CHAPITRE 9

C'est dans un silence apaisant que nous roulions jusqu'à l'Institut. Charles comprit le besoin que j'avais de ne pas parler, de me concentrer sur le travail que j'allais devoir faire autant sur mon père que sur moi. J'écoutai assez distraitement la musique qui sortait des haut-parleurs de ma voiture seuls comptaient le silence et la présence rassurante du télépathe à mes côtés. Cela faisait très longtemps que je n'avais ressenti ce sentiment de réconfort, cela datait de l'époque où mes parents étaient encore présents pour moi. Je soupirai doucement : j'avais oublié à quel point, il était important de ne pas être seul.

Charles bougea légèrement, posant son regard sur moi.

_ A quoi penses-tu ? me demanda-t-il, les sourcils froncés.

_ Je me disais que ta présence m'apaisait et me réconfortait, lui répondis-je sincèrement. Et que cela faisait longtemps que ça ne m'était pas arrivé. Pourquoi ?

Charles me sourit tendrement.

_ C'est la première fois depuis que nous nous connaissons que je ressens une émotion « mentale » venant de toi.

_ Ne t'y habitue pas, souris-je.

_ Quel dommage ! souffla-t-il.

Je le vis sourire doucement, puis il regarda de nouveau devant lui.

_ Que s'est-il passé la dernière fois que ton père a fait une crise ? me demanda-t-il, curieux. Ton ami a dit que cela s'était mal passé.

Je soupirai, resserrant ma prise sur le volant.

_ Mon père ne m'a pas reconnu et lorsque j'ai voulu entrer dans sa tête, il m'a repoussé violement. J'ai été projeté contre une table et ma tête a cogné contre un mur. J'ai eu onze points de suture et un traumatisme crânien.

Charles fronça les sourcils, je le vis serrer ses poings, faisant blanchir les jointures de ses doigts.

_ Il avait déjà fait preuve de violence avant ?

_ Non, c'était la première fois et j'espère la dernière…

_ Tu sais pourquoi ?

_ Ses souvenirs s'effacent avec le temps, soufflai-je tristement. Je lui en fais revenir quelques-uns lorsque je lui rends visite, mais pas suffisamment.

Une boule se forma dans ma gorge, m'empêchant de continuer. Les larmes me montèrent aux yeux mais je les retins : je ne voulais pas pleurer et je ne pleurerai pas ! Charles posa doucement sa main sur la mienne. Je desserrai ma prise sur le volant il en profita pour attraper ma main et la serrer tendrement. Il la posa sur sa cuisse, caressant le dos de ma main de son pouce.

_ Son médecin l'a placé ce matin dans une pièce capitonnée pour éviter un nouvel accident, lui indiquai-je. En attendant que je puisse entrer dans sa tête et le calmer.

_ Il est au courant de ce que tu lui fais ? lança-t-il, étonné.

_ Oui, il est des nôtres, souris-je. J'ai eu énormément de chance de tomber sur un mutant dans l'Institut !

_ En effet ! Et comment va se passer son transfert vers New York ?

_ Hank m'a mis en contact avec des médecins mutants, ainsi je pourrai continuer à interférer sans encombre dans le processus de guérison de mon père.

Un silence s'installa, je profitai des caresses du télépathe et de la musique qui emplissait l'habitacle.

_ Je vais t'aider à lui rendre ses souvenirs, souffla-t-il finalement.

Je tournai quelques secondes ma tête dans sa direction, surprise par ses paroles.

_ A nous deux, on devrait avoir assez de puissance pour faire revenir suffisamment de souvenirs afin de calmer ses crises.

_ Je ne te demande rien, Charles.

_ Je sais, mais je veux t'aider.

Je serrai mes doigts autour de sa main, mon regard se posant sur les toits de l'Institut qui apparaissaient devant nous.

_ Pourquoi fais-tu tout ça ? osai-je lui demander.

_ Pour toi, me répondit-il simplement, rivant son regard sur nos mains jointes.

Je restai silencieuse, émue par ses paroles. J'avalai difficilement ma salive, c'était la première fois qu'on me faisait une telle déclaration, enfin si on pouvait définir cela comme telle ! Charles continua ses caresses sur le dos de ma main, son regard fixé devant lui. L'Institut apparut alors devant nous, grand bâtiment de briques rouges entouré par une dense forêt. Je me garai sur le parking dédié aux visiteurs et coupai le moteur. Charles me rendit ma main et sortit de la voiture. Après avoir pris une grande inspiration, je fis de même. Le télépathe vint à mes côtés, un regard inquiet posé sur moi.

