses azurs j'étais hypnotisée par elles. Sa main relâcha ma hanche, y laissant un vide, et se posa délicatement sur ma joue. Charles me fixait intensément, ouvrant la bouche à plusieurs reprises pour parler mais se ravisant à chaque fois. Puis, lentement, il se pencha alors vers moi et me serra dans ses bras. Je passai ma main libre derrière sa nuque, le serrant contre moi.
Ce moment unique fut brisé par des coups sur la porte nous obligeant à nous séparer. Ethan, un élève de deuxième année, entra sans notre accord, sous le regard énervé de Charles. Gênée, je posai mon regard sur mes pieds, une douce chaleur me montant aux joues.
_ Mademoiselle Hanson, un homme a appelé pour vous, il est encore en ligne. Ça semble assez urgent !
_ J'arrive, Ethan, soufflai-je, inquiète, mon regard se posant sur le jeune homme.
Je sortis immédiatement de la pièce et traversai rapidement les couloirs du Manoir, me dirigeant vers le bureau du télépathe. J'ouvris à la volée la porte et attrapai le combiné.
_ Ici Elizabeth Hanson.
_ Mademoiselle Hanson, c'est le Docteur Hutchinson.
Charles entra dans la pièce, les sourcils froncés. Son regard était fixé sur moi tandis qu'il allait s'installer sur son fauteuil derrière son bureau. A l'attente de la voix du médecin de mon père, une boule se forma dans ma gorge et c'est assez violement que je m'assis sur la chaise qui faisait face au télépathe.
_ Bonjour docteur, soufflai-jetandis que Charles prenait ma main libre dans la sienne, la serrant tendrement.
Cela me réconforta un peu, réduisant mes tremblements.
_ Cela fait une heure que j'essaye de vous joindre !
_ Je suis désolée, je donnais un cours m'excusai-je. Que se passe-t-il ?
_ Votre père fait une crise et nous n'arrivons pas à le calmer ! Nous l'avons mis dans une salle capitonnée en attendant votre arrivée.
_ D'accord, lui répondis-je d'une voix tremblante. Je... Je pars immédiatement.
_ Je vous attends, Mademoiselle. Au revoir.
_ Au revoir, Docteur.
Je raccrochai difficilement, j'avais du mal à respirer calmement et mon cœur s'affolait dans ma poitrine. Charles me regardait, son pouce caressant le dos de ma main.
_ Ça va ? me demanda-t-il.
_ Je sais pas, lui répondis-je franchement. Je… Je dois retourner à Washington.
_ J'avais compris, me dit-il. Que se passe-t-il ?
_ C'est compliqué… Et j'ai vraiment pas le temps de tout t'expliquer.
_ Montre-moi alors.
Je le regardai, les sourcils froncés. Il voulait retourner dans ma tête.
