Bien le bonsoir à tous!
Pour commencer un grand merci à AquariusBlue L.E. Swan pour ses commentaires qui me font à chaque fois grand plaisir!
Voici la suite! Bonne lecture!
CHAPITRE 7
Le télépathe était assis dans le fauteuil qui me faisait face et me couvait du regard. Il s'inquiétait pour moi mais j'étais bien trop préoccupée par l'état de santé de mon père pour tenter de le rassurer. Tandis que je regardais par le hublot, le télépathe se leva et alla se servir un verre de whisky. Il remplit un second verre et les déposa sur la table qui séparait nos deux sièges.
_ Bois, me dit-il, me montrant le verre qui me faisait face.
_ Merci.
Je pris le verre entre mes doigts et remuai doucement le liquide ambré qui le remplissait. Puis, je le portai à mes lèvres, le buvant d'une traite. Le liquide se propagea dans tout mon corps en une délicieuse chaleur, me faisant fermer les yeux de contentement. Lorsque je les rouvris, Charles me regardait, un sourire en coin étirant ses lèvres.
_ Tu te sens mieux ?
_ Un peu…
L'alcool commençait doucement à faire effet. Je me permis donc de m'adosser plus profondément dans mon fauteuil en cuir. Je fermai doucement les yeux, écoutant le bruit des moteurs de l'avion. J'entendis le télépathe se déplacer et s'asseoir à mes côtés. Je rouvris les yeux, tournant ma tête dans sa direction puis, je plongeai mes azurs dans les siens. Nous restâmes silencieux, profitant simplement de la présence rassurante de l'autre. Puis, doucement, comme s'il appréhendait ma réaction, il posa sa main sur la mienne et la serra tendrement.
_ Pourquoi ne m'as-tu jamais parlé de ton père ? me demanda-t-il.
_ Tu ne m'as jamais parlé de tes parents…
Un sourire en coin étira ses lèvres.
_ Ne dévie pas ma question !
Je lui souris à mon tour tandis que je serrais mes doigts autour de sa main.
_ Il est difficile de parler de soi lorsqu'on est assailli en permanence par les soucis des autres.
Charles acquiesça silencieusement. Je soupirai profondément et décidai de me dévoiler, ma confiance en lui étant complète.
_ Mes parents sont tous les deux mutants. Mon père est télépathe et comme tu vois, j'ai hérité de sa mutation. Ma mère avait la faculté de créer des boucliers.
_ Tu n'as pas hérité de son pouvoir ?
_ Non, et je pense être trop âgée pour qu'il se déclare.
J'avais trente ans et je savais que les mutations se déclenchaient à l'adolescence.
_ Ça ne veut rien dire, j'ai vu des mutations apparaître à un âge avancé.
_ Mes mutations actuelles me suffisent…
_ Tu es la seule de ta famille à voir l'avenir ?
_ Ma grand-mère paternelle avait ce don, mais mon père ne m'a jamais dit qu'elle était elle-aussi mutante.
_ Il y a de grandes chances que ce fut le cas.
Je hochai silencieusement la tête, posant mon regard sur ma main qui caressait la sienne.
_ Quand ma mutation s'est déclarée, les premières voix me faisaient énormément souffrir, j'avais l'impression de devenir folle. Mais mes parents ont tout fait pour que je souffre le moins possible.
Charles serra fortement ma main.
_ Mon père m'a appris à ignorer toutes ces voix, à n'écouter que celles dont j'avais besoin. Il m'a tout appris… Je ne sais pas ce que je serais devenue sans lui.
_ Tu aurais pensé être folle jusqu'à ce que tu comprennes que ces voix ne provenaient pas de ta tête mais de celle des autres.
Je relevai mon regard, fronçant les sourcils.
_ Tu as eu de la chance d'avoir été entouré par des parents présents et aimants.
_ Oui, j'ai eu beaucoup de chance, confirmai-je. Et je compte élever mes enfants de la même manière, lui avouai-je.
Il me sourit tristement. J'avais bien compris qu'il n'avait pas eu d'aide de sa famille, qu'il avait été lâchement abandonné par ses parents.
_ Je suis désolée que tu es dû vivre ta mutation seul, cela ne devrait jamais arriver.
_ Et pourtant, c'est comme cela que ça se passe la plupart du temps…
Un léger silence s'installa, nous plongeant tous les deux dans de lointains souvenirs.
_ Comment ton père a su que la musique pouvait canaliser les mutations ?
_ Mon père était un grand musicien, souris-je, il s'est rendu compte lui-même de l'effet que pouvait avoir certaines voix sur lui et sur sa télépathie.
_ Tu suis les pas de ton père, me sourit-il.
_ Oui, enfin j'espère que la folie n'est pas héréditaire…
_ Les médecins savent ce qu'il lui est arrivé ?
_ Ils pensent à un AVC suite au décès de ma mère, un genre d'AVC post-traumatique… Sa mutation a dû jouer un rôle, je pense… J'appréhende que cela m'arrive un jour, et que je finisse comme lui dans un Institut, seule et gavée de médicaments.
Le télépathe se rapprocha de moi, son épaule frôlant la mienne.
_ Je ferai le nécessaire pour que cela ne t'arrive jamais.
_ Tu es bien sûr de toi, souris-je tristement.
_ Je ne compte pas t'abandonner, Eli. Je te l'ai déjà dit, tu ne seras plus jamais seul.
Des larmes perlèrent au coin de mes yeux. Cela faisait plus de dix ans que j'étais seule, que mes parents m'avaient « quittés ». J'ai dû m'habituer à cette solitude, subir de nouvelles responsabilités jusqu'alors inconnues, remettre mes envies et mes rêves entre parenthèses, vivre seulement pour les autres et non pour moi. Et savoir que dorénavant je n'étais plus seule, qu'enfin quelqu'un m'épaulerait et serait à mes côtés, j'avais l'impression qu'un immense poids s'envolait de mes épaules. Qu'enfin, j'allais pouvoir penser à moi, faire preuve d'égoïsme. Enfin, j'allais pouvoir me confier à quelqu'un, à une personne en qui j'avais totalement confiance et avec qui j'appréciais la compagnie.
Je me retins de pleurer, essuyant rapidement mes larmes. Je n'aimais pas pleurer, les larmes étaient signe d'une faiblesse passagère, une faiblesse pouvant susciter la pitié.
_ Merci Charles, soufflai-je dans un faible murmure.
Je posai doucement ma tête sur son épaule. Charles ne bougea pas durant quelques secondes puis, il passa son bras autour de mes épaules, me serrant contre lui.
La vision de nos corps nus enlacés me revint en mémoire. Mes joues se teintèrent d'une couleur rouge, m'obligeant à m'appuyer plus fortement contre lui afin de me cacher. Je pouvais sentir son souffle réchauffer agréablement mon front. Je soupirai de bien-être tandis que sa main caressait tendrement mon bras. Nous restâmes enlacés jusqu'à l'atterrissage de l'avion à l'aéroport de Washington. Cette étreinte était rassurante et réconfortante : j'étais à ma place !