_ Ça va ?

_ Oui, lui répondis-je. Enfin, ça ira mieux lorsque ce sera terminé…

_ Je comprends, me dit-il en attrapant de nouveau ma main.

Aussi douloureusement que la première fois dans son bureau, mes tempes se mirent à tambouriner, obligeant mes azurs à se fermer. Le noir m'envahit immédiatement. Je sentis tout de même Charles me maintenir contre lui avant de sombrer dans le néant.

Je me trouvais dans le jardin de l'Institut Xavier. Devant moi, Charles avançait dans son fauteuil roulant, la jeune femme brune lui ayant tiré dessus lors de ma première vision, marchait à ses côtés. Ils s'arrêtèrent, la jeune femme se baissa à son niveau puis, il l'embrassa, posant sa main sur sa tempe. Lorsqu'il recula, je l'entendis s'excuser.

_ Mais où… Où suis-je ? Et qui êtes-vous ? lança la jeune femme, perdue.

Lorsque j'ouvris les yeux, la tête me tournait. Je mis quelques secondes avant de stabiliser les tremblements de mes jambes, Charles me tenant fermement contre lui. Lorsque je croisais son regard, il semblait triste et détourna assez rapidement ses yeux.

_ Tu vas bien ?

_ Oui, lui répondis-je d'une voix tremblante.

Je n'avais pas aimé cette vision, pas que j'aimais les autres mais celle-ci me déstabilisait et me blessait. Le pincement au cœur que j'avais ressenti à la vue de ce baiser ne me quittait pas et s'intensifiait à mesure que Charles évitait mon regard. Il me relâchait lorsque je pus tenir sur mes jambes.

_ Elle s'appelait Moira MacTaggert, m'indiqua-t-il.

_ Tu as vu ma vision ? m'exclamai-je, surprise.

_ Oui, souffla-t-il. Comme je te l'ai déjà dit, tes ondes mentales sont puissantes quand tu as tes visions, je peux donc les voir moi aussi…

J'étais mal à l'aise : s'il avait vu cette vision alors il avait également vu celle où nous faisions l'amour… Je posai une main devant mes yeux, frottant mon front avec mon pouce et mon index. On ne pouvait pas faire plus embarrassant !

_ C'était une agent de la CIA, continua-t-il, ignorant mon mal aise. Pour faire simple, nous avons combattu ensemble en 1962 afin d'éviter une troisième guerre mondiale. Afin d'assurer la sécurité des mutants, j'ai préféré lui effacer tous ses souvenirs nous concernant ainsi que notre combat.

J'enlevai ma main de devant mes yeux. Charles me regardait, attendant une réaction de ma part.

_ Une troisième guerre mondiale ? dis-je, étonnée.

_ Oui… Enfin, c'est un peu plus compliqué que ça…

_ Tu… Tu étais avec elle ? lui demandai-je, embarrassée. Enfin, je veux dire… Vous étiez ensemble ?

_ Non. Elle me plaisait. Mais, nous n'étions pas ensemble.

Je hochai doucement la tête.

_ Je… Je suis encore une fois désolée… Je ne voulais pas voir ton passé.

Encore moins le voir embrasser une autre femme…

_ Je sais, me répondit-il.

_ Cette mutation est une véritable malédiction, soupirai-je.

_ Ne dis pas ça, lança-t-il en fronçant les sourcils. C'est une bénédiction de pouvoir voir au-delà du présent.

_ Prédire la mort des personnes que j'aime n'est pas vraiment un bénédiction…

_ Tu n'as pas que des visions de mort, me dit-il en me regardant intensément. Je me trompe ?

_ Non, rougis-je, gênée.

Je me raclai la gorge, portant mon regard sur la porte de l'Institut.

_ Nous devrions y aller…

_ Oui, sourit-il, amusé.

Je me retournai et marchai le long du sentier. Charles vint à mes côtés. Je le vis rapprocher sa main de la mienne, puis après avoir hésité quelques secondes, il me prit la main et la serra tendrement.